‹ Versailles et les deux Trianons; (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · LE PARC. - LE BUFFET · texte numérisé non relu

LE PARC. - LE BUFFET

rianon, appelé Triarnum ou Trianum au xnf siècle, est le nom d’une ancienne paroisse du diocèse de Chartres, autrefois divisée en trois villages. Les seigneurs de Versailles y possédaient, en 1225, un fief qu’ils vendirent, avec ceux de Soisy et de Musseloü ou Masseloup, à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et dont Louis XIV fit l’acquisition en i663 et en 1 665 . Le village de Trianon disparut donc pour être enclavé dans le domaine qui devait former le grand parc de Versailles. Dès 1690, Louis XIV commença à bâtir un château sur son emplacement; la construction et la décoration en furent terminées en 1674. Le Mercure, Félibien et d’autres auteurs nous ont donné des descriptions de ce premier palais de Trianon. En voici une :

« Trianon est l’autre maison qui est à Lopposite de la Ménagerie, au delà du Canal et à main droite en sortant de \ ersailles. Ce palais fut regardé d abord

de tout le monde comme un enchantement; car, n’ayant été commencé qu’à la fin de l’hyver, il se trouva fait au printemps, comme s’il fût sorty de terre avec les fleurs des jardins qui l’accompagnent, et qui en même temps parurent disposés tels qu’ils sont aujourd’hui et remplis de toutes sortes de fleurs, d’orangers et d’arbrisseaux verts. L’on pourrait dire de Trianon que les Grâces et les Amours, qui forment ce qu’il y a de parfait dans les plus beaux et les plus magnifiques

Grand -Trianon. Plan du rcz- de -chaussée.

ouvrages de l'art, et même qui donnent l’accomplissement à ceux de la nature, ont été les seuls architectes de ce lieu et qu’ils en ont voulu faire leur demeure. »

La description du Trianon de porcelaine par Félibien est d’une grande précision, et conforme en tous points à la gravure placée dans son livre et signée J.-V. Vianen; elle est contenue dans sa Description du château de Versailles (édition de 1694); et à propos de cette édition mettons les bibliophiles en garde, non pas contre l’exactitude de la gravure relative à Trianon, mais contre celle des titres gravés au bas des vignettes représentant différentes vues du parc de Versailles. Ces inexactitudes proviennent seulement d’erreurs imputables à l’imprimeur Antoine Vilette et non à Félibien. Voici comment ce dernier nous

montre ce Iiianon élevé à tant de frais par Louis XIV et si vite sacrifié par lui. Nous abrégeons autant que possible.

« On arrive à I rianon par une grande allée. Sa face extérieure a soixantequatre toises avec un enfoncement en forme d’un demi-ovale de plus de vingt toises de long. Au milieu de l'ovale est la principale porte de fer avec deux balustrades aux cotez qui se joignent à deux petits pavillons qui ferment l’entrée. Le château est en face, qui a quatorze toises de long et six à sept toises de large. Sur l’entablement il y a une balustrade chargée d’une quantité de vases, et toute la couverture forme une espèce d’amortissement dont le bas est orné de jeunes Amours, armés de dards et de flèches, qui chassent après des animaux. Au-dessus il y a plusieurs vases de porcelaine disposés de degré en degré jusques au faîte du bâtiment, avec différents oiseaux représentés au naturel.

« Les pavillons qui accompagnent le principal corps du logis sont embellis de la même manière et ont rapport au dessein qu’on a eu de faire un petit palais d’une construction extraordinaire, et commode pour passer quelques heures du jour pendant le chaud de l’été ; car ce palais n’a qu’un étage, et lorsqu’on a monté sept marches pour entrer dans le vestibule, l’on trouve un salon dont toutes les murailles sont revêtues d’un stuc très blanc et très poly avec des ornements d’azur. La corniche qui règne autour et le plafond sont aussi ornés de diverses figures d’azur sur un fond blanc, le tout travaillé à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine, à quoi les pavés et les lambris se rapportent, étant faits de carreaux de porcelaine. »

Arrêtons là cette citation du texte de Félibien, et empruntons quelques détails à la description qu’en a donnée Denis dans son poème, au chapitre qu’il a intitulé : Description du Trianon ou de la maison du Soleil. Le Soleil c’est, bien entendu, Louis XIV. 11 dépeint en quelques vers la royale demeure,

.... qui paraît avec tant d’appareil,

Qu’on nomme à juste droit la maison du Soleil. L’art n’a rien épargné pour la rendre pompeuse; On n’en peut concevoir la valeur et le prix.

Sa face, qui ravit les yeux et les esprits,

Fait voir les beaux travaux qu’a faits l’architecture Et tous les ornements d’une rare sculpture.

Des bustes de plusieurs des empereurs romains, Ouvrages très précieux des plus savantes mains,

Où l'art a de fort près imité la nature.

Ce que j’admire plus, c’est cette couverture; Avecque tant d’éclat elle brille à nos yeux,

Qu’il ne s’en trouve point d’égale sous les deux.

Considérons un peu ce château de plaisance ;

Voyez-vous comme il est tout couvert de faïence,

D’urnes de porcelaine et de vases divers.

Considérez sa pompe et sa syméterie,

Avecque ces festons et de fleurs et de fruits.

Denis donne bien d’autres détails sur cette « maison de porcelaine à aller

faire des collations ». comme l’appelle Saint-Simon, sur ce palais de Flore, comme on l’appela aussi; mais il suffit, pour en connaître l'aspect extérieur, de consulter les estampes de Pérelle : l’une représente le palais au fond d’une cour précédée d’une autre fermée par une double grille, formé d’un corps de bâtiment éclairé, de face, par cinq grandes portes-fenêtres, et par deux sur un second plan, ayant au milieu un fronton triangulaire supporté par quatre colonnes. Une balustrade couverte de vases de fleurs terminait le haut de la façade, et de chaque côté on voyait deux élégants pavillons, précédés de deux autres qui leur étaient reliés par des terrasses.

Les combles et la toiture du château et des quatre pavillons étaient recouverts de plaques de faïence; les pavillons, moins surchargés d’ornements que le principal corps de bâtiment, étaient cependant richement décorés par de grands artistes dont on retrouve les noms dans les comptes des travaux de Versailles : Le Hongre, Delobel, Ilouzeau. Jouvenet, etc. La seconde gravure de Pérelle, celle qui montre le château fermé par une seule grille, est celle où l’on trouvera le plus de renseignements.

Les jardins étaient dignes du château, l’Orangerie était sans pareille; c’était

une sorte de grande serre plantée par Le Bouteux, neveu de Le Nôtre, qui avait dessiné les jaidins de Irianon, ils étaient ornés de fontaines, d une cascade, de rocailles, de caisses d orangers peintes en décors de porcelaine, de bancs couverts d ornements bleus sur fond blanc. Comme le dit très justement Eudore Soulié, et comme on peut le vérifier en examinant les quelques fragments de porcelaine qui restent de la décoration du premier Irianon, le goût des artistes se ressentit du goût que les relations sur la Chine et 1 Inde avaient fait naître à cette époque. Les laques, les porcelaines, les étoffes et les peintures chinoises étaient alors recherchées avec ardeur. L architecte Dorbay dut se conformer à la mode régnante en construisant le Irianon de porcelaine; et, à défaut de porcelaine, la faïence et le stuc furent employés à le décorer.

Trianon justifiait parfaitement son surnom de palais de Flore. En effet, on lit dans les Mémoires du duc de Luynes, à la date du 4 septembre 1737 : « On parlait ici (à Versailles) du goût qu’avait le feu Roi pour Trianon et du soin avec lequel il voulait qu’il fût entretenu dans les commencements. 11 y avait une quantité prodigieuse de fleurs, toutes dans des pots de grès, que l’on enterrait dans les plates-bandes, afin de pouvoir les changer non seulement tous les jours, si on voulait, mais encore deux fois le jour, si on le souhaitait. On m’assura qu’il y avait eu jusqu’à 1900000 pots tout à la fois, soit dans les plates-bandes, soit en magasin. »

L’intérieur du palais répondait à son extérieur. Par sept marches on montait au vestibule, qui conduisait à un salon dont « toutes les murailles étaient revêtues d’un stuc très blanc et très poli avec des ornements dazur. La corniche qui régnait autour et le plafond aussi étaient ornés de diverses figures d azur sur un fond blanc, le tout travaillé à la manière des ouvrages qui viennent de la Chine ». Le Mercure galant ajoutait « que les murailles étaient couvertes de glaces, et que le dedans de ce corps de logis était aussi galamment que richement meublé ».

Eudore Soulié, qui a, avec un grand soin, relevé les principaux faits qui se sont passés dans le Trianon de porcelaine, rappelle qu’au retour de la conquête de la Franche-Comté Louis XIV, donnant à Versailles les divertissements en six journées, dont 'nous avons parlé dans notre premier volume, choisit Trianon pour y passer les soirées, et ordonna qu’on y préparât une place commode pour entendre une scène de musique vocale et instrumentale de Quinault et Lulli : YEglogue de Versailles.

On éleva au bout d’une allée qui faisait face au palais, du côté des jardins, un salon de verdure de forme octogone. Six des côtés étaient occupés par des amphithéâtres pour les musiciens. Des vases de porcelaine remplis de fleurs et de guirlandes, formant le chiffre du roi, garnissaient la partie supérieure, qui était en forme de dôme et ouverte au milieu. L’un des deux autres côtés servait d’entrée, et vis-à-vis se trouvait une ouverture au travers de laquelle on apercevait un bassin avec un jet d’eau et une palissade en hémicycle ornée de cinq figures de marbre représentant des satyres. « Le Roi étant arrivé, dit Félibien, dans ce salon avec toute sa cour, s’assit vis-à-vis de l’allée et de la fontaine. »

Résumant, d’après Dangeau et d'autres, comme nous l’avons dit, les faits qui se sont passés au Trianon de porcelaine : promenades du roi , soupers offerts par lui aux dames de la cour; fêtes, visites d’ambassadeurs, ceux de Siam. notamment, en 1686, E. Soulié ajoute « qu’en 1687, Louis XIV, voulant avoir à la place de cette maison de porcelaine, pour laquelle il avait fait tant de dépenses et réuni tant de chefs-d’œuvre d’élégance et de goût, un véritable palais d’habitation, en demanda les plans à Mansart ».

Avec une incroyable activité, architectes, sculpteurs, ornemanistes se mirent à l’œuvre,' et les Comptes des bâtiments fournissent non seulement la nomenclature, le prix des travaux, mais aussi les noms des artistes qui les exécutèrent. Malgré le zèle déployé par tous, il ne fallut pas moins de deux ans pour donner son aspect à ce palais auquel Robert de Cotte, qui devait construire la chapelle de Versailles, apporta l’appoint important de son talent. Si les registres n’existaient pas pour établir sa participation à l’exécution du plan de Mansart, il suffirait d’examiner certaines parties du palais de Trianon pour reconnaître la marque du goût nouveau que Robert de Cotte apportait dans l’architecture de Mansart. Les dessins des trophées qui surmontent les premières fenêtres donnant sur le parc, celles qui prennent jour .sur le jardin des Sources, fournissent à cet égard de précieuses indications.

Le nouveau palais de filiation fut achevé à la lin de l’année 1688; il était même meublé de façon à pouvoir recevoir le roi et sa cour. Ce ne fut pourtant qu'en 1691 que l’installation y fut assez complète pour que Louis XIV y pût coucher. C est un peu après 1 époque où l’on commençait à construire l’édifice qu’il faut reporter l’anecdote, racontée par Saint-Simon, d'une discussion entre le loi et Loutois, et dont le lésultat fut la terrible guerre du Palatinat. Saint-Simon en a laissé trois récits assez semblables, et dont voici les points principaux :

« Le Roi, qui aimait à bâtir et qui n avait plus de maîtresse, avait abattu le Petit-Trianon de porcelaine, fait autrefois pour M“ de Montespan, et le rebâtissait

pour le mettre en l’état où on le voit encore. Louvois, à la mort de Colbert, avait eu sa surintendance des bâtiments. Le Roi s’amusait fort à ses bâtiments. Il avait aussi le compas dans l’œil pour la justesse, les proportions, la symétrie; mais le goût n'y répondait pas, comme on le verra ailleurs. Ce château ne faisait que sortir de terre, lorsque le Roi s’aperçut d’une fenêtre qui s’achevait de former dans la longueur du rez-de-chaussée, et de quelque peu plus étroite que les autres; les trémeaux ne faisaient encore que de s’élever et n’étaient pas encore joints par le haut. Il la montra à Louvois pour la réformer, ce qui alors était très aisé.

« Louvois, qui naturellement était brutal, et de plus gâté jusqu’à souffrir difficilement d’être repris par son maître, disputa fort et ferme, et maintint que la croisée était bien. Le Roi tourna le dos et s’alla promener ailleurs dans le bâtiment. Le lendemain le Roi trouva Le Nôtre et lui demanda s il avait été à Trianon. Le Nôtre répondit que non. Le Roi lui expliqua ce qui lavait choqué et lui dit dy aller. Le lendemain, même question, même réponse; le jour d après, autant. Le Roi vit bien qu’il n’osait s’exposer à trouver qu’il eût tort ou â blâmer Louvois. 11 se fâcha et lui ordonna de se trouver le lendemain à Trianon, 1 après-dînée, à 1 heure qu'il y serait avec Louvois. Il n’y eut plus moyen de reculer.

« Le Roi les trouva le lendemain tous deux à Trianon. 11 y fut d’abord question de la fenêtre, que Louvois opiniâtra toujours de largeur égale aux autres. Le Nôtre ne disait mot. Enfin le Roi lui ordonna d’aligner et de dire après ce qu’il aurait trouvé. Tandis qu’il y travaillait, Louvois, en furie de cette vérification, grondait tout haut et soutenait avec aigreur que cette fenêtre était en tout pareille aux autres. Le Roi se taisait et attendait, mais il souffrait. Quand tout fut bien examiné, il demanda à Le Nôtre ce qui en était, et Le Nôtre à balbutier. Le Roi se mit en colère et lui commanda de parler net. Alors Le Nôtre avoua que le Roi avait raison de quelques pouces.

« 11 n'eut pas plus tôt achevé que le Roi, se tournant à Louvois, lui dit qu’on ne pouvait tenir à ses opiniâtretés; que sans la sienne à lui on aurait bâti de travers, et qu’il aurait fallu tout abattre aussitôt que le bâtiment aurait été achevé. En un mot, il lui lava fortement la tête, et, contre sa modération ordinaire, le malmena fort durement, après lui avoir commandé de défaire la fenêtre à l’heure même.

« Ce qui outra le plus Louvois, c’est que la scène se passa non seulement devant les gens des bâtiments, mais en présence de tout ce qui suivait le Roi en ses promenades : seigneurs, courtisans, officiers des gardes et autres, et même de tous les valets; parce qu’on ne faisait que sortir le bâtiment de terre, qu’on était de plain-pied à la cour, à quelques marches près, que tout était ouvert, et que tout suivait partout. La vespérée fut forte et dura assez longtemps, avec les réflexions des conséquences de la faute de cette fenêtre qui, remarquée plus tard, aurait gâté toute cette façade et aurait engagé à l’abattre.

« Louvois, qui n’avait pas accoutumé d'être traité de la sorte, revint chez lui en furie et comme un homme au désespoir. 11 y trouva Saint- Pouange, Villacerf, le chevalier de Nogent, les deux Tilladet, quelques autres féaux intimes, qui en furent effrayés, et, dans leur inquiétude, tournèrent pour savoir ce qui était arrivé. A la fin, il le leur conta, dit qu’il était perdu, et que pour quelques pouces le Roi oubliait tous ses services, qui lui avaient valu tant de conquêtes. « C’en « est fait, leur dit-il, je suis perdu avec le Roi, à la façon dont il vient de me « traiter pour une fenêtre. Je n’ai de ressource qu’une guerre qui le détourne de « ses bâtiments, de la truelle, et qui me rende nécessaire, et par.... il l’aura. » En effet, peu de mois après il tint parole, et, malgré le Roi et les autres puissances, il la rendit générale. Elle ruina la France en dedans, ne l’étendit point au dehors, malgré la prospérité de ses armes, et produisit au contraire des événements honteux. »

Comme le Trianon de porcelaine, le Grand-Trianon ne fut composé que d’un rez-de-chaussée. La façade, dit un de ceux qui l’ont le mieux décrit, offre l’apparence d'un palais de marbre, tant cette matière y est prodiguée. Deux ailes en retour d équene sont réunies entre elles par une galerie qui figure la façade principale. C est un péristyle percé de sept arcades à jour, présentant dans son milieu huit colonnes accouplées et ioniques en marbre de Campan, et, dans toute sa longueur, quatorze pilastres du même ordre en marbre du Languedoc, également accouplés, dont huit répondent aux colonnes du milieu. Les deux ailes sont décorées de pilastres pareils,, dont quinze de chaque côté et six à chaque bout.

Les appartements de Trianon eurent à subir de nombreuses modifications

sous Napoléon Ier et sous Louis-Philippe. Ainsi, la salle des Princes et des Seigneurs est devenue un simple vestibule; le salon de la chapelle n’est plus qu’un salon ordinaire, puisque la chapelle n’existe plus dans cette partie du palais; elle fut transportée, en 1897, sur l’emplacement de la salle de billard de Louis XIV. à l’entrée de Trianon-sous-Bois. Le vestibule à jour fut fermé par des portes vitrées sous Napoléon Ier; l’appartement de Louis XIV n’est guère plus reconnaissable. C’est sous Louis XV qu’y furent faites les premières modifications. Louis-Philippe le défigura complètement. Les sous-sols aussi furent modifiés; on y fit des cuisines, des caves, etc.

Le salon des Colonnes, devenu salle circulaire, a cependant conservé toute son élégance, avec sa belle forme, ses boiseries et ses colonnes. Dans la grande galerie on retrouve encore des traces de l'organisation ancienne; contre la muraille on voit encore des bassins de marbre rose qui servaient à rafraîchir l’eau et le vin de la table. Dans la salle de la Bibliothèque (sous Louis XIV, salon des Sources), on remarque quatre charmants tableaux de Boucher : Venus et Vulcain, Neptune et Amynome , la Pêche et la Diseuse de bonne aventure , de la meilleure époque du maître.

A remarquer encore, parmi les toiles les plus intéressantes du palais, des tableaux de fleurs, de Monnoyer; les Saisons, de Restout; les Aqueducs de Néron, par Hubert Robert; Louis XV, par Van Loo; Marie Leczinska, par le même; un tableau de Coypel et des copies d’après les maîtres.

Eudore Soulié a fait d’intéressants emprunts au Journal de Dangeau pour

Grand -Trianon. Plan des sous-sols.

donner idée de l’importance que ce petit palais de Trianon avait pour Louis XIV, comme nous l’avons dit plus haut. 11 a continué par le relevé des faits qui s’y sont passés sous Louis XV, en empruntant au Mercure et à la Gazette de France. Ce sont le plus souvent des soupers, des promenades, de courts séjours, des fêtes. Il rappelle que c’est en se disposant à retourner à Trianon que le roi fut frappé par Damiens, et, précédemment, que Pierre le Grand vint le visiter, que Louis XV donna ce palais à la reine Leczinska. On trouve dans les Mémoires du duc de Luynes la note suivante à ce sujet :

« 17 août 1741. — On sut hier que le Roi avait donné à la Reine le château de Irianon, c est-à-dire la permission d’en faire l'usage qu’elle voudra. La Reine

avait demandé le pavillon de Luciennes, vacant par la mort de Mlle de Clermont. Le Roi lui a donne le choix de Marly, Meudon, Trianon, la Ménagerie, et la Reine s’est déterminée pour Trianon. » La Pompadour, cependant, ne tarda pas à s’y installer, à y faire établir une vacherie, une nouvelle ménagerie. Le roi, subitement épris d agriculture et de botanique, y fit construire des serres par Claude Richard. Versailles est abandonné chaque jour davantage, et c’est à Trianon, où l'on donna des fêtes, où 1 on joua 1 opéra, la comédie, que la cour semble s’être transportée. Nous reviendrons plus loin sur le détail des modifications que Louis XV apporta à Trianon.

Les jardins de Trianon , tracés par Mansart, sont dignes du palais, et, sans rivaliser avec le merveilleux parc de Versailles, présentent, par leur situation, un charme parfois mélancolique, un facile éloignement des bruits de la vie, qui le font rechercher de ceux qui ressentent le besoin de se reposer par la nature des émotions de l’art.

C’est ce sentiment qui faisait écrire par Diderot : « Je me souviens de m’être promené dans les jardins de Trianon.

C’était au coucher du soleil;

l’air était embaumé du parfum des fleurs. Je me disais : Les Tuileries sont belles, mais il est plus doux d’être ici. »

L’entrée des jardins est celle qui a été reconstruite il y a quelques années; elle se trouve à droite du palais, dans un pan coupé de mur qui clôt le jardin du Roi, près du fossé limitant un côté de la cour. En entrant, on trouve devant soi un bassin rond à margelle de marbre du Languedoc, au milieu duquel est un groupe en plomb de Tuby; c’est là qu’était l’ancien jardin du Roi, conduisant au jardin des Sources, « petit bois délicieux, dit Piganiol, où, pendant les plus grandes chaleurs de l’été, le soleil n’entrait qu’avec peine, et qu autant qu il faut

Gaspard Marsy, d’après Carre

pour adoucir la grande fraîcheur de l'eau des rigoles qui le découpent. » Fraîcheur dangereuse, s’il faut en croire la duchesse d’Orléans, qui se plaint dans ses lettres d’avoir contracté des rhumatismes à leur voisinage.

Dans cet ancien jardin des Sources, on verra un groupe en plomb, de Marsy :

Amour monté sur un dauphin, dont nous avons déjà parlé, et qui faisait partie de la décoration du Théâtre d’eau, dans le parc de Versailles. Du jardin des Sources on arrive au parterre de Trianonsous-Bois. Devant le perron qui termine le corps de bâtiment du palais, et qui est orné d’un très beau balcon à parties jadis dorées, on verra un grand bassin en forme de carré long, au milieu duquel est un charmant groupe en plomb, de Marsjq représentant un Petit faune jouant avec une panthère.

Au bout de ce bassin se trouve Y Amphithéâtre ou salle des Antiques, orné de vingt-cinq bustes en marbre assez médiocres, la plupart imités de l’antique. A la partie la plus élevée de l’Amphithéâtre, on voit un bassin rond, au milieu duquel se trouve un groupe de quatre jeunes femmes, modelé par Hardy; au-dessous de ce bassin, qui porte, entre autres noms, celui de bassin des Nymphes, on voit deux vases de plomb, d'un dessin exquis, dus au sculpteur Le Lorrain. Chaque vase a pour anses ou plutôt pour ornement, dans sa partie basse, des têtes de béliers. Sur le corps du vase sont deux médaillons

entourés d'une guirlande de feuillage, et sur chaque couvercle sont assis des Amours se jouant avec des guirlandes de fleurs. Malheureusement ces vases, placés dans un endroit assez isolé, ont à souffrir de la curiosité et surtout du vandalisme de certains visiteurs, qui n’hésitent pas à casser un pied, une main de ces jolies statues, pour l'emporter comme souvenir de Trianon.

Devant le bassin qui s étend au-dessous du perron du palais on avait placé autrefois la belle copie en marbre, par Tuby, du groupe de Laocoon, aujourd’hui à l’entrée de l’allée du Tapis-Vert du parc de Versailles. A côté de l’endroit où se trouvait ce groupe, s ouvre 1 allée de la Cascade , qui commence devant les fenêtres

Sa Majesté Louis XV, accompagnée de M. le duc d’Antin à la cascade de Trianon, d’après Martin le jeune.

de la façade du palais, sur les jardins. Citons parmi ces fenêtres la première, de forme cintrée par le haut, surmontée d’une tablette supportée par deux exquises consoles, et au-dessus de laquelle est sculpté un faisceau formé d un carquois, de lauriers, etc., et montrant, au milieu du cintre, en sorte de clé de "voûte, un délicieux masque de femme souriante. C’est de 1 art le plus charmant de Robert de

Cotte, de l'époque de transition entre la sévérité du style de Louis XIV et les élégances de celui qui annonçait le style de la Régence.

Faisant face à cette fenêtre, au bout de l’allée de la Cascade, se trouve la pièce d'architecture principale du parc de Trianon. C’est une magnifique fontaine dessinée par Mansart, et dont Allegrain nous a laissé la reproduction dans un tableau conservé au musée de Versailles. Le monument est composé de trois gradins

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