‹ VersaillesChapitre 20 sur 115 · V K USAI LL CS · texte numérisé non relu

V K USAI LL CS

Piquet, appartenant à la respectable famille Odicr, et un coteau d’où l'on descend à un aqueduc colossal, qui traverse la vallée. Cet ouvrage, digne des Romains , a trente mètres de haut et porte , comme sur un arc de triomphe, le chemin de fer qui passe à la vue du château de Meudon qu'on voudrait contempler plus longtemps.

Il ne faudrait pas cependant y chercher le eastel flanqué de tours et ceint de larges fossés où le seigneur de Vanvres et de Gonesse, Fran cois Ier, soupirait aux pieds de la belle duchesse d’Étampes. Ne demandez pas non plus le magnifique édilice construit, par Philibert Delorme, pour le cardinal de Lorraine, dans lequel on voyait représentées les séances du concile de Trente, dans lequel l'ambitieux Henri de Guise rêvait ses illusions de grandeur, et où se trouvait Henri IV lorsqu’il apprit la mort d’Henri III, et enfin le séjour de Louvois au moment de sa disgrâce, et lorsqu’il pressentit la mort qu’elle devait lui causer. Ce château , devenu dans nos temps modernes un atelier de machines de guerre, fut bientôt détruit parle feu , la négligence et la cupidité; il n’en reste plus que la magnifique terrasse et un petit château que le dauphin avait élevé sur 1 emplacement d'une grotte , et que Louis XIV appelait une maison de financier peu digne de le recevoir. C’est là que se réunissait la société qu’on nomma la cabale de Meudon , occupée à placer sur le trône un prince qui ne s’en souciait pas; qui, lorsqu’on lui parlait de son sacre prochain , se bouchait les oreilles en riant et frappait sur ses souliers avec sa canne. C’est là que Marie-Louise reçut le terrible vingt -neuvième bulletin qui put lui faire présager la chute de son pouvoir, et qu’une autre princesse attendit tranquillement que le sort plaçât sur son front de quatorze ans la couronne de Bragance. Mais il est un souvenir de Meudon autrement cher aux amis de la franche, delà spirituelle gaieté; c'est celui d’un certain curé original, qui n’y exerça que deux ans son ministère, qui , je crois, ne l’exerça que là , et dont toute la vie comme les écrits furent consacrés à une sorte de philosophie railleuse, érudite, piquante, souvent profonde, toujours gaie; on reconnait ici le facétieux Rabelais, le plus enfant des hommes, ou le plus malin des enfants. Rabelais, qu’on n’aime point à demi, dont la hardiesse habile sul tout dire sans offenser’ 11 fut un temps où j’avais tou-

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jours un petit volume de ses œuvres dans ma poche à côté d'un Horace; ils m’apprenaient tous deux à jouir de la vie. Hélas ! je n'ai plus besoin que de celui qui apprend à la quitter, à se séparer de tout ce qui est cher ; Linquenda tellus , et dont us, et uxor placens; et même à renoncer à ia lecture de Rabelais , à la conversation d'un spirituel ami.

Portrait de Rabelais.

Oui, te voilà bien, mon bon petit Panurge ; te voilà bien, maître François , méditant dans ce moment je ne sais quelle scène bouffonne *; te voilà, admirable père des facéties 2. Je voudrais bien panlagruéliser quelques instants avec toi, mais j’ai peur que cela ne convienne pas à celui qui consent à me lire : il trouvera peut-être , comme La Bruyère , que tu es sublime quand tu es bon ; mais il n’ira pas aussi loin que moi , qui te trouve encore très-bon quand tu es mauvais. Contente-toi , mon vieux

Nescio quid meditans nugarum, tolus in illis.

HOR., Sut. IX.

Nugarum pater, artifextpie miius.

Ét. Pasquier, OEuv.div.

compagnon, d’avoir été imité par Montaigne, Scarron, Molière, La Fontaine, et d’être resté encore inimitable.

An sortir de Sèvres, et dès qu’on est parvenu à la hauteur de Villed’Avray , on voit, à droite et à gauche de la route, les deux chemins de fer s’approcher, tendre presque à se réunir, et on s’avance , pour ainsi dire, en trois colonnes jusqu’à Châville.

Le magnifique château de Louvois àChàville a été remplace par plusieurs habitations, qui , se joignant au village de Yille-d'Avray, composent une des plus agréables situations des en\ irons de Paris. Bientôt on arrive à Yiroflay, et à une suite de coteaux en vergers et de prairies coupées de haies \ives et de jolies barrières en bois : c’était naguère le haras de l’infortuné Rieussec. On se croirait ici transporté dans quelque comté de l’Angleterre , dans ces milliers de prairies couvertes de bestiaux, qui ornent et enrichissent ce pays. — C’est surtout lorsque le temps est orageux et que le soleil se fait jour à travers les nuages et frappe quelque point de ce paysage , que 1 illusion est complète. — En effet, je ne sache point un homme qui, ayant habité quelque temps les campagnes de l’Angleterre, n’ait conservé un souvenir agréable de cette contrée, à la fois si positive et si roman-

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tique , si élevée en intelligence et cependant si pleine de doux sentiments, de tendres émotions, où la jeunesse et la beauté ont autant l’aspect de la candeur.

Le haras de M. Rieussec, à la porte de Paris, offre une de ces industries que les gens du monde et les propriétaires riches devraient multiplier à l’infini. Est-il rien en effet de plus beau au milieu d’une campagne , d’une prairie , d’un parc , que ce noble animal , compagnon de l’homme dans toutes les situations de sa vie , à la guerre , à la chasse , auprès de son habitation? Mais qu’il acquiert encore de prix lorsqu’il peut déployer en liberté son audace , sa grâce , les belles proportions qu’il a reçues de la nature et qui le rendent supérieur à tous les autres animaux 1 ! Il est alors tel que l’Écriture, que l’antiquité nous le représentent, fier, noble , indompté , mais en même temps familier, doux , reconnaissant, suivant son maître comme un chien, se couchant au milieu des enfants et prenant garde de les blesser; c’est ainsi que nous l’avons trouvé dans le désert, près de la lente des Arabes, faisant société avec eux2, se laissant conduire par celui qui le monte avec une simple corde, et s’arrêtant si son guide tombe ou s’il descend.

Ce goût des belles races de chevaux devient souvent une passion ; on aime à la retrouver telle dans la vie du célèbre Alûéri, qui voyageait avec ses chevaux , disait-il , comme avec des amis. On rit de son indignation lorsque, pour passer à Calais , il les voit suspendus par des cordes, ou serrés les uns contre les autres 3 et les matelots marchant sur leurs dos comme sur un parquet. Quand aurons - nous en France des étalons qui rapporteront à leur maître quatre ou cinq millions , qui joindront l’élégance à la beauté , qui nous délivreront de cet impôt que nous

4 Bcfpqiv.

2 Un jour entre antres, voyageant avec une tribu des Anesés, nous entendîmes du bruit dans la tente des femmes, peu éloignée de la nôtre. Je m’informai du sujet, et le chef vint me dire que cela venait de ce que mon fils avait demandé à acheter une jeune jument que les femmes aimaient particulièrement et qu'elles craignaient de perdre. Le chef ajouta qu'il ne pouvait la vendre, mais qu'il offrait à mon fils de la lui donner et d'y joindre cinq chameaux s’il voulait rester avec lui et épouser une de ses filles. — Les belles i-aces de chevaux sont peut-être aujourd'hui plus rares encore dans l’Orient qu'en Europe, et il est en Angleterre des milliers de juments qui, si elles étaient transportées dans le désert, feraient l'admiration des Arabes et seraient vendues très-cher.

5 Corne si non fossero vivi corpi, ma la continuazione del pavimento.

Vila de Alfieri, cap. 12.

VERSAILLES A N Cl EM ET MOUE R ME.

payons à l’étranger pour notre cavalerie, pour nos courses et pour nos plaisirs? C’est quand on imitera l’exemple du malheureux Kieussec.

De Viroflav on aperçoit déjà les abords de la ville royale; les routes s’élargissent; je ne sais quelle grandeur s’annonce de toute part. Bientôt on entre dans une des trois magnifiques avenues qui aboutissent au palais de Versailles et que nous indiquons sur la petite carte qui finit ce chapitre. Le palais ne laisse d’abord apercevoir que ses toits dominés par un drapeau ; il se découvre bientôt successivement jusqu’à ce que la masse entière apparaisse aux regards. Embellissons ces abords assez arides , assez monotones, par le souvenir du grand roi qui les a si souvent parcourus; imaginons qu’il arrive environné de ses gardes, conduisant luimème sa voiture, ainsi qu’il avait coutume de le faire, et se préparant à entrer dans ce palais qu'il a créé et où il a voulu que tout lut d’accord en élégance et en grandeur.

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du Palais et des Jardins

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* Place d'Armes

Emplacement de Versailles.

barbares, ces princes chevelus, en traînant leurs chariots dans les Gaules, y trouvèrent encore le luxe des Romains; mais l'habitude du pillage et de la dévastation détruisit bientôt ce reste de grandeur, qui ne devait plus se reproduire. En effet, où voit-on dans les temps modernes des maisons de campagne ornées de trois cents colonnes 1 de marbres étrangers2, des appartements dont les plafonds, les murs et jusqu’au parquet3 étaient couverts d’or et de pierres précieuses4, où des eaux limpides arrivaient par des tuyaux dans toutes les salles5? où trouve-l-on des toits s’élevant dans les airs à plus de soixante-dix pieds6 et supportant encore des bosquets et des bassins d’eau vive7?

Le moyen âge vit disparaître ces merveilles et se construire à leur place des enceintes détours à l’imitation des camps; la demeure des chefs , sous le nom de Donjon , était au milieu comme la tente du prêteur, ne se distinguant des autres que par un peu plus de luxe intérieur; l’entrée était également défendue par deux tours : ainsi la royauté se trouvait reportée après deux mille ans au sceptre pastoral du désert ou à la chaumière des rois d’Argos. Lady Macbeth, comme Andromaque, montait au haut de sa tour pour voir combattre son mari dans la plaine8, et Lrédégonde se plaignait qu’on lui volât ses jambons9; comme Pénélope, qu’on lui mangeât ses bœufs.

Charlemagne eut bien uue sorte de luxe à Seltz et à Aix-la-Chapelle

« Ter centum stat porticus alla columnis. Maut., lib. il.

Pendent innumeris fastigia nixa columnis. Stace, Ep.

Longeque petitis Marmoribus. Juv., sat.

• Auro parietes. auro laqueana, auro fulgentiacapita columnarum. Hieronvmus adGaudcnlium. Super gemmas et monilia calcant Apul., lib. iv.

Et dignas (ligitis contendere gemmas. Stat. in Tibur.

s Percuncta cubilia lymphas. Stat ., deE.Gov.

« Sedesque ad sidéra mittunt. Claudien.

La hauteur des maisons de soixante-dix pieds fut réduite, sous Auguste , à soixante. AUB., v, Ep.

7 In cultninibus nemora et navigia. Val. Max., lib. IX. cap. i ; Sén., ép. H 2.

Ces profusions singulières ne se trouvaient pas seulement dans les palais des empereurs et des citoyens riches, mais chez des consuls, comme Cicéron et Scaurus, et même chez le philosophe Sénèque, Etdocti Senecæ ter numeranda domus. Maut., lib. IV, ep. 41.

Une maison passait pour être petite lorsqu'elle ne couvrait pas les quatre arpents , qui faisaient vivre Cincinnatus. Val. Max. lib. IV, c. i.

8 Homère, Iliade, ch. ix.

9 Frédégonde accusait Nectaire d'avoir volé àChilpéric plusieurs jambons , tcrgoramulta.

Grégoire de tours , lib. xm , c. xv.

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où il avait fait transporter les riches objets qu’il avait pu recueillir dans ses conquêtes ; mais les détails qu’il nous donne lui-même de ses métairies dont il faisait vendre les herbes, ce qu’on sait de la vie qu’il menait, de son costume, de la manière dont son tils voyageait, prouve la simplicité et la rudesse de ces temps. Un siècle plus tard, les princes et les grands vassaux étendirent leurs demeures et entourèrent leurs habitations de jardins, de métairies. Tel était le château de Vincennes, où le sage Charles V réglait l’ordre de son chevaucher; celui de Chinon ou de Meungsur-Yèvres, où Charles YII perdait son royaume dans les fêtes, tandis que Louis XI défendait le sien au Plessis-les-Tours, en faisant pendre les curieux qui approchaient des fossés 1 . Ces manoirs n’avaient pas seulement les formes des forteresses, ils en avaient les moyens de défense ; on y soutenait de longs sièges2. Le retour des croisades, les souvenirs de l’Orient, du luxe des empereurs grecs et des sultans apportèrent quelques changements à la décoration intérieure de ces édifices, mais peu à l’architecture. Il fallait que l’Italie, cette terre éternellement classique des beauxarts, eût développé aux regards français ses merveilles ; qu’elle fût devenue l’école de ses conquérants avant de devenir leur tombeau, et c’est ce qui eut lieu au retour de Charles VIII , de son aventureuse expédition. Alors naquit en France le goût de l’architecture grecque et romaine, mêlée d’abord aux formes gothiques, tel que dans le château de Gaillon , mais bientôt après , pure, élégante , majestueuse , tel que dans les châteaux de Blois, de Chaumont, de Chambord, de Chenonceaux, qui embellissaient les bords de la Loire, chef-lieu alors du gouvernement et de la nationalité.

Le règne de Paris sur la France n’était pas encore arrivé; cependant à mesure que cette ville acquérait de l’importance, les souverains semblaient vouloir s’en rapprocher et y établir le siège de leur empire. François 1er embellit Fontainebleau, et fit bâtir le château de Madrid, dans le

' Lesquels faisoient laides contorsions et grimaces, les bons bourgeois. Jean de Thoyes, 1 455.

2 «Tout à ['environ de la place du Plessi-le-Parc ( qui étoit le lieu où il se tenoit , dit Philippe de Commines, il fit faire un treillis de barreaux de fer ayant plusieurs pointes, et aussi quatre moineaux tous de fer bien espacés et par où l'on pouvoit bien tirer à son aise, et étoit chose bien triomphante, et coûta plus de vingt mille francs, et à la fin y mitqnarante albalestriers, qui , jour et nuit . étoient en ces fossés avec commission de tirer à tout homme qui en approcheroit de jour ou de nuil jusqu'à ce que la porte fût ouverte le matin. » Pii. de Communes, tome XII.

bois de Boulogne. Henri IV éleva Saint-Germain à l’entrée d’une forêt

sauvage, où, dans sa jeunesse, dit la Chronique, on l'avait vu courre le cerf avec Martial de Loménie, seigneur du hameau de Versailles, situé au milieu des bois. C’est en galopant côte à côte de ce brave homme, tué depuis à la Saint-Barthélemy, qu'il devisait avec cette gaieté maligne, cette profondeur d’idées , cette simplicité qu'on n’a connues qu’à lui. Ses parties de citasse sont devenues célèbres au théâtre et dans 1 histoire anecdotique du temps ; elles ne le furent pas moins sous son timide et mélancolique successeur Louis XIII , qui ne trouvait que dans la solitude le remède à cet ennui , à cette tristesse qui le dévoraient. Un jour qu’il avait suivi le cerf plus tard que de coutume, il se trouva surpris par la nuit près d’une petite élévation , sur le chemin qui croise la roule de Saint-Léger, il s’y arrêta et passa la nuit dans un moulin, et ses gens et sa meute s’abritèrent dans un cabaret de rouliers. La fraîcheur du matin, la solitude de ce lieu plurent à cette âme capricieuse et triste; il y rei int, et trouvant ce gîte trop incommode, il y fitcon-

Henri O diassaul dans les bois de Versailles.

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struire un pavillon dont il reste encore quelques vestiges dans une rue de Versailles. 11 attendait quelque occasion qui lui permît de faire une dépense plus considérable ; cette circonstance ne tarda pas à se présenter : le renouvellement de la ferme des tabacs lui valut un pot de vin de six cent mille francs , et c’est à peu près la somme que lui coûta l’acquisition d’une étendue de terrain assez considérable pour bâtir un château et dessiner à travers les bois un petit parc régulier'. Ces acquisitions comprirent d’abord le fief de Jean de Soisy2, où se trouvait le moulin vers l’année 1625 ou 1624, et plus tard le domaine et le manoir seigneurial de Versailles, appartenant à Jean François de Gondi3, en faveur duquel l’évêché de Paris avait été érigé en archevêché. Louis XIII choisit pour bâtir le château la petite élévation où se trouvait le mou-

' Les jardins de Louis XIII consistaient principalement en deux grands bosquets non plantés, mais pris dans l'intérieur du bois. Un de ces bosquets, percé vers l’année 1638, fut appelé Bosquet du l)au phin, en l'honneur du prince que la reine venait de mettre au monde après une si longue stérilité.

2 On n’a pas ia date de ce contrat, et c'est sans aucune preuve que l'abbé Lebcuf, et après lui les autres historiens, lui donnent la date de 1627. M. Eckard (p.33) en adoptant ce chiffre, avoue cependant (lue tous les titres antérieurs à 1632 ont été détruits ou dispersés. Or , le maréchal Bassompierre, dans le discours qu'ii prononça à l'assemblée des notables convoquée à la fin de 1626, parle déjà du château de Versailles comme d'un édifice alors terminé ce qui fait supposer à Blondel avec raison qu'il fut construit en 1624.

3 Versailles possédait dès le dixième siècle un fief et un manoir seigneurial situé sur le penchant du coteau qui regarde le bois de Satory , sur l'emplacement affecté plus tard au labyrinthe, maintenant le Bosquet de la Reine, de grands travaux n'avaient pas encore rabaissé ce terrain alors aussi élevé que le parterre d'eau. Plusieurs grandes fermes acquises à diverses époques étendaient ce domaine jusqu’au village de Choisy-au-Beuf, que Louis XIV enclava dans son grand parc. Le plus ancien titre, mentionnant Versailles, est de 1037. Le laborieux abbé Lebeuf a exhumé de la poussière des Chartes et des Cartulaires le nom de quelques-uns des seigneurs qui l'avaient possédé. On y voit un Hugue de. Versailles, un Gui et un Jean de Soisy, un Pierre, qui répondit au fameux Petit dans le plaidoyer contre le duc de Bourgogne en 1 408 , ami de Gerson et envoyé aux deux conciles de Constance et de Basle; le dernier fut Jehan de Versailles, capitaine des francs-archers sous le règne de Charles VIL

1057, Hugues.

4 1 00, Philippe.

1189, Jean Ier.

1 194, Gilles.

1212, Guy. 1216, Milon.

1246, Jean IL 1233, Jean III.

1266, Jean IV.

1270, Pierre.

1327, Jean V.

1564, Jean VI.

1402, Robert.

1455, Jean VII.

1510, Jean Colas.

1359, Pliili[»pe Colas.

1361, Martial de Loménie*.

1373, A. de Gondi.

1600, J. de Soisy.

1602, J. F. de Gondi 1632, Louis MH.

1643, Louis XIV.

' L’Étoile, dans ses Mémoires, I. I, p. 20, dit que Catherine de Médicis lit étrangler le secrétaire d’état Lontéiiie, pour faire avoir au comte de Retz le château de Versailles; mais ce fait n'a aucune probabilité. Antoine de Loméuie, intimement lié avec Henri IV, aurait bien facilement obtenu du roi la restitution de ce domaine, s’il avait été ainsi usurpé; tandis qu’il est au contraire bien connu que ce fut du tuteur des enfants de Martial qu’Albcrl de Gondi fit l’acquisition du château de Versailles, alors dans un élal de dégradation.

lin qui l’avait abrité 1 ; il en désigna lui-même la place à Lemereier, son architecte, le laissant libre du plan et de la décoration.

1 ou is Mil ordonne la construction du château de Versailles.

Le château que Lemereier construisit , à l’imitation de celui de Richelieu qu’il venait de bâtir, ne manquait pas d’une sorte d’élégance, mais, se trouvant dans une très-petite proportion , il parut à Saint-Simon un château de caries 2, dont nul gentilhomme, ajoute Bassompierre, n’aurait pu tirer vanité3. C’est là qu’offensé de la hauteur de sa mère envers le

* M. Fontaine et plusieurs autres écrivains , commettent une grande erreur en établissant que le château fut bâti sur les ruines de l'ancien manoir seigneurial : ce manoir ne fut acquis que ' an I6."2, huit ans après la construction du château, sur l’emplacement du moulin , à cinqcents pas de distance.

2 Mémoires de Saint-Simon, tome XIH , p. 73 et 87, édit, de 1829. C’est lui qui donne sur la vie de Louis XIII tous les détails qu'il tenait de son père.

’ Mémoires de Uassompierre . tome III. Dans un Essai historique publié dernièrement à Versailles, et fort bien fait, on suppose que le château dont parle Bassompierre pouvait être le pu-

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cardinal, il se retira le 4 0 novembre 4 630, pour n’être plus témoin de scènes afüigeantes et cependant ne point manquer au respect lilial ; c’est là qu’eût lieu cette réconciliation qu’on nomme la journée des dupes , et où Richelieu, au moment où on le croyait éloigné pour toujours, vint s’instaler dans le château même, pendant que Marie de Médicis quittait le magnifique palais qu’elle venait d’élever, pour aller mourir misérablement sur une terre étrangère.

Telle était cette simple , cette mesquine demeure au milieu des forêts, lorsque Louis XIV monta sur le trône , et l’idée ne vint à personne que ce lieu pût jamais fixer les regards d’un prince qui pouvait choisir entre Saint-Germain et Meudon, ou toute autre situation de ce genre rapprochée de la capitale. Saint-Germain surtout réunissait, à la vue la plus étendue, la proximité d’une forêt superbe et des bâtiments déjà élevés. C’était dans ce château d’ailleurs que le jeune roi était né ; qu’il avait éprouvé les premières sensations de l’amour. Comment s’imaginer qu’il le quitterait pour un manoir obscur sur un sol ingrat, entouré d’étangs fangeux, sans aucune vue, et sans habitation, sur un terrain accidenté où il fallait tout vaincre et tout créer ; aussi se perd-on en conjectures sur les raisons qui le déterminèrent; mais si au lieu d’en chercher une seule on réunit toutes celles qui ont pu avoir de l’influence sur son choix , on se trouvera peut-être en présence de la vérité , du moins de la vraisemblance. Ainsi , il faut se figurer un jeune prince élevé dans les tristes appartements de Saint-Germain, dans ce vieux château où il avait été transporté la nuit pendant les troubles , ayant sans cesse en vue de sa fenêtre cette capitale qui avait insulté son enfance, et les hautes flèches de Saint -Denis qui annonçaient son tombeau; était- il étonnant qu’il eût éprouvé un désir vague de s’établir ailleurs, et si même cette pensée ne lui était pas venue naturellement , ne devait-elle pas naître en lui à la vue des merveilles que lui offrit bientôt l’habitation d’un simple particulier et la fête magnifique que Fouquet lui donna à sa terre de Vaux. Ce fier surintendant des finances, aussi riche, mais faisant

Villon royal construit par Louis XIII avant le château ; mais on ne peut guère admettre cette supposition, car cette construction n'a jamais pu porter dans ce temps le nom de château, n'ayant aucun îles caractères qui autorisent ce nom.

SS

meilleur usage de sa fortune que Mazarin, avait appelé, pour embellir sa demeure, le concours des arts et des lettres; Mansard avait élevé le palais; Le Nôtre, dessiné les jardins; Lebrun, décoré les appartements ; Molière et Torelli, composé les ballets, les intermèdes. Celte fête fut une sorte de magie, d’opéra en plein air, une suite de scènes, de tableaux variés de musique , de danse. Le jeune monarque , dont l’enfance s’était passée assez tristement, put se croire transporté dans un monde nouveau, dans un empire plus puissant ' que le sien, à une cour plus brillante que la sienne. Un sentiment d’orgueil plutôt encore que d’envie dut alors agiter son cœur. Quoi , se disait-il , ces merveilles ont été créées près de moi, sans moi, pour un autre que moi! Il existe dans mon pays des hommes (pii peuvent ainsi vaincre la nature , détourner le cours des fleuves , niveler les collines, et je n’aurai pas la puissance ou la volonté de les occuper, d’employer leur talent à la splendeur de mon habitation et de mon règne !

De ce moment, le lieu où devait être appliquée cette pensée devint indifférent, et le choix de Versailles tint sans doute à sa situation au milieu d’une forêt, à peu de distance de la capitale, à la possibilité de tout y créer sans rencontrer des obstacles insurmontables, et à n’avoir sous les yeux que les personnes qu’il était bien aise d’y rencontrer. On se tromperait du reste en supposant que Louis XIV eut sur-le-champ l’idée des immenses travaux qu’il devait y faire, il aurait reculé devant de tels sacrifices; mais pour Versailles comme pour Marly, comme pour Trianon2, ilxfut successivement entraîné sans avoir eu de plan bien arrêté; et, en effet, longtemps avant les immenses constructions du palais de Versailles, les dépenses s’étaient bornées aux jardins; il n’habita même le palais qu’en 1682 3, jusque-là il le visitait et retournait à Saint-Germain. A l’époque des fêtes qu’il y donna en 1604, le château était encore dans l’état où Louis XIII l’avait laissé , les jardins seuls avaient éprouvé de grands changements , et Louis XIV semblait attendre

1 Fouquet devait être arrêté au milieu de la fête, c'eût été un acte révoltant auquel le roi et surtout la reine mère refusèrent d'accéder.

3 11 s'était fixé à Versailles pour échapper à Saint-Germain, à Trianon pour être moins entouré qu'à Versailles, à Marly pour être encore plus seul qu'a Trianon.

5 La première déclaration, datée de Versailles, est de 1672, mais la cour ne s'y établit qu'en 1CS2.

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l’effet qu’ils devaient produire avant de se décider aux sacrifices qu’il fallait faire pour s’y fixer; le génie de Le Nôtre ne lui laissa pas le temps de l’indécision '.

Louis XIV et Le NOlre.

Un jour, il développa devant le roi le plan admirable de ces jardins ; cette allée percée au milieu du bois, ce grand canal qui offrait une perspective magique, ces bosquets des deux côtés, si nobles, si variés. A chaque explication , Louis XI V ne répondait que par ces mots : Le Nôtre , vingt mille francs. Lorsque ce chiffre eut été répété quatre ou cinq fois , Le Nôtre ordonna de replier le plan en disant : Sire , je vous ruinerais si je m’abandonnais à votre générosité ; veuillez vous abandonner à mon zèle. Pourquoi Mansard n’eut-il pas la même persévérance? Il aurait eu sans doute le même succès lorsque , consulté également sur les travaux à faire, il proposa d’abattre les mesquines constructions du château de cartes de Louis XUI , et d’élever un édifice

4 En effet, Le Nôtre profita d'un moment d'enthousiasme, d'un demi-consentement pour abattre une partie des bosquets de Louis XUI, pour y faire en une nuit les changements qu'il avait proposés, et Louis XIV, charmé de l'effet qu'ils produisirent, ne se plaignit plus qu'on eût dépassé ses ordres.

d'accord avec l’éclat de sa couronne; mais là il trouva dans le roi une résistance qu’il ne sut pas vaincre. En vain représenta-t-il l’exemple du cardinal de Richelieu , qui avait gâté tout le plan de son château pour avoir voulu conserver la chambre où il était né ; en vain cherchat-il à décider le roi en objectant le mauvais état des bâtiments’ : tout fut inutile; il n'y eut plus d’autre moyen que d’entourer le vieux manoir d une enveloppe immense qui le faisait presque disparaître, que de le couvrir d’un manteau royal pour en déguiser la petitesse, la nudité. Essayons de présenter avec ordre les accroissements successifs que cet édifice a éprouvés pour arriver à l’immense développement qu’on lui voit aujourd’hui.

Cette planche nous montre, n° t , le château primitif de Louis XIII, consistant en un corps de logis et deux ailes en retour terminées par

1 Qu’on les détruise , dit le roi , mais pour les rebâtir exactement sur les mêmes bases.

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quatre petits pavillons unis par un passage en arcades, le tout entouré de fossés et n’occupant qu’un espace de vingt ou vingt-deux toises sur chaque face. Déjà, vers la tin de son règne, Louis XI II avait fait construire en avant du fossé un grand bâtiment pour servir d’écurie. En 4 664 , Leveau , architecte de Louis XIV, décora cette aile et en éleva une autre parallèle pour loger les ministres et les autres personnes de la cour; mais en conservant la séparation et y ajoutant la magnifique grotte ou bâtiment latéral, qui mérita d’être chanté par La Fontaine'. Enfin, en 4 674, Mansard joignit les deux pavillons, supprima les arcades qui fermaient la cour, combla les fossés, et, sur leur emplacement, bâtit la magnifique enveloppe qui présenta du côté des jardins un palais entièrement nouveau. La nécessité de laisser du jour aux anciennes constructions, qu’on s’obstinait à conserver, motiva ces quatre petites cours qui existent encore et qu’on remarque parfaitement sur le plan comparé et encore mieux sur la petite esquisse ci-contre, où l’ancien palais de Louis Xlll est marqué par une teinte plus sombre; c’est par elle qu’on peut bien juger la nouvelle construction qui embrasse en quelque sorte le petit château; cette enveloppe le doubla, et alors les appartements n’eurent plus de jour que d’un seul côté , les anciens sur la cour, les autres sur les jardins. Ainsi disparut aux regards , sans cesser de subsister, ce premier, ce doyen des immenses bâtiments qui couvrent le sol ; et aujourd’hui que Versailles n’est plus destiné à une habitation royale et que la beauté de l’entrée n’est plus une condition absolue , on est bien aise de suivre depuis son origine les traces de tous les travaux qui firent d’un château un palais, du palais une ville , et bientôt de cette ville un des plus beaux quartiers de la capitale. Pour se former une idée exacte de l’effet produit par ces nouvelles constructions, nous donnons ici la coupe du corps de logis pris dans l’axe de l’ancien palais. On y voit la chambre à coucher de Louis XIV, telle qu’elle était, telle qu’elle est encore, mais enfermée

'Amours de Psyché, 1. 1. Trois arcades, fermées par des portes de fer d'un beau travail, formaient l’ouverture de cette grotte. La porte du milieu, surtout remarquable, figurait un soleil dont tes rayons dorés et à jour, exposés au soleil couchant, laissaient pénétrer dans la grotte une lumière magique. Au-dessus des arcades étaient trois bas-reliefs sculptés par Girard Vanopsal de Bruxelles.

VERSAII.L ES

du côté du jardin par la grande galerie et les autres pièces composant ce qu'on appelait les grands appartements de Louis XIV.

Coupe du palais de Versailles prise ou milieu du palais et de la cour de marbre.

Celte coupe est faite pour indiquer les proportions entre les appartements de l'ancien château et les immenses constructions qui y ont été ajoutées. Le vestibule, au rez-de-chaussée, servait autrefois de passage pour communiquer de la cour de marbre avec le jardin ; il est aujourd’hui fermé.

Eu même temps que Mansard décorait ainsi le palais, il joignait aux premières constructions de Leveau différents corps de bâtiments pour loger la cour, qui devenait plus nombreuse tous les jours ; il élevait les grandes et les petites écuries; enfin l'aile du midi, à laquelle il devait donner bientôt pour pendant l’aile du nord et sa magnifique chapelle.

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Nous parlerons plus tard de ces différents travaux, de l’orangerie, des grilles qui fermaient les cours, des avenues qui y conduisent, et, enfin , de la ville de Versailles elle-même , alignée , régulière , grande , noble , ville conçue et bâtie pour être une dépendance du palais.

Les travaux successifs que nous venons d’indiquer par des plans se comprendront mieux par une suite d’élévations ou de vues perspectives, qui feront connaître en même temps le style de l’architecture.

Cbateau de Versailles sous Louis XIII.

Après les édifices en marbre et en pierre , construits avec autant de goût que de luxe sous le règne des Valois , il naquit en France un style d’habitations mesquin , pauvre , conforme au malheur des temps , qui consistait dans des édifices de petites proportions en briques , avec des chaînes en pierres de taille ; tels furent la Place-Royale , les châteaux de Vaux , de Meudon , de Saint-Germain , de Fontainebleau , et enfin le célèbre Versailles , élevé par Lemercier, en imitation du château de Richelieu, qu’il avait également construit. L’état des arts, des lettres, des sciences , à cette époque , était une image fidèle de la situation politique , de ce désordre qui régnait dans les esprits comme dans les affaires. Les règnes de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII sont une sorte de lacune ou de transition entre les deux époques de François 1er et de Louis XIV. Le château de Versailles ne manquait cependant pas d’une

sorte d’élégance , et il en acquit davantage lorsque Louis XIV lit décorer la cour par un péristyle et des ornements qui subsistent encore.

Bientôt Leveau, ainsi que nous l’avons dit plus haut, ajouta à l’ancien édifice, et dans le même style , deux ailes en avant, ornées de deux pavillons et d’un bâtiment carré qui renfermait la grotte dont nous avons

Château de Versailles dans les premières années du règne de I.ouis XIV

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déjà parlé. C’est ce que l’on observe sur la planche qui précède : on y aperçoit le château isolé et les jardins de Le Nôtre presque achevés ; les fossés subsistent encore , ainsi que cette espèce de galerie à jour qui forme la clôture de l’édifice et qui servait, comme à Fontainebleau, comme à Richelieu , comme au Luxembourg , de communication entre les deux ailes du palais, et , en avant, les deux pavillons pour le concierge et pour les corps-de-garde.

Cette vue est copiée d’un tableau conservé à Versailles, et peint vraisemblablement en 1664; on a cru qu’il indiquait un simple projet, mais il est bien la représentation exacte du palais à cette époque , et d’accord avec deux petites gravures d’Israël Silvestre , dont l’une le montre de face et l’autre de la partie latérale qui domine l’orangerie' .

La modeste demeure de Louis XIII , presque perdue dans le vaste assemblage de bâtiments qui sont venus successivement s’y adjoindre , était encore alors telle qu’il l’avait construite. On y trouvait la chambre où il passa tant de nuits agitées par le désir de se soustraire à l’influence de son despotique ministre, l’appartement de ce même terrible et nécessaire Richelieu, celui de la douce et savante mademoiselle de Lafayetle, qui seule apportait quelque charme dans ce triste séjour. Louis XIV laissa subsister longtemps ces dispositions , et, son affection lui faisant un devoir de les conserver, il se borna à les agrandir. Ainsi les fêtes magnifiques que donna ce prince, en 1 661 et les années suivantes , eurent lieu dans le château tel qu’il est représenté ici.

Entrée du château de Louis XIII.

1 Nous nous sommes bornés à donner la première qui indique mieux l'aspect total, et cet aspect n'est guère plus imposant que celui de lous les châteaux qu’on rencontre sur les routes de France.

Palais de Versailles dans tout son développement du côté des cours.

ANCIEN ET iUODEUNE.

Cette vue générale du palais de Versailles, tel qu’il existe aujourd'hui, permet de juger de cette enveloppe dont nous avons parlé , des petites cours intérieures, enfin du magnifique développement (pie produisent à droite et à gauche les ailes du nord et du midi.

Ces deux ailes doublèrent de chaque côté le palais; deux antichambres précédèrent la chambre à coucher; près de celte chambre s’assembla le conseil des secrétaires d’état ; quelques cabinets furent affectés aux réunions de famille; une petite galerie, confiée aux soins de Mignard, reçut les chefs-d’œuvre des diverses écoles; différentes salles furent destinées à la collection de médailles, de vases précieux et d’objets [dus précieux encore. Ce ne fut pas tout : Louis XIV connaissait parfaitement l’effet de la magnificence, et une longue suite d appartements enrichis des plus beaux marbres, ornés des plus belles peintures, précéda la vaste, la merveilleuse galerie dans laquelle il recevait, au milieu d’une cour brillante, les ambassadeurs extraordinaires. La reine et le dauphin eurent leur logement dans la partie disposée au midi et dominant l’orangerie et la pièce d’eau des Suisses. Le gouverneur du palais et le confesseur du roi logèrent dans l’aile qu’a reconstruite Gabriel ; un des princes du sang occupa l’aile opposée ; au delà de la chapelle étaient les appartements des enfants légitimés du roi, des princes de Condé, de Conli, du gouverneur des enfants de Fiance et d’une foule de grands officiers et de chapelains; dans l’aile du midi, les enfants de France et la famille d’Orléans habitèrent sur les jardins; les premiers gentilshommes du roi, les dames d’honneur de la reine, occupèrent la partie qui donne sur la rue de la Surintendance. Vis-à-vis, dans le grand commun, logeaient plus de deux cents officiers attachés au service du roi , de la reine ou du dauphin. Les secrétaires d’état, ministres delà maison du roi, des relations extérieures , de la guerre ou de la marine , habitaient les deux corps de bâtiment devant lesquels s’élèvent aujourd’hui les statues d’hommes célèbres.

Sans doute l’aspect du palais , du côté de l’arrivée , tel que nous le représente cette planche, a de la grandeur par la masse des bâtiments; mais il est amoindri , par le renfoncement de la cour de marbre , par ce cul-de-four au milieu de la ligne. Ce grand ensemble est surtout

admirable du côté des jardins, et on peut aisément supposer son développement, par la saillie seule des bâtiments; en effet, il n’y a pas de comparaison. Nous allons indiquer les changements qui ont eu lieu successivement de ce côté.

Château de Versailles du côté des jardins.

Le palais, du côté du jardin , était dans l’origine fort simple; Louis XIV en fit orner les murs et élever un petit avant-corps en saillie pour en décorer l’enlrée ; il resta ainsi à peu près jusqu'en 1G70, et tel que le représente la vue ci-dessus, lorsque Mansard l’enveloppa des deux côtés par les grands appartements, en laissant subsister cependant line longue terrasse au premier étage qui conservait un double jour aux appartements, et leur procurait un lieu de promenade. C’est alors peut-être qu’il se trouvait le plus à son avantage. En effet, il a été longtemps agité si le palais, dans cet état, et tel qu’il subsista jusqu’à l’année 1078, n’était pas d’un meilleur style, d'un goût plus pur, d'un effet plus agréable qu’il n’a été depuis. A l’exemple de plusieurs palais d’Italie, l’élégante terrasse, au milieu , donnait, par les projections des ombres, du mouvement à tout l’édifice1. Versailles fut alors un palais régulier, élégant, mais qui ne pouvait contenir I immense entourage du monarque et la multitude de princes que deux générations élevèrent autour du

‘ Il suflit, pour en juger, de se rappeler celle que produisait la terrasse de Philibert Delorme aux tuileries, avant qu elle eût été remplacée par la cage du nouvel escalier, et quand on connaît le bon goût du Roi, on aurait pu s’étonner qu'il eût consenti à la sacrifier, si l’on ne savait que son projet avait été et est encore d’entourer le palais par une autre terrasse extérieure, qui le dégagera de la même manière, et plus avantageusement encore.

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Irène. On commença par combler l'ouverture laissée par la terrasse en eonstruisant la superbe galerie de Lebrun, destinée à retracer les hauts faits du roi ; bientôt après , à droite et à gauche , s’élevèrent les ailes

latérales, telles qu’elles sont figurées dans l’admirable ensemble de la planche suivante.

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V K US AILLE S ANCIEN ET MODERNE

C’est de ce point de vue qu’il faut se placer pour juger de la grandeur, de la majesté de ce singulier palais; il est là dans toute sa beauté , entouré d’un côté par de vastes cours où viennent aboutir des avenues vraiment royales; de l’autre, par des jardins, dont la magnificence comme l’agrément ont passé en proverbe. Son architecture est élégante et riche. Sous un soubassement percé de cent vingt-cinq ouvertures s’élève un ordre ionique formant le premier étage, supportant un attique corinthien et une balustrade ornée de trophées. Cette façade ou plutôt ces trois façades , d’une longueur de trois cents toises , ont ensemble cent vingt-cinq croisées au premier et au deuxième étage , ce qui forme trois cent soixantequinze ouvertures sur le jardin.

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On voit ici l’effet du même corps de logis de la planche précédente avec la galerie construite et les deux ailes en retour , pris du parterre , à gauche du palais.

Dans les gravures précédentes, les deux ailes du midi et du nord sont unies au corps principal du palais; mais elles en furent d’abord séparées.

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L’absence des pilastres aux deux parties qui communiquent à la cour des Princes el à celle de la Chapelle en est une preuve incontestable. Ces trois corps, d’abord détachés, une lois réunis composèrent la plus immense façade qu'on eût vue, mais en même temps la plus monotone. Il fallut donner un peu de jeu , un peu de mouvement à cette ligne continue; on crut en trouver le moyen en imaginant une suite de péristyles de distance en distance, supportant chacun autant de statues qu’ils avaient de colonnes. Cette suite de saillies ou loges , imitée du temple d’Érechthée à Athènes avait déjà été employée par le vieux Mansard, au château de Maison.

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C'est de ce point qu’on peut encore juger de l’aspect dominateur du palais de Versailles; c’est ainsi qu’il s’aperçoit de tous les coteaux environnants, et surtout du bois de Satory , d’où cette vue est prise.

Pour compléter l’ensemble de tous ces bâtiments, il nous a paru necessaire d’y joindre les deux magnifiques écuries que Louis XIV lit construire par Mansard de chaque côté de l’avenue de Paris. La place d’Armes les séparait seule du château, auquel elles servaient de perspective, et dont elles complétaient l’ensemble majestueux. Commencées en 1679, elles furent achevées en 1685. La régularité, la beauté des proportions et de bon goût des ornements en font des édilices très-rc-

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marquables. Égales en grandeur, malgré leur nom de petite et de grande

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