EK S A I LL L S
pour la restauration, et la restauration enfin pour l'ordre de choses actuel. Ce magnifique palais fut construit en IG60, par le duc d’Orléans, frère de Louis XIV, qui chargea Le Faute et Girard d’en tracer les plans; mais bientôt survinrent Mansard , Le Nôtre et Mignard qui rivalisèrent de talent pour en faire une résidence digne du frère du grand roi. Mignard y déploya toute la vivacité de son imagination dans une galerie qui existe encore. Le Nôtre sut vaincre les difficultés du terrain dans les jardins qui entourent le palais , et dans une profusion de belles eaux qui mérita d’être chantée par Delille1 . On y donna de très-belles fêtes en 1752, à l’occasion de la convalescence du dauphin, père de Louis XY1. En 1782, Louis-Philippe , duc d’Orléans, vendit à la reine Marie-Antoinette Saint-Cloud et toutes ses dépendances. On y lit alors de nouveaux travaux. La reine y résidait souvent ; elle y fonda un hospice. Tombé dans l’oubli pendant dix ans, Saint-Cloud se ranima le 10 novembre 1701) (10 brumaire an Vlll), par une de ces révolutions qui établissent leur date parmi les époques célèbres. — Un général , couvert des lauriers de la victoire , entre armé au milieu de la représentation nationale; il en disperse les membres, comme jadis Cromwel dans le long parlement. Niais , différent de ce dernier, il ne soumet ainsi son pays que pour y rétablir l’ordre, la religion, et l’élever au plus haut point de gloire. Devenu empereur, Napoléon eut toujours de la prédilection pour ce heu , qui avait été le berceau de sa puissance. L’impératrice l’habitait au moment de la révolte de Mallet, et l’habiterait peut-être encore si elle s’y était établie , et n’avait pas voulu le quitter en 181 4.
Le souterrain par lequel passe le chemin de fer s’étend sous le parc de Saint-Cloud pendant la longueur de plus de cinq cents mètres. C’est un magnifique ouvrage, et qui, des deux côtés, présente l'aspect le plus pilto-
Tel j'ai vu de Saint-Cloud le bocage enchanteur, l.'ocil de son jet hardi mesure la hauteur ,•
Aux eaux qui sur les eaux retombent et bondissent . Les bassins , les bosquets, les grottes applaudissent : Le gazon est plus vert, l'air plus pur; des oiseaux Le chant s’anime au bruit de la chute des eaux .
Et les bois inclinant leurs tiges arrosées Semblent s'épanouir à ces douces rosées.
Deliu.k, Jardins, chant in.
ANCIEN ET MODERNE
(il)
resque. En en sortant, le chemin va rejoindre la grande roule et presque loucher à l’autre chemin de fer que nous allons examiner.
Ce chemin plus court que l’autre, partant de quartiers entièrement différents , apà Versailles tout le pays latin , les écoles , les employés des ministères et les riches habitants du faubourg Saint- Gernain. Son point de départ est delà place même de Saint-Sulpice, à laquelle il arrive par un plan incliné , qui rachète la hauteur des collines environnant Paris. A peine a-t-il dépassé la barrière du Maine , qu’il entre dans la plaine célèbre de Grenelle , champ de bataille des Gaulois et les lieutenants de César; depuis le foyer des conspirations; enfin le
lieu des exécutions militaires. Autrefois déserte , la plaine de Grenelle
forme aujourd’hui avec \augirard une petite ville denviion six mille habitants, composée en grande partie de cabarets où les ouvriers de la rive gauche de la Seine vont chercher, tous les dimanches , le plaisir plus que le repos. Le chemin, en soldant de Grenelle , coupe le village de N anvres , qui n’a de remarquable que le titre que prenait François Ier pour rabaisser l’orgueil dé quelques princes de son temps: il se faisait nommer
soigneur do Va livres cl de Concsse. Du chemin, on distingue derrière V su ivres le château et les agréables maisons du village d’Iss\ , dont on aime à se rappeler la chronique.
La première habitation, à l'entrée du \illage, est connue par le séjour qu'y lit1 le prince de Conli , l'un des hommes les plus aimables de la cour de Louis XIV. Elle appartint plus tard à Mlle Clairon, qui y fit construire un théâtre, afin de ne pas renoncer tout à fait aux succès de la scène.
Plus loin est la maison de retraite ou de loisir des jeunes séminaristes de Saint-Sulpice : les bâtiments sont de plusieurs époques ; les plus anciens conservent le souvenir d’une aimable princesse, Marguerite de Valois, qui parlait mieux que femme de son temps : de Brantôme , du président Jeanin, l’ami d’Henri IV, du poète Malherbe, du savant Pasquier: c’esl dans cette maison que, plusieurs années après, fut joué le premier opéra qui charma Louis XIV, quoique bien imparfait , et dont il encouragea les succès, malgré les sarcasmes de La Fontaine2.
En 1 0.'iO
Souvent au plus beau char le contre-poids résiste , lin dieu pend à la corde et crie au machiniste, l ii reste de forêt demeure dans la mer.
Ou la moitié des cieux au milieu de l'enfer.
i.v Fontaihf, Épitrc à M. de Niest.
A \ C I !■; N i ; ']' MüDLRiNi:.
Il est ilil'licile d’établir à quel litre et dans quelle année la communauté de Saint-Sulpicc devint propriétaire de cette maison ; mais il est certain qu’en 1 604 le célèbre Le Nôtre y fut appelé par M. Tronçon , supérieur du séminaire, pour embellir les jardins, et que Fénelon , qui l’avait habité pendant plusieurs années de sa jeunesse, y parut devant ses juges 1 .
Un petit cabinet orné de roeaillcs, et qui existe encore, fut l’espèce de tribunal d’inquisition où Bossuet, l’évêque de Châlons et M. Tronçon interfrogèrent l’auteur de Télémaque sur la doctrine du quiétisme et la définition de la charité. Fénelon se défendit avec l’éloquence de l’Ame, avec le charme de l’imagination, plus qu’avec la lettre rigoureuse du dogme, aussi fut-il déclaré vaincu dans les vingt-quatre articles de ce qu’on appelle la conférence d’issv ;
In 169 ».
\ [• K S A I UÆS
mais i! aurait pu dire comme Boileau: J'ai tort, et cependant j'aime mieux avoir tort de cette manière que raison autrement *.
Le cardinal Fleury, qui affectionnait la communauté des prêtres de Saint- Sulpice , allait souvent au milieu d’eux goûter les douceurs du repos et de l’amitié. Le séminaire lui doit la construction d’une aile, qui s’avance jusque sur la grande rue et où il s’était réservé un logement.
biMiutlù'quc du cardinal de Fleury.
La chambre qu'il habitait, et qui a été conservée religieusement , est une preuve de sa modestie et de sa simplicité; c'est là qu’il mourut le 21 janvier 17-35, à l’âge de quatre-vingtneuf ans , et après avoir régné , on peut s’exprimer ainsi , environ quarante ans. La douce sérénité qu il conserva jusqu a ses derniers moments étonnait Fontenelle, qui lui dit un jour : Mais est-il bien vrai ,
Fie de Racine, par Louis Racine.
ANCIEN ET MODERNE
monseigneur, que vous soyez encore heureux? 11 est peu de ministres en retraite aujourd'hui qui répondissent favorablement à cette demande, et cependant il en est peu qui aient seulement la dixième partie de ce temps de bonheur à regretter.
Près de cette maison est celle du maréchal d’Estrées , que le czar Pierre visita dans sa retraite. Mais de toutes ces habitations, la plus belle et la mieux située est , sans comparaison , celle de Mme de Lépine , appartenant jadis à la belle princesse de Conti , mademoiselle de Blois , qui aux grâces de mademoiselle de La Valüère , sa mère , unissait le port et l’air de Louis XIV, son père. Elle donna, à Issy, des fêtes brillantes au dauphin. Les jeunes gens de la cour les plus éveilles el les mieux faits, mademoiselle de Nantes, madame de Simiane, mademoiselle de Grignan et les beautés célèbres de ce temps en faisaient le charme. La Fontaine, errant sous l’ombrage de la magnifique allée plantée par Le Nôtre , sentit souvent ses méditations troublées par le souvenir de sa belle hôtesse : il la voyait
Mille fois plus légère
Que ne dansent aux bois la nymphe et la bergère ;
L’herbe l’aurait portée , une fleur n’aurait pas Reçu l’empreinte de ses pas.
Aqueduc de Fleury.
u sortir deVanvres, le chemin parcourt à mi-côte des champs, des vergers , d’où la vue se porte alternativement sur les deux rives de la Seine jusqu’au vallon pittoresque de Fleury. À gauche, on distingue les campagnes de Sceaux , de Fontenay-aux-Roses, le château de Plessis-