‹ VersaillesChapitre 68 sur 115 · SALLES DES RÉSIDENCES ROYALES · texte numérisé non relu

SALLES DES RÉSIDENCES ROYALES

n’est aucun pays, aucune couronne qui puisse rivaliser avec la France par le nombre et la magnificence des résidences royales , toutes situées dans un rayon de quinze à seize lieues de la capitale. Fondées la plupart avant les Valois , elles s’embellirent du goût de ces princes pour les arts et de celte passion de bâtir qui leur avait fait orner les bords de la Loire de tant de charmants édifices. Obligés d’abandonner les élégants palais de Cbambord, de Blois, de Chenoneeaux , ils pensèrent à s’en dédommager dans le nouveau cercle de leur puissance. Fontainebleau, sorte d’agglomération de plusieurs châteaux , n’en forme plus qu’un en conservant pourtant les vestiges, le sperimen des constructions de tous les temps. L’Italie vint y produire ses merveilles , et le croissant de Diane y répandre partout sa brillante clarté. O11 y trouve la galerie de François 1er, la salle où naquit Louis XIII, et le cabinet où Napoléon signa son abdication. Chacun des autres palais contient également des faits historiques connus; un grand nombre de ces édifices a été détruit. Ce fut une excellente idée de réunir dans plusieurs salles les tableaux du

Voyage de Marty.

VEKSAILLES A NC Ni N El MU DE II ME.

temps qui en ont conservé une fidèle représentation. Là vous trouvez Chambord, dont la destinée singulière est de passer de mains en mains sans être jamais habité ni même rendu habitable ; Saint-Cloud , embelli par Mignard et par de très-belles eaux, aujourd'hui admirablement restauré parle roi; Sceaux et Clagny, dont il ne reste plus que le souvenir comme celui de madame de Monlespan eide la duchesse du Maine; Versailles dans tous les détails de ses jardins, de ses fabriques, de ses bosquets, mais remarquable surtout par les scènes lidèles de la vie privée de Louis XIV; Vincennes et son élégante chapelle ; Madrid, dans le bois de Boulogne, créé par enchantement et disparu de même. Embarrassé de choisir parmi tous ces édifices nous avons cherché à donner une idee des principaux : Marly et Saint- Germain , l'un entièrement détruit, l'autre dénaturé et changé en prison. Marly fut le lieu où sans comparaison Louis XIV fit le plus de dépenses , et ou il résidait de prédilection. Aussi c'était une grande faveur d'y être invité. Marly, Sire, disaiton au roi lorsqu'il passait et qu'on savait qu’il se préparait à s'y rendre, et un valet bleu marquait le lendemain la liste des personnes invitées. Au bas d’une superbe cascade et au-dessus des jardins magnifiques s'élevait un grand pavillon isolé qui dominait ce paysage. Vis à-vis de cet édifice était un grand canal sur les bords duquel on avait construit douze pavillons qui représentaient les douze signes du zodiaque , comme le pavillon principal le palais du soleil. Le palais de Saint-Germain plus imposant , plus triste, avait acquis cependant une nouvelle importance en devenant le séjour de la famille desSluarts et le temple d’une généreuse et grande hospitalité.

Liste des invitations à Marlj

SALUi I) K S MOIS.

ii milieu de celte |>om |>e histori(|iie des hommes et des événements , il était impossible qu’il n’y eût pas une salle consacrée aux soixante-douze souverains qui ont régné sur la France, et pris tant de part à ses destinées. On a cherché à reproduire leurs traits aussi fidèlement qu'on a pu par toutes les notions qui nous sont parvenues , médailles , sceaux , bustes ou portraits. D’abord , voici les rois francs ou mérovingiens, avec leur longue et blonde chevelure; bientôt après on trouve une nouvelle dynastie, élevée comme la première sur le pavois par l’affection ou la reconnaissance des peuples. Que pouvait-on offrir de moins qu’une couronne à celui qui avait sauvé à Poitiers la France et la chrétienté? Enfin une troisième dynastie s’est élevée; cette dynastie, toute française, n’a plus rien ni du langage ni des habitudes d’au delà du

V E l( S A I i. L K S V N G I E Ai E I M O l> E li Ai E.

Rhin : c’est d’abord un comte de Paris, apportant à l’État ses vastes domaines, placés au centre du pays, et autour desquels s’adjoindront successivement toutes les provinces qui composeront un jour la plus puissante, la plus homogène nationalité. Ses descendants, sans interruption, vont régner sept cents ans et consolider, par les conquêtes et les alliances, le trône de leurs ancêtres. La superbe monarchie française, assise sur deux mers, devient le centre de l’Europe sous le rapport de la civilisation, et brille dans 1" histoire de la guerre, des lettres et des arts. Il serait superflu de passer ici en revue cette longue suite de princes, dont un si grand nombre a occupé le trône avec distinction : leurs actions, les événements de leur règne sont dispersés dans tout le palais, ce sont ici seulement leurs traits : partout ailleurs leurs souvenirs.

Cette pièce formait autrefois une dépendance de l’appartement du rez-de-chaussée dans l’ancien palais, occupé, en 1714-, parla duchesse de Berry, fille du régent , et depuis on y pratiqua une salle de bains et un cabinet pour la reine Marie-Antoinette, qui s’y rendait par le petit escalier de Damiens, qui servail de dégagement n la partie centrale du palais.

Huitième salir (Ir* Maréchaux.

A mesure que nous avançons, loin d’avoir à étendre noire récit , nous devons le resserrer. Il est rare que les hommes s’élèvent quand les événements se rapetissent. Le grand règne a fini, et à sa suite commence une époque vague , incertaine, qui porte encore les traces de temps glorieux parce qu’il reste quelques vétérans de ces temps célèbres , mais bientôt ils disparaissent à leur tour, et le bâton de maréchal de France ne va plus passer qu’aux mains de la vieillesse ou aux favoris de la cour; cependant on peut encore se glorifier des guerriers que renferme celle salle : Puységur, Asfeldt, sont des noms qui honorent toujours une époque; nous citerons aussi un neveu du célèbre Fouquel, qui portail le nom de son oncle, et qui força, par son mérite et sou courage, Louis XIV à reconnaître et à récompenser ses services, en dépit de la haine qu’il portail à ce nom qui lui rappelait de fâcheux souvenirs , Coigny, qui, vainqueur à Guastalla, a laissé en Italie le souvenir de la dernière bataille où la victoire, qui avait si longtemps suivi nos drapeaux, soit restée fidèle à nos armes; Maillebois, avantageusement connu par les campagnes qu’il a faites , et qui ont illustré la vie de ce guerrier non moins que les écrits qu’il a publiés ; Lowendal , que le siège hardi de Berg-op-Zoom a immortalisé ; mais surtout le célèbre Maurice de Saxe, l'illustre vainqueur de Fontenoy, de Rocoux, de Lawfeld : honneur au prince régent, qui devina le grand général dans les traits d’un jeune guerrier étranger, et qui sut l’altacher au service de la France, dont il devait cire un jour la gloire et le salut.

Neuvième salle des Maréeliaux .

On vuit toujours, et il en devait sans doute être ainsi, les époques glorieuses suivies de temps calmes et tranquilles ; les nations ne peuvent sans cesse s’agiter dans le mouvement d'une vie guerrière, et après le bruit des batailles, il leur faut le repos de la paix et la mollesse de l’oisiveté. C’est ce qui arriva après cette longue lutte de géants que la France avait soutenue contre l’Europe sous le règne du grand roi, et qui, après s’être ouverte par des victoires, s’était fermée par des désastres. On vil, sous le long et pacifique ministère du cardinal de Fleury, grâce à la faiblesse et à l’indifférence de Louis XV, la gloire, qui avait si longtemps entouré de son éclat le trône de France, abandonner les fleurs de lis pour s’attacher a d’autres bannières : elle alla couronner le grand Frédéric, fonder son nouveau royaume ; Catherine planta ce poteau sur lequel était écrit : Chemin de Constantinople; Marie-Thérèse défendit ses Etats par l’affection de ses sujets. Que faisait alors la France? elle se passionnait pour des choses frivoles, et se consolait de Bosbach par une plaisanterie de Voltaire ou une représentation de Lekain.

Celte salle mérite toutefois encore qu’on s'y arrête : voici Richelieu , cet homme célèbre par ses galanteries , emportant d’assaut Mahon , et décidant la victoire de Fonlenoy; Broglie, troisième maréchal de France de son nom en cinquante ans, vainqueur de Berghem; il brilla sous trois règnes et dut à ses victoires d’échapper en 95 à l'écliafaud; voici encore Philippe de Ségur, avec son bras de moins, qu’on a eu tort de déguiser par une manche trop ronde dans son portrait; Du Muy, l’ami, le conseil de Louis XVI, et Caslries qui, vainqueur du duc de Brunswick à Closlercamp , alla demander à ce prince un asile pendant la révolution, et trouva près de lui une noble hospitalité

A N G I !•; iN I I moi» muni;.

Dixième salle des Maréchaux.

Celte salle ne renferme que quatre portraits; on y remarque celui de Rocliam beau, l’élève du maréchal deSaxe, le compagnon et l’émule de Washington. Rochambeau, qui servit avec honneur dans les deux mondes la France et la liberté, allait monter dans la fatale charrette pour marcher au supplice, lorsque le bourreau , la trouvant assez remplie, le repoussa en lui disant : « Va-t’en , vieux maréchal, ton tour viendra plus tard ! » On y voit aussi le portrait de Berthier, l’ami, le compagnon de Napoléon, de Berthier, dont le nom se rencontre à toutes les pages de son histoire.

Onzième salir des Maréchaux.

C’est ici que commence une nouvelle ère pour la France , et nous aurons quelque peine à nommer seulement la foule d’hommes célèbres qu’avaient produits depuis cinquante ans nos terribles annales. Dix armées sont sorties du sol français comme les soldats de Cadmus, et chacune de ces armées, deux ou trois fois renou-

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v e usaili.es

velées , a laissé surnager, à travers cette contrée de gloire, des hommes qui vont sc presser dans les trois salles qui terminent cette collection. Voici Murat, dont nous avons déjà parlé, simple chasseur en I7S7, et passé roi, comme on disait ; Moncey, tpii, en ISIS, conservait encore la tournure de l’ancien officier français, et traversa des époques différentes sans rien perdre de l’estime générale; Jourdan, le vainqueur de Fleurus; Masséna, le type de la valeur guerrière, du sang-froid, du coup d’œil, qui passa quarante ans à entendre siffler des balles sans qu'aucune ne l'atteignit , Masséna, 1 Enfant chéri de la Victoire; Augereau, qu’on croit toujours voir sur le pont d’Arcole ; Bernadotte, n’ayant jamais voulu que la république et se trouvant le seul fermement assis sur le trône des rois; Soult , l'espoir encore de la France après en avoir été si longtemps l’appui, Soult! aussi habile administrateur que bon général ; Brune, martyr des passions populaires ; Lamies, dont on ne sait comment caractériser la bravoure, car elle était pour lui dans le sang, dans l’instinct, plus encore que dans l’honneur ; Mortier, terminant une vie glorieuse en tombant frappé de la balle destinée à son roi ; Ney, le malheureux Ney ! qui, couvrant la retraite de Moscou, semble braver l’ennemi qui l’accable, et succombe sous le feu d’un fusil français ; Davoust , qui porte avec raison les deux noms d’Auerstaed et d’Eckmulii , et Kellermann, montrant dans ses cheveux blancs les premiers lauriers de la révolution

Douzième salle des Maréchaux.

Cette singulière et belle salle, ornée de colonnes de marbre, s est trouvée enfermée dans les petits appartements de Louis XV, et a reparu dans les nouvelles

\ N LIEN ET MODEM NE

dispositions ; on ywoit la continuation des maréchaux de l’empire. Nous avons remarqué Lefebvre, sergent aux gardes françaises au moment de la révolution, un des premiers à la tête de ce grand mouvement, et ne l’ayant jamais désavoué ; Pérignon, qui succéda à Dugommier dans la première guerre d’Espagne , Serrurier, se serrant près de Napoléon au 1 8 brumaire ; Victor, ayant fait toutes les campagnes depuis Savone jusqu’à Champaubert; Oudinot, duc de Reggio , concurrent de Rapp pour le nombre de blessures, ne comptant pas celles qui se confondaient avec les anciennes ; Oudinot, dont le nom servit un jour de mot d'ordre à l’armée ; Marmont , le plus ancien élève de Napoléon, brave, spirituel, mais toujours malheureux ; Macdonald, longtemps en disgrâce par son attachement pour Moreau , et qui gagna le bâton de maréchal à Wagram en montant à l’assaut comme pour gagner les épaulettes ; Suchet, le duc d’Albufera, de Valence , récompense de la plus glorieuse campagne et de la plus sage et bienveillante administration; Gouvion Saint-Cyr, militaire éclairé, propre au conseil comme à l’action ; Poniatowski ! . A ce nom je

ne sais quelle pensée mélancolique vient saisir l’âme: cette belle figure, qui aurait si bien et mieux paré le trône de Pologne que la cour d'un autre monarque, et que les flots de l’Elster ont englouti avec l’espoir d’une patrie polonaise.

Treiziéme salle des Maréchaux.

Cette dernière salle a pour nous un attrait plus vif que toutes les autres; les portraits qu’elle renferme appartenaient déjà à la postérité, et cependant ceux qu’ils représentent la plupart vivent parmi nous, et ils sont encore prêts à conti-

VU K SA II, LUS ANCIUN UT M(H)UUiNU.

nuei pour leur pays leur noble carrière. Ils ne peuvent plus rien attendre de lui , mais lui peut encore avoir à réclamer leur service. Gérard, Clause! , Duperie, sont encore sur la brèche de la renommée. Gérard , que trois millions de gardes nationaux se félicitent d’avoir à leur tête; Duperré,qui n’attend qu’un ordre pour aller lutter contre les Hottes anglaises, et Clausel , que le désert appelle, et que les peuples de l’Atlas attendent, si le brave maréchal Vallée, le dernier placé ici, venait à leur manquer

mréchfll M!*«éna.

Première Salle fies Guerriers célèbres.

' eût été composer une nomenclature bien imparfaite des ^hommes distingués de notre histoire que de la borner à ceux qui ont été revêtus des dignités d’amiraux , de connétables et même de maréchaux. Quelle collection de portraits eût été celle où l’on n'aurait trouvé ni le grand Condé, ni Bayard, ni Crillon, ni même Dumouriez et Moreau? Ce reproche a été prévu, et deux magnifiques salles, autrefois composant le logement de madame de Montespan, ont été consacrées aux guerriers célèbres qui manquaient aux salles précédentes. Les premiers qui fixent les regards sont les portraits de Dunois, le bâtard d’Orléans, le vainqueur des Anglais, le compagnon de la Pucelle et le fidèle serviteur de Charles V 1 1 ; près de lui est La Mire , son ami , son émule , enfin, Jeanne d’Arc, l’héroïne de ces temps qu’on croirait fabuleux; puis les figures sévères des ducs de Bourgogne, les plus puissants seigneurs, alliés ou ennemis de la France, Philippe le Hardi et Jeansans-Peur, qui gagnèrent leur surnom par leur extrême bravoure ; la noble victime de l’un d’eux, le beau, l’aimable due d’Orléans, si plaint, si bien vengé par sa veuve Valentine de Milan ; puis Tannegui

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du Cliaiel , qui sc chargea do la représaille terri hlo dit pont de Monlereau ; Bayard , l’immortel Bayard, lo chevalier sans peur et sans reproche , dont la vie entière fut un modèle de courage et de vertus; La Trcmoillc, le premier capitaine de son temps, la gloire de la monarchie; deux de cesGnise, ambitieux étrangers, mais qui légitimèrent leur audace par de grands services; Yilliers de Nsle-Adam, le défenseur de lîhodes; enfin Grillon, qui brille surtout par la bataille d’Arques , où il ne se trouva pas, mais qui lui valut le célèbre mot de Henri IV.

Seconde S:illc des Guerriers célèbres.

Cette salle renferme des exploits plus modernes, et cependant le premier portrait qu'on aperçoit est celui du grand Condé, précurseur de la gloire de Louis XIV, destructeur, à Rocroi, de l'infanterie espagnole, vainqueur à Lens, Fribourg, Senef, et aussi spirituel qu’habile; près de là sc présente l'honneur de la marine française, Duquesne, Jean-Bart , Duguay-Trouin, Chevert, à qui la Renommée oublia de

A M G 1 1£ N l-T MO U LU N 11.

laisser le bâton de maréchal; Sufl'ren, dont le nom retentit encore dans les Indes ; La Fayette , qui donna la liberté à deux mondes , aussi simple et vertueux que grand ; Dugommier, qui prit Toulon et devina le génie de lionaparte ; Marceau, dont la vie, dit lord Byron , lut courte et immortelle , et dont l’armée ennemie tout entière honora les funérailles; Kleber, ce fougueux Ivleber, arrêté au milieu d’une immortelle carrière par le fer d’un assassin ; Joubert, mort si jeune, et dont le directoire voulait faire un dictateur; Byron , Custine , Mouchard, qui finissent leurs jours glorieux sur l’échalaud; le duc de Vendôme, monté sur un des chevaux de sa ferme sur lequel il partit pour l’Espagne, et qu’il montait le jour de la bataille de Villaviciosa, qui plaça Philippe V sur le trône d’Espagne; Desaix, que l’Égypte appelle encore le Sultan juste; Moreau, tombé sous le premier coup de canon français tiré à Dresde; Lasalle, frappé mortellement à Wagram par une balle autrichienne; Dumouriez, à qui la restauration ne put pardonner les deux premières victoires de la France, et Louis XVIII, de savoir mieux que lui le latin, et d’en avoir cité plus à

Le général Moreau.

Le général Uapp.

Le duc de Vendôme.

VERSAILLES ANCIEN LT Al ODER NIC.

propos des passages; Junot, Rapp , Regnier, la comique ligure du général Dagobert; et enfin Eugène Beauharnais , l’enfant adoptif de Napoléon, et digne de ce nom glorieux.

Le prince Eugène Beauharnais.

Premier étage.

JÊk AAib^ if irpDipa

K e/.-de-clia lissée.

si reize salles, formant une perspective aussi loin cpie l’œil peut, s’étendre, composent ce qu’on appelle la Galerie de Napoléon , et remplacent les appartements habités sous Louis XV par le duc de Charolais , et sous Louis XVI , par la malheureuse princesse de Lamballe. Ces treize salles, consacrées aux souvenirs de Napoléon, contiennent cent vingt-neuf tableaux représentant les principaux faits de sa vie de 1790 à 1810. On a omis avec raison les temps qui ont précédé : l’enfance des grands hommes ajoute peu d’intérêt à leur histoire. Chacune des salles porte le chiffre de l’année à laquelle se rapportent les tableaux , qui sont classés chronologiquement , à l’exception de ceux qui concernent la campagne de Marengo, qu’on a été forcé de rejeter à la dernière salle à cause de leur dimension. La première salle , celle qui paraît sur celte planche , présente le moment où le général Bonaparte , fait chef de brigade à Nice , en 1795 , mais destitué depuis , part de celte même ville de Nice avec le commandement général des troupes de l’armée d’Italie, « Soldats , leur dit-il , vous êtes mal nourris et presque nus , je

« vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du inonde, vous y Irouverez « honneur, gloire et richesses. » En effet , son début est une suite de victoires ; il entre àSavone, bat les Autrichiens à Montenotte, et, pendant que le colonel Rampon, à la tête de la trente-deuxième demi-brigade , fait son héroïque défense de la redoute de Monte- Legiuo , il s’empare du château de C-ossaria, fait prisonnier le général autrichien Provera , attaque Saint-Michel malgré les difficultés du terrain , s’empare de Coni, passe le Pô à Plaisance, remporte une victoire à Lodi , chasse Beaulieu derrière le Mincio , entre à Crémone et enfin à Milan. Cette première partie de la campagne, qui dura à peine un mois , a pour résultat de détacher la Sardaigne de l’alliance autrichienne et de mettre entre les mains du vainqueur la Lombardie et les magasins considérables qu’elle renferme ; elle développe déjà ce savant système de stratégie qui, depuis Frédéric II , semblait avoir été oubliée.

Le général Bonaparte en I 79f>.

Deuxième salle.

^^ictocieux de trois armées, maître des places Tories de la Lombardie , Bonaparte s’occupa d’organiser les pays conquis el de contenir le reste de l’Italie, mais en même temps qu’il pressait le directoire de lui envoyer des renforts : ses meilleurs généraux étaient tués ou blessés, les soldats épuisés de fatigues. Le directoire, enfin, se décida à retirer trente mille hommes de l’armée du Rhin pour les envoyer en Italie. Pendant qu’ils étaient en marche, le cabinet de Vienne , plus actif, faisait marcher Alvinzi avec cinquante mille hommes, qui, s'ils eussent été bien conduits dans ce moment, auraient pu détruire l’armée française. Mais ce général fit encore la faute de diviser son armée en deux corps : l’un marcha sous les ordres de Davidowisch ; avec l’autre il occupa la belle position de Caldiero. Bonaparte jugea alors qu’il ne pouvait résister qu’en attirant l’ennemi sur un champ de bataille où le courage et les manœuvres pouvaient tenir lieu du nombre; il s’avança alors en force sur le village d’Arcole et le pont célèbre qui fut vigoureusement disputé. C’est là qu’eut lieu cette action du drapeau que quelques-uns attribuent au général en chef, d’autres à Augereau , d’autres enfin à un chef de bataillon. Quoi qu’il en soit, Alvinzi dut descendre de sa position pour soutenir celte partie de ses troupes (pii battait en retraite et donner le lendemain une bataille des deux côtés

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d'une jetée, où ions les avantages étaient pour les Français, qui en profitèrent : après un combat sanglant, Alvinzi fut de nouveau rejeté sur Vienne et sur les gorges du Tvrol. Autres efforts alors du cabinet autrichien : envoi d’un nouveau renfort de toute la garnison de Vienne qui arrivait avant les troupes détachées de l’armée du Rhin. Alvinzi celte fois ne divisa plus ses troupes , mais voyant Bonaparte occuper avec presque toute son armée le plateau de Rivoli, il songea à le renfermer, à l’attaquer rie tous les côtés, et c’est alors qu’il lui donne l’occasion d’exécuter une des plus belles manœuvres qu’on connaisse dans l’histoire de la guerre. Calculant le temps de la marche et les obstacles, Bonaparte renforça son armée des troupes qui formaient le blocus et le siège de Mantoue, et ne laissa dans les retranchements que Miolis avec douze cents hommes. Attendant , pour opérer son mouvement, qu’il aperçût les dernières colonnes de l’ennemi qui couronnait les hauteurs autour de lui , il écoutait sans s’émouvoir les différents rapports qui lui arrivaient, et qui lui apprenaient tous qu’il était cerné de toutes parts, lorsqu’il donne tout à coup l'ordre de l’attaque, et, avec une masse lente, compacte, il se précipite sur un des points de celte ligne étendue, la culbute , la divise, la bat en détail et la rejette encore une fois dans les montagnes. Sans perdre un seul moment , le soir même de cette bataille terrible, le 1 1, il marche pendant la nuit avec la division Masséna, et arrive le 1.3 sur le dos de Provera, qu’il trouva aux prises, à la porte de Mantoue, avec le faible corps de Miolis; il le renverse, le fait prisonnier, refoule la garnison de Mantoue dans la ville , qui , faute de vivres , est obligée, au bout de quinze jours , de capituler. Profilant du répit que lui laisse ce succès, il envoie un corps de troupes sur Rome, et conclut le traité de Tolentino, qui accorde à la France les légations de Bologne et. de Ferrare, et ces trésors d’objets d’art qui enrichirent pendant deux ans notre musée. A peine de retour de cette expédition, il doit encore lutter avec une nouvelle armée, qui marche sous les ordres de l’archiduc Charles; mais alors les renforts de l’armée du Rhin étaient arrivés, et il pouvait répondre du succès, qui dépassa toutefois son attente. Campé à trente lieues de Vienne, il vit arriver à son quartier général de Leoben les plénipotentiaires autrichiens avec lesquels il conclut les préliminaires de la paix signée depuis à Campo-Formio. Cet événement forme le tableau principal de cette salle ; les autres sont la Reddition de Mantoue, l’Entrée des Français à Rome , les Batailles de Rivoli et de Casliglione. Le résultat de celle guerre d'Italie fut, qu’un général de vingt-sept ans avait, en deux ans, remporté dix victoires, pris cent cinquante mille hommes , cent soixante-dix drapeaux et douze cents pièces de canon , et , ce qui est plus extraordinaire , fait entrer dans le trésor cinquante millions de francs à la place de cinquante mille qu’il avait reçus en partant.

Troisième salle, année ITIIT.

Soldais, songez (juç du liaul île ces momuueuls ([iiaranlc siècles vous conlempleul!

elles sont les paroles qu'on lit en entrant dans celte salle el en admirant . le beau tableau de Gros, qui en est l’explication. La campagne d’Egypte, cette sublime page dans l'histoire de Napoléon , sera un jour un des épisodes les plus brillants du poënte épique qui sera composé en son honneur. En effet , tout y est différent d’aspect , de climat , de costume, même de manière de combattre.

Fatigué du repos, tourmenté du besoin de la gloire, Bonaparte se présente un jour devant le directoire , lui montre l'Orient comme la terre des merveilles, lui expose un plan de civilisation autant que de conquêtes.; tous l’approuvèrent, les uns par sympathie pour ses hautes pensées, d’autres pour se débarrasser de sa présence. Hommes , vaisseaux , argent , peintres , savants*, on met tout à sa disposition, et, le 19 mars 1799, il part pour l’Egypte sur une flotte de douze vaisseaux île ligne , dix-sept frégates et trois cents bâtiments. A son approche, Malte se rend, Malte avec ses remparts taillés dans la roche, et ses soldats chevaliers, jadis si redoutables. Le 23, il est devant Alexandrie , devant l’Afrique et. ses déserts; la ville est prise, et les Mameluks se font déjà apercevoir; bientôt. Mourad-bey les appelle du Saïde, du Fayouni, du Delta : tousse rendent au lieu de rassemblement, en avant du Caire, dans la plaine de Djyzeh; six mille cavaliers, couverts d’armures étincelantes , montés sur de superbes chevaux , viennent disputer bravement la plaine de Memphis et les monuments les plus anciens du monde. Bonaparte oublie alors la tactique européenne, et son génie lui suggère celle qui convient à ce pays : il range son armée en demi-cercle ; chaque division formait un carré gigantesque avec l’artillerie au centre, sorte de bastions flanqués, offrant, au milieu du désert , l’aspect d'une forteresse mobile. L’impétuosité des Mameluks ne

leur permet pas d'attendre qu'il ait marché longtemps : Mourad donne le signal , et bientôt tous se précipitent sur ces murailles de fer et de feu, qui les attendent à demi-portée de mitraille et de mousqueterie , et en font un énorme carnage. Repoussés d’un carré, ils vont à un autre; les divisions Reynier et Desaix, qui occupent la droite, sont un moment entièrement entourées; les Mameluks tombent blessés dans leurs rangs; les uns font entrer à reculons leurs chevaux dans les lignes; d'autres, renversés, se traînant sur leurs genoux , coupent les jarrets des soldats. Enfin, rejetés, et laissant devant chaque front une ligne d’hommes eide chevaux mutilés, ils se retirent dans leurs retranchements; mais alors Bonaparte développe ses carrés, attaque ces retranchements, les prend, et Mourad-bey, avec quinze cents hommes des siens, se retire dans le désert. Tel est le sujet du magnifique tableau de Gros; à côté sont la Révolte du Caire, par Girodet, et le Pardon des Révoltés, par Guérin.

Nous reproduisons ce dernier tableau.

Les cheiks et les principaux habitants du Caire viennent ensemble implorer la générosité des vainqueurs et la clémence de Bonaparte. Le général en chef les reçut sur la place d’Esbekieh.Ln pardon général est aussitôt accordé à la ville, et le 2 brumaire (25 octobre 1798), l'ordre est entièrement rétabli. Mais pour prévenir dans la suite de pareils excès , la place est mise dans un tel étal de défense qu’un seul bataillon suffit pour la préserver des mouvements séditieux d’une population nom-

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