‹ VersaillesChapitre 23 sur 115 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

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C’est bien elle qu’on peut appeler la peinture parlante.

ans la description de ce grand musée national où se trouvent l’un par l’autre illustrés nos arts et notre histoire, n’estil pas à propos de rappeler brièvement quel a été, de tout temps, ce culte des héros presque assimilé à celui de la divinité, ce désir reconnaissant de transmettre à la postérité les services rendus au pays, enfin ce qu’on peut appeler la peinture historique? Ce n’est point ici qu’il faudra chercher la perfection, mais la vérité; le prestige de l’imagination, mais la satisfaction de l’esprit, et cependant tous les deux pourront s’y rencontrer ; Zeuxisse trouvera digne de Périclès, Àpelles d’Alexandre, Lebrun de Louis XIV, peut-être David de Napoléon.

Entrons donc hardiment dans cet examen qui comprend les vertus et le génie. L’Égypte se présente d’abord comme berceau des beaux-arts, et principalement de celui-ci ; c’est là qu’une double allée de monuments gigantesques sur la rive d’un fleuve raconte, pendant deux cents lieues, les usages, les cérémonies d’un grand peuple, et en même temps les exploits d’un héros inconnu, de Ramessès ou Sésostris, peu importe son nom, mais bien sa figure exacte, ressemblante, et les différentes

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actions de sa vie. Ici on le voit, dans toute l’énergie de la jeunesse, monté sur un char et attaquant des peuples de différents aspects, assiégeant des villes, traînant en triomphe des captifs ; là on lui offre un sacrilice, il préside aux moissons; ailleurs il est assis dans l’enceinte de son palais ; enlin des cérémonies funèbres annoncent sa mort, et des montagnes de pierres, sous le nom de pyramides, défendent son corps de la destruction1. Allons plus loin : ce n’est plus l’histoire d’un homme que nous trouvons chez un peuple moins ancien, mais plus illustre; c’est l’histoire de ce peuple tout entier et de ses guerres célèbres retracées sur les murs de ses temples. Les villes de la Grèce ont confié aux arts leurs glorieuses annales. D’abord les exploits de leurs héros: Hercule, Thésée, Pirithoüs2, les expéditions des Argonautes3, des Amazones; bientôt après, les véritables guerres de l’indépendance qui fondèrent leur empire; Athènes présente deux fois avec orgueil la bataille de Marathon, Tune par Mycon4, dans le Pœnée, l’autre par IV,nænus, dans les Propylées5. Les personnages s’y reconnaissent; voilà Miltiade, Darius, Artapherne6. Les combats de Platée, Mantinée, Salamine décorent le Parthénon, le Pœnée, les Propylées, les portiques d’Élis, d’OIympie; les sages, les philosophes y paraissent à côté des guerriers7 *, mais bientôt toutes ces gloires vont se confondre dans une seule : un nom qui retentit encore dans tout l’Orient, celui de Scander ou Alexandre, annonce un culte semblable à celui des dieux s. Qu’un des Ptolémées ait eu l’idée, après la mort de ce héros, de réunir en un même lieu tous les ouvrages de peinture ou de sculpture qui concernaient son règne ou reproduisaient ses traits, et un musée semblable à celui de Versailles9, mais bien autrement remarquable sous le rapport des arts, aurait existé pour l’admiration des hommes, il aurait montre à la fois les événements les plus mémorables de l’histoire, retracés par les arts au moment de leur plus grande perfection.

A l’entrée de cet édifice, ainsi que dans les cours du palais de Versailles, on aurait contemplé les statues colossales en marbre des guerriers thébains qui avaient

1 p.osselini, lom. lll, partie historique.

a Temple de Thcsce, v. Stuart, Ant. gr.

5 Tableau de Cydias dans le portique de Neptune — Dion Cassius, lib. ni; Pline, xxxv.

“ Pausanias, lib. vi ; Meursius, Ath. at , lib. i, c. 5. L'artiste fut blâmé d'avoir fait les Perses plus grands que les Grecs.

5 Escuine contre Ctésiphon, t>75 ; Pline, lib. xxxv.

‘ Les Perses de leur côte décoraient aussi leurs palais de peintures historiques de combats.

Ammien Marcellin, lib. xxiv.

’ Pausanias, i, c. 20. Les fils de Tliémislocle placèrent son portrait dans le Parthénon ; on voyait celui d’Alcibiade en pied dans l’édifice à gauche des Propylées ( Plut., in Acl. ), près de ceux de Sophocle et de Protogènes.

* Jusqu’au troisième siècle, le profil d’Alexandre, en camée ou en métal, se voyait aux ceintures des femmes, ou sur l’épaule des hommes, pour attacher la chlainyde (Trebelius Tollio). Saint Jean Chrysostôme reproche cette faiblesse aux chrétiens.

* Ptolémée-Philadelphe, suivant Athénée, fit de sa tente un musée. On y voyait cent statues de marbre adossées aux pilastres, et dans les entrecolonncmenls des tableaux de l’ccolc de Sicyone, semblable au pinacothèque de Vai ron, où il avait rassemblé sept cents portraits. Callisthènes, op. At/ien., lib. ii, cap. 20.

ANCIEN ET MODERNE

péri an passage du Granique, ouvrage immortel de Lysippe1; bientôt à droite et à gauche de la porte, on aurait reconnu les quatre statues de bronze qui décoraient l’entrée de la tente d’Alexandre et qu’il portait avec lui dans ses conquêtes2. Admirez dans la première salle le groupe de Philippe et d’Alexandre dans un quadrige, par Euphanor3; Alexandre enfant placé depuis dans le portique d’Octavie4; le même domptant Bucéphale, que Métellus fit transporter à Rome lorsqu’il eut soumis la Macédoine ; le même avec Philippe et Olympias , tiré du Philipéon d’Olympie. Voici sa statue qui était placée dans le temple d’Apollon, à Delphes 5, et que Néron fit dorer -, celle d’Ephestion, de même grandeur; le tableau d’Alexandre tenant la foudre, qu’on voyait dans le temple de Diane et où on admirait les saillies de la main6. Plus loin c’est un cheval seul, en bronze, lancé à la course, C’est Léila7 *, le plus rapide de ses coursiers, par Myron. Ici, Clytus, partant pour la guerre et préparant son casque s. Dans d’autres salles, on l’aurait vu placé sur le char de triomphe, suivi des guerriers qu’il a vaincus; son combat avec Darius tel que le représente la mosaïque trouvée à Pompéi ; les deux tableaux d’Apelles dont parle Plutarque et qu’ Auguste fit placer dans son Forum9 10 II. Le portrait du guerrier qui lui sauva la vie, par Lysicrate, élève d’Eutycrafe ; la statue d’Alexandre que Jules-César vit à Cadix et qui excita si vivement son ambition’0; Alexandre et Éphestion, par Chœreas’1; enfin, le célèbre tableau, si admirable, si admiré, des noces de Roxane, où les amours jouent avec les armes du héros l2, décrit par Lucien et reproduit par Raphaè'l. Au milieu de ces salles auraient été placés sur des piédestaux les bustes les plus ressemblants du héros, afin qu’on eût pu étudier mieux ses traits ; l’un d’eux, qui a été retrouvé 13 * et qui porte son nom, le montre calme, les cheveux relevés pour placer le diadème, et le menton légèrement avancé **. Un autre l’aurait représenté la tête penchée vers le côté gauche, dans une sorte de méditation et montrant tout l’éclat de ses yeux 15 ; un troisième enfin exprimait par ses regards fixés vers le ciel et par l’expression de sa bouche toute

1 Ces groupes de guerriers à cheval étaient si nombreux que Pline les distingue sous le nom d’Alexandri lurma. Pline, lib. xxxiv. On voyait les slalucs d’Alexandre jusque dans l’Inde, suivant Philos traie.

J Vell. Pat., lib. i, c. 2; Arp., lib. i, de Bel. I.

1 Pline, lib. xxxiv.

* Pline, lib. xxxiv.

I Varron, de Re r., lib. n, e. 2.

6 Hérodote, lib. viii, c. 12.

’ Pline, lib. xxxv.

* Anlhol. grec., lib. iv, c. 2.

’ Pline, lib. xxxv.

10 Claude fil scier la tête d’Alexandre pour y placer celle d'Auguste.

II Pline, lib. xxxv. Il ajoute que Chœreas était célèbre pour peindre les rois.

“ Proxenides, homme riche du temps, fut si enchanté de cet ouvrage qu’il donna sa fille en mariage au peintre. Lucien, lib. i, et encore Imaginibus, lib. n, c. S.

11 Trouvé près de r.ome dans la ville des Pisons.

Comme l’indique Aristote.

“ Val. Pat., lib. i, c. 2; Aerien, lib. i.

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