‹ VersaillesChapitre 73 sur 115 · I LE ES · texte numérisé non relu

I LE ES

messes ne soient point vaincs !» Il était temps ; car, déjà épuisés par la longueur du siège, les habitants d’Orléans avaient proposé de se rendre au duc de Bourgogne, alorsallié des Anglais. Heureusement, Bedford leur général n’avait pas voulu mâche r les morceaux a Philippe )>oio- qu'il les avalât, et le siège avait continué. Les Anglais espéraient bien en être maitres, lorsque le comte de Suffolk reçut de Jeanne une sommation écrite en langage singulier , et dont il 11e lit que rire. Mais il n’en fut pas de même, lorsqu’il vit la Pucelle armée en guerre et chevauchant, le harnais sur le dos; lorsqu’il vit flotter son étendard blanc semé de fleurs de lis d’or, et sur lequel était pour traict notre Sauveur tenant le globe du monde entre deux anges agenouillés , avec cette devise : Jliesus Maria. En peu de jours la plupart des bastilles fortifiées par les Anglais furent forcées; et les généraux Talbol et Suffolk, frappés de terreur, comme dil la chronique anglaise même, for [car o[ Ihe maicl, résolurent de lever le siège: le dimanche, 8 mai, ils quittèrent leurs bastilles, en y laissant prisonniers, malades, artillerie et munitions , et se mirent en bataille sans qu’on sût ce qu’ils voulaient faire. Les Orléanais se disposaient à sortir pour les attaquer lorsque Jeanne arrêtant leur élan : «Begardez tout à l’heure, dit-elle, s’ils ont les visages tournés devant vous, ou bien le dos. Ils ont le dos. Eli bien , laissez-Ies aller, il 11c plaît pas à messire, pour l’amour du saint dimanche, qu’on les batte aujourd’hui : nous les retrouverons ailleurs.» Et, en effet, ils se dispersèrent à Meung, à Jargeau et à Beaugcncy.

lia lu il le de Caslillim. — An I î.î". Par Lari V ikrk.

Un corps d armée, qui avait pour chefs le comte de Penthièvre, l’amiral de Beuil, les maréchaux de Lobeve et de Solognes , les frères Jean et Gaspar Bureau, gouverneurs de Par (illeric, assiégeait Castiilon, forte place qui commandait le cours de la Dordogne. Talbol, quoiqu'il eût mieux aimé les attendre plus près de Bordeaux , dut céder aux instances

ANCIEN ET MODERNE

dos habitants, et aller à leur seeours. Les maréchaux rie France rangèrent alors leur armée en bataille; mais ce mouvement ayant été indiqué au général anglais comme une disposition pour la retraite, il marcha droit aux Français, au bruit des fanfares et en criant : Talbot! SainUGeorges ! Mais, au lieu d’une armée en fuite , il trouva les Français immobiles derrière leurs retranchements garnis de canons et de coulevrines : alors commença un feu terrible. La haquenée que montait le général octogénaire fut tuée d’un boulet de canon, et Talbot renversé ; ses deux fils, lord Lisle et lord Hull, et une trentaine de barons anglais se précipitèrent eu vain pour le sauver, ils périrent avec lui.

Entrée de Charles VIII à Naples. — An Iî9;;. Par Fkron.

Accablé sous le poids de l’exécration publique, Alphonse d’Aragon, roi de Naples, avait abandonné son royaume, et s’était retiré dans un couvent de Sicile. Son fils, digne d'un meilleur sort , et victime de la trahison , s’était également réfugié dans l’île d’ischia. La prise de possession de la couronne de Naples était donc devenue pour le roi Charles VIII une simple promenade triomphale dans toute l’Italie; il fit son entrée à Naples le 12 mai 1495, portant l’habit impérial, le manteau écarlate fourré d’hermine, la couronne fermée au front , le globe d’or dans la main droite, le sceptre dans la gauche. L’allégresse était générale, et, à la porte de la cathédrale, deux jeunes enfants, figurant deux anges, offrirent au roi la couronne du royaume. Cette conquête fut toutefois une sorte de rêve, etNaples fut presque aussitôt perdu qu’il avait été gagné.

BATAILLE DE MAHIGNAN. — An IMIS.

Car Kbagokard.

François 1", à peine monté sur le trône, songea à reconquérir le duché de Milan, où régnait Maximilien Sforze , sous la protection des Suisses. 11 se composa une armée de l’élite

de la gendarmerie et des lansquenets , et resserra les liens qui l’unissaient à la république de Venise, toute-puissante alors. Confiant dans le succès, il traverse les Alpes par des che inins affreux et descend en Italie ; les Suisses l’attendaient, et ils sortaient de Milan pour aller au-devant de lui au nombre de trente-cinq mille. La rencontre fut près deMarignan, le 12 août, et un combat terrible ne décida rien. Les deux partis couchèrent sur le champ de bataille; François Ie' dormit sur l’affût d’un canon, n’ayant pour étancher sa soif qu’un peu d’eau saumâtre mêlée de sang. La bataille recommença le 14, et fut une des plus achar nées. Le roi y montra une grande vaillance et une grande résolution. Les Suisses, enfoncés de plusieurs côtés , se défendaient encore vaillamment, lorsque le cri vénitien se lit entendre : Saint Marc! saint Marc! et que parut l’Alviane, avec une avant-garde que l’on crut toute l'armée : les Suisses alors se retirèrent en bon ordre sur Milan. Nous donnerons d’autres détails sur cette bataille dans la seconde partie de cet ouvrage , en décrivant l’aile du Nord.

Prise de Calais par le duc de Guise. — An IlltfO. Par Picot.

Après la malheureuse bataille de Saint- Quentin, où le connétable deMontmorençy, le maréchal de Saint-André et l’amiral Coligny étaient restés prisonniers des Espagnols , on songea, à la cour de France, à rappeler d’Italie le vaillant et habile duc de Guise. Sitôt qu’il fut de retour, il pensa qu’il fallait frapper l’imagination par un coup d’état; et quoiqu’au milieu de l’hiver, le fer janvier, il se présenta devant les murs de Calais. Dès le lendemain , une double batterie foudroyait les deux forts de Neuilly et deRisbank, qui protégeaient la ville ; ils furent bientôt pris et le château emporté d'assaut. Le gouverneur de la ville, lord Wenworth, se vit alors dans l’obligation de capituler. Ainsi, sepl jours suffirent au duc de Guise pour prendre une ville qui passait pour imprenable, et qui avait, en effet, résisté près d’un an à Edouard III. Ainsi furent pour toujours effacées les dernières traces de la domination anglaise dans le royaume.

v i; it s a 1 1, l i: s

Entrée de Henri IV à Paris. — An Iiî94- Par Gkrard

Ce fut un beau jour pour Henri IV, un beau jour pour la France, que le 22 mars 1594, lorsque Brissac, trompant Mayenne et les Espagnols, éloigna de In capitale les troupes dont il redoutait les dispositions hostiles. Tous les postes des quartiers du nord de Paris furent occupés parla garde bourgeoise, lasse d’un gouvernement qui avait perdu les conditions de son existence. Henri, légitime héritier du trône , en embrassant la religion catholique, avait rassuré le peuple, qui ne lui demandait pas autre chose. Dès quatre heures du matin, l’avant-garde des troupes royales avait été introduite dans la ville par la Porte-Neuve, que Brissac avait eu soin de faire déblayer ; et cette même porte qui, six mois auparavant, avait vu fuir le dernier des Valois, y voyait entrer le premier des Bourbons conduit par Brissac, un des principaux acteurs dans la journée des Barricades. Il trouva ses troupes campées depuis la porte Saint-Martin jusqu’à la porte Saint-Honoré ; il embrassa Brissac, et lui passa autour du corps sa propre écharpe blanche, en le créant maréchal de France. 11 reçut de Lhuillier les clefs de la ville, et marcha droit à Notre - Dame, entouré d’une nombreuse noblesse et à travers la foule entassée sur les quais, dans les rues, sur les toits et aux fenèlrcs , et désirant vivement l’apercevoir. Sa physionomie pleine de bonté démentait les calomnies qui avaient été répandues contre lui , si bien qu’au moment où il sortait de l’église, des cris de l ire le roi ! se firent entendre de tous côtés, et qu’il fut comme porté par le peuplejusqu’à sou palais du Louvre. Le soir il alla à la porte Saint-Denis voir passer les troupes espagnoles qui se retiraient. Ils le saluaient tous, le chapeau fort bas, et avec une profonde inclination. Il rendit le salut à leurs chefs, avec beaucoup de courtoisie, ajoutant ces paroles: « Becommandez-moi bien à votre maître, allez-vous-en, à la bonne heure, mais ne revenez plus ! •>

Henri IV se trouva alors vraiment maître au sein de sa capitale heureuse et libre.

IJataille de Rocroi. — An ICÎ3.

Par II kim.

Le duc d’Enghien, si célèbre depuis sous le nom du grand Coudé, à peine âgé de vingtdeux ans , avait reçu le commandement des Iroupes qui gardaient la frontière du Nord. Ce jeune prince ne cherchait que l’occasion de se signaler, et quoiqu’il eût appris la nouvelle de la mort de Louis XIII, il n’en fit pas moins ses dispositions pour livrer un grand combat : il se trouva, près de Rocroi, assiégé par le général Mélos , en présence de toute l’armée espagnole qui venait s’opposer au secours que la place aurait pu recevoir. La bataille eut lieu le 19 mai; pendant six heures entières le sort en fut incertain ; l’artillerie lut plusieurs fois prise et reprise; mais le duc d’Enghien se portait à tous les points d’attaque, remédiant à toutes les fautes ou à tous les malheurs , et décida enfin une victoire qui montra ce qu’on devait attendre du jeune héros, et commença les merveilles du règne de Louis XIV.

HATAII.I.E DE LENS. — An 1618.

Les négociations du traité de Munster (rainaient en longueur; la reine Anne d’Autriche voulut en finir, et elle rassembla, du côté de la Flandre, une armée nombreuse, dont elle donna le commandement au prince de Condé. Celui-ci marcha à l’instant, espérant surprendre les Espagnols ; mais ils avaient changé de position et s’étaient retranchés près de Lens, dans une position où il était difficile de les attaquer. Cependant , le général Beck étant parvenu à mettre quelque confusion dans l’avant-garde française. Coudé saisit ce moment pour se précipiter sur l’armée espagnole. Elle était commandée par l'archiduc en personne et par le duc de Lorraine : c’est contre ce dernier que le prince dirigea ses efforts, mais qui lui opposa une vive résistance. Le maréchal de Granville, qui commandait l’aile gauche, trouva moins de résistance que dans l’aile droite, où se trouvait l’archiduc : mais après des attaques réitérées, toute cette armée céda : le général Bock, le prince de Li

A NCI KM K T MO DK UN K.

gne et presque tous les principaux officiers furent tués ; jamais victoire ne fut plus complète : les ennemis laissèrent sur le champ de bataille trente- huit canons et près de trente mille hommes.

Bataille des Dunes. — An 161*2.

Cette bataille eut cela de remarquable, que les Anglais furent les auxiliaires des Iroupes du roi, et que le grand Coudé se trouvait avec les Espagnols. Le vicomte de Turenne avait distribué ses quartiers autour de Dunkerque; la tranchée avait été ouverte la nuit du 4 au 5 de juin, et jusqu’au 15 les hostilités s’étaient bornées à quelques sorties de la part des assiégés que Turenne resserrait de plus eu plus, Mais le prince de Coudé vint camper le 13 , à la tête de l’armée espagnole, près des lignes françaises. Turenne , déterminé à combattre . sûr qu’une victoire lui livrerait la ville, consacra tout le jour à disposer ses troupes pour une bataille, et le soir s’enveloppa dans son manteau et se coucha sur le sable. Le lendemain, au point du jour, le canon avait à peine grondé, que l’aile droite de l'armée espagnole, commandée par don Juan d’Autriche, fut mise en déroute : le centre ne tint pas beaucoup plus longtemps ; l’aile droite opposa seule une vigoureuse résistance : Coudé la commandait. Son cheval fut tué sous lui ; les Espagnols eurent six mille hommes tués, trois mille prisonniers , et Dunkerque capitula huit jours après.

Valenciennes prise d'assaut par le roi. — An 1677,

Bar Alaux.

Ce tableau , qui oceupe le fond de la galerie des Batailles, est brillant de couleur et d’effet :

il représente un trait important de la vie de Louis XIV. Déjà ce prince, au siège de Douai, avait donné l’idée de son courage en montant sur le parapet, exposé au feu de la place ; mais, à Valenciennes, il marcha lui-même à la brèche , ayant avec lui Luxembourg , Strenber et Vauban. L’usage avait été jusqu’alors de donner les assauts pendant la nuit. Vauban prouva que ces attaques seraient plus décisives et peut-être moins meurtrières en étant opérées de jour : et tel fut l’assaut de Valenciennes. La tranchée avait été ouverte le ît mars, et les travaux poussés avec une telle activité, que le 15 on était arrivé au fond du glacis du chemin couvert. Le roi, qui, pour détourner l’attention des cabinets étrangers, donnait des fêtes magnifiques, s’était subitement rendu aux travaux du siège, et parut à l’attaque avec toute sa maison , qui prit en un moment la contrescarpe, la demi -lune, et entra pêlemêle dans la ville avec les fuyards. La ville, emportée d’assaut, allait être livrée au pillage ; le roi envoya Louvois pour l’en préserver.

Bataille de la Marsaille. — An 16115. Bar En g. Dkvkiua.

A la fin de septembre, Catinat, dont l’armée s’était peu à peu renforcée, descendit des hautes vallées alpestres dans les plaines du Piémont , et marcha aux alliés, qui se trouvaient aux environs de la Marsaille, près de la petite rivière de Cesola. Leur armée, sous les ordres du prince Eugène et du comte de Schomberg, formait une ligne de bataillons et d’escadrons entremêlés. L’infanterie française chargea fantassins et cavaliers, la baïonnette au bout du fusil , et culbuta tout ce qui se trouvait devant elle, bien soutenue, du reste, par la gendarmerie ( autrement la maison du roi ), que conduisaient le duc de Vendôme et son frère le grand prieur. La victoire fut complète : les ennemis perdirent dix mille hommes, tués ou pris, leurs canons et plus de cent étendards. Les protestants réfugiés , qui formaient un corps sous les ordres de Schomberg, se firent hacher. Cette victoire fut la première enlevée à la baïonnette; à Stein-

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