SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT
nard à Bossuet. Et cet article, qui prononce sur l'autorité des conciles et les droits de l'évêque de Rome en matière de foi, Pie VII ne Ta pas approuvé, Pie VII ne l'a pas vu !
Chose remarquable : les prescriptions contenues dans la convention du 26 messidor an IX, que le pape approuva, ont leurs sanctions dans les Organiques du 18 germinal an X, que le pape n'approuva pas. Il résulte de cette disposition que le gouvernement français ne put jamais user d'une de ces sanctions légales sans soulever les protestations de la curie. Et si l'État doit appliquer les Organiques, puisque c'est sa loi, l'Église doit réclamer contre cette application, car ce n'est pas sa loi. Tel est le régime de concorde institué en 1801.
Bonaparte n'avait pas besoin, il faut le reconnaître, de textes approuvés par le pape pour contenir le clergé dans l'obéissance. Il pouvait à son gré emprisonner, déporter les prêtres, enlever le pape, prendre Rome. Mais il ne songea pas assez que ce ne serait point toujours l'usage, et il prépara de grandes difficultés à ses successeurs.
On a dit gravement que l'abrogation du Concordat fera perdre à l'État les moyens d'agir en tout temps, par les évêques, sur le langage et sur les actes du clergé. Mais le Concordat proprement dit ne donne à l'État aucun moyen d'action sur ses évêques. Les Organiques, non reconnus par le pape, donnent au gouvernement le droit de faire déclarer par les canonistes du Conseil d'État que si un évêque agit con-
trairement aux lois de la République, il y a abus, ce que ni l'évêque ni ses fidèles ne croient, parce que le Conseil d'Etat n'a point pour eux d'autorité en matière de discipline ecclésiastique et que, d'ailleurs, l'appel comme d'abus est prohibé par l'article 41 du Syllabus. Le gouvernement se donne un autre droit que la curie ne reconnaît pas davantage. Il relire aux évêques et aux curés séditieux leur traitement concordataire, leur infligeant de la sorte, sans élégance, une peine sans efficacité, puisque ce traitement est rendu à l'évêque et aux curés par les contributions des fidèles. Voilà ce que peut un ministre des cultes sur un évêque.
Et Rome le sait bien. Pour elle, le Concordat ne fut jamais un traité. C'est un passe-port. C'est le papier qui lui donne ses sûretés et la libre circulation dans la République. Elle y tient pour cela. Sans ce papier, elle perd son signalement et son nom en France.
En son allocution consistoriale du 27 septembre 1852, et par l'article 55 du Syllabus du 8 décembre 1864, le pape Pie IX a mis au rang des principales erreurs de notre temps cette proposition que l'Eglise doit être séparée de l'État, et l'État de l'Église.
L'Église, en effet, ne peut volontiers se laisser exclure des États où elle prétend dominer. Si, par le Concordat, elle ne dirige pas les affaires de la France, tout au moins elle y participe. Le Concordat est le dernier et précieux vestige de son antique union avec l'État et l'endroit par lequel elle peut espérer encore reprendre le gouvernement des mœurs et ramener le