‹ Vers les temps meilleursChapitre 35 sur 50 · ANNIVERSAIRE DE « J'ACCUSE · texte numérisé non relu

ANNIVERSAIRE DE « J'ACCUSE

dune honnèle et vigoureuse parole, comment le Dreyfusisme fut pour quelques-uns un instrument de perfectionnement moral.

Oui, certes, de cette affaire Dreyfus, si pleine de hontes et de crimes, devait sortir pour la France... peut-être faudrait-il dire pour le monde (car cette chose française fut une chose universelle) devait sortir une pensée meilleure et le pressentiment d'un ordre nouveau. Et déjà nous avons vu quelques grands effets de cette rénovation morale d'un peuple. On ne peut nier que l'affaire Dreyfus n'ait tué en France la théocratie, détruit l'armée des moines, renversé le parti noir, ouvert la voie à l'esprit laïque et socialiste.

Pourtant ne nous flattons pas. Dans cette marche vers la justice sociale, dans ces efforts pour la libération des esprits et des corps, que d'incertitudes, de lenteurs et de retours en arrière !

Combien peu nous avons gagné au regard de ce qu'il nous reste à obtenir. Nous n'avons pas même encore réalisé la réforme qui paraissait la plus urgente, la suppression des Conseils de guerre. En ce moment même, est-ce que les conquêtes de la justice et de la raison, encore mal assurées, ne risquent point d'offenses? Le parti^de l'injustice et de la violence a-t-il désarmé? La race des Méline, des Dupuy, des Billot est-elle éteinte ?

Citoyens, il convenait peut-être de rappeler le grand acte de Zola, la lettre a J'accuse », au moment où les vieux complices des faussaires, tout le monde

noir, ces cléricaux et ces nationalistes qui cherchèrent dans l'affaire Dreyfus des moyens de combattre l'esprit moderne, croient, à l'heure qu'il est, avoir retrouvé des forces, une discipline, un chef, leur Doumer, qu'ils méditent de porter à l'Elysée.

Ils nous promettent une présidence de réaction et de démagogie ; un septennat propre à réjouir le patriotisme du Gesù et de la finance internationale, un septennat de religion et d'affaires. Ils ne nous le donneront pas. Ils ne réussiront pas à former à Versailles une majorité de complot et de trahison. Mais ils l'ont tenté et leur audace nous avertit du danger. N'oublions pas que nous fûmes menacés d'un règne d'aventures financières et coloniales. N'oublions pas que la présidence de l'élu des nationalistes et des cléricaux nous entraînerait dans des expéditions lointaines, dans une guerre d'Afrique, peut-être, qui détournerait au profit de quelque maison de banque, des armes qui doivent être réservées à la défense de l'héritage intellectuel et moral de la France, à la garde de cette terre féconde de la philosophie et de la Révolution, qui porte en elle les germes précieux — je les vois qui lèvent — de la justice sociale et de la paix universelle.

Après radoplion de l'ordre du jour, M. Anatole France prononce les paroles suivantes :

ANNIVERSAIRE DE t J'ACCUSE *

Citoyennes et Citoyens,

Ne nous séparons pas sans acclamer l'organisateur de la partie artistique de cette réunion, l'ami, le compagnon, le collaborateur d'Emile Zola, l'illustre maître Alfred Bruneau.

Il ne se sépara pas de son ami aux heures mauvaises. Que leurs deux noms soient unis dans la gloire.

Adressons enfin nos hommages respectueux à Madame Emile Zola, dont le cœur se trouva si grand «l si ferme dans l'épreuve. ♦

Discours prononcé

au meeting pour la Paix,

au sujet de la conférence d'Algésiras,

le 20 janvier 1906.

Citoyennes et Citoyens,

L'objet de cette réunion est d'examiner les conditions dans lesquelles se traitent les affaires extérieures de la République et de considérer les effets du secret diplomatique dans une démocratie. Avant (je donner la parole aux citoyens Jaurès et Séailles sur cette question qui intéresse, au plus haut point, la sécurité du pays, je me permettrai de présenter quelques remarques très simples et, pour ainsi dire, préliminaires. Je prononcerai des paroles rapides, mais nécessaires, heureux si je parvenais à exprimer votre pensée en même temps que la mienne. Ce qui me le fait espérer, c'est que des démocrates et des socialistes ne peuvent pas penser de deux manières sur la guerre et la paix.

Nous voulons que la paix ne soit pas troublée. Nous le voulons fermement. Des hommes graves et

Note. — Ce meeting organisé par L'Humanité et Le Courrier Européen se tint dans la Salle du Grand Orient, sous la présidence de M. Anatole France, assisté de MM. Frédéric Passj, Charles Richet et Sidi Abd-el-Hakim.

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