‹ VersaillesChapitre 63 sur 115 · SA LL K DES CONNÉTABLES · texte numérisé non relu

SA LL K DES CONNÉTABLES

Troisième salle.

onnétable, titre magique qui vient immédiatement après la majesté royale. Duguesclin, après avoir sauvé la France, ne se croyait pas digne de porter l’épée de connétable, étant, disait-il , venu de trop pauvre noblesse. Cette épée, il se la fit apporter au moment de sa mort, et la saisissant de ses vaillantes mains : « Elle m'a aidé, dit-il , à vaincre les ennemis de mon roi; mais elle m’en a donné de cruels auprès de lui. Je vous la remets, ajouta-t-il au maréchal de Sancerre, protestant que je n’ai jamais trahi l’honneur que le roi m’a fait en me la confiant. »

Alberic de Montmorency en fut le premier décoré, vers 1 000 ; après lui, et successivement, elle fut portée par Gaston de Chaumont, Raoul comte de Clermont , Amaury de Montfort , Gilles de Trasignies , Humbert de Beaujeu et Jacques de Bourbon Ier, surnommé la Fleur des Chevaliers. Enfin, Duguesclin , en L>70, et depuis le terrible comte d’ Armagnac , le comte de Saint-Pol , compagnon d’armes de Louis XI et sacrifié par lui , le célèbre et malheureux connétable de Bourbon , Anne de Montmorency, qui le remplaça et servit fidèlement sous cinq rois , ont été tour à tour revêtus de celte charge. Après Anne de Montmorency , et depuis 1507, il n’y eut plus pendant longtemps de connétables. Les Guises seuls auraient pu prétendre à cette dignité, mais on craignait, en la leur conférant, d'augmenter leur pouvoir, et eux la trouvaient encore au-dessous de leur ambition. On a peine à croire qu elle échut plus tard à un pauvre gentilhomme, Charles d’Albert, depuis duc de Luynes ; Lesdiguières la lui céda pour s’attirer la faveur de

VEliSAILLES ANCIEN El MODEM N E.

Louis XIII, et à la mort du duc de Luynes, le même Lesdiguières en fut revêtu. C’était un ancien et digne compagnon de Henri IV, capitaine habile et considère comme le premier homme de guerre de son temps. Il méritait ce haut rang, el par ses services et par l’existence considérable qu'il avait dans le Dauphiné. Il mourut en I(l2(i. Après lui s’éteignit sans retour cette dignité qui, pendant six cents ans , avait été un utile appui et un brillant ornement de la couronne. Le connétable recevait l’épée de la main du roi et lui en faisait hommage à genoux, après avoir prêté serment ; il était le premier dignitaire de l’Etat, le conseiller intime du roi, qui ne pouvait entreprendre une guerre sans le consulter. Quand le roi n’était pas présent à la prise d’une ville, c’était la bannière du connétable qui tloltait sut les remparts ; il avait sous ses ordres tous les chefs de l’armée, excepté le roi. « Aux « entrées solennelles du monarque en la ville capitale du royaume, après le cheval « de parade du roi, le connétable paraist sur son rang, tenant l’espée en la main , - veslu de prelieux habillements de velours bleu, enrichis de fleurs de lys d’or, « comme un représentant de la personne royale.» Il y a eu trente-neuf connétables de France, dont les portraits ou les noms ornent cette salle.

Première «aile des Maréchaux.

»e 1 185 à 1 84 0 il a étécréé trois cents et quelques maréchaux de France, et dans cette longue suite de noms il en est un bien petit nombre qui . n’ait dû qu’à la faveur cette liante dignité. Quel est le pays qui présente ainsi , pendant sept siècles, une si grande masse d’illustrations ? C’était donc une heureuse pensée, après avoir représenté les événements dans leur ensemble, de les personnifier en quelque sorte par les traits de ceux qui en avaient été les principaux auteurs , et de consacrer à ce but quatorze salles , qui sont devenues le patrimoine de plus de cinq cents familles et la gloire de tout le pays.

Le premier personnage qui se présente à l’entrée est Jean le Meingre, autrement Boucicault , un de ces bonnnes dont la vie est une suite de hauts faits ; il est représenté comme son historien le peint dans son enfance, se tenant droit, la main au côté , ce qui moult lui advenait, et regardant jouer les autres. Enfin, Beauvoir et Rochefort, tous deux célèbres, l’un en servant le duc de Bourgogne, l’autre en se battant contre lui; La Fayette, qui commence la célébrité de ce nom. Mais quoi? sortez de cette enceinte où vous n’auriez jamais dû paraître, seigneur de Raiz : un écusson suffirait , non à votre renommée , mais à votre existence. Que me fait votre naissance, votre fortune, vos services même ? j’entends les cris des malheureux enfants sacrifiés à vos sortilèges, j’entends les vôtres qui partent du bûcher où vous avez expié vos crimes !

Voici qui vaut mieux : c’est Poton de Xaintrailles , le compagnon de Dunois et de Jeanne d’Arc, Montfort de Laval, et Pierre de Rohan, seigneur de Gyé , qui semble sortir de son château du Verger, comme sur le has-relief qui en décorait l’entrée; Desquerdes, aussi bon moyenneur d'accord que hrave guerrier. «Volon-

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tiers, disait-il , je resterais deux ans en enfer pour chasser les Anglais de Calais. » Il y a là un Trivulce à cheval et un à pied, tous deux dévoués à la France el à l’honneur ; Lautrec , le preneur des villes , et qui rendait bossas les champs , à force de corps d’hommes qu’on enterrait où il se battait ; Chabanne de La Palisse, pour lequel une quatrième charge de maréchal fut créée, et que les Espagnols avaient surnommé le grand Maréchal de France, aussi prudent que brave, et qui fut lâchement assassiné à la bataille de Pavie; Lescun, mort des blessures reçues à celte meme bataille ; Robert de La Marck , lils du Sanglier des Ardennes ; le beau Brissac, et enfin Annebaut, dont nous avons fait connaître les traits à l’article des amiraux.

Ce mélange de poil rails à cheval, en pied, en buste , donne à celte première salle un aspect imposant. Il semble que toutes ces grandes ligures vont descendre, el raconter leurs travaux, raconter la part qu’ils ont prise aux événements célèbre el la renommée qu’ils y onl acquise.

Thomas de Koix de Lest

Guy de Laval de Haiz.

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Deuxieme salle des Maréchaux.

Ip il entrant dans celte salle, les regards se portent sur le personnage

j à cheval au milieu; c'est Brissac, le gouverneur de Paris, oui lit

entrer Henri IV dans sa bonne ville, assez méchante pour lui à celte époque; près de lui est François de Montmorency, le lils du connétable , le dentier des François , le sauveur des protestants ; Gaspard de Saulx , Tavannes , hommes de cœur à Jarnacet à Cerisolles, hommes de sang à la Saint- Barthélemy. Il y a ici deux Contant Biron, tous deux décapités, mais l’un par un boulet de canon au siège d’Epernay, l’autre par la main de la justice, tous deux couverts de blessures et de gloire; plus loin, le héros des duels, Créqui, qui a acquis un renom plus solide par vingt combats et sa mort sur le champ de bataille ; eniin le galant et spirituel Bassoinpierre.

J’aurais voulu voir à cheval, au lieu de Brissac, un des guerriers peints dans celle salle au moment où, après avoir traversé six rangs des ennemis, il est renversé dans le septième par la mort de son cheval; et quand ce guerrier s’appelle

Montmorency, qu’il est le dernier de sa branche directe, on plaint le pays autant (pie lui de sa perle.

On trouve encore ici Gaumont de la Force, que son père, assassiné à la Saint- Barthélemy, couvrait de son corps et sauva; La G niche de Saint-Garant, cl’une ancienne famille de Bourgogne, et neveu de ce Philibert de La Guiche, grandmaître de l’artillerie à la journée d’Ivry, et qui fit faire quatre décharges d’artillerie avant que les ennemis pussent tirer un seul coup de canon ; enfin , le grand , l’immortel Sully, auquel Henri IV adressa ces paroles, lorsqu’il le rencontra blesse

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