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qu’on u vu leur développement progressif 1 et qu’on sait la peine et le temps qu’il a fallu pour y parvenir. Sans doute il existait dans les magasins et dans les palais royaux un grand nombre de tableaux, de statues, et il était convenable de classer d’abord ces authentiques et précieux matériaux; mais il fallait les compléter, les unir par des compartiments, par des entourages ayant rapport aux différents événements qu’ils retraçaient, et voilà ce qui a été fail avec aillant de goût que d intelligence.
Sitôt que les premiers travaux eurent été exécutés, que ce projet d’un panthéon national eut été connu, de tous côtés vinrent s’y joindre des tableaux, des bustes, des statues historiques conservés dans les différents dépôts et jusque-là négligés. Les anciennes familles de France , même les plus opposées à l’ordre de choses actuel , envoyèrent les portraits des personnages célèbres qu’elles comptaient parmi leurs ancêtres. L’orgueil, la haine, l’esprit de parti se turent devant ce désir inné dans l’homme d’une juste renommée, lundis immensa cupido. Ce fut bientôt une faveur d’y être admis ; quatre mille tableaux et cinq cents statues peuplèrent cette vaste enceinte ; chacune des salles fut un chapitre de l’histoire nationale , un épisode d’un grand poème épique; mais celte admirable collection de faits anciens placés dans un ancien monument ne parut pas suffisante à l'illustre auteur de cette conception. Là n’était rien qui marquât l’état des arts sous son règne et qui lût sa création personnelle; il imagina donc de placer au milieu de cet immense palais une salle unique, de proportion au delà de tout ce qui existe2, comme, par exemple, de trois cent cinquante pieds de long sur quarante de large, et d’y renfermer
connu ce qui existait avant, sont ordinairement les plus considérables et celles dont on fait le moins de cas. Or, à Versailles, elles dominaient ; il suffit de citer les deux grands escaliers dont un est tout nouveau . et l'autre transporté au bout de l'édifice.
1 INous en citerons un exemple : la cour de marbre, qui paraît avoir été toujours telle qu elle est aujourd'hui, se trouvait de cinq pieds plus haut que le sol du rez-de-chaussée et de la terrasse du jardin : elle a été rabaissée de toute cette hauteur, et par suite la même opération a dû avoir lieu dans toute l'immense étendue des cours extérieures, afin que, de l’entrée de la grille sur la place d'armes, on pût monter par une pente douce jusqu'au vestibule du milieu et à la terrasse du jardin.
2 Cette admirable galerie est la plus grande dans oeuvre qu'on connaisse; elle a trois cent cinquante pieds de long sur quarante de large. Le roi fut longtemps à se déterminer à cette grande dépense, mais il jugea avec raison qu'au milieu du palais et d'une application heureuse des grandes idées, il fallait aussi, par une construction qui appartint à son temps, à son règne, laisser le souvenir de l'éclat des arts à cette époque.
ANCIEN ET MODERNE
le sommaire , l'extrait de l’histoire entière de la France , les trente-trois laits d’armes les plus célèbres de nos annales, les bustes des guerriers morts sur les champs de bataille, et douze tables de bronze renfermant le nom de tous les généraux morts en combattant pour la France. Cette nomenclature illustre permettait de rendre honneur aux hommes qui, ayant succombé dans des batailles malheureuses , n’en avaient pas moins payé leur dette à la patrie. Leur gloire n’était point alors voilée par le deuil de leur défaite ; Azineourt présentait avec orgueil ses huit princes du sang, ses quatre ou cinq mille gentilshommes expirant dans leur armure, dans leur cercueil de fer. Cette couronne jetée sur ces nobles tombes, cette salle magifique coûta deux millions , et on vit alors les avantages pour un pays éclairé d’avoir à sa tête un souverain qui, en s’identifiant à ses destinées, confond sa gloire personnelle et celle de son peuple.
Telle est donc en aperçu l’histoire du palais de Versailles et des accroissements successifs qu’il a reçus; on a vu ce qu’il a été, ce qu’il est; il reste à dire un mot de ce qu’il pourra devenir. Tout importante , toute considérable qu’est cette collection, elle est encore incomplète; on n’y voit briller encore en grande partie que la gloire militaire , les batailles , les guerriers célèbres; il n’y a rien là pour le courage civil, pour les vertus modestes , pour tout ce qui a brillé dans la magistrature , les sciences, les lettres, les arts, la bienfaisance surtout ; on y cherche en vain Lhôpital, Mathieu Molé, Malherbes, d’Aguesseau dans les circonstances importantes de leur vie; Vincent de Paul ramassant des enfants abandonnés ; Belzunce luttant contre la peste de Marseille. On voudrait aussi que le temps actuel y montrât ses succès; que de grandes salles vides, sentinelles de l’avenir, fussent prêtes à recevoir les actions d’éclat, qui formeront le supplément de notre histoire*. Ce vœu a été prévenu ; les bâtiments de la surintendance, du grand commun , les ailes des ministres sont destinés à ce second musée de tout ce qui pourra naître d’illustre et de grand ; à ce nouveau récit de l’apothéose nationale. Un tombeau à Westminster!
1 Les bâtiments destinés à ce complément de Versailles existent dans les deux ailes en avant de la cour de marbre , dans les deux corps de logis de la surintendance et des réservoirs; mais une dépense plus considérable doit avoir lieu un jour ; c’est une façade monumentale du côté de la ville , qui enferme la cour de marbre et offre un aspect architectural , ainsi qu'on l'avait projeté à différentes époques.
s’écriait Nelson pendant le combat de Trafalgar; un portrait , un buste à Versailles! diront les générations qui vont se succéder : et ce culte de la gloire passée sera le plus puissant élément d’une gloire nouvelle.
Porte intérieure des écuries.
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