CHATEAU DE TRIANON DU COTE DU PARTERRE
construits en marbre blanc et en marbre du Languedoc, avec sculptures et ornements en plomb doré.
Le gradin supérieur est surmonté des superbes figures dorées d ’Amphitrile et de Neptune. Le dieu soutient par son anse un grand vase dont l’orifice représente une coquille, d’où sort, ainsi que de deux autres bouches, l’eau qui doit tomber sur la première tablette. Ces figures sont accompagnées de deux lions dorés comme elles. Au-dessous sont deux vasques entourées de jeunes tritons jouant avec des écrevisses. Sur la paroi qui soutient le deuxième gradin et domine le troisième est un charmant bas-relief, représentant la Naissance ou le Triomphe de Vénus entourée de nymphes. On y sent comme le germe des compositions de Clodion. Le gradin qui sert de base est orné de trois vasques en marbre et de quatre superbes mascarons en plomb doré.
Cette belle composition de Mansart a été exécutée par Van Clève, Mazière,
Granier , 1 oiriei, Le Lorrain et Lapierre. Bien qu il soit délicat de chercher à attribuer le nom d un altiste à chacune des parties du Buffet, on peut croire que les lions qui sont placés de chaque côté du haut de cette élégante fontaine sont de Van Clève , surtout si l'on se rappelle la façon dont sont traités les animaux qui ornent le cabinet de Diane au Parterre d’eau de Versailles. Une étude approfondie et comparée des différents morceaux du Buffet, figures et bas-reliefs, pourrait fournir de curieux renseignements sur cette élégante fantaisie de Mansart.
Le Buffet, longtemps délaissé, tombant presque en ruines, a été remis en état il y a quelques années par les soins de M. Marcel Lambert, qui, en rendant leur éclat aux marbres, leur dorure aux plombs, en restaurant la canalisation des eaux de cette fontaine, nous la montre telle que l’avait voulue Louis XIV, dans toute la splendeur de ses décorations et de ses cascades. Le Buffet a toujours excité l’intérêt des visiteurs, et nos rois paraissaient assez fiers d’en faire les honneurs. En effet , un tableau d’Allegrain nous montre Louis XIV devant la cascade de Trianon; et une gravure de Ch. Cochin, d’après Martin le jeune, représente Sa Majesté Louis XV, accompagné de M. le duc d’ An tin, à la cascade de Trianon.
D’autres pièces, remarquables aussi, sont à signaler dans le parc de Trianon; entre autres, le bassin du Plafond ou Miroir, en face le grand péristyle du jardin, autrefois salle de Diane, sur les angles des margelles duquel on remarque deux très beaux dragons aux courtes ailes, à la gueule béante, par Hardy. Ce bassin a été aussi l’objet d’une importante réparation, et il fallut de longs travaux pour le remettre dans son état primitif ; on a dû refaire un groupe de plomb qui avait été détruit; ce nouveau modèle est de M. Coutan. Signalons encore le Rond
d’eau, à l'extrémité d’une allée, en face du salon qui termine la galerie de Trianon; un bassin carré dans le quinconce, entre le parterre bas et l’amphithéâtre.
Quelques statues en mauvais état se trouvent dans plusieurs parties du jardin ; d’autres ont été détruites. Mais ce qu’il faut surtout regretter, c’est la disparition de deux vases de Girardon que Piganiol dit avoir été longtemps à Versailles, dans le Parterre du nord, et les deux belles statues de Louis XV et de Marie Leczinska, en Jupiter et Junôn, aujourd’hui au Louvre, et sculptées par Guillaume et Nicolas Coustou. A l’extrémité du grand parterre qui s’étend devant la façade du palais donnant sur le parc, se trouve un double escalier entourant un bassin et conduisant à la tête du canal. Du haut de la terrasse qui domine cet escalier on jouit d’un admirable coup d’œil, de la vue des masses d’arbres qui bordent le canal, et entre lesquelles les eaux qui les reflètent portaient jadis les gondoles de la flottille royale. C’est de cette terrasse que Louis XIV assistait à l’embarquement des princes et des princesses partant en excursion, suivis d’une barque pleine de musiciens, maudissant Fagon qui lui défendait les promenades sur l’eau, à cause de ses rhumatismes, et regardant tout au bout du canal, juste à l’opposé de Trianon, se dessiner sur le ciel l’élégante coupole de la Ménagerie, ce jouet somptueux qu’il avait donné à la duchesse de Bourgogne.
Vue du château de Trianon, prise dans le Jardin français, d'après une gravure de Née.