‹ Versailles et les deux Trianons; (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · II · texte numérisé non relu

II

vant le nom d ’Hébé sur le socle de cette statue. L'Hébé dont il s’agit se trouve, comme l’indique Monicart, sur l’avant-corps du milieu de l’aile de l’appartement des bains. Sur l’avant-corps à droite de la façade centrale, on remarquera : le mois de Mars, par Hardy, représenté sous l’aspect d’une femme casquée, une main appuyée sur le signe du Bélier; le mois d 'Avril, par Massou, symbolisé par une femme couronnée de fleurs, une main appuyée sur le signe du Taureau; le mois de Mai, du même sculpteur, personnifié par une femme également couronnée de fleurs, une main appuyée sur le signe des Gémeaux, et le mois de Juin, aussi par Massou, représenté sous l’aspect d’une femme portant des roseaux ; on voit à ses pieds le signe du Cancer.

Sur l’avant-corps à gauche, quatre statues des frères Marsy. Ce sont les mois de Novembre, Décembre, Janvier et Février, représentés par des femmes drapées, accompagnées des signes représentant les mois qu’elles symbolisent. Sur l’avantcorps, à droite de la façade en retour du côté du Parterre du nord, on voit, dans une niche, une statue d ’Hébé, d’un artiste inconnu, et quatre statues de Magnier, deux Fleuves et deux Naïades, avec leurs attributs. Sur l’avant-corps du milieu, quatre statues de Buyster et de Hérard : Cornus, couronné de fleurs ; Momus, tenant une corne d'abondance ; Bacchus, présentant une grappe de raisin à une panthère; Cérès, couronnée d’épis. Plus, dans une niche, une jolie statue de Ganymède, versant l’hydromel dans une coupe, et dont l’auteur est inconnu.

Sur l’avant-corps, à gauche de cette façade, quatre statues de Van Bogaërt (Desjardins) : Galathée, Écho, Thétys et une Rivière. Il est à remarquer que cette partie du château était voisine de la grotte de Thétys; ce qui expliquerait, jusqu’à un certain point, le choix de statues des divinités des eaux qui y figurent. Sur l’avant-corps à droite de l’aile du Nord, commence la série de statues non dénommées et dépourvues de signatures dont nous avons parlé plus haut. Ce sont des statues de femmes drapées, portant comme symboles des tablettes, des trompettes, des instruments propres aux architectes, les balances de la Justice, une lyre, un globe terrestre, etc. Sur l’avant-corps du centre de cette façade, des figures de Cérès, de Zéphyre, de Bacchus, etc. Sur l’avant-corps à gauche, des ligures d’hommes et de femmes, entre autres celles du Poème héroïque, de Drouilly; un Apollon, une Minerve, des Renommées , la Musique, la Tragédie, la Science, le Poème satirique, de Buyster, etc. etc.

Sur la façade en retour donnant sur les réservoirs : un Apollon, une Minerve et d’autres figures d’hommes et de femmes. Sur l’avant-corps à droite de la

façade du corps central qui donne sur le Parterre du midi, autrefois appelé Parterre des fleurs, quatre statues de Roger et de Tuby : Clytie, couronnée de fleurs, Hyacinthe , Flore et Zéphyre; le dieu est représenté paré de fleurs, ailé comme un papillon et tenant un cygne dans ses mains. Dans une niche, on voit une statue de Dossier représentant la Musique. L’avant-corps du milieu de cette façade est orné de quatre statues de Houzeau, représentant Thalie, Momus, Pan et Terpsichore. Dans la niche, entre l’avant-corps du milieu et celui de gauche, est une statue de Dossier représentant la Danse. Enfin, sur l’avant-corps à gauche, s’élèvent quatre statues de Legros : Pomone, Vertumne, une Hespéride et une autre figure représentant un homme appuyé

sur un tronc d’arbre.

Les clefs des arcades du rez-de-chaussée sont ornées de beaux mascarons sculptés, composés de têtes d’hommes et de femmes. Quant aux fenêtres du premier étage, elles ont, dit Félibien, les clefs de leurs bandeaux embellies de dépouilles de lions et de divers autres ornements de sculpture. Parmi ces ornements, il faut citer des couronnes royales, que la Révolution avait fait détruire, et qui ont été refaites lors des dernières restaurations. Sur la terrasse du château, on remarquera quatre figures de bronze d’après l’antique, admirables fontes des frères Relier; ce sont celles de Bacchus, de l’ Antinous, de l'Apollon du. Belvédère et de Silène.

Ces statues ne furent placées que lorsque le

Vase de la façade ouest. (Couronnement).

Parterre d’eau fut remanié; elles ne figurent pas

sur la belle gravure d’Israël Silvestre, datée de 1682, représentant : le Château de Versailles et ses deux ailes du côté des Jardins. Les seuls ornements de la terrasse, à cette époque, consistaient en deux grands vases posés à chacune de ses extrémités, contenant des arbustes, et qui furent remplacés plus tard par les deux vases de marbre qu’on y voit aujourd’hui. Le fond de la terrasse avait pour toute décoration trente beaux vases de moindres dimensions, contenant aussi de petits arbustes, et adossés aux dix plus grands des piliers qui soutenaient la façade.

Le nom des frères Relier reviendra souvent sous notre plume. Résumons en

quelques lignes les études qui ont été faites sur ces remarquables fondeurs, véritables artistes dont le nom est attaché aux châteaux de Versailles, de Marly, et qui produisirent en même temps des œuvres d’une perfection et d’une hardiesse surprenantes. Mariette leur a consacré une étude dans son Abecedario et écrit, en la commençant, que leur nom mérite de prendre place dans son livre consacré à la mémoire des artistes. Jean-Balthasar Keller, dit-il, a été le plus habile fondeur de son temps et est l’auteur d’une infinité de figures de bronze dont le plus grand nombre décorent les jardins de Versailles et de Marly. Il naquit à Zurich, en 1 638 , et apprit d’abord l’orfèvrerie et devint très habile ciseleur. Son frère, Jean-Jacques Keller, qui devint plus tard commissaire de l’artillerie et employé à la fonderie royale, le fit venir à Paris et lui apprit tous les secrets de l’art de couler les métaux. Ils exécutèrent en 1674, d’après le modèle de Girardon, la statue équestre de Louis XIV qui fut érigée en 1715, l’année même de la mort du roi, sur la place Bellecour, à Lyon.

Parmi les plus beaux travaux de fonte dus aux Keller, il faut citer aussi la statue de Louis XIV qui fut élevée en 1699, sur la place Vendôme; elle avait vingt pieds de haut, et elle fut coulée d’un seul jet, opération qui n’avait pas encore eu lieu jusqu’alors pour des ouvrages d’une si grande dimension ; le modèle était aussi dû à Girardon. Mais c’est à Versailles surtout qu’on peut admirer leurs chefs-d’œuvre, qui sont les Fleuves et les Naïades du Parterre d’eau que nous examinerons à leur tour. Les deux frères Keller fondirent, dans l’arsenal de Paris, des pièces d'artillerie qui furent regardées comme ce qui avait été fait de plus parfait dans ce genre ; il en reste une estampe qu’ils firent graver par Le Pautre, en 1666.

« L’aîné des Keller, dit Mariette,' fut dans la suite envoyé en Alsace, où Louis XIV avait établi une fonderie d’artillerie. Le cadet, resté à Paris, et toujours à la tête de l’arsenal, avait fondu la statue du roi. Le succès de cette opération lui avait mérité le poste de commissaire général. Mais, quelque bien établie que fût sa réputation, il n’en fut pas moins en butte à de violentes persécutions que lui suscitèrent des gens puissants, et qui servaient avec distinction dans l’artillerie. Ils l’accusèrent de servir infidèlement le roi, et d’avoir laissé sortir de ses fourneaux des canons trop faibles pour la charge qu’ils devaient supporter, et qui, pour cela, avaient crevé promptement. Je ne sais s’il ne fut pas arrêté sur cette accusation et mis à la Bastille, et c’est ce qui l’obligea de faire imprimer, en 1697, un mémoire justificatif qu’il accompagna d’une vignette et d un cul-de-lampe, que mon père lui dessina et lui grava, et dans lesquelles les

personnes qui étaient au fait reconnurent sans trop de peine, sous des figures hideuses et grotesques, les personnages qui s'étaient portés ses accusateurs. » Jean— Balthasar Relier mourut en 1702; Jean-Jacques Relier, son frère aîné, était décédé à Colmar en 1700.

Façade sud du palais (état actuel).

La terrasse est ornée, outre des quatre statues de bronze dont nous venons de parler, de deux remarquables vases de marbre blanc. Celui qui est placé à l’angle du nord est de Coysevox, et représente la victoire de Pêterwardein, que les Impériaux remportèrent sur les Turcs avec le secours des troupes françaises envoyées en Hongrie en 1664. Les bas-reliefs qui ornent ce beau morceau de sculpture sont un rappel des tableaux de Le Brun qui sont dans la Grande

Galerie. Le second vase, placé à l'angle du midi de la terrasse, et qui a été sculpté par Tuby, symbolise les conquêtes de Louis XIV en Flandre ; ses basreliefs sont des allégories à la paix d’Aix-la-Chapelle et à celle de Nimègue. On y voit Louis XIV assis sous une tente attachée à deux palmiers, ayant devant lui Hercule debout, appuyé sur sa massue; des Victoires et des Renommées indiquent une tablette sur laquelle est inscrite la conclusion de la paix. Chacun de ces vases, dont la base est formée de feuilles d’acanthe, est orné de deux anses représentant des masques de satyres dont les cornes s’appuient sur le corps du vase, auquel elles sont rattachées par des feuilles de lierre.

Le Parterre d'eau offre encore aujourd'hui le dernier aspect qu’il avait sous Louis XIV, car il fut, comme nous le dirons plus bas, l’objet de remaniements importants. La plupart des bosquets eurent aussi à subir de nombreuses modifications qu'imposait le goût changeant du roi. Il faut ajouter que ces changements profitèrent le plus souvent au bel effet d’ensemble auquel on ne put arriver qu’après bien des tâtonnements et des essais. Tel qu’il est aujourd’hui, le Parterre d’eau, dans sa grandiose simplicité, réunit toutes les conditions désirables au point de vue de l’art et du rôle qu’il doit jouer dans la décoration générale ; il prépare les yeux aux grands espaces qui s’ouvrent devant eux au sortir du château, et, composé de bassins et de statues qui semblent de loin être presque au ras du sol, il réserve intacts ces deux merveilleux points de vue : la façade du château et le développement du parc et du grand canal.

Présentement le Parterre d’eau, borné par la terrasse, les Parterres du nord et du midi, et le haut de l'escalier de Latone, est composé de deux grands bassins oblongs, cintrés aux quatre angles, en forme de miroirs; ils sont bordés de margelles de marbre blanc moulurées, dans lesquelles se trouvent compris des soubassements sur lesquels sont posés des statues et des groupes de bronze au nombre de vingt-quatre. Au bord du bassin du Parterre du nord, et faisant face au château, on remarque deux superbes statues couchées, comme toutes celles qui sont sur les margelles. Celles-ci sont toutes deux de Coysevox et représentent, l'une la Garonne, et l’autre la Dordogne; la Garonne figurée par un vieillard à longue barbe, nu, la tête levée vers le ciel, appuyant le bras droit sur son genou, plongeant de sa main droite un aviron dans les flots qui sortent d une urne, ayant à ses pieds un Amour appuyé sur une corne d’abondance.

Sur la même margelle, et lui faisant pendant : la Dordogne, sous l’aspect dune femme nue, regardant également le ciel; couchée sur deux urnes d’où sortent les deux ruisseaux dont les noms assemblés forment le sien, la Dore et

la Dogne (ainsi que 1 explique le Dictionnaire de Trévoux ), elle soutient un Amour qui s’appuie sur elle ; des grappes de raisin, des fruits, des légumes, des épis symbolisent la feitilité du sol quelle arrose. Presque tous ces groupes ont

Vase de la terrasse (par Coysevox).

été composés d'après des programmes analogues; mais ceux de Coysevox sont de beaucoup supérieurs à la plupart d’entre eux.

Faisant face au Parterre du nord, deux très belles Nymphes ou Rivières, de Magnier. Toutes deux sont d'une grande élégance; mais nous signalerons surtout celle qui tient dans ses mains des coraux et qui a près d elle un Amour repoussant de son trident un crocodile. A l’extrémité de ce bassin, du côté du parterre

de Latone, la Seine, puis la Marne, par Le Hongre : la Seine sous les traits d’un homme, la Marne sous ceux d'une femme. Sur la tablette opposée à celle sur laquelle sont placées les statues de Magnier, deux belles statues d’un talent plus vigoureux, du sculpteur Legros, deux Nymphes ou Rivières, groupes fort bien composés.

Sur les bords du bassin' qui est du côté du Parterre du midi, sont également couchées huit statues. Les deux plus belles, sur la margelle qui fait face au château, sont la Loire et le Loiret, par Regnaudin, deux groupes d’autant plus remarquables que, placés près de ceux de Coysevox, ils supportent sans désavantage la comparaison inévitable avec eux. Autour de ce bassin, deux Nymphes, par Raon; la Saône et le Rhône, par Tuby, et deux Nymphes, par Le Hongre, groupes de valeur et qui méritent aussi d’être étudiés.

Aux quatre angles des deux bassins , sont placés de très remarquables et ingénieux groupes d’enfants dus aux sculpteurs Poultier, Lespingola, Van Clève, etc. Ces vingt-quatre remarquables morceaux de statuaire, et qui peuvent donner une belle et juste idée de ce que les artistes appellent l’École de Versailles, ont été admirablement fondus et ciselés, seize par les frères Relier, ce sont les statues de Fleuves et des Nymphes; huit par Roger, Taubin, Bonvallet et Aubry, ce sont les huit groupes d’enfants. Les statues sont toutes signées et datées. Le temps leur a donné de merveilleuses patines qui se conservent admirablement, en dépit des efforts de singuliers visiteurs qui semblent prendre à tâche de les détruire : l’une des statues de Magnier porte encore les traces d'un acide lancé par un sot ou un malveillant.

C’est à Mansart et à Le Nôtre, et non pas à Le Brun, comme on l’a dit par erreur, qu’est due la dernière transformation du Parterre d’eau, celle que nous voyons aujourd’hui. Ces deux noms reviendront fréquemment sous notre plume, car c’est à eux et à Mansart que sont dues les magnificences artistiques du palais et des jardins de Versailles. 11 semble que la notice biographique de Le Brun eût dû se trouver dans la première partie de cet ouvrage, car son œuvre dans l’intérieur du château, depuis les Grands Appartements, la Grande Galerie jusqu’à l’escalier des Ambassadeurs, comme peintre, comme ornemaniste, est immense ; mais elle n’est guère moins considérable dans le parc, où le plus grand nombre des groupes des statues, des vases, ont été exécutés d’après ses dessins.

Certes, les grands artistes tels que Girardon, Puget, Coysevox, Regnaudin,

Magnier et tant d autres ont su, tout en se soumettant à la discipline de Le Brun, conserver autant que possible la marque de leur individualité, interpréter ses idées en les enrichissant de leur expérience (car le dessin d’un groupe n’en montre qu'un côté, et le statuaire les doit exposer tous, les modifiant en vue d’une harmonie générale), il n’en est pas moins vrai que c’est Le Brun qui a fourni la pensée maîtresse de la plupart des morceaux de sculpture, qui a donné l’unité artistique à la décoration du château comme à celle du parc.

La Garonne, par Coysevox.

Les biographies de Le Brun, les notices sur les événements de sa vie artistique et privée sont nombreuses, et il est peu de critiques d’art qui ne lui aient consacré des études, admiratives dans le passé, un peu plus indifférentes dans le présent. Il semble même que beaucoup ignorent aujourd’hui les prodiges de son cerveau, véritable volcan d’idées sans cesse en activité, et qui s exerça sur toutes choses, montrant dans toutes les branches de 1 art une prodigieuse fécondité.

Parmi les sources les plus utiles à consulter, il faut signaler le Mémoire de Guillet de Saint-Georges, historiographe de l’Académie. Ce Mémoire est contenu dans un des six manuscrits que la bibliothèque des Beaux-Arts possède sur cet homme, qui, sans être peut-être un homme de génie au sens qu on attache présentement à cette qualification, eut le génie de toutes choses. Dans son Diction -

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