LE BASSIN DE NEPTUNE
vant de descendre du Parterre d'eau dans le Parterre du nord, il ne faut pas négliger d’examiner de remarquables vases de bronze, fondus par Duval, qui sont placés sur la tablette du mur de séparation des deux parterres. Ils sont au nombre de sept, dont les modèles sont répétés sur la tablette qui fait suite à celle qui commence près de la chapelle, et qui est séparée de l’autre par l’escalier descendant au Parterre du nord. Six de ces vases sont l’œuvre de Ballin, sculpteur et orfèvre de grande réputation, qui avait exécuté pour Louis XIV une grande partie, sinon la totalité . des tables d’argent , des guéridons, des candélabres, des vases qui ornaient les appartements et la Grande Galerie de Versailles, et qui furent fondus en 1 68g . comme nous latons
dit, pour subvenir aux frais de la guerre. On lui doit de très remarquables ornements d’église, vases sacrés, tabernacles, etc. 11 naquit à Paris en 1625, et y mourut en 1678.
Parmi ces beaux vases de Ballin, qui, si l'on en croit le tableau d’Allegrain,
luient dorés, on remarque celui dont les anses sont faites de deux sphinx ailés; leurs pattes de derrière posent sur des têtes de satyres, et celles de devant sont appuyées sur le bord du vase, dont le corps portait autrefois un écusson fleurdelisé, un autre dont les anses sont formées par le corps de deux chimères qui mordent le bord du vase, celui où l’on voit deux amours accoudés sur les boids, la tête dans les mains, regardant curieusement, assis sur des feuilles
d acanthe posées sur deux têtes de lions formant anses; puis ceux qui sont ornés de têtes de bélieis, de têtes de loups, de têtes de biches, de sangliers.
Signalons à côté de ces vases de Ballin un vase de François Anguier, aux anses en volutes, entouré au milieu par une ceinture de feuilles de lauriers; celles-ci séparent le haut du vase , orné d’un treillis, du bas fait de godrons qui aboutissaient à une autre ceinture de fleurs de lis et de perles enlevées à la Révolution. Des gravures de la plupart de ces vases ont été exécutées par Lepautre.
C'est sur la terrasse qui domine le Parterre du nord, aboutissant aujourd’hui devant la chapelle et autrefois devant la grotte de Thètis, que se trouvait un bassin qui fut supprimé et qui est connu sous le nom de bassin de la Sirène. Une gravure de Lepautre, faite en 1679, nous en donne tous les détails.
Les deux statues qui sont placées en haut et de chaque côté de l’escalier conduisant au Parterre du nord n’ont vraisemblablement été posées qu’après la suppression du bassin de la Sirène, ainsi que l'indique la gravure de Pérelle. La statue qui est à droite est celle qui est connue tantôt sous cette désignation : le Rémouleur, tantôt sous celles de Scythe écorcheur, de Milicus. Elle était primitivement en marbre, mais elle a été remplacée par une belle fonte de bronze des Keller. Cette copie de l'antique est de Foggini, sculpteur florentin, qui, dit Piganiol, « étant boiteux, n'en fait que des figures peu hautes, ne pouvant travailler sur des échafauds, ni même debout. »
La statue qui fait pendant à Milicus est la Vénus accroupie, copie ou plutôt interprétation de l’antique, par Coysevox. L’œuvre du grand sculpteur français, très attaquée par la rigueur des hivers, était menacée de destruction quand celui qui écrit ces lignes obtint il y a quelques années, de 1 administration des Beaux-
Arts , qu’on lui substituât un bronze fondu pur les Relier. L original, un chef d’œuvre de grâce et d'élégance, fut transporté au Louvre, comme la Nymphe de Diane, qui, elle, fut remplacée par une copie de marbre. Tout en remerciant encore ici la direction des Beaux-Arts de cette époque d avoir sui nos instances sauvé ces deux beaux morceaux d’une ruine certaine, nous regrettons qu ils
Un des bassins des Couronnes.
n’aient pas été recueillis dans les salles du château de Versailles, qui semblaient devoir être pour eux un abri naturel.
Longeant les deux grandes charmilles qui terminent le Parterre du nord et qui s arrêtent chacune à l’angle de l'Allée d’eau, on voit une rangée de huit statues de marbre qui est du plus bel effet. La première de ces statues, en commençant par le bas du parterre, à gauche, nous montre Bacchns ou plutôt 1 Automne, puisque toutes les autres saisons sont représentées sous leurs noms dans cette partie du parc. Cette belle figure est de Regnaudin; elle a été gravée par Edelinck, Thomassin et C. Girardet. Suivent : l 'Amérique, appuyée sur un aie, le carquois au dos, vêtue et coiffée de longues plumes, ayant un crocodile
à ses pieds, statue gravée par Thomassin et C. Girardet, d'après Pointet du Portail; il en existe aussi à la Chalcographie une gravure de Desplaces, d’après un dessin de N. Bertin, œuvre médiocre; Y Été, par Huitnot, statue drapée, représentant Gérés coiffée depis de blé, tenant une faucille et posant une main sur une gerbe; elle a été gravée par G. Edelinck et par Thomassin.
A côté de la statue de l 'Été se trouve une des plus belles œuvres de Girardon, l’ Hiver, représentée sous l’aspect d’un vieillard frileux , enveloppant son corps à demi nu d'une admirable draperie, et se chauffant auprès d’un brasier. Cette statue peut compter parmi les meilleurs morceaux du parc.
Nous avons dit, dans le premier volume de cet ouvrage, qu’il existait un modèle ou plutôt une réduction en terre cuite de Y Hiver, placée dans les appartements. Nous en connaissons un autre exemplaire qui paraît être une première pensée du maître, et où n’est pas indiqué le brasier. Répétons ici que Le Brun a fourni les dessins de toutes ces statues, mais que, bien que les sculpteurs se soient conformés à ses indications, un œil exercé peut découvrir cependant la personnalité L'IIiver, de Girardon.
de presque tous les artistes,
surtout dans des œuvres comme la statue de Girardon. Ce marbre a été gravé par J. Edelinck, Thomassin, C. Girardet (au trait), etc.
En descendant de quelques pas l'Allée d’eau, dont la statue de Giiardon forme un angle, on trouve une statue de Houzeau, le Colérique, qui, avec le