II
naire critique de Géographie et d'IIistoire. Jal rectifiant non seulement Guillet de Saint-Georges et d’autres biographes, mais aussi la veuve elle -même de Charles Le Brun, a écrit : « L’inscription gravée sur le tombeau que M” Le Brun fit élever par Coysevox à la mémoire de son mari, dans la chapelle de Saint-Charles,
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à Saint-Nicolas du Chardonnet, dit que Charles Le Brun était né à Paris le mars 1619. La veuve du célèbre artiste avait oublié ou n’avait jamais bien su la date de la naissance du premier peintre de Louis XIV. Quant à Charles Perrault et à Moreri, ils prétendent que Charles Le Brun naquit au milieu de l’année 1618. » Jal, d’après les recherches qu’il a faites dans toutes les pièces d état civil que sa situation mettait à sa disposition, a clairement établi que Le Brun naquit à Paris le 24 février 1619 et non le 22 mars de cette année ou au milieu de 1618.
Le père de Le Brun, qui était sculpteur, le mit d’abord sous la direction de Ferrie r, surnommé le Bourguignon. De son atelier il passa dans celui de Vouet.
C’est, dit-on, le chancelier Séguier qui lui aurait adressé le jeune Le Brun. Dès l’âge de quinze ans il exécuta, pour le cardinal de Richelieu, des peintures qui obtinrent l’approbation de Poussin. Vers cette époque, il offrit à la communauté
des maîtres peintres et sculpteurs de Saint-Luc un tableau qui fut accueilli avec faveur. D'une infatigable activité, il peignait sans cesse, dessinait des en-têtes de thèses, modelait en cire et gravait à l’eau-forte. Bientôt le chancelier Séguier le confia à Poussin et, lui donnant une pension, l’envoya à Rome. Présenté au pape Urbain Vil, il fut admis chez tous les grands seigneurs.
Après un séjour de quatre années à Rome, il revint en France et trouva aussitôt à Paris de nombreux travaux qu’il serait trop long d’énumérer ici. Le Crucifiement de saint André, le Martyre de saint Étienne, Moïse frappant le rocher et d’autres importantes toiles, le mirent au premier rang des peintres français. C’est alors que le surintendant Fouquet, qui devait patronner presque tous les grands artistes appelés plus tard par Louis XIV pour illustrer Versailles de splendeurs qui feraient oublier celles du château de Vaux, lui accorda une pension et le chargea de la décoration de son château. C’est là qu’il fut présenté à Mazarin, qui le fit connaître à Louis XIV.
Lors du mariage du roi avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, il fut chargé de la décoration de la place Dauphine, pour l’entrée du roi et de la reine, le 3 août 1660, par ordre des échevins. 11 fut félicité par la cour. On trouve une belle estampe de cette décoration, gravée par Chauveau, dans la Description de l'arc de la place Dauphine, présentée à Son Éminence, par Félibien et imprimée chez Pierre Le Petit. Par la porte de l’arc qui s’ouvrait sur le Pont-Neuf, on voyait la statue équestre de Henri IV, la perspective et la tour du Louvre. Quelque temps après avoir exécuté ce travail, il était nommé directeur des Gobelins, où étaient établis les ateliers de meubles, de tapisseries, d’orfèvrerie, de marqueterie et de mosaïque de la Couronne. Le Brun fournissait des dessins pour tous ces objets, et en surveillait lui-même, l’exécution.
La même année, il commençait la grande série des Batailles d' Alexandre , qui mettaient le sceau à sa gloire. Au mois de juillet 1662, il était nommé premier peintre du roi, avec des appointements de douze mille livres; il était anobli par des lettres de grâces au mois de décembre. Guillet de Saint-Georges dit que le roi voulut bien, en lui conférant la noblesse, lui ceindre l’épée de sa propre main. « Dans l’écu de ses armes, il portait d’azur, à une fleur de lis d’or, au chef de sable, ayant au milieu un soleil d’or, au timbre de face. » Ensuite le roi le fit directeur et garde général des dessins et des tableaux de son cabinet, et il eut ordre de chercher et d’acheter, sous le nom de Louis XIV, les plus rares dessins et les meilleurs ouvrages de peinture et de sculpture qui pouvaient être détachés des cabinets les plus renommés de l’Europe.
Un incendie détruisit, en 1661, la galerie des peintures au Louvre. Le Brun fut chargé du plan de sa restauration ; il la remplaça par la magnifique galerie d’Apollon, se chargeant, comme il le fit plus tard pour Versailles, de tous les projets de décoration, peintures, sculptures et ornements qui furent exécutés en
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collaboration avec Girardon, Regnaudin et Marsy. L’importance des travaux de Versailles empêcha l'achèvement de la galerie d’Apollon. Le Brun, au comble de la faveur, obtint bientôt de Louis XIV la fondation d’une école française à Rome. Il accompagna le roi pendant les campagnes de Flandre et revint continuer ses travaux à Paris, à Saint - Germain , à Sceaux, à Versailles, à Marly. Malheureusement pour Le Brun, Louvois succéda à Colbert dans la surintendance des bâtiments, et l’admiration que le roi professait pour son premier peintre ne
put pas défendre celui-ci de l’antipathie que Louvois témoignait même assez brutalement ca ceux qui avaient été l'objet de la faveur de son prédécesseur.
A Le Brun, Louvois opposa un homme de grand talent aussi, Mignard, qui
peu à peu prit la place de celui qui avait tant fait pour la gloire artistique du règne de Louis XIV. Celui-ci cependant ne cessait de lui témoigner sa bienveillance; mais le grand artiste ne put supporter une diminution d’importance aux yeux de la cour et de ceux de ses confrères. Une maladie de langueur se déclara. Il se retira à Montmorency, dans la maison qu’il avait fait construire dans le parc du maréchal de Luxembourg, et dont on voit encore aujourd’hui la belle orangerie demi-circulaire. Bientôt on le ramena mourant aux Gobelins, où il décéda
Vase de marbre (Parterre du midi).
le 12 février 1690. 11 fut inhumé, comme nous l'avons dit plus haut, dans l’église Saint-Nicolas du Chardonnet. Jal nie qu’il ait jamais eu d’enfant, ajoutant : « 11 eut des filleuls en foule, et cela se comprend à merveille : tous les artistes voulaient pour protecteur de leurs fils l’homme qui, avec Colbert, disposait de tout le département des bâtiments de Sa Majesté. »
Vue du Parterre du midi, prise du Sphinx de Lerambert.
Pour suivre, autant que possible, les transformations du Parterre d eau, il est indispensable de consulter non seulement les gravures du temps, mais aussi les Comptes des bâtiments dit Roi, mis largement à contribution aujourd hui par ceux qui tiennent à être renseignés exactement sur certains détails, certains noms, certaines dates. Parmi les travaux de recherches qui ont été faits sur la partie dont nous nous occupons, nous signalerons, comme le plus complet et le meilleur, celui de M. A. Pératé, paru dans la Revue de l'Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, sous ce titre : le Parterre d'eau du pare de Versailles.
Sur une gravure signée M. de Poilly, le Parterre, encore dépourvu deau, se compose de quatre carrés qu’on appelait : Carrés de broderie. En 1664 ou 1 665 , dit M. Pératé, une première transformation du futur Parterre d eau, qui se nomme
alors le grand Parterre, est accomplie. « Sur un plan de La Pointe, les quatre carrés ont disparu et sont remplacés par deux bandes de gazon, à contour irrégulier, bordées de buis et précédant un bassin de forme ronde, qui domine la demi-lune du petit parc... De 1671 à 1674, le grand Parterre se transforma une seconde fois ; les plates-bandes de gazon et de fleurs cèdent la place à des bassins. Le nom de Parterre d’eau apparaît dans les Comptes en 1672... C’est pendant l’été de 1674 que fut achevé le premier Parterre d'eau, tel que nous le voyons dans le plan de Silvestre qui porte cette date. »
On trouve dans le manuscrit de Denis, que nous avons fréquemment cité, des descriptions, non pas de ce qu’était, mais de ce qu’un instant a dû être le Parterre d’eau projeté par Le Brun, orné de nombreuses statues de marbre, de groupes exécutés, en effet, mais qui trouvèrent leur place dans le Parterre de l’Orangerie et dans d’autres parties du parc. De 1680 à 1682, les Comptes mentionnent des changements au Parterre d’eau ; mais c’est en 1 683 que Mansart et Le Nôtre entreprennent, sur l’ordre de Louvois, la dernière transformation du Parterre d’eau, celle-là plus simple, en conservant aux constructions du château le caractère de grandeur que lui avait voulu Mansart.
Rien de plus intéressant que de suivre sur les gravures ces modifications successives, soit dans la Géométrie pratique de Manesson-Mallet; sur la gravure de Pérelle qui nous montre le Parterre avant que l’aile du nord du château ait été construite (1681), et alors que la grotte de Thétis existait encore; sur celle publiée par de Fer, sur les gravures de Menant, de Scotin, du recueil de Demortain; sur celles d’Israël Silvestre, de Rigault, etc. Sur celle d’Israël Silvestre, où est reproduite la façade du château en 1664, c’est-à-dire avant que les deux ailes aient été construites, on remarquera que les deux Sphinx de Lerambert, placés aujourd’hui de chaque côté de l’escalier qui descend au Parterre du midi, étaient posés en haut de l’escalier qui conduit au parterre de Latone, à la place qu’occupent maintenant deux beaux vases en marbre de Dugoulon et de Drouilly.
Les deux Sphinx dont nous venons de parler, et qui sont dus au sculpteur Lerambert, sont certainement les plus remarquables spécimens de la fonte en bronze de Duval. Outre la finesse de tous les détails, des housses qui recouvrent les Sphinx et sur lesquelles sont assis les Amours ailés installés sur leur dos, et comme enchaînés par des guirlandes de fleurs, il faut admirer les merveilleuses patines naturelles que le temps a données à ces deux remarquables morceaux. Selon les Comptes des bâtiments, ces deux statues furent primitivement dorées,
ET LES DEUX T MANON S
ainsi que les ornements placés sur les Sphinx de marbre. Heureusement on comprit que les couleurs du bronze étaient plus appropriées à ces groupes et à la place où ils étaient posés, qu’un or éclatant, et plus tard on les fit dédorer. Lerambert a exécuté de nombreux travaux pour le château de Versailles, et, à ce titre, il mérite une mention spéciale.
Parterre d’eau et Cabinet de Diane. (Vue prise près du vase de Coysevox.)
Lerambert, dont le nom est parfois écrit Léranbert par ses contemporains, est, suivant certains de ses biographes, né en 1614 ou en 1 638. Ils ajoutent qu'il avait eu Louis XIII pour parrain et avait été tenu sur les fonts baptismaux par le marquis de Cinq-Mars. Jal, qui a eu en main l’acte de baptême de Lerambert, rectifie à la fois et la date de sa naissance et le fait du parrainage de Louis XIII. Il écrit à ce propos : « La biographie Michaud et M. de Montaiglon font naître Louis Lerambert en 1614; Guillet de Saint-Georges le fait naître en i638. Ces deux dates sont fausses, et le parrainage de Louis XIII est une fable, ainsi que le témoigne son acte de naissance dont il donne la copie et où il n’est fait mention ni du roi ni de Cinq-Mars. Il était fils d’un sculpteur, garde-magasin des figures antiques et des marbres du roi. Il apprit à dessiner chez Vouet . et ce fut là qu’il connut Le Brun et Le Nôtre. »
Lerambert était, paraît-il, homme de grand esprit et sut se rendre sympa-
thique à tous ceux qu'il approchait. Chaque jour, dit Guillet de Saint-Georges, il gagnait l’amitié des seigneurs les plus considérables par les agréments de son entretien. Il ajoute que le talent et la poésie, qui lui étaient naturels, y contribuaient beaucoup. Il composait, paraît-il, des airs, de la musique, et en faisait
lui-même les paroles. « Toutes ces gentillesses étaient alors de saison, et le temps y convenait, puisque c’était pendant les magnifiques plaisirs des fêtes galantes. Ainsi M. Lerambert, pour se conformer aux divertissements de la cour, s’attachait aussi à la danse et s’en démêlait de bonne grâce. »
Comme on le voit. Lerambert était un artiste qui comprenait les nécessités de la vie à la cour, et qui n’ignorait pas que le savoir-faire n’est pas incompatible avec le talent. Il produisit alors de nombreux bustes et médaillons, exécuta d’importants travaux pour le marquis de Dam pierre et pour d’autres grands seigneurs; bientôt il fut admis à l’Académie royale, où on lui confia les fonctions de professeur. C’est en 1 665 qu’il fut chargé d’exécuter pour Versailles diverses statues que nous ne connaissons que par les gravures de Le Pautre, de Chauveau et de Thomassin : une statue de satyre tenant une grappe de raisin, d’un autre tenant un cornet, d'un satyre accompagné d’un petit faune, d’une hamadryade dansant et d’une nymphe tenant un tympanon. Ces quatre figures de pierre furent placées autour du bassin d’Apollon; puis, plus tard, elles ornèrent à Paris le jardin du Palais-Royal, d’où elles ont disparu, ruinées par le .temps.
Outre des groupes pour l’Allée d’eau, notre statuaire sculpta aussi un certain nombre de Termes servant à relier les grandes grilles qui entouraient quelques parties du parc, et notamment du parterre. Ces Termes, gravés par Le Pautre en 1674, représentaient Hercule, Omphale, Andromède, Persée, Ariane, Bacchus, Cornus, Pan, Adonis, Vénus. Apollon, Daphné, Jupiter, Junon, Mercure,
Le Printemps (statue de marbre par Magnier).
Minerve, Endymion et Diane; ils portaient presque tous, sculptés, leurs attributs caractéristiques. Lerambert était surtout ingénieux dans ses compositions, et c’est généralement l’esprit plutôt que la tenue académique qu’on remarque dans son œuvre. D'Argenville lui fait une sorte de reproche à ce sujet, et dit, à propos des deux charmants Sphinx du Parterre d'eau :
« Les amateurs sont frappés du bel effet que produit le contraste des matières employées à ces groupes; mais ils désireraient qu'ils fussent traités dans le goût austère dont les anciens nous ont laissé des modèles en ce genre. »
Heureusement, Lerambert pensait autrement que d’Argenville, et nous lui devons, en ces deux groupes, deux chefs-d’œuvre de grâce admirés de tous les visiteurs.
Lerambert exécuta bien d’autres œuvres intéressantes; mais, comme on le voit, ce sont celles qu’il a faites pour Versailles qui ont consacré sa réputation. 11 mourut à Paris, en 1670, non pas au Louvre, comme le disent ses biographes, mais rue Richelieu, estimé, dit d’Argenville, pour sa piété, sa sagesse et sa science.
Descendons dans le Parterre du midi, où se trouvent les marches de marbre rose si bien chantées par Alfred de Musset :
Ces marches de marbre rose,
En allant à la pièce d’eau Du côté de l’Orangerie,
A gauche en sortant du château,
Diane (statue en marbre par Desjardins).
indication un peu sommaire, que précise Dussieux en disant que l'escalier où se trouvent ces marches est celui qui est à l’entrée de la terrasse orientale du parterre. Malheureusement cette indication est devenue insuffisante aujourd’hui que le temps, « ce peintre des marbres, » a dit un érudit versaillais, M. Delerot, a répandu cette teinte rose sur un bien plus grand nombre de marches. Près de la balustrade, limite de ce parterre, du côté du parc, on verra une importante figure de femme couchée représentant ou Cléopâtre ou Ariane endormie. Ceux qui l’ont décrite n’ont jamais pu décider si c’était un aspic ou un bracelet en forme de serpent qui était enroulé à son bras. Cette belle statue de marbre a été copiée d’après l’antique par Van Clève.
De chaque côté et à l’extrémité du Parterre d’eau, bordant l’escalier qui conduit à Latone, se trouvent deux bosquets. Celui de gauche, désigné Fontaine du Point du jour, contient deux groupes d’animaux, placés au milieu d’un bassin carré, élevé, dont l’eau se déverse dans un bassin inférieur; il est entouré d’arbres qui masquent la vue du parc. Ces groupes, fondus par les frères Relier, représentent un Ours terrassé par un tigre, et, lui faisant face, un Limier abattant un cerf. Ils ont été modelés par Houzeau et concourent à un ensemble d'un fort bel effet, quand les jets d'eau qui sortent de leurs gueules ouvertes viennent se croiser et se mêler aux gerbes d’eau du bassin. A gauche de cette fontaine, on remarque une belle statue de marbre par Legros : l'Eau, et une autre, à droite, le Point du jour, statue en marbre, par Gaspard Marsy, représenté sous la figure d une femme ayant une étoile sur le front. Signalons une troisième statue de marbre, charmante de composition et d’exécution, le Printemps, par Magnier, jeune femme s’avançant avec une corbeille de fleurs.
De l’autre côté, et faisant pendant au Point du jour, est la Fontaine ou le Cabinet de Diane, présentant l’aspect du premier, mais dont les groupes en bronze, également fondus par les Relier, ont été modelés par Van Clève et sont de beaucoup supérieurs à ceux de Houzeau, à tous les points de vue. Ces groupes représentent un Lion terrassant un sanglier et un Lion terrassant un loup. Le loup et le sanglier sont œuvres de maître, et servent à démontrer une fois de plus que les sculpteurs du xvifi siècle, comme ceux du xvme, excellaient à représenter les animaux de leur pays, ceux qu’il leur était aisé d'étudier.
Près de cette Fontaine de Diane, on verra une Vénus, de Marsy, dont le marbre, bien qu attaqué par le temps, laisse cependant apprécier le talent du sculpteur; puis un chef-d’œuvre d'élégance et de légèreté, Diane, statue en
marbre par Desjardins, sculpteur dont nous avons déjà cité le nom. Cette statue, comme celle du Printemps, de Magnier, a été gravée par G. Edelinck, et se trouve également dans le recueil de Thomassin. Les gravures d’Edelinck, que possède la Chalcographie du Louvre, sont de premier ordre; mais celles qui nous restent des fontaines du Point du jour, de Diane et de leurs animaux, qu’elles soient signées de Lhomassin ou dessinées par Girard, fontainier du roi, et gravées par Raymond, sont toutes très médiocres et ne peuvent donner qu’une bien faible
idée de ces deux parties si intéressantes du Parterre d’eau.
Avant d’aller plus loin, disons quelques mots sur le statuaire Desjardins, dont nous venons de citer une œuvre.
Son véritable nom était Van den Bogaërt, qu’il francisa en le traduisant. Il naquit en 1640 et vint fort jeune à Paris, ignorant complètement la langue française.
Son intelligence suppléa au manque d’instruction, et en peu de temps il eut acquis ce qui lui manquait de ce côté.
Il entra chez le sculpteur Houzeau, puis chez Van Opstal et chez Buirette, qui l'encouragèrent et lui firent faire de rapides progrès; bientôt il se fit recevoir comme membre de la communauté des peintres et des sculpteurs. L’Académie le jugea digne alors de prendre une place dans sa compagnie ; il lui apporta comme morceau de réception un bas-relief représentant Hercule couvert de la peau du lion de Némée, qui fut fort apprécié.
Il donna plusieurs de ses ouvrages au Collège des Quatre-Nations, statues et bas-reliefs, exécuta la plus grande partie des sculptures de la porte Saint-Martin, à Paris. Parmi ses ouvrages les plus importants, il faut citer la statue de Louis XIV, érigée à Lyon, place Bellecour, et fondue par les Keller. A Versailles, on compte parmi ses travaux une Junon, statue de pierre, sur la façade du château, puis Acis et Galathèe, sur la façade du château qui regarde le parterre; deux naïades, des enfants et des masques au fronton des Écuries, la Diane que nous avons citée, un enfant assis sur un lion, groupe disparu aujourd’hui. Outre ces œuvres nombreuses et importantes, il faut citer : deux figures pour la salle des Bains, un fronton au château de Clagny et la statue de Louis XIV, marbre qu’on voit maintenant dans l’Orangerie.
Desjardins (Martin Van den Bogaërt, dit), d’après Rigaud.
Cette statue avait d’abord été destinée à la place des Victoires par le maréchal duc de La Feuillade; mais, dit Guillet de Saint -Georges, « comme elle était de marbre, il résolut d’en ériger une en bronze, et voulut aussi qu’elle fît un groupe avec une figure de la Victoire. La figure avait treize pieds de hauteur; elle était représentée foulant aux pieds Cerbère, symbolisant la triple alliance. Aux angles du piédestal, on voyait les figures en bronze doré de quatre esclaves; quatre bas-reliefs de bronze représentant les grandes actions du Roi ornaient les quatre faces du piédestal. . . Ce monument de gloire, ajoute Guillet de Saint-Georges, fut l’occasion d'une grande fête donnée par la ville de Paris et à laquelle assistèrent le Dauphin, le duc d'Orléans, Madame, et quantité de personnes du premier rang. On y vit une marche du régiment des Gardes et une autre de messieurs de l’hôtel de ville, le bruit de l’artillerie, le son des instruments militaires, une grande distribution de médailles représentant ce « mausolée », un grand nombre de festins publics, et sur le soir des illuminations extraordinaires. »
Suivent d’autres détails et cette conclusion au récit des fêtes : « Maintenant la place des Victoires est éclairée par quatre fanaux posés sur des colonnes agroupées qui sont sur les principales avenues. » Nous avons dit plus haut ce que Louis XIV, qui aimait la flatterie, mais qui ne la voulait que dans une mesure qui n’approchât pas du ridicule, avait décidé à propos de ce luminaire. Desjardins fut élevé au grade de recteur de l’Académie en 1686, et mourut en 1694, au Louvre, au moment où allait être inaugurée à Lyon la statue équestre de Louis XIV.
Ne quittons pas le Parterre d’eau sans rappeler une fête dont il fut le théâtre sous Louis XV. Outre le récit des contemporains, il en reste un remarquable témoignage, la superbe estampe de C.-N. Cochin le fils, qui réduisit et grava le tableau peint à cette occasion par Pérot, peintre d'ailleurs peu connu. Cette gravure a pour légende : Vue perspective de la décoration élevée sur la terrasse du château de Versailles pour l'illumination et le feu d'artifice qui a été tiré à l'occasion du mariage de Madame Louise-Élisabeth de France avec don Philippe second, Infant d’Espagne, le 26 août /7J9. — Cette Fête a été ordonnée par à/, le Duc de Gesvres en exercice de Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, a été conduite par M. de Bonneval, Intendant et Contrôleur général de l Argen terie , Menus plaisirs et Affaires de la Chambre de Sa Majesté.
Le développement du décor placé à l’extrémité du Parterre d’eau en occupait tout le fond, par une suite de portiques que séparaient des colonnes. Au fond, au
milieu, se détachait un grand arc de triomphe surmonté de groupes allégoriques, et dont la porte centrale s’ouvrait du côté du parc. Les Cabinets de Diane et celui du Point du jour étaient encadrés par cette décoration, où se voyaient aussi des niches dans lesquelles s’élevaient des groupes supportés par des piédestaux. Au milieu de chacun des deux bassins on avait construit des rochers, laissant voir par des grottes à jour des personnages mythologiques, Vulcain à sa forge, etc.
Avec le jeu des eaux, ce décor devait être d’un effet magique.
A gauche du Cabinet de Diane, on voit une statue de marbre qui passe pour un des meilleurs morceaux de Le Hongre. C’est la statue de Y Air, représenté sous l’aspect d'une femme, le haut du corps nu, le reste entouré de draperies quelle soulève d’une main au-dessus de sa tête; à ses pieds, qui portent sur des nuages, est posé un aigle; sur un pli de la draperie et sous sa main droite, on voit un caméléon qui, dit Piganiol de La Force, selon Pline, ne vit que d’air.
11 ajoute que M"e de Scudèry, qui en avait eu deux chez elle pendant sept mois, était aussi de ce sentiment. La science a fait un pas depuis M"e de Scudéry dans l’étude de ces petits reptiles, et a reconnu qu’ils ne se nourrissaient pas seulement d’air, mais aussi qu’ils happaient avec leur langue des gouttes d’eau, des chenilles, des insectes ailés.
Le Hongre, qui a fait d’importants tra-
L'Air (statue de marbre, par Le Hongre).
vaux pour Versailles, fut élève du sculpteur
Jacques Sarrazin. Il se fortifia dans son art en allant étudier l’antiquité à Rome, et revint à Paris, où, grâce à la solidité de son savoir, aux preuves de talent qu’il y donna bientôt, il fut élu académicien en 1667. Il était né à Paris en 1628. Il y reçut les éloges du cavalier Bernin à l’occasion de son morceau de réception, une Madeleine qui lui avait été demandée par l’Académie. Sur les idées du cavalier Bernin, il fit le modèle du portail du Louvre. 11 travailla à l’hôtel que le com-
mandeur de Souvray, grand prieur de France, avait fait bâtir dans le Temple, et grandit encore par 'là sa réputation. On lui confia aussi des travaux pour l'église du collège Mazarin.
Au cintre du portail de cette église, il sculpta quatre enfants qui tenaient sur un manteau ducal les armes du cardinal Mazarin. Il fut employé' à l’ornementation sculpturale de l’extérieur de la .galerie d’Apollon au Louvre, du grand pavillon des Tuileries, de nombreux et importants hôtels, de la Sainte-Chapelle, de la Sorbonne, de la porte Saint-Martin, du Luxembourg, des châteaux de Choisy, de Trianon, de Clagny et de Marly.
A Versailles, il sculpta pour la façade du château, du côté de la Cour de Marbre, des statues de Thétys, de la Richesse, de l’Autorité, de l’Afrique, et modela une partie des ornements des combles qui étaient de plomb et d’étain doré, une partie aussi de ceux qui sont au-dessus des ' fenêtres de la Grande Galerie, des médaillons, des bas-reliefs, et sur la façade du Parterre du midi, proche de la chambre de la reine, dit Guillet de Saint-Georges, les statues de Zéphyre, Flore, Vertumne et Pomone, plus six des' trophées qui étaient placés sur la balustrade.
Le Hongre travailla aussi à la décoration des appartements, aux corniches, à des cariatides, aux guirlandes de fleurs qui sont au-dessus des croisées de l’attique. Il travailla également aux ornements des appartements du Dauphin, du duc d’Orléans, etc., à l’appartement des bains. Dans le parc, il modela des vases de plomb et d’étain doré pour la Salle de bal ; les quatre belles figures couchées du Parterre d’eau, mentionnées plus haut; des groupes d’enfants pour des bassins, des figures pour le Labyrinthe, celle de l'Amour qui en gardait l'entrée avec celle d’Ésope, celles des Bassins des couronnes, deux grands Termes de marbre : Vertumne et Pomone, au pourtour du bassin d’Apollon, ses derniers ouvrages. Il mourut au Louvre en 1690.
Après avoir examiné la statue de l’Air, admiré le superbe banc de marbre sculpté qui est près de son piédestal, on trouvera, en suivant la descente du Parterre du nord et devant une longue charmille, une rangée de statues de marbre dont la première est F Europe , jolie œuvre de Mazeline exécutée, comme la plupart des autres, d’après un dessin de Le Brun. Elle est représentée debout, casquée, drapée et appuyée sur un bouclier au centre duquel on voit un cheval. Une légende veut que cette statue ait représenté M“ de Montespan. et que son
Imp. Ch. Wittmc
regard fut dirigé sur une autre statue de marbre placée à l’autre bout du Parterre du nord, à l’angle de la descente des réservoirs, et représentant Louis XIV sous les traits d'un jeune homme symbolisant le Poème héroïque. Rien n’est venu jusqu’ici justifier cette légende, née probablement dans l’esprit d’un chroniqueur du temps. Cette statue a été gravée par Edelinck.
Près de la statue de l’Europe est celle de l'Afrique, ingénieusement coiffée de la peau d’une petite tête d’éléphant, drapée, tenant de la main droite un arc, et les pieds léchés par un lion. Cette statue a été gravée par Gérard Audran, qui, par erreur, l’a attribuée à G. Marsy; d’autres aussi l’ont attribuée à Guérin; elle est de Cornu, comme on en trouve la preuve dans les Comptes des bâtiments. En effet on y lit, à la date du 5 juin de l’année 1694, cette mention :
« Délivrer au sr Cornu, sculpteur, pour, avec 9 5oo livres qu’il a ci-devant reçues, faire le parfait paiement de i3 100 livres à quoi montent deux figures de marbre, l’une représentant l’Afrique et l’autre l’Hercule Farnèse, etc., » et, à la date du 6 juin de la même année : « Au sr Cornu, sculpteur, parfait paiement de i3 100 livres à quoi montent deux figures de marbre blanc, l’une commencée par Sibraique, qui a reçu 3 400 livres, et finie par ledit Cornu, représentant l’Afrique, Le Poéme p“lor"1' Btatoe de marbre’ >lat Gra”ier et 1 autre 1 Hercule Farnèse, etc. » Voilà qui suffit pour lever tous les doutes.
Plus loin est une statue de la Nuit, par Raon ; elle est représentée à demi drapée, soulevant de la main gauche un pli de son vêtement constellé d’étoiles, une flamme sur le front et tenant de la main droite un flambeau ; un hibou est placé derrière elle. A côté de la Nuit se trouve la statue de la Terre, par Massou et non Masson, comme on I a bien des fois écrit par erreur. La Terre est représentée entièrement drapée, soulevant son manteau de la main droite, et tenant, appuyée sur son bras gauche, une corne d’abondance remplie de fruits ; derrière
elle est assis un lion. Cette statue a été gravée par Edelinck et Thomassin ; celle de la Nuit l'a été par Thomassin.
Auprès de l’œuvre de Massou on remarquera une élégante statue de Granier et non Garnier, gravée également par Edelinck et par Thomassin. La gravure d’Edelinck est une belle œuvre d'art; quant à celle de Thomassin, il faut surtout la considérer au point de vue documentaire, comme toutes celles d'ailleurs qui font partie de son recueil.
Le Poème pastoral est représenté par une jeune femme, qu’à l’arrangement de son costume on prendrait plutôt pour un jeune homme. La figure, vêtue d’une courte tunique qui ne laisse voir de nu que les jambes et les bras, est debout; son bras gauche et sa main droite soutiennent un long manteau qui tombe derrière elle. Sur le bras droit s’appuie un long bâton recourbé de berger; dans sa main gauche elle tient une flûte de Pan. C’est une des œuvres les plus réussies de ce sculpteur, dont le parc renferme d’autres morceaux intéressants.
Vase de bronze fondu par Duval.