AUTEUIL
Auteuil est un des lieux les plus agréables des environs de Paris, on le prendrait pour un village anglais transporté près de la capitale2. Il est surtout remarquable par les personnages. célèbres qui l’ont habité. Rappelons d’abord ses souvenirs, nous parlerons après de ses agréments.
Maison du chancelier d’Aguesseau, a Auteuil.
Mon ami, allez oublier devant le roi femme el enfants, perdez tout , hors l’honneur ! C’est ainsique s’exprimait madame d’Aguesseau, lors-
■ On peut ajouter au nom de tous ces habitants célèbres de Passy ceux de l’abbé Raynal , de l’abbé
Giraud et de Piccini, qui y fut enterré en 1800.
3 Auteuil , lieu favori , lieu fait pour les poêles ,
Que de rivaux de gloire unis sous tes berceaux !
Chénier , Promenade.
ANCIEN ET MODERNE
que le chancelier partait de sa maison d’Aiitenil pour aller à Versailles s’opposer à l’enregistrement de la bulle Unigenilus'.
Paris fut presque toujours le lieu de sa résidence , mais , lorsque son opposition à des mesures injustes ou impolitiques lui valaient l’honneur de la disgrâce, c’était à sa maison de campagne d’Auteuil qu’il se retirait; ce lut là que mourut près de lui Anne d’Ormesson, sa femme, sa digne émule.
Elle fut enterrée dans le cimetière d'Auteuil; et d’Aguesseau mourant demanda que son corps fût placé près de celle dont la mort seule l’avait pu séparer.
Leurs enfants et quelques amis obtinrent plus tard que leurs cendres fussent exhumées et transportées en face de la porte del’égtise, sous un mausolée dont Louis XV voulut fournir le marbre. C’est le petit monument que Le chancelier if Aguesseau, représente cette vignette , il consiste dans un obélisque de marbre sur monté d’un globe et d’une croix dorée.
Tombeau du chancelier d’Aguesseau.
D’Aguesseau consacra toute sa vie à la défense de l’innocence et du malheur: il pensait en philosophe, disait-on, et parlait en orateur. Ses ouvrages sont la peinture de son âme et de son esprit , et l’histoire de
1 C'est ici que l’on forge désarmés contre Rome, disait à d'Aguesseau le nonce Quirini. Non, monsieur, répondit vivement le chancelier, ce ne sont point des armes, mais des boucliers. Phks.Hkiuut.)
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s;i vie doit servir éternellement de modèle à ceux qui embrassent sa noble profession.
La maisonnette1 * * 4 où Boileau mettait si bien à prolit les jours que lui filail la Parque'1 est encore à peu près telle qu’il la possédait en 1685, mais moins considérable. Il ne reste plus aujourd’hui que la partie où se trouvait l’escalier, une petite salle basse et un premier étage de trois pièces1. Un nouvel et grand édifice a été construit au milieu du jardin dessiné à l'anglaise, et on n’a conservé de I ancien verger qu'un groupe de vieux arbres que le propriétaire a laissé subsister. On y chercherait en vain le jeu de quilles, délassement favori du poète, qui se reconnaissait le double talent de société de faire des vers et de jouer aux quilles1. Il en est de même du berceau qu’il affec-
1 Hue île Boileau, n. 18.
J Épitre II, vers 10.
5 Cette maison, du temps même de Boileau, était fort petite et peu agréable. Voltaire, qui la vit à une époque reculée, en parle de la sorte ; et l'on ne conçoit pas (pie le poète, qui jouissait d’une sorte d'aisance, n'y ait pas fait de changements.
4 rie île Boileau , par ltacine le tils.
ANCIEN ET MODERNE
lionnait; mais celui-ci lut détruit de son vivant : on sait le chagrin qu'il en éprouva 1 .
Us ont également disparu ces abricotiers et ces citernes qui soupiraient apres te président de Lamoignon2 * , et ces massifs silencieux de grands arbres où le poète
Rêveur, capricieux , Tantôt baissant le front , tantôt levant les yeux , De paroles dans l’air par élan envolées,
Effrayait les oiseaux perebés dans ses allées
Si l’on appelle la lidèle Babet, c’est un portier qui vous répond, et l’on peut faire impunément des fautes de français , sans que le poëme de Chapelain soit là pour vous punir 4.
Boileau passa dans cette chétive demeure la plus grande partie de sa vie et y composa ses admirables ouvrages. Il nous révèle lui-même sa manière d’y vivre.
Tantôt , un livre en main , errant dans les prairies , J’occupe ma raison d’utiles rêveries :
Tantôt cherchant la fin d’un vers que je construi Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui.
Mais le plus souvent plongé dans le travail , il élaborait avec peine ses vers si faciles; et son épître à son jardinier prouve suffisamment combien il souffrait de sa tâche pénible , combien les fatigues de l’esprit , les tour-
1 Le Verrier, à qui Boileau avait vendu cette maison sur la fin de sa vie , en avait laissé la jouissance au poëte, qui venait quelquefois s'y promener. S'apercevant un jour que le bosquet était abattu, il dit en soupirant : Je ne suis plus le maître ici ; et il n'y revint plus.
2 /psi te fontes, ipsa hæc arbuta vocabant.
(Lettre de Boileau à Lamoignon.)
5 Épitre à son jardinier.
* On était condamné à lire un certain nombre de vers de la Pucelle , suivant la faute que l’on avait aite. « La faute était grande , dit Racine le fils , quand le coupable était condamné à lire vingt vers ; « lire la page entière était considéré à l'égal de la peine de mort. » Kacine, qui connaissait parfaitement son ami Boileau et l’horreur qu'il avait pour les fautes contre la langue , avait soin , lorsqu'il allait lui lire des lettres de son fils aîné, qui était on pays étranger, de corriger les fautes qui lui avaient échappé.