‹ Versailles et les deux Trianons; (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · LES KELLER. — LE BRUN DU JOUR. - DESJARDINS. - LE HONGRE · texte numérisé non relu

LES KELLER. — LE BRUN DU JOUR. - DESJARDINS. - LE HONGRE

est du haut de l'escalier qui conduit au Parterre de Latone que l’on peut admirer, dans son majestueux ensemble, le développement des bâtiments qui forment la façade du château de Versailles, du côté du parc. A l’étonnement causé par la richesse décorative des appartements succède, pour le visiteur, celui qu’impose la masse de ce colosse architectural qui n’a pas de second au monde; encore le regard ne peut-il saisir en même temps que les lignes des façades des grands corps de bâtiment du palais, obligé, par la perspective, à négliger les façades qui sont en retour et qui relient les deux ailes au grand avant-corps du milieu, est, comme nous l’avons dit. l’œuvre de

Mansart, qui dut détruire, en 1686, la grotte de Thétis pour construire l’aile du nord, puis faire disparaître du grand avant— Corps la terrasse que Le Vau y avait construite, et qui est représentée dans l’intéressante estampe gravée en 1674 par Israël Silvestre. La longueur totale de ces bâtiments mis sur une seule ligne est de sept cents mètres. Plus de deux cents statues en pierre surmontent des colonnes d’ordre ionique qui ornent les avant-corps. Au-dessus de l'attique, règne une longue balustrade de pierre, dont les balustres sont interrompus par des pilastres faits pour supporter des trophées et des vases de pierre.

Ces vases et ces trophées avaient été détruits sous l’Empire et la Restauration; on n’avait épargné que ceux qui surmontent la balustrade d’une façade du théâtre, du côté du réservoir. L’architecte Blondel en avait fait la critique dans son livre sur Y Architecture française, et concluait à leur suppression. Heureusement on ne tint pas compte de ses observations, et trophées et vases, inventés par Le Vau, maintenus et continués par Mansart, furent conservés. Aujourd’hui, le tort que l’Empire et la Restauration avaient fait à la façade en la détruisant est en partie réparé, et bientôt nous verrons au château de Versailles le couronnement pittoresque du temps de Louis XIV ; ainsi se trouvera rétablie une silhouette qui lui est indispensable et qu’il avait perdue par la négligence de différents gouvernements, plus soucieux de faire des économies que- d’entretenir par de sages réparations un monument si important dans l’histoire de l’art français.

Suivant le Grand Dictionnaire géographique, historique et critique, le roi Louis XIV avait eu l’idée de donner à cette suite de façades des combles très importants, dont les modèles furent longtemps exposés au Potager; déjà des raisons d’économie firent renoncer à ce projet, qui n’est pas à regretter. Vaysse de Villiers, dans son examen du château, du côté du Parc, a compté sur ces façades trois cent soixante-quinze fenêtres, en comprenant dans ce nombre les portes du rez-de-chaussée et les petites croisées des attiques. Un grand nombre des statues qui les ornent sont connues et par les personnages qu’elles représentent et par les noms des sculpteurs; seules, celles qui sont placées sur les ailes n’ont pas été particulièrement désignées dans les Comptes des bâtiments et autres sources de renseignements; quelques-unes d’entre elles reproduisent (en sens inverse) certaines statues du parc, le Poème satirique de Buyster, par exemple, qui figure au Parterre du nord et qui est reproduit sur l’aile du nord: l'exécution de ces copies a dû être confiée aux auteurs des originaux.

Le corps du milieu, composé d’une façade sur le Parterre d’eau et de deux

façades en retour sur les Parterres du nord et du midi, supporte, sur l’avantcorps central, six statues des frères Gaspard et Balthasar Marsy, représentant les mois d Août, Juillet, Septembre et Octobre, plus une statue de Diane et une autre d'Apollon. Ces statues, traitées d’une façon surtout décorative, sont inférieures, comme exécution et comme sentiment artistique, à deux statues placées dans des niches creusées au-dessous de l’entablement de cet avant-corps. Elles

Le château de Versailles en 1681,

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sont dues au sculpteur, Lecomte, et symbolisent l 'Art et la Nature. L’ Art est représenté sous la forme d’une femme à demi nue, coiffée d’une couronne de laurier, portant ses deux mains sur sa poitrine comme pour montrer son cœur ; auprès d’elle on voit une gerbe de blé, un aigle et des fruits ; l’ensemble de cette statue est très harmonieux. La Nature est représentée sous la figure d’une femme tenant un marteau et également couronnée de laurier.

Il semble que plusieurs auteurs se soient trompés sur le caractère de ces statues et aient interverti leurs noms. Le mouvement de sincérité de la première, les attributs qui sont à ses pieds, nous semblent indiquer plutôt la Nature que Y Art, dont le marteau pourrait symboliser l'art du sculpteur, par exemple. En tout cas, le graveur de Monicart, dans Versailles immortalisé, a fait erreur en inscri-

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