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sa puissance et son génie; il semble s’adresser à Jupiter et lui dire : » Mon père, donne-moi le monde et garde pour toi l’Olympe *. »
La Grèce mourante laissa son héritage et ses arts aux pâtres du Latium1 2, et la louve allaitant deux enfants fut le premier monument de ce peuple grossier 3 •, le second, la statue de son fondateur Romulus, placée depuis dans le temple de Vulcain, et celle d’un homme courageux qui défendit seul un pont4. Mais bientôt les triomphes amenèrent à la suite des vainqueurs les chefs-d’œuvre des arts et les hommes capables d’en créer de nouveaux. Athènes envoya le peintre et philosophe Métrodore pour représenter les exploits de Paul-Emile. Sempronius Gracclms, ayant conquis la Sardaigne, en produisit l’image dans le Forum. Marius couvrit les voûtes du temple de Mars des événements de sa vie.
Lucius Hostilius imita cet exemple en exposant dans le Forum un tableau où il était représenté montant le premier à l’assaut sur les murs de Carthage ; il en donnait lui-même l’explication, en faisant remarquer les lieux où s’étaient donnés différents combats , acte de popularité qui lui valut le consulat aux comices suivants.
Le peuple apprenait ainsi, par les tableaux qui suivaient les triomphes, le nom, le costume des peuples du monde qu’il ajoutait à son immense empire5. L’Afrique parut personnifiée au triomphe de Balbus contre les Garamantes, les villes des Gaules à celui de César ; mais l’orgueil romain céda à un sentiment de compassion au triomphe de Pompée, lorsqu’il aperçut l’image de Mithridate mourant, et qu’il vit ses malheureux enfants suivant le char du vainqueur. De combien de tristesse ces sortes de fêtes ne durent-elles pas s’accroître , lorsqu’à la suite des guerres civiles, au lieu de victoires remportées sur des peuples barbares, c’était de la perte de ses plus grands citoyens qu’on lui demandait de se féliciter6! A l’aspect de Scipion se perçant de son épée et se laissant tomber dans la mer, de Caton déchirant ses entrailles, de Pompée lui-même lâchement égorgé, un silence terrible, interrompu seulement par des gémissements, fut l’ovation de ce triste triomphe.
A ces tableaux historiques qui décoraient les temples, les Forums, les Romains joignaient les productions des arts qui représentaient les événements des autres pays, et. lorsqu’ils méritaient par leur perfection cet honneur7.
1 Milhol., Mb. iv, lib. vin. Plutarque, in Al.
Cræcia capta ferum victorem cepil, clartés Intulil agresli Lalio.
Horace.
a Tite-Live, lib. ii.
4 Tite-Live, xxiv-xxvi.
1 Simulacra monlium, O v., île Potu., xxi ; Appien, de Bel. Pnn. ; Pline, v, 5; Oppidorum simulacra, Tite-Live, xxxvii-l; Vel. Pater, i-ix; Simulacra puçjnamm picla, Tite-Live, xii, 28.
' Plutarque, in Potnp.
: Les poi trails de vingt-sept rois de Sicile placés dans le temple de Minerve, à Syracuse, furent enlevés et transportés à Rome par Verrès. Cicer., in Ver., xiv. lieux de S» voue furent enlevés par Aratus. Plutarque, in Aral.
ANCIEN ET MODERNE
Un long intervalle sépare ces temps glorieux de ceux qu’on appelle avec raison la renaissance des arts, et cependant que d’actions courageuses ne durent point marquer les derniers temps du grand empire et la formation des états modernes ! Mais il est des siècles où les hommes manquent aux événements pour les retracer \ et d’autres où les événements manquent au génie qui en aurait exalté les merveilles; c’est, alors l’histoire seule, froide, exacte, qui comble ces lacunes. Tel fut le moyenâge, qui commence dans les arts à la fin du règne des Antonin et se prolonge jusqu’au quinzième siècle. C’est alors que, pour la seconde fois, le flambeau des lumières sortit de la Grèce; des anges aux ailes dorées, des vierges chastes, les figures vénérées des apôtres , des prophètes apparurent en Italie et furent accueillis avec enthousiasme et reproduits avec perfection. Mais là rien n’était pour l’histoire, les arts semblaient ne pas exister pour elle, comme si elle n’eût pas existé pour eux. En vain l’Italie avait-elle déployé ses guerres sanglantes, ses expéditions aventureuses de Vénitiens, de Pisans, de Génois, et Rome la ville éternelle, Rome veuve d’un peuple-Roi et reine encore du monde.
En vain l’Espagne combattit pour le triomphe de la foi, l’Angleterre pour celui de la liberté, la France enfin présentant au monde des hommes tels que Charlemagne, saint Louis, Philippe- Auguste. Pas un tableau ne retraçait de si glorieux exploits; des portraits, qui sans doute appartiennent aussi àl’histoire, furent presque les seules traditions dont on fut redevable aux arts; les brillantes écoles italiennes, les artistes qu’elles formèrent en France sous François Ier et Henri II, les écoles allemande, flamande et espagnole , chacune si remarquable par des caractères différents, semblèrent s’être donné le mot pour ne laisser au monde que des compositions religieuses ou mythologiques". Ce n’est qu’après François 1er que la peinture historique a cherché à renouer la chaîne du passé et a présenté aux regards les nobles figures qui avaient paru dans l’obscurité des âges3. Son
‘La peinture historique ne se perdit point tout-à-fail dans le moyen-âge. On voit que l’empereur Maximinus, non-seulement écrivit au sénat le récit de la bataille qu’il avait livrée dans les marais de la Germanie, mais envoya un grand tableau de cette bataille pour être exposé aux regards dans la curie.
Henri, roi des Saxons, fit peindre dans un cœnaculo superiori la victoire de Mésesbon sur les Hongrois. Luitprand, !îb. n, Hist., cap. 9. Tlieudelinde, reine de Lombardie, bâtit un palais à douze milles de Milan où elle fil peindre les guerres des Lombards, dont on remarque les singuliers costumes. Paul Diacre, de Gest. Long., lib. iv, c. 25.
Michel Paléologne, en 1205, fait représenter sur la muraille de son palais les victoires remportées pendant son règne.
a Quelquefois cependant il se trouve des traits d’histoire, et Léonard de Vinci fit pour le grand conseil de Florence un beau tableau du capitaine Kicolo Piccinino qui enleva un drapeau.
' L’école vénitienne produisit quelques-uns des hauts faits de cette république, de ses combals sur mer, de ses cérémonies, mais sur une petite échelle. L’école romaine sembla craindre d'aborder de pareils sujets, de laisser pénétrer même l’allégorie. Ainsi dans le tableau de Raphaël représentant Héliodore battu de verges, qui veut signifier le triomphe de la religion sur l’impiété, le pape, dont cette allégorie devait retracer le zèle pour la foi, est relégué dans le fond, pour seulement l’indiquer. A Florence et à Sienne , on trouve quelques tableaux relatifs â l’histoire de ces républiques, mais sans une grande importance.
premier essai fut un chef-d’œuvre, c’est l’histoire de Henri IV, par Rubens, divisée en vingt superbes tableaux, où la ressemblance de Henri se retrouve fidèlement retracée, mais malheureusement mêlée, d’après le goût du temps, aux divinités de la fable, aux compositions allégoriques; c’est plutôt l’apothéose d’Henri IV et de Marie de Médicis que leur histoire. Louis XIII, ce prince faible et qui laissait les affaires de l’état entre les mains d’un homme de génie pour s’en épargner l’ennui, était cependant très sensible aux arts d’imagination; il écrivit lui-même au Poussin pour le rappeler en France; il prépara par ses encouragements le grand règne qui devait obscurcir le sien.
On attendait un artiste qui sortît de ce genre vague, toutefois sans tomber dans la sécheresse ; il sc rencontra dans le célèbre Callot, bien connu par ses esquisses grotesques, mais dont le crayon, le pinceau et le burin nous ont successivement retracé les principaux faits de ce temps. Les compositions de Callot faites à vol d’oiseau donnaient le détail des opérations militaires, de la marche des troupes, et sur le devant, dans une plus grande proportion, les principaux personnages qui en faisaient partie. C’était déjà plus qu’un plan, mais pas encore un tableau. Van der Meulen comprit ce qui manquait à Callot et ce que Rubens avait dépassé; évitant à la fois la sécheresse du plan et le vague de l’allégorie, il composa des tableaux stratégiques où les personnages principaux paraissent avec leur ressemblance, leur expression, et où on aperçoit cependant dans le fond tout le détail des opérations militaires et l’aspect exact des lieux. La peinture historique fut alors créée, et elle devait naître dans un temps où tant de victoires, tant d’actions célèbres pouvaient lui servir d’aliment.
On ne peut pas dire cependant qu’elle n’eût pas déjà existé en France sous d’autres formes; c’était bien de la peinture historique celle qui se développait aux regards sur les vitraux des églises, celle qui couvrait les manuscrits de compositions piquantes, celle surtout qui, de temps immémorial, paraissait sur les tapisseries des vieux châteaux. Dans ces trois genres, c’est la France qui eut à la fois les plus anciens et les plus brillants succès, et l’usage surtout des tapisseries était si établi, que les tableaux des plus grands maîtres ne furent longtemps que des toiles qu’on découpait pour être exécutées de la sorte; les morceaux en ont été retrouvés dernièrement. Il en fut ainsi jusqu’au moment où Louis XIV conçut l’idée de faire représenter sur le plafond de la galerie de. Versailles les actions principales de sa vie, de 16G1 à 1675, par Lebrun, qui s’était déjà fait connaître par les plus grands tableaux historiques connus, ceux des batailles d’Alexandre. Cet homme, d’un vaste génie, quoique manquant souvent de goût, sut comprendre et créer pour ce règne fastueux le véritable genre qui lui convenait, la peinture décorative jointe, à la sculpture ornementale. Aux grandes et nobles compositions des batailles d’Alexandre, il joignit l’allégorie
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dont ses prédécesseurs avaient commencé à emprunter le prestige; il avait été en Italie à l’époque des Carraches, et il s’était malheureusement trop adonné à cette école éclectique qui se formait alors de toutes les autres, sauf la supériorité de chacune d’elles, n’ayant ni le dessin de l’école romaine et toscane, ni le coloris vénitien, ni la grâce des peintres de Parme, sorte de genre ampoulé, blafard, souvent maniéré, toujours froid, conservant encore quelque vigueur dans ceux qui le créèrent, mais devant entraîner l’école dans une route funeste.
On vit bientôt le mauvais goût se manifester à un haut degré dans les ouvrages de Yanloo, Coypel, Doyen, deTroy, Boucher, etc. Encore si ces artistes, doués cependant de mouvement et d’imagination , eussent dirigé leurs études, employé leurs pinceaux à reproduire les faits de notre histoire, il en fût résulté des productions utiles ; mais leur dédain à cet égard égalait celui des poètes, et des historiens. Voltaire est le premier qui ait rompu ce singulier silence. Lamothe, du Belloy, Lemière, suivirent ses traces, et les artistes commencèrent de leur côté à chercher dans nos annales des sujets de tableaux. Bayard, Duguesclin, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV reparurent, et au moment de la révolution, ils avaient pris, sur la scène et dans les arts, le dessus sur les sujets religieux ou mythologiques; il restait un 'pas à faire, et ce fut le plus difficile , c’était d’assujettir la nouvelle école, qui était revenue à l’étude et à la passion de l’antique, à composer des tableaux de scènes modernes, à passer du casque au chapeau à trois cornes, du cothurne aux bottes cirées. Cette conquête ne pouvait manquer au grand homme qui réussissait si bien dans toutes les autres. En effet, il ordonna, il exigea impérieusement que les arts qu’il protégeait fussent employés à sa gloire. 11 imposa à David les sujets de son histoire, et celui-ci, avec son immense talent , composa des tableaux où il ne lit que changer le costume, mettre des habits d’uniforme à Léonidas, des pantalons à Brutus. Alors reparut la véritable peinture historique telle qu’elle fut sous Louis XIV, débarrassée toutefois des emblèmes allégoriques et d’un inutile. mélange d’ornement. Lebrun avait peint des Français sous le costume grec, David représenta des Grecs sous l’habit français ; et les deux compositions du sacre et de la distribution des aigles sont deux grandes scènes que l’on prendra toujours pour modèles; ses élèves, Gros, Gérard, Girodet, suivirent ses traces et le surpassèrent, les uns dans la couleur, d’autres dans l’expression. Les batailles d’Aboukir, d’Evku, la peste de Jaffa, montrent jusqu’où on peut parvenir dans ce genre et ne laissent rien à regretter du style et des compositions des anciennes écoles. Versailles de nos jours vient d’ouvrir une nouvelle carrière, un magnifique avenir aux artistes qui voudront se consacrer aux compositions historiques et militaires ; et la réputation des Vernet , Laroche, Couder, Allaux, La Rivière, Pujol, etc., s’est accrue par cette consécration de la grandeur nationale.
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C’est vers ce genre que les jeunes artistes doivent diriger leurs efforts, alin de pouvoir, un jour, trouver place dans ce musée national qui assurera leur réputation. Et de même que nous avons dit plus haut, que d’avoir un portrait, un buste à Versailles sera l’objet des plus grands sacrifices, des actions mémorables ; de même, pour les artistes, être choisi pour les représenter, sera l’objet des plus ardentes ambitions. Heureux le pays qui peut produire à la fois des actions qui l’illustrent et des artistes capables de consacrer ces actions !
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