‹ Vers les temps meilleursChapitre 36 sur 50 · CONFERENCE D'ALGESIRAS · texte numérisé non relu

CONFERENCE D'ALGESIRAS

de graves journaux nous l'ont reproché avec sévérité. Ils nous ont accablé de railleries et de sarcasmes. Au fond, ceux qui nous blâment le plus amèrement ne sont pas plus que nous ennemis de la paix ; ils ne souhaitent pas plus que nous la guerre étrangère. Mais ils en veulent la menace. Ils veulent que le péril soit toujours écarté, mais qu'il soit toujours présent. Ils ne veulent pas que l'engin éclate, mais ils veulent qu'il soit chargé. De là ces inquiétudes perpétuelles de guerre que sèment, à dessein, les chefs des partis réactionnaires et les rédacteurs des journaux nationalistes et modérés.

Ceux qui répandent ces bruits sinistres n'y croient eux-mêmes qu'à demi et, le plus souvent, ils n'y croient pas du tout. Mais ils trouvent de grands avantages à ce que le peuple y croie. Ces avantages, vous les connaissez, Citoyens. Ils sont politiques et financiers. Un peuple sous le coup de la guerre et de l'invasion est très facile à gouverner. Il ne réclame pas de réformes sociales. Si, d'aventure, il s'y trouvait des prolétaires assez entêtés pour demander aux ministres et aux députés de hâter le vote de quelque loi sur l'extension des syndicats ou sur la journée de huit heures, tous les sages qui nous gouvernent auraient bientôt fait de répondre : a Prolétaires, ce n'est pas le moment d'améliorer votre sort. Nous ne devons penser qu'à faire fondre des canons». Et que répliquer à cela?

Sous le coup de la guerre et de l'invasion, un peuple ne chicane pas sur les armements et les four-

nitures militaires. Et cela est excellent pour les syndicats de financiers et d'industriels auxquels le patriotisme ouvre une source abondante de gains. Les menaces de guerre, Citoyens, mais c'est pain bénit pour la réaction. Par une seule menace de guerre on fait, en six semaines, plus de tort au socialisme que ne lui en firent, en vingt ans, par leurs discours et leurs votes, les parlementaires bourgeois.

C'est pourquoi nous nous méfions quand on nous dit:

— Prenez garde. Nous sommes menacés d'une guerre.

— Avec qui ?

— Avec l'Allemagne. N'entendez- vous pas le kaiser qui, sous ses moustaches irritées, jette des paroles menaçantes?

— Mais oui, mais oui, nous l'entendons bien. Le kaiser est un grand prince', qui fait comme les princes dé notre République, qui sont aussi de grands princes. Il veut nourrir son peuple dans la terreur salutaire de la guerre.

Le peuple allemand ne veut pas la guerre. Et l'on ne dit pas la vérité quand on prétend qu'il la veut.

Le peuple français ne veut pas la guerre. Cela aussi est certain.

Sommes- nous des enfants pour qu'on nous dise: Soyez sages, ou le grand diable d'Algésiras vous mangera?

Citoyens, le grand diable d'Algésiras ne mangera personne. Mais il ne faudrait pas que nos gouver-

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