‹ VersaillesChapitre 9 sur 115 · K KS A I LL ES · texte numérisé non relu

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pur les tendres soins de la reine' de France, son voyage sera moins pénible, el son départ de sa patrie adoptive moins douloureux.

Passons d’un homme utile à une famille utile, el jetons un regard sur la moitié environ du coteau de Passy, qui appartient à MM. I)olessert 2. Le premier édifice qu’on rencontre est une raffinerie de sucre, l une des plus anciennes et des plus considérables du royaume3.

' La reine fit faire une espèce de litière très-commode dont cite fit cadeau à Franklin. Elle lui servit à se rendre au Havre où il s'embarqua.

■ Itue Basse, n. 5, 5, 7 et 9.

: Le mouvement des capitaux qu elle emploie dépasse annuellement douze millions, et cependant les bénéfices sont très-faibles: mais les propriétaires font entrer dans leur actif le bien-être de cent familles qu'ils occupent, et la satisfaction île vivre au milieu de gens qui les bénissent et les aiment. Celte fabrique fui une des premières où l'on fit en France du sucre de betteraves. Napoléon la visita

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Les bâtiments de la fabrique sont réunis par un pont eu lil de fer, le premier qui ait été exécuté en France , et qui , sortant de massifs d’arbres des deux côtés , semble être suspendu dans les airs. On y jouit de la vue la plus étendue : sur le premier plan, le cours de la Seine; Paris s’enfonçant dans l’horizon, et lançant dans les airs les dômes des Invalides, du Val-de- Grâce et du Panthéon .

Attenant à la raffinerie est un massif de grands arbres , un quinconce de marronniers, qui couvrent de leur ombre les sources jadis si célèbres des Eaux de Passy.

Les propriétés de ces eaux n’ont pas changé ; on a même découvert de nouvelles sources1, mais la mode les a abandonnées au moment où la nature s'attachait à les embellir, et si la capricieuse déesse ne leur revient pas, elles conserveront en vain leur vertu, on leur demandera toujours leurs plaisirs.

A la suite de cette promenade est un jardin botanique , moins remarquable par la quantité des plantes que par la rareté de celles qu’on y cultive.

Le goût pour la botanique semble héréditaire chez MM. Delessert. Ce fut pour une jeune personne de cette famille que Rousseau composa son herbier; ce fut à sa mère qu’il adressa ses Lellres.

L’ainé des quatre frères, M. Benjamin Delessert, possède la plus riche collection en ce genre , et il en a fait jouir le public. Cet établissement est à Paris , dans l’hôtel même de M. Delessert. On peut y travailler toute la matinée. Un jeune savant, qui en a la direction, s’empresse de fournir tous les objets , tous les renseignements nécessaires à l'étude de cette science, qui a fait, depuis quarante ans , de si grands et de si utiles

en I8t2, et témoigna sa satisfaction a M. Benjamin Delessert en le créant baron et lui donnant la croix de la Légion-d'Honneur qu'il portait à sa boutonnière.

1 L’abbé Le Ragois , ancien confesseur de madame de Maintenon et précepteur du duc du Maine , et après lui, en 1754, M. Bellami, avaient rendu ce lieu fort agréable ; ils y avaient ouvert des salons où les malades trouvaient une bibliothèque , une table bien servie , des bals , des concerts fréquentés par la bonne compagnie. J.-J. Rousseau , dans ses Confessions (livre xv), parle du temps qu'il y a passé avec son médecin Mussard, qu’il appelle un philosophe pratique. Ce fut là qu'il composa en partie le Devin (lu village. Voyez Chronique de Passy, par M. Quili.et, ouvrage fort intéressante vol. in-S; les Amusements de Passy , par Lasalle , in-12; l’abbé Lebeuf, Histoire de Paris, tome III. L'analyse de ces eaux se trouve dans Y Histoire de V Académie des Sciences, tome I, p. 50.

progrès. Les serres de Passy en sont le complément ; le jardin est entouré d’un vaste pare irrégulier planté avec goût , mais sans apprêt. Un n’y est pas gêné par ces soins minutieux, cette propreté rigoureuse de plusieurs habitations de ce genre , où on craint de laisser " , /\ ,

dans les allées ou sur le gazon la trace

de ses pas. Une seule fabrique en est

l'ornement ; c’est un chalet suisse, de proportions exactes , et renfermant dans I intérieur tous les meubles du pays, et de plus un relief de la Suisse sur une grande échelle.

Cette fabrique semble être un hommage

x.(ft M ;

Chalrl dans lo parc de M. Dclcsscrt (souvenirs de la Suisse',

Avez-vous connu ce pays si grand par la nature, si vénérable par les vertus de ses habitants , si cher à la li-

* On célèbre orateur, d'origine française, sir Samuel Romilly, remerciait Louis XIV de l'avoir fait naître Anglais ; MM. Delessert , au contraire , ont voulu redevenir Français , parce qu'ils n’avaient jamais cessé de l'être, sans toutefois se montrer ingrats envers leur seconde patrie.

ANCIEN ET MODERNE

berté? avez-vous parcouru ces vallées mystérieuses , ces lacs ombragés de montagnes, ces montagnes couvertes de neiges éternelles et de glaciers mouvants? êtes-vous entré dans les charmantes habitations qui peuplent ces solitudes? eh bien! vous en retrouverez ici le souvenir. Mais avant de pénétrer dans cette jolie fabrique , jetez un regard sur les peintures qui en décorent la façade ; elles représentent les armoiries des différents cantons , et deux sujets de leur mémorable histoire.

Guillaume Tell.

Ah! qu’un pays déjà favorisé par la nature acquiert encore de charmes lorsqu’il renferme un passé illustre , lorsqu’il fait naître à chaque pas des sentiments généreux! Oui, si même ils n’offraient point les plus beaux sites qu’on puisse imaginer, ces environs de Schwitz et d’Uri, ce lac des quatre cantons, on n’y pénétrerait encore qu’avec respect et émotion; le voyageur irait y chercher la place où Guillaume Tell aborda et où il repoussa du pied la barque qui le portait ; et , de là , traversant le lac , il aborderait près de la plaine de Grutli ; mais alors il attendrait que la nuit vînt couvrir de ses ombres ce sanctuaire de la liberté. En montant à la fontaine du Sélisberg , il écouterait s’il n’entend pas les pas de ces hommes généreux qui scellèrent ici le pacte d’union contre la domination étrangère ; il puiserait de l’eau dans la fontaine , et, la tête découverte , à l’exemple des habitants du pays , il boirait à la mémoire des trois

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