BOSQUET DF LA REINE
premier bosquet, en sortant de l’orangerie, est celui de Vénus ou de la Reine, autrefois le labyrinthe. Ce bosquet a pris son nom d’un entrelacement de plusieurs allées bordées de palissades . où on pouvait s’égarer. A chaque détour on trouvait une fontaine ornée de deux bassins en rocailles et d’une fable d’Esope en sculpture. Le dessin de ces fables fut donné par Lebrun , et les inscriptions en vers qui se trouvaient au-dessous, composées par Benserade y M) À l’entrée était une statue d’Ésope , et une autre de l’Amour. Le temps qu'on passait à examiner chacune de ces fables , et à lire les vers, faisait oublier la route qu’on devait suivre; tels étaient les jeux d’esprit et le genre d’embellissement des jardins : on n’était pas en core tombé dans le romantisme , qui amena les chaumières, les chapelles et les tombeaux. Ce bosquet a été changé en une plantation fort belle d’arbres exotiques , dont le milieu forme un quinconce de tulipiers, qui entoure la statue de Vénus. Le portrait de La Fontaine et une circonstance touchante de sa vie nous ont paru bien placés dans un lieu qui retrace le souvenir de son maître.
C’est dans ce bosquet que fut jouée celte scène qui fit tant de bruit , où un homme d’un rang élevé, mais d’un caractère faible, fut la dupe d’une intrigante effrontée, la scène du cardinal de Rohan et de mademoiselle Oliva. Une taille
ou
\\4 \ i: ii s a 1 1. l i:s viNciiiN i; t i\i o i) i: n es i;
assez semblable à eelle île la reine Marie-Antoinette, r imitation d'un costume (|u'elle portait queliiuefois , et surtout la préoccupai ion d’une âme exaltée, firent supposer au cardinal qu’il avait enfin retrouvé la faveur qu'il savait avoir perdue par son inconséquence, et qu'il aurait voulu reconquérir au prix de sa fortune entière. Si la malheureuse princesse eût été coupable, le mystère eût couvert ses torts, mais l'indignation de la vertu outragée donna plus de prise à la malveillance que ne l'aurait fait la faiblesse, et commença la longue suite des malheurs dont elle finit par être victime.
ii quittant le bosquet de la Reine, on traverse le quinconce du Midi et les beaux marronniers qui le composent , pour arriver à l'ancienne Ile d' Amour, aujourd’hui le bosquet du Roi. Le goût exclusif de la magnificence explique la durée des jardins réguliers : on voulait étendre au dehors celle décoration, celle pompe, celle symétrie, qui semblaient d'accord avec les appartements. Les anciens tombèrent dans les mêmes travers : les jardins d’Alcinofls et de Xénophon étaient des espèces de quinconces et de potagers. La description du Laurent um de Pline pouvait être celle d’un jardin hollandais, avec des allées droites bordées de figures en buis ou en charmille; e( Juvénal regrettait avec raison de voir de belles eaux enfermées dans des bordures de marbre ou de pierre. Les villa italiennes firent faire quelques progrès au véritable genre des jardins, en admettant de vastes bosquets irréguliers; mais il fallait revenir franchement à la nature, et ne considérer les jardins que comme une partie plus ornée, plus soignée du pays, se joignant à lui par des transitions naturelles ; voilà ce que les Anglais ont bien conçu, et ce que l’on a voulu imiter dans le bosquet que représente celte gravure.
En effet, ici la scène change, et le genre symétrique a fait place à une composition naturelle et gracieuse. Depuis longtemps les conduits d’eau qui alimentent le bosquet nommé l’Iled’ Amour s’étaient détériorés, et ce lieu n’était plus qu’un
VEUSAILLLS
marais dont les exhalaisons devenaient plus dangereuses pendant l’été. Louis X \ 11 1 y fit exécuter des travaux qu’il confia à M. Dufour, et qui employèrent , pendant l’hiver si rigoureux de 1816, un nombre considérable d'ouvriers. Le bosquet fut changé, au printemps, dans un des plus agréables pleasvre groin i qu’on puisse voir. C’est aujourd'hui la promenade favorite des habitants de Versailles, qui y trouvent un gazon vert, de beaux ombrages , une abondance de fleurs et d'arbres exotiques qu’on trouverait difficilement aussi bien réunis ailleurs.
Bosquet de l’Ile d’Amour ou Ile Boyale. La duchesse de Montausier.
On doit le dire cependant au sujet du bosquet qui fait aujourd’hui le charme de Versailles, celui qu'il a remplacé sous le nom de l lle-Royale ou l’Jle d’Amour ne manquait pas d’agréments, L ne grande masse d'eau, ombragée de beaux arbres, attirait, dans ce temps comme aujourd’hui, toute la société à la mode. C’est là qu’avaient lieu sans doute ces réunions, ces entretiens, qui, depuis le cardinal de Richelieu, faisaient l’agrément et presque la gloire de la cour de France.
ANCIEN ET MODERNE. 577
Pour juger du charme de celle société élégante, de ces conversations si animées, si piquanles, nous ne remonterons pas au genre mystique et pédant du règne de Louis XIII, ni à l'afféterie des précieuses, qui suivit ; nous ne citerons qu’une des personnes dont l'esprit , le rang et la bonté furent si célèbres et si célébrés , la duchesse de Monlausier ou Julie d’Angenne. C’est chez elle que se rassemblait celle société qui fonda en France la véritable politesse, l’usage du monde elles premières lueurs de l’esprit naturel. C’est là que brillaient madame de Montespan et ses deux sœurs, mesdames de Sévigné, de Lucie, de Gramont et quelques-unes des grandes dames de la Fronde. Les Montbazon, Cbevreuse , Nemours, Longueville, puis celles qui parurent bientôt après, mesdames de La Sablière, de La Fayette; etc. Quant aux hommes, il serait difficile de les énumérer, car c'étaient à la fois les plus grands seigneurs , les hommes de lettres les plus distingués dans ce siècle qui fonda l’empire des lettres. Dans ces belles salles de verdure et de gazon , on aime à se représenter quelques-unes de ces lectures qui attiraient toute la cour, mais où ne paraissaient que les intimes. Ce sera peut-être mademoiselle de Scudéri , qui trouvait Versailles un lieu enchanté quand l’enchanteur y était , et qui lisait quelquefois ses romans devant le grand Condé; ne serait-ce pas aussi Molière , qui, étendu, selon son habitude, dans un grand fauteuil, faisait lire une de ses pièces à sa troupe? J’aime mieux penser que c'est madame de La Fayette qui lit la Princesse de Clèves devant l’auteur des Maximes.
Fontaine de Diane. — Parterre du Mord.
WiVlft ous venons de décrire les trois bosquets extérieurs du midi, marqués sur le petit plan (page 454) parles n0i 7, Sel 1), nous traversons alors pour examiner les trois bosquets semblables, au nord, marques des nus 10, Il el 12, qui nous conduiront au parterre du Nord. Le premier de ces bosquets, nu 10, est celui de l’Obélisque, ainsi nomme d une immense gerbe, qui présente la ligure d’un obélisque; le second l’Etoile, à cause des allées qui se croisent; le troisième enfin du Rond-Vert , ancien théâtre d’eau , dont un boulingrin occupe le milieu. Arrivé à ce point , on se trouve en face d'une des parties du jardin de Versailles les plus agréables , el connue sous le nom de parterre du Nord, comprenant l’allée d'Eau et le bassin de Neptune.
Ici nous allons trouver à Le Notre un rival dans le célèbre Perrault , qui a donne le plan de toute celte partie du jardin, peut-être la plus brillante.
De la grande terrasse ou parterre d’Eau, on descend dans le parterre du Nord par un escalier en marbre. A droite et à gauche, sur une tablette couvrant le mur qui soutient la terrasse, sont quatorze vases de bronze , fondus par Duval. Aux angles de l’escalier sont deux statues d’après l'antique, l’un, Milon, parFaggen; l’autre, Vénus pudique, par Coysevox.
On arrive en face de la fontaine de la Pyramide (Voyez l'entourage du plun de Versailles, page 150), composée de quatre cuvettes ou vasques les unes sur les autres, décroissant en forme de pyramide, et surmontées d’un vase d'où l'eau s’échappe avec force et forme, en retombant de cuvette en cuvette, autant de masses d’eau , qui vont se perdre dans la fontaine de Diane. Cette fontaine consiste en un bassin carré, encadré dans de grandes dalles de marbre blanc, couvert d’élégants basreliefs de Girardon. Le lionne el Legros. C'est tout à fait une fabrique italienne; ainsi
V K I! S A 1 1, 1, K S A N Cl !•: N I :i M U L) E II IN I-:.
que la fontaine de la Pyramide, elle domine l’allée d'Eau , charmante concepl ion, qui, à l'exemple du Tapis Vert, sépare deux bosquets autrefois célèbres, aujourd’hui abandonnés, les bosquets des Trois-Fonlaines et de l’Arc-de -Triomphe.
Alice d'Eau.
L’allée d’Eau est un long espace bordé des deux côtés de bandes de ga- «agy zon , sur lesquelles sont quatorze groupes d’enfants en bronze , alternés avec ^es '*s biillés en cône. Ces groupes reposent sur des socles de marbre et dans des bassins de même matière d’un seul bloc ; ils soutiennent une petite cuvette, d’où s'élève un jet d'eau.
Ces groupes variés sont dus au ciseau de Legros, Le Honge, le Rambue et Marcelin. Ils sont d’un très-bon travail, et lorsque les eaux sont en mouvement, que la fontaine de la Pyramide , qui les domine , et celle du Dragon , qui termine , répandent leurs jets d’eau dans les airs, il n'y a pas de plus beau et de plus agréable spectacle. La fontaine du Dragon eut autrefois beaucoup de célébrité, lorsque le
V K USAI LU' S A MCI KM Kl MODKKMK
;su
serpent Python lançait du milieu un jet d'eau de quatre-vingt-cinq pieds, composition de Gaspard de Marsy, à peu près détruit aujourd’hui.
Celte allée plaisait particulièrement à une personne célèbre qui venait s'y promener souvent lorsque Louis XV faisait travailler au bassin de Neptune. C'était madame Du Barry, brillante de fraîcheur et d’éclat. Le petit nègre, qui tient la queue de sa robe , c'est Zamor, qu’on ne voyait passer à Versailles qu'avec une sorte de curiosité , et qui, pour beaucoup de gens, jouissait d'une sorte de consi dération. On disait un jour à la malheureuse reine, alors dauphine, qui désirait obtenir la grâce d'un condamné: « Madame, s'il fallait la demander à la favorite, <c le feriez vous? — Oui , sans doute , répondit-elle; j’irais jusqu’à implorer Zamor.
Madame Du Barry.
Bassin de f îî ne.
Jamais on n’a trouvé ces rives sans zépiiirs.
Flore s’y rafraîchit au sein de leurs soupirs ;
Les nymphes d’alentour, souvent, dans les nuits sombres, S’y vont baigner en troupe a la faveur des ombres.