‹ VersaillesChapitre 14 sur 115 · V ER S A I E E E S · texte numérisé non relu

V ER S A I E E E S

sophic sous un prince arbitraire et superstitieux. Les vices bravaient la puissance , mais ils tremblaient devant le ridicule : une voix hardie s’éle vaut du milieu d’une modeste campagne lit plus que la foudre lancée du trône ou de la chaire.

C’est principalement la vie privée des hommes distingués qu’on aime à retrouver aux lieux qu’ils ont habités; ce sont leurs moeurs, leur caractère qu’on y recherche. Nous avons représenté Boileau au milieu de ses amis, de ses admirateurs; Boileau indépendant, célibataire, éloigné, par diverses raisons, du commerce des femmes et des succès de société , tout entier aux jouissances et aux combinaisons de l’esprit. Il n’en était pas de même de Molière, du tendre et passionné Molière, en proie aux tourments de la jalousie, et cependant le critique si spirituel de la jalousie. Molière était doux, généreux, confiant, et surtout social. 11 avait besoin d’être ci touré; il aimait à discourir. Une de ses plus tendres affections fut pour le jeune Baron, qu’il avait élevé, qu’il aimait comme son fils, et qui ne le quitta jamais. C’est lui qu’il consultait habituellement sur ses ouvrages; il lui adjoignait sa servante, et c’est ainsi que nous l’avons représenté assis dans ce grand fauteuil qu’on a conservé. Ce petit public

ANCIEN ET MODERNE

singulier jugeait en premier ressort les vers qui devaient bientôt produire l'enthousiasme et l’admiration.

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ez des grands hommes et des poëtes ; n’est-il pas une étude et un genre de bonheur qui remplace la célébrité, ou qui console, au moins, de sa perte, la philosophie, et n’est-ce pas à Auteuil qu’elle a tixé longtemps son séjour près d’une femme jolie4, aimable, bonne, qui combattait ses erreurs et encourageait ses bienfaits? Si vous étiez entré dans ce jardin , il y a quarante ans, vous y auriez trouvé, près d’une volière, celle que Franklin appelait la Notre-Dame d’Auteuil, (pie les philosophes nommaient leur

1 Vous avez dernièrement passé sans me regarder, disait madame Helvétius à Fontenelle.— Madame , répondit-il , si je vous avais regardée , je n'aurais point passé.

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Egérie, et qui rendait heureux tout ce qui I entourait , même les oiseaux' (d les chats2. C’est en sa présence que les hommes les [dus distingués du dix-huitième siècle se livraient à ces luttes intellectuelles de h esprit, du savoir et de l'imagination. Et sur quelles questions? sur celles qui embrassaient le système entier de* la nature : l'homme, la pensée, l’entendement, la destinée enfin. Mais, hélas! le ciel s’obscurcit , le tonnerre gronde, cette foule savante se disperse, ces hommes chers aux sciences, à l’humanité, ont subi le joug d’une nouvelle tyrannie , celle de l'ignorance , la plus cruelle de toutes. Quelques-uns d’entre eux seulement viennent encore respirer l’air de la nuit et chercher un asile sous ces mystérieux ombrages. Leur amie, leur bienfaitrice cherche en vain à leur donner de la confiance et à les rassurer sur leur sort pour qu'ils ne craignent point de compromettre le sien; elle n’y parviendra pas, ils périront plutôt (pie de lui faire partager leurs dangers: pauvre Loucher ! généreux Condorcet !... Mais Madame llrlv^iiii». l’orage a cessé de gronder , le jour reparaît, elles savantes conversations d’Auteuil ont repris leur cours. La France n'a plus à souffrir que delà gloire, que de cette terrible passion de conquérir le monde, et c’est encore ici qu’on entend les belles paroles de madame Helvétius au jeune héros qui se lançait dans celte carrière aventu-

F.llc avait tellement apprivoisé les oiseaux de sa volière que , lorsquelle leur en ouvrait la porte , ils se groupaient autour d'elle, ne la quittaient point et rentraient dans leur cage après être restés un moment près d’un bassin qui subsiste encore.

3 Son grenier était plein de chats qu’elle nourrissait et qui ne se souciaient ji plus de prendre des souris ; enfin lorsqu'il y en eut une trentaine, on fut obligé' de les chasser et on eut bien de la peine à l'obtenir de madame Helvétius.

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