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POUR LA RUSSIE

prêts, sans doute, à prendre, à un taux rémunérateur, l'emprunt du tsarisme aux abois pour le placer ensuite, au mieux de leurs intérêts, dans le public trompé par la presse vénale. C'est ce qu'ils appellent unir au patriotisme français le patriotisme européen. Mais, cette fois, ils risqueraient de mettre notre pays à deux doigts d'une catastrophe.

Souscrire en France ce nouvel emprunt russe, que la finance allemande n'a pas voulu prendre, y pensent-ils? Mais, souscrire cet emprunt, ce serait souscrire à la plus cruelle et à la plus inepte des guerres ; ce serait souscrire à l'oppression d'un peuple, ce serait souscrire au crime et à la démence. Non ! il ne faut pas qu'il se place en France, l'emprunt de guerre et de répression, l'emprunt de désastre et de délire, l'emprunt des fusillades et des massacres, l'emprunt sanglant. Le prendre, ce serait un crime. Songez-y !

La Russie est immense et possède d'incalculables richesses. Elle sera toujours là pour payer le prix convenu des capitaux qu'elle a reçus. De ce côté, rien à craindre. Mais le tsarisme? Ses jours sont comptés. Le tsar et son règne seront peut-être emportés demain.

Le gouvernement populaire, qui prendra sa place, ne niera pas la dette de la Russie. Il ne répudiera pas les engagements pris antérieurement au jour du crime. Mais il ne reconnaitra pas les emprunts contractés après le 22 janvier 1905. Le parti libéral l'a annoncé dans une proclamation qui portait, parmi

de nombreuses signatures, le nom de Maxime Gorki. Le prochain gouvernement russe ne reconnaîtra pas l'emprunt de massacre et de guerre civile. Voilà, Citoyens, des avertissements utiles. J'ai dit ce qu'il fallait dire, ce que diraient tous les journaux, s'ils étaient libres. Pour la plupart, ils se taisent. Je ne me flatte pas, pourtant, d'avoir parlé le premier, d'avoir, le premier, poussé le cri d'alarme. Un esprit des plus fins et des plus modérés, pour ne citer que celui-là, Jean Finot, a dit avec force, dans un article récent de la Revue qu'il dirige : oc Tout parle contre la possibilité d'un nouvel emprunt russe. Nos intérêts matériels, nos intérêts moraux. Il s'agit d*éyiter notre ruine matérielle, d'abord, et de sauver la dignité morale de la France, ensuite. »

Sans rien ajouter à ces fermes paroles, nous dirons à la petite épargne : « Ne vous inquiétez pas. Mais prenez garde. Il y a du sang sur le rouble, et il baisse. »

Mortel à la Russie, le tsarisme est un danger pour tous les peuples civilisés, et ce ne sont pas ses alliés qui ont le moins à craindre de lui. Citoyens, ouvrons cette séance en nous proclamant tous les ennemis du tsar et les amis de la Russie.

Toast porté

au banquet offert à Aristide Briand,

à la suite du vote de la loi de Séparation,

le 6 juillet 1905.

Citoyens,

Vous venez d'entendre dans ce banquet les héros, les protagonistes du drame heureusement dénoué de la Séparation. Pourquoi m'appelez-vous à parler après eux ? Je n'eus point de rôle dans la pièce. Je n'y tins pas même l'emploi du pédagogue ou du messager.

Je suis le peuple, je suis la foule, je suis le chœur. Mais rassurez- vous, je ne dirai qu'une strophe. Elle sera bachique, car je la dirai la coupe à la main.

Je bois à Francis de Pressensé qui, par sa proposition de loi sage et méditée, a fourni à la Chambre les éléments d'une discussion approfondie ; A la commission qui a élaboré le projet; Au citoyen ministre Bienvenu-Martin, qui l'a sou- Note. — Ce banquet a eu lieu dans les Salons de l'Hôtel Moderne, sous la présidence de M. Bienvenu-Martin, ministre des Cultes.

tenu avec un rare talent et une conviction sincère r Au rapporteur, qui, avec les ressources d'un esprit fertile, l'éloquence la plus persuasive et le zèle le plus ardent, a soutenu victorieusement une discussion longue et difficile :

A Aristide Briand.

Lettre lue

à l'inauguration du Monument

de Pierre Laffitte, à Beguey,

le 30 juillet 1905.

Monsieur le Maire,

Je regrette bien vivement de ne pouvoir assister aux fêtes de Beguey, et de ne pas célébrer avec vous, comme vous m'y invitez gracieusement, la mémoire bien chère, bien vénérable et bien douce de notre ami Pierre Laffitte. J'ai eu le bonheur de l'entendre souvent mener, sur vos coteaux de vignes, ces causeries familières où il montrait tant de philosophie et une si belle humeur. Il faut avoir reçu la naissance au bord de la Garonne pour être sage avec cette vivacité et pour donner à la raison un tel éclat, au bon sens une telle fantaisie. C'est admirable comme l'esprit gascon vous anime et vous humanise la plus haute et la plus grave doctrine !

Vous entendrez, en cette belle cérémonie, M. Du-

NoTE. — Cette lettre a été adressée à M. le Maire de Beguey.

jardin-Beaumetz par qui la République couronnera le buste du sage ; vous entendrez M. Cazeaux-Cazalet, député de Cadillac; M. Ahmed-Riza, représentant de la Jeune Turquie; M. Frédéric Harrison, directeur du Positivisme anglais; M. Fernand Lalaste, secrétaire de votre comité.

M. Emile Corra va dire, avec l'autorité de la fonction et le charme de son talent, comment Pierre Laffitte, à qui échut l'héritage intellectuel d'Auguste Comte, sut le conserver et l'accroître et comment le disciple continua l'enseignement du maitre. Pour moi je n'ai pas le droit de parler au nom des positivistes. Je ne suis pas disciple du philosophe le plus profond et le plus original du dix-neuvième siècle : ainsi convient-il de désigner Auguste Comte alors qu'on n'est point de son école. Je ne suis pas positiviste. Pierre Laffitte le savait. Il ne me rejetait pas pour cela dans les ténèbres extérieures ; il me gardait une place dans son Eglise universelle, ou, si le mot sonne mieux sous le ciel bleu de la Gironde, dans sa République. Il me rangeait parmi ceux qui ne croient pas volontiers ce qui n'est pas croyable. Ceuxlà, il les appelait les esprits émancipés et il les faisait asseoir, dans les jardins d'Auguste Comte, à côté des philosophes positivistes et des dames éminentes. Place à mes yeux comme aux siens très agréable et très enviable.

Un esprit émancipé, selon la définition de Pierre Laffitte, c'était un esprit affranchi des préjugés théocratiques, exempt des vaines terreurs qu'inspirent

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