VEUE PRINCIPALE DU THEATRE D’EAU
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de Proserpine confia souvent à Le Lorrain l’exécution de certaines parties des travaux qui lui étaient commandés.
Avant d entrer dans le bosquet des Bains d’Apollon, mentionnons ici un autre bosquet dont il ne reste plus trace aujourd’hui : le bosquet et jardin du Dauphin. Ce bosquet, dit Piganiol, qui en donna une vue et perspective gravée par Scotin, était dépourvu de tout ornement sous Louis XIV. En 1736, on y fit un jardin
particulier pour servir a 1 amusement du Dauphin, et Gabriel, contrôleur du château et du jardin de Versailles, fit un dessin qu’on mit aussitôt à exécution.
Ce Petit Bosquet, détruit lors des remaniements du parc, s’étendait sur la première moitié du bosquet appelé aujourd’hui Bains d'Apollon. L’ensemble de son emplacement fut d’abord occupé par un bosquet du Marais ou du Chêne- Vert, « dont le projet, dit Charles Perrault, avait été dessiné par M“ de Montespan. Elle donna, dit-il, le dessin de la pièce du Marais, où un arbre de bronze
Bassin des enfants dorés restant du Théâtre d’eau.
jette de l’eau par toutes ses feuilles de fer-blanc, et où les roseaux de même matière jettent de l'eau de tous côtés. » 11 est facile de constater ce qu’était ce bosquet en consultant les gravures de Pérelle, du livre de Manesson, d’Israël Silvestre et le tableau de Cotelle.
Le bosquet du Marais fut supprimé vers 1704 et devint celui des Bains d’Apollon. La légende de la gravure de Rochefort, d’après le dessin de Martin, est ainsi conçue : « Les Bains d’Apollon, dans un des bosquets du jardin de Versailles, ainsi nommés à cause d’un groupe de marbre blanc où ce dieu est représenté chez Tliétis. 11 est accompagné de six nymphes de cette déesse qui le servent. Cette figure et les trois nymphes qui sont sur le devant sont de Girardon ; les trois autres, sur le derrière, sont de Regnaudin. 11 y a deux autres groupes, dont celui qui est à droite représente des coursiers d’Apollon abreuvés par des tritons, fait par Guérin, et l’autre, à gauche, représente aussi des tritons qui abreuvent des chevaux, fait par de Marsy; le tout de marbre blanc et couvert chacun d’un baldaquin de métal doré. » Faite avec l’esprit qu’on lui sait. J. Rigaud a donné une charmante gravure de ce bosquet.
Les groupes dont il s’agit ne sont autres que ceux que nous avons vus décorer la grotte de Thètis, puis le bosquet des Dômes, et qui furent admirablement gravés par Edelinck (les figures de Girardon et de Regnaudin) et par Baudet et Et. Picart (les groupes de Guérin, de Gaspard et de Balthazar Marsy). Les baldaquins en plomb doré, exécutés par Magnier, Frémin et Lemoine, furent généralement critiqués. Piganiol lui-même, qui n’est pas avare de louanges, écrivit : « Ces baldaquins sont de métal doré, et, quoique magnifiques, ils
Plan ancien du Théâtre d’eau.
ne répondent point à l'excellence d’un ouvrage qui mériterait d’en avoir de diamants. » Dussieux dit que le modèle du baldaquin central existe encore (en 1881) et qu’il est en cire dorée, mais que le mauvais état dans lequel il est empêche qu’on puisse l’exposer dans les galeries.
Les déplacements périlleux des groupes importants d’Apollon et des Muses ne devaient pas s’arrêter là; et quand furent exécutés les travaux du parc, ils eurent à subir le caprice d’un charmant artiste, de Hubert Robert, qui imagina la grotte qui les abrite aujourd’hui. Le parc fut alors presque complètement rasé; les vieux arbres furent déracinés, et le soleil éclaira des bosquets, des fontaines qui, depuis Louis XIV, étaient comme enfouis sous l’ombre des massives frondaisons.
Pour se bien rendre compte de l’effet produit par cette mesure peut-être trop
îadicalement exécutée, il est nécessaire de voir les deux tableaux peints par Hubert Robeit au moment même où les travaux d’abatage étaient commencés; il est intéressant aussi de consulter une gravure assez rare du chevalier de Les— pinasse, représentant une vue du parc prise du bassin d’Apollon, et montrant, dégagés des arbres qui les cachaient et les abritaient, et la Colonnade et l’allée Royale et le bosquet des Dômes.
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Cette mesure eut pour effet de retirer beaucoup d’intérêt à la demeure royale, de mettre au jour la dégradation de bosquets que l’état des finances ne permettait pas de réparer, et qu’il fallut supprimer ou modifier, au grand dommage de l’histoire de l’art et des curieux du passé. Mais elle eut aussi, pour résultat bien plus grave, de rendre le château inhabitable pour la cour, qui s’en éloigna peu à peu. Ceux qui n’avaient plus les ombrages du parc en cherchèrent ailleurs, et parmi ceux-là on vit la reine elle-même, Marie-Antoinette, déjà fatiguée par la grandeur matérielle de Versailles, où elle s’était pourtant fait faire de petits appartements accommodés aux besoins de sa vie, jeter les yeux sur le Petit Trianon, que le roi lui avait donné à la mort de Louis XV.
Au Petit Trianon elle n’était plus la reine qu’il fallait être dans ce grand
Versailles qui la fatiguait. Là, plus d'étiquette, plus de majesté, plus de con trainte, plus rien de ce qu’avait établi Louis XIV, qui savait l’importance en France de tout ce qui frappe les yeux et 1 imagination du peuple, et que Napoléon comprit si bien à son tour. En abattant les grands arbies du paie, on ne prévoyait pas de quelles conséquences serait suivie une mesuie qui. paraissait n’offenser que l’art et les souvenirs. Bien d autres têtes que celles des arbres centenaires devaient tomber plus tard à leur tour. En diminuant Versailles, on diminuait le prestige de la royauté. La retraite de la reine au Petit 1 rianon était un commencement d’abdication.
Vasque de la Colonnade.