‹ Versailles et les deux Trianons; (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · LE GRAND CANAL. - LA COLONNADE · texte numérisé non relu

LE GRAND CANAL. - LA COLONNADE

n t ro n s définitivement dans le parc; aussi bien que les appartements du château, il doit avoir sa part de l’admiration générale, et, malgré les nombreuses modifications qu’il a subies, consacre encore aujourd’hui, par son incomparable beauté, la gloire de Le Nôtre. Nous avons dit. dans notre premier volume, que la participation de Lemercier à la construction du château de Louis XIII n’étant prouvée par aucun document authentique, on aurait le droit de lui en contester la paternité, sans toutefois pouvoir la donner d’une façon indiscutable a un autre architecte. Les vase aux soieiis. (Tapis-Vert.) origines du parc ne sont guère plus claires,

et. ne sachant guère à qui en attribuer le grand tracé, on l’a retiré à Le Nôtre,

ou du moins on a tenté de le faire, pour le donner à Jacques Boyceau. 11 est hors de doute que Boyceau ait travaillé aux jardins de Versailles, comme il résulte de la lecture des ouvrages qu’il a laissés; mais il n’est pas prouvé que le parc de Versailles soit son œuvre.

La vérité, c'est que la plupart des travaux de Le Nôtre sont connus et qu’il est fort difficile de savoir à quel point exactement se sont arrêtés ceux de Boyceau,

Vue du château de Versailles, du côté du Parterre d'eau.

et s’ils ne se sont pas bornés aux parterres de broderies dont il a laissé les dessins. On sait d’ailleurs fort peu de chose de Boyceau, sinon que c était un horticulteur de grande réputation au xvn= siècle. On a de lui un Traité de jardinage selon les saisons de la nature et de l'art, en trois livres; puis un Traité du jardinage, qui enseigne les ouvrages qu’il faut faire pour avoir un jardin dans la perfection; avec la manière défaire les pépinières, greffer, enter les arbres, et une instruction pour faire de longues allées de promenade et bois-taillis.

Dussieux, qui tient à grandir Boyceau aux dépens de Le Nôtre et qui s’est fait son biographe, nous dit que Boyceau était intendant général des jardins des

maisons royales de Louis XIII, et regardé par le roi comme un très habile homme. En même temps il avait le titre de gentilhomme de la chambre du roi. Sous Henri IV, il s'était fait remarquer à la bataille de Coutras et avait été chargé de plusieurs affaires importantes. Il consacra les dernières années de sa vie aux plaisirs de Louis XIII et à l’embellissement des jardins de ses maisons royales de

Vase en bronze de la terrasse, par Claude Ballin.

Paris, de Saint-Germain, de Fontainebleau et de Versailles; il travailla aussi, ajoute-t-il, pour le palais du Luxembourg. C’était un homme instruit, qui fit de beaux vers; son neveu, Jacques de Nemours, lui succéda dans sa charge.

Le nom de Le Nostre, que, suivant l’orthographe moderne, il faut écrire : Le Nôtre, a été bien des fois estropié par ceux qui ont parlé de lui. Guillet de Saint-Georges va même jusqu’à l’appeler Le Naute. Le grand dessinateur signait : A. Le Nostre, ainsi que nous le constatons sur des reçus autographes que nous avons sous les yeux. André Le Nôtre, dit Jal, naquit de Jean Le Nostre, un des

jardiniers de Louis XIII, et de Marie Jacquelin. Il vint au monde le 12 mars 1 6 1 3 . La marraine d’André fut Claude Martigny, femme de Claude Mollet, premier jar-

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EVASEE DU FaI\TE!^£ D EAU

Plan ancien du Parterre d'eau et du Parterre de Latone (1G83).

dinier de Sa Majesté au jardin des Tuileries. Sa fortune fut rapide, et le succès vint vite à lui.

Après de grands et fructueux voyages en Italie, en Angleterre, où il dessina les parcs de Greenwich et de Saint- James, Le Nôtre, de retour en France, continua la série de ses beaux travaux, surtout à Versailles et à Trianon. C’est à lui que l'on doit le jardin du Grand Trianon, la terrasse de Saint-Germain, le par-

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terre du Tibre à Fontainebleau; il dessina les jardins de Clagny, aménagea le parc de Saint-Cloud et créa les jardins de Chantilly. 11 travailla encore à Yillers- Cotterets, à Meudon, à Chaillot, à Ivry, à Sceaux et aux Tuileries. Mais, déjà fort avancé en âge et sentant la fatigue venir, il demanda au roi la permission de cesser son service et de prendre un repos bien gagné. Le roi y consentit et y mit pour seule condition que Le Nôtre vînt le visiter quelquefois. Au cours d’une de

ces visites à Marly, il rencontra Louis XIV dans ses jardins. « Un mois avant sa mort, dit Saint-Simon, le Roi, qui aimait à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins, et, à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise que les porteurs roulaient à côté de la sienne, et Le Nôtre disait là: « Ah! mon « pauvre père, si tu vivais et que tu puisses voir un pauvre jardinier comme moi,

« ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne « manquerait à ma joie! »

A la date du i3 septembre 1700, on lit dans le Journal de Dangeau : « Marly. — Le pauvre M. Le Nôtre mourut à Paris, âgé de quatre-vingt-huit ans, ayant conservé son esprit et son bon goût sur les jardins jusqu’à la fin de sa vie. »

Avant de descendre le grand escalier de Latone qui marque la fin du Parterre d’eau, jetons un coup d’œil sur le magnifique spectacle que nous présentent à la fois et ces bassins aux eaux. jaillissantes, et ces grands parterres, ces magnifiques masses d’arbres qui les terminent à droite et à gauche, et qui bordent la grande

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allée du Tapis-Vert, ce canal qui s’étend jusqu’à l’extrémité du parc et que continuent deux allées de peupliers. Chaque saison vient successivement donner un charme particulier à cette admirable vision, que ce soit l’été avec ses ciels purs qui se reflètent dans les miroirs des eaux, avec ses arbres aux vertes et lourdes frondaisons; que ce soit l’hiver qui couvre toute l’étendue du parc de la blancheur de sa neige, sur laquelle se découpent les arbres dépouillés aux gigantesques et noires structures.

Parterre de Latone et ses effets d'eau.

Après avoir descendu les escaliers ornés de vases exécutés à Rome par Grimaud et d’autres élèves, on se trouve devant le bassin de Latone. La statue de marbre qui représente la déesse et ses deux enfants. Diane et Apollon, implorant Jupiter, est du sculpteur Balthasar Marsy; elle s’élève au-dessus de trois bassins de marbre étagés, dont la base est entourée d’une large bordure formant un ovale ; autour de cette base règne une ceinture de tortues et de lézards dont les têtes, tournées extérieurement, lancent des jets d’eau; au-dessus ce sont des paysans et des paysannes de la Lycie, changés ou se métamorphosant en grenouilles; aux deux étages supérieurs et au-dessous de Latone, ce ne sont plus que des grenouilles lançant, comme tous les autres groupes, des jets d’eau qui se croisent entre eux. Ces ornements, dus aux frères Marsy et à Bertin, sont en plomb ; on les a dorés comme ils l’étaient sous Louis XIV. La statue de Latone fait face au parc.

Il faut remarquer, avant d’entrer dans le parterre, de très beaux vases, dont

six d’après le vase Borghèse et le vase Médicis; deux vases sculptés par Cornu, un Sacrifice de Diane et une Bacchanale; deux autres représentent, l’un un Mars jeune, assis sur un char traîné par des loups précédés des génies de la guerre; il est de Hardy. L’autre nous montre aussi le dieu Mars, assis sur des trophées et couronné par des génies de la guerre; celui-ci a été sculpté par Prou.

Vase de marbre des degrés de Latone.

Le bassin de Latone a subi plusieurs modifications, ainsi qu'il est aisé de le constater d’après les estampes du temps. La gravure qui se trouve dans le livre de Manesson-Mallet le présente à peu près tel qu’il est aujourd’hui. Des deux estampes de Pérelle, l’une ne laisse voir le bassin que d’une façon assez confuse, mais elle a ceci d’intéressant que la margelle en est couverte de tortues et d’animaux lançant des jets d’eau; les paysans s’aperçoivent à peine sous les jets qui

les couvrent, on ne distingue pas la statue de Latone; dans le fond, à gauche, on voit encore une partie de la grotte de Thétis.

La seconde gravure de Pérelle, celle-ci prise en faisant face au parc, montre en haut de l’escalier, à droite et à gauche, les sphinx de Lerambert. Quant au

Vue perspective des Rocailles et ses effets d’eau.

bassin, sur la margelle duquel sont des tortues assez distantes les unes des autres, il na pas encore, au milieu, les trois étages de soubassements qu’on lui voit aujourd hui ; la déesse est debout sur un rocher entouré de roseaux, et six paysans, dont la partie inférieure du corps baigne dans l’eau, se tournent vers elle en 1 implorant , de leurs bouches sortent des jets d’eau qui se combinent avec ceux que lancent les tortues placées sur la margelle.

Sur la gravuie de Scotin, exécutée en 1714, d’après Delamonce, et qui fait partie du recueil de Demortain, il n’existe aucun reptile sur la margelle, qui est tout unie; les paysans ne sont plus dans l’eau du bassin, mais sur le premier

des trois soubassements qui soutiennent la statue. Restent les gravures d’Israël Silvestre, en 1674, et de Lepaute, en 1678, fort intéressantes à consulter toutes deux.

La gravure d’Israël Silvestre, prise du côté du parc, et présentant, comme celle de Pérelle, le développement du château de Le Vau et la grotte de Thétis, nous montre comme elle le groupe de Latone n’ayant pour base qu’un rocher presque à fleur d eau, mais en différencie en ceci qu’on n’y voit pas le parterre de broderies qui était devant le château, que les sphinx de Lerambert sont placés à droite et

Plan ancien du Labyrinthe et du bosquet des Rocaillcs.

à gauche, en haut de l’escalier, et enfin qu’au pourtour supérieur du bassin, dont la margelle est ornée de grenouilles, figurent dans seize grottes, dont cinq principales, des groupes qui forment autant de fontaines jaillissantes. L’estampe de Lepaute, comme celle-ci, montre le groupe de Latone sur un rocher entouré de plantes aquatiques, avec des grenouilles posées sur le bord du bassin et dirigeant des jets d’eau qui retombent entre le groupe et les paysans métamorphosés.

En descendant les rampes qui bordent de chaque côté le parterre de Latone, 011 trouve de nombreuses statues en marbre qui sont, en commençant par la droite, après celle de l'Air, par Le Hongre, œuvre dont nous avons parlé plus haut : le Mélancolique, par La Perdrix, sculpteur à peu près inconnu aujourd’hui. On avait voulu symboliser les quatre tempéraments de l’homme par quatre

statues, celle que nous signalons, puis celles du Sanguin, du Flegmatique et du Colérique, placées dans d’autres parties du parc. Le Mélancolique est repré-

Le bassin de l'Hiver.

sente tenant dans la main gauche un livre qu’il paraît lire attentivement, élevant une bourse de la main gauche, et portant un bandeau sur la bouche. La lecture solitaire, le bandeau, s’expliquent; mais que signifie cette bourse?

A côté de cette statue en est une autre de Lacroix, l 'Antinous du Belvédère, qui commence la série des copies d'après l’antique. Lacroix n'est guère plus connu que La Perdrix. Ensuite viennent Tigrane, roi d’Arménie, désigné aussi : Prisonnier barbare, par Lespagnandel , représenté drapé, les mains liées; un Jeune Faune, jouant de la flûte, par Hurtrelle; Bacchus, par Granier, une des meilleures statues de celles qui ornent cette rampe; Faustine, par Regnaudin ;

Motif principal du bassin d’Apollon.

Hercule Commode, par N. Coustou ; Uranie, par Frémery ; Ganymède, par Laviron, représenté debout, appuyé sur l’aigle de Jupiter.

En face de cette statue se trouve une très belle copie, par M. Suchetet, de la Nymphe à la coquille, de Coysevox, dont l’original a été transporté au Louvre. Cet original lui-même était une copie, ou, pour mieux dire, une interprétation de l’antique; rien de plus intéressant que cette traduction en marbre d’un chefd'œuvre de l’antiquité par les mains d'un homme qui a su, tout en conservant la pureté de la ligne grecque, laisser pénétrer son œuvre par le charme de son époque.

Parallèlement à cette rangée de statues, une autre se développe sur la rampe

opposée. A côté de la statue du Point du jour, de G. Marsy, on voit : le Poème lyrique , par Tuby; le Feu, par Dossier; Tiridate, roi d'Arménie, appelé aussi le Prisonnier barbare, par André; une Vénus callipyge, par Clérion; Silène et Bacchus enfant, par Mazière; l’ Antinous, par Legros; Mercure, par Mélo; Uranie, par Carlier; Apollon du Belvédère, par Mazeline, et, devant lui, faisant pendant à la Nymphe à la coquille, une copie du Gladiateur mourant, par Mosnier.

Du même côté, au bas du parterre de gauche, on remarquera une première rangée de très beaux termes en marbre, parmi lesquels : le Fleuve Achélôüs, par Mazière, portant une corne d’abondance débordant de fleurs et de fruits, et Pandore, par Legros, élégante statue dont le bas du corps est pris dans une gaine sur laquelle est une draperie qu’elle retient de la main droite. Viennent ensuite un Mercure, de Van Clève; Platon, par Rayol, tenant le médaillon de Socrate, et un autre terme très élégant : Circé, par Magnier.

Au bas du parterre, du côté droit, longeant le bosquet du Dauphin, se trouve une autre rangée de termes de marbre d’un beau caractère et d’une remarquable exécution. Ce sont : Hercule, par Lecomte, une de ses meilleures œuvres; le dieu est représenté tenant de la main droite une massue qu’il appuie sur son épaule gauche; il est coiffé de la peau d’une tête de lion; dans sa main gauche sont les trois pommes du jardin des Hespérides; près de lui, une Bacchante, par Dedieu; elle frappe de la main droite le tambourin qu’elle tient de la main gauche; le bas de son corps est recouvert par une peau de tigre pendant sur la gaine qui la supporte; puis un Faune, par Houzeau, pressant dans une coupe une grappe de raisin; Diogène, par Lespagnandel; puis, enfin, un admirable terme de Poultier, représentant Cérès; la déesse soutient une gerbe d’épis entourée de fleurs dont est aussi formée sa couronne; le mouvement du corps, l’ajustement de la draperie, sont exquis d’harmonie et d’élégance. Presque tous ces termes et toutes ces statues ont été gravés par Thomassin.

Avant de nous engager dans les bosquets qui sont construits sur le côté droit et le côté gauche de l’allée Royale, ou allée du Tapis-Vert, revenons sur nos pas, et, remontant la rampe droite de Latone, passant devant le bosquet du Point-du- Jour, entrons dans un bosquet dont un tableau de Cotelle, faisant partie de la collection du musée de Versailles, nous offre l’aspect; il s'agit du bosquet de la salle de Bal, qui, d’ailleurs, a eu moins que beaucoup d’autres à souffrir des remaniements infligés au parc. La description qu’en donne Piganiol est encore exacte aujourdhui, à ceci près, que les rocailles ont eu à subir des dégradations que le temps rend inévitables.

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Cette salle, dit-il, n’est proprement qu'un grand espace de figure régulière et bordée d un treillage. Au milieu il y a une espèce d’arène, sur laquelle on danse quand il plaît à Sa Majesté d’y donner quelque fête. Le reste de la salle est occupé par une cascade et par un amphithéâtre. La cascade, composée de plusieurs bassins de coquillages, est une des plus belles qu’on puisse voir; elle est interrompue, d’espace en espace, par quatre goulettes de marbre du Languedoc au haut desquelles il y a autant de vases de métal, ornés de têtes de bacchantes,

Vue générale du Tapis-Vert et du Canal, prise du haut des degrés de Latone.

de mufles de lions, de festons, etc.; ils ont été exécutés par Ilouzeau et Massou. Au bas de ces mêmes goulettes on voit quatre torchères de métal posées sur des socles de marbre du Languedoc; elles sont dues aux mêmes sculpteurs que les vases et servent à supporter des girandoles.

« Le Nôtre, ajoute Piganiol, fit ce magnifique bosquet à son retour d’Italie, et il se servit avec tant d’art de ce qu’il avait vu dans son voyage, qu’il en fit le morceau le plus singulier et le plus beau qu’il y ait en Europe, dans ce genre-là. » L’amphithéâtre occupe le reste du terrain. Il consiste en plusieurs rangs de sièges de gazon et est soutenu par quatre rampes de marbre du Languedoc, au haut desquels on a placé quatre vases de métal qui représentent des Bacchanales, le Triomphe de Tliétys, etc., faits par Le Hongre. Au haut de cet amphithéâtre, il y a plusieurs niches pratiquées dans la charmille, et dans l’une desquelles on voit un beau groupe de marbre blanc.

A l’époque à laquelle Piganiol écrivait cette description , le groupe dont il

s’agit était celui de Papirius et sa mère, aujourd'hui placé à 1 entrée de l’allée Royale. Quant à celui qu’on a mis à sa place, il a fait primitivement partie de la décoration du Théâtre d’eau, puis de celle du Rond-Vert, et est connu sous la désignation de Marsyas et Olympus; c’est une copie de l’antique due au sculpteur Goy.

A propos de ce groupe, A. de Montaiglon a écrit une note qui fixe définitivement sur le nom du sculpteur, que l’on croyait être Errard. L’éminent critique d’art fait remarquer qu’il est singulier que Eudore Soulié, qui avait étudié Versailles plus que personne, ait écrit que ce groupe était l’œuvre

d’Errard, ajoutant que c’est par erreur que Thomassin et Piganiol attribuent cette copie à Goy, la signature d’Errard se trouvant sur le rocher à droite; mais l’inventaire d’Errard prouve surabondamment que l’attribution de Piganiol et de Thomassin est exacte quand ils attribuent l’exécution de cette copie à Goy ; Errard l’a fait faire par le jeune frère de sa femme, et il l’a signée pour la donner au roi.

« Jean-Baptiste Goy, dit Piganiol, naquit à Paris en 1666, et donna sa jeunesse à la sculpture ; mais s’étant senti une vocation extraordinaire pour l’état ecclésiastique, il s’y consacra à l’âge de vingt-six ans, et prit ensuite le degré de docteur dans la Faculté de théologie de Paris. Le cardinal de Noailles ayant connu sa piété, son savoir et ses talents, lui donna plusieurs emplois de confiance, et lorsque 1 église Sainte-Marguerite fut érigée en paroisse indépendante

de Saint-Paul, il l’en nomma curé. 11 est mort en 1738, à l’âge de soixante-douze ans, extrêmement regretté de ses paroissiens. »

Au bas des rampes dont nous venons de parler, on voit quatre torchères de

même matière que les vases; elles servaient à mettre des girandoles quand on voulait danser la nuit dans ce bosquet, où l’on donna des bals, des soupers, des collations, dont on trouvera la mention dans le Mercure.

Grâce à d’habiles et discrètes restaurations, la salle de Bal a repris l'aspect qu’elle avait autrefois ; et elle offre cet intérêt qu’avec sa décoration de rocailles, de coquillages, elle peut aussi donner une idée de ce qu’était la fameuse grotte de Thétys.

A quelques pas de la salle de Bal, se trouve le bosquet de la Reine, dénommé parfois bosquet de Vénus, mais qui fut célèbre surtout lorsqu’il était le Labyrinthe, une des plus grandes curiosités des jardins sous Louis XIV et sous Louis XV. Malheureusement il fut détruit de fond en comble, privé des enchevêtrements de ses allées ri bien combinées, lors de la modification et replantation du Parc en 1775. La description officielle du labyrinthe de Versailles fut confiée à l’imprimerie royale, et c’est à un exemplaire de 1679 que nous l’empruntons, en l’abrégeant toutefois :

« Entre tous les bocages du petit parc de Versailles, dit l’auteur de la description, celui qu’on nomme le Labyrinthe est surtout recommandable par la nouveauté du dessin et par le nombre et la diversité de ses fantaisies. Il est nommé Labyrinthe , parce qu’il s’y trouve une infinité de petites allées tellement mêlées les unes dans les autres, qu’il est presque impossible de ne

s’y pas égarer; mais aussi, afin que ceux qui s’y perdent puissent se perdre agréablement, il n'y a point de détours qui ne présentent plusieurs fontaines en même temps à la vue, en sorte qu’à chaque pas on est surpris par quelque nouvel objet.

« On a choisi pour sujet de ces fontaines une partie des Fables d’Ésope, et elles sont si naïvement exprimées, qu’on ne peut rien voir de plus ingénieusement exécuté. Les animaux de bronze, coloriés selon le naturel, sont si bien dessinés qu’ils semblent être dans l’action même qu’ils représentent, d’autant plus que l’eau qu’ils jettent imite en quelque sorte la parole que la Fable leur a donnée. La différente disposition de chaque fontaine fait aussi une diversité très agréable, et les couleurs brillantes de coquilles rares, et de la rocaille

fine dont tous les bassins sont ornés, se mêlent heureusement avec la verdure

des palissades. En entrant, on trouve des figures de bronze peintes au naturel et posées chacune sur un piédestal de rocaille : l’une représente Ésope, l’autre représente V Amour. »

Ces deux statues , seuls restes du Labyrinthe exposés dans le Parc , sont placées aujourd’hui dans le bosquet de l’Arc-de-Triomphe; il serait à désirer que les autres fragments des fontaines, conservés dans les magasins, fussent réparés et exposés aux regards du public, comme le sont les statues d 'Ésope et de l’Amour; la première est de Legros, la seconde de Tuby. Faisons remarquer que les sujets de ces fontaines n’étaient pas coulés en bronze, comme le dit la

description, mais en plomb. « Ensuite on trouve les fontaines au nombre de

quarante. A chacune d’elles on a pratiqué une place où, sur une lame de bronze peinte en noir, il y a une inscription de quatre vers écrits en lettres d’or. Ces vers, faits par M. de Benserade, expliquent la fable et en tirent une moralité. » Suit la description détaillée de chacune des fontaines.

Les quatrains de Benserade étaient fort médiocres; nous ne citerons que le premier, qui explique le groupe du Duc et les oiseaux :

Les oiseaux en plein jour voyant le Duc parestre,

Sur luy fondirent tous à son hideux aspec.

Quelque parfait qu’on puisse estre ,

Qui n’a pas son coup de bec?

Faible poésie, mais qu’on trouve passable quand on lit celle que le Labyrinthe inspira à Claude Denis. Tous ces groupes, très ingénieusement composés, d’une

exécution parfaite, étaient l’œuvre des sculpteurs Massou, Mazeline, Legeret, Drouilly, etc. La destruction de cet intéressant bosquet, qui fut condamné à disparaître faute d’entretien, date de 1775. A sa place on construisit le bosquet de la Reine, tel que nous le voyons aujourd’hui, à la décoration sculpturale près, et qui subit d’assez importants changements. C’est dans ce bosquet, et non dans celui des Bains d'Apollon, que se passa une scène ridicule, qui devait fournir

aux ennemis de Marie-Antoinette les éléments de calomnie d’où naquit le trop fameux procès du « Collier de la Reine », si clairement résumé par les Concourt.

On lit dans les Mémoires de l’abbé Le Dieu que Bossuet et l’abbé Fleury, son disciple fidèle, se promenaient souvent, avec Cordemoy et La Bruyère, dans une allée du Parc qu’on appela l’allée des Philosophes. « L’abbé Fleury et lui, ajoute-t-il, avaient leur rendez-vous ordinaire dans le bosquet des Fables d’Ésope (le Labyrinthe), qui était alors le seul des jardins de Versailles qui fût fermé au public et dont on leur avait donné la clef. L’abbé Fleury apportait toujours une écritoire et du papier pour prendre note de tout ce que lui disait Bossuet sur le travail qui l’occupait. »

Continuant la visite des bosquets, on entre dans la salle des Marronniers, qui porta aussi ces désignations : salle des Antiques, salle des Empereurs et Galerie d'eau. Un tableau de Martin, faisant partie de la collection de Versailles, donnera une idée de ce que fut ce bosquet, qui forme comme une longue allée ornée de bustes et de statues en assez mauvais état; puis, après avoir traversé l’allée où se trouve le bassin de Bacchus ou de l' Automne , par Marsy, qui fait pendant à celui de Saturne ou de Y Hiver, par Girardon, on arrive au bassin du Miroir et au Jardin du roi, qui autrefois étaient réunis sous la dénomination d 'Ile royale ou Ile d amour; son nom lui était venu d’une île élevée au milieu de la vaste pièce d eau dont le Jardin du roi occupe aujourd’hui la place.

Ce bosquet a été remanié sous Louis XVIII. On y remarque, outre les beautés

François Girardon, d'après Rigaud.

du jardin lui-même, admirablement entretenu, des vases copiés de l’antique par Grimaud, deux statues colossales d’après l’antique, celles de Y Hercule Farnèse et celle de Flore, la première par Cornu, la seconde par Raon; ces deux statues sont placées hors l’enceinte du Jardin du roi. Au pourtour du bassin du Miroir, deux vases très élégants, par Légeret. Revenant sur nos pas, et suivant jusqu’au bout l'allée qui sépare le Jardin du roi de la salle des Marronniers, nous arrivons devant un des plus beaux bassins du parc, devant celui qui nous montre Apollon sur son char, et que la foule appelle généralement le Char embourbé. C’est là une des plus importantes œuvres du sculpteur Tuby, et dans laquelle il a montré tout son talent décoratif.

Le pourtour du bassin d'Apollon contient des termes de la plus grande beauté; parmi les meilleurs, il faut citer Syrinx, une œuvre pleine d’élégance, par Mazière; Vertumne et Pomone, chefs-d’œuvre d’exécution, de Le Hongre; Junon et Jupiter, par Clérion; Bacchus, par Raon, etc., et des statues anciennes en fort mauvais état, parmi lesquelles une Junon, une Cléopâtre, la Clarté, par Baldi, etc. Avant de quitter le pourtour d’Apollon, signalons deux groupes de marbre très importants, placés de chaque côté du bas de l’allée du Tapis-Vert; ce sont : Aristée èt Protée, par Slodtz, et Ino et Mélicerte, par Granier, exécutés d’après des modèles dus à Girardon.

Derrière le bassin d’Apollon commence le grand canal, à la tête duquel on voyait autrefois deux Chevaux marins, de Tuby, groupes détruits aujourd’hui, mais dont les gravures de Thomassin peuvent fournir une idée exacte. Nous avons parlé, dans le- premier volume, des fêtes données sur le grand canal, où flottaient des barques, des gondoles, des chaloupes, des galiotes, véritables œuvres d’art, dues à de grands sculpteurs et ingénieurs. L’hiver, toute la cour venait se livrer sur la glace du canal au patinage et à des courses en traîneaux. Aujourd’hui la plus grande partie des margelles sont détruites, mais l’ensemble du canal est toujours grandiose, et rien n’égale l’effet de cet immense miroir, faisant suite à l’allée Royale, quand on le regarde du haut de l’escalier de Latone.

En remontant l’allée du Tapis-Vert, on rencontre, à droite, un des bosquets les plus importants du parc de Versailles, celui de la Colonnade , exécuté sur les dessins de Mansart. Au milieu se trouve un des chefs-d’œuvre de Girardon, c’est le groupe de Y Enlèvement de Proserpine par Pluton. Autour de cette composition règne une rotonde, composée de trente-deux colonnes en marbre de Languedoc, en brèche violette et en bleu turquoise, qui répondent à autant de pilastres en marbre de Languedoc. Les colonnes et les pilastres sont d’ordre

ionique et réunies entre elles par des arcades qui supportent une corniche surmontée d’un attique; des vases de marbre blanc sont placés sur le couronnement. Sur les impostes sont des bas-reliefs représentant des jeux et des amours, exécutés par Mazière, Granier, Le Hongre et Lecomte.

Sous les arcades s’élèvent vingt-huit grandes cuvettes en marbre blanc, dont l’eau retombe en cascades et en nappes dans des cheneaux circulaires. La Colonnade est, nous le répétons, un des plus intéressants bosquets du parc; ajoutons que le piédestal qui soutient le groupe de Girardon, et qui est orné de bas-reliefs du grand sculpteur, n’est pas moins intéressant que l’œuvre principale, qu’il complète admirablement. Au-dessus de ce bosquet, en remontant vers le château, se trouve le Quinconce du midi, ou bosquet de la Girandole, à l’extrémité duquel se trouve un des plus beaux vases du parc, le Vase aux instruments de musique, exquise composition d’un sculpteur bien oublié aujourd’hui : Jean Robert, qui a reproduit cette belle œuvre, à l’extrémité du Quinconce du nord. Au milieu de chacun de ces quinconces on voyait autrefois un bassin rond qui n’existe plus aujourd'hui.

Tympan de la Colonnade.

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l’allée DU TAPIS-VERT. - PIERRE PUC.ET

LE BOSQUET DES DÔMES. - ENCELADE. - l’ÉTOILE. - LE THÉÂTRE d’eAU

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