II
elle eût semblé vide garnie des seuls invités de la cour. On exagérait d’ailleurs aussi bien les nécessités de la décoration que les frais des répétitions et des représentations. « Nous avons vu cette salle, dit un spectateur cité par Vaysse de Villiers, éclairée par dix mille bougies. Les glaces, les lustres, les belles peintures et la dorure, répandus avec profusion, produisaient un effet merveilleux. Chaque fois qu’on y jouait un grand opéra, la dépense était de plus de cent mille francs. On conçoit difficilement, ajoute Vaysse de Villiers, une dépense de cent mille francs par représentation; ce qu'il y a de certain, c’est que
Couronnement de glace Louis XV. Salle de la Méridienne.
Louis XVI. avec l’esprit d’économie qui le dirigeait, en permit fort peu durant son règne. »
La petite salle de spectacle, qui avait été installée dans le vestibule qui donne passage de la cour des Princes dans le parc, salle qui ne fut détruite qu’en 1 8 1 o, fut trouvée trop petite, comme celle de l’Opéra trop grande, et l’on résolut d’en construire une autre, sur le désir exprimé par Marie-Antoinette. L’aile Gabriel lut désignée pour la contenir, et elle prit la place du grand escalier qu’on devait y établir, escalier qui devait remplacer celui des Ambassadeurs. Le comte d Hézecques , page de la cour de Louis XVI. a laissé quelques notes sur ce dernier théâtre :
« La salle de spectacle, au château de Versailles, dit-il dans ses Souvenirs, était située dans 1 aile droite de la cour royale. Ce côté du château avait été rebâti après coup , et la nouvelle architecture s’accordait mal avec le goût sévère et la teinte sombre des travaux de Louis XIV. Cette salle contenait peu
de monde; mais le théâtre était vaste et pouvait se prêter à la représentation des opéias les plus embarrassés de machines et d'acteurs. Toutes les dépendances de la salle étaient commodes, et la décoration intérieure magnifique. Les loges étaient garnies de draperies en moire bleue; celles où se plaçait la famille royale étaient grillées et situées au rez-de-chaussée. Toutes les personnes à qui leurs charges ne donnaient point entrée au spectacle se faisaient inscrire pour avoir des billets chez le capitaine des gardes, lequel, à raison de sa place, devait répondre de toutes les personnes qui approcheraient le roi.
« Les pages de la chambre avaient leurs places dans la loge des premiers gentilshommes, d’où par un petit escalier on portait leurs ordres sur le théâtre. Le vieux maréchal de Duras, toujours galant, nous envoyait, dit le comte d Ilézecques, souvent chercher les actrices, qui venaient dans sa loge recevoir un compliment, parfois une accolade; il nous recommandait de leur baiser la main en les reconduisant.
« C’était le roi qui fixait l’heure du spectacle, d’après la durée qu’il devait avoir: car ce prince, ne voulant pas faire attendre les officiers qui venaient prendre l’ordre, sortait toujours à neuf heures précises, pour aller de là souper chez Madame. Le matin, M. Desentelles, intendant des menus plaisirs, lui présentait le programme contenant la liste des rôles, les noms des acteurs qui devaient les remplir et la durée du spectacle. Chaque représentation était assez dispendieuse, car on fournissait les voitures aux acteurs pour venir de Paris, et toute la salle, même le théâtre, était éclairée en bougies. »
Notre narrateur ajoute cette réflexion, qui laisse à supposer que les représentations d’œuvres lyriques n’étaient pas très scrupuleusement exécutées au point de vue de l’art : « C’était, dit-il, la musique de la chapelle qui composait l’orchestre, et quoiqu’on y entendît les Kreutzer, les Bezozzi et les Valentin, on aurait pu avoir une meilleure exécution, parce que les chanteurs n’étaient point accoutumés aux musiciens, et que les musiciens étaient plus accoutumés à exécuter des motets que des opéras. »
Dans ces curieux Mémoires, nous trouvons rapportée une anecdote assez significative et « montrant, dit-il, le peu de respect qu'on portait à la famille royale, en ce moment présente dans une loge qu’elle s’était réservée. A une représentation de l'opéra de Paësiello, intitulé le Roi Théodore à Venise, laquelle eut lieu
en 1788, lors d'une scène où le valet du roi confiant à Thadéo. l'hôte de la maison, l’embarras pécuniaire de son maître, répète plusieurs fois : « Que ferons-
« nous? » une voix du parterre répondit : « Assemblez les notables. » C’était là un signe de l’approche de la Révolution.
Panneau Louis XV. Salle de la Méridienne.
Cette salle, comme nous l’avons dit, fut détruite sous Louis-Philippe. On peut encore en trouver quelques vestiges sur les murs intérieurs du pavillon Gabriel. Il est très vraisemblable que l’administration y fera aménager plusieurs salles destinées à compléter le musée des peintures historiques du château. Nous n’avons pas voulu, en parlant de la salle d'Opéra dont nous venons de donner la description , interrompre le récit des événements historiques qui s’y sont passés, pour signaler les artistes qui ont travaillé à en faire un des plus beaux spécimens de l’art décoratif de la fin du règne de Louis XV.
Nous devons pourtant consacrer quelques lignes à un des plus remarquables statuaires de ce temps, à Pajoü, qui, outre les élégants et ingénieux
bas-reliefs dont il a orné l'intérieur de la salle, a aussi travaillé à l’extérieur du théâtre, et sculpté le fronton de la façade qui donne sur les Réservoirs. Elle se compose de six colonnes d’ordre ionique surmontées d un fronton dont le bas-relief représente la Poésie lyrique.
Pajou la montre tenant une lyre, le Iront ceint de lauriers; elle est assise sur des nuages et accompagnée de trois génies qui tiennent des couronnes de fleurs.
Augustin Pajou naquit à Paris, le 19 septembre 1730. Fils d’un maître compagnon sculpteur-ornemaniste, élève de Lemoyne, il remporta le grand prix de sculpture au concours de 1 74®; et fut nommé pensionnaire du roi à l’académie de France à Rome. Après un séjour de douze ans en Italie, il revint à Paris et fut reçu membre de l’Académie le 26 janvier 1760, sur la présentation d un groupe de Pluton tenant Cerbère enchaîné à ses pieds. Adjoint à professeur par l’Académie en 1762, il en fut promu recteur en 1792. 11 avait été nommé garde des antiques du roi. 11 prit place parmi les membres de
Corniche de la salle de la Méridienne.
l'Institut dès sa création. Sa grande célébrité date des règnes de Louis XV et de Louis XVI. Ses œuvres sont recherchées pour leur élégance plutôt que pour leur style. Outre le charmant buste de M“ du Barry, dont le Louvre possède le marbre que tout le monde connaît, Pajou sculpta un grand nombre de morceaux qui, exposés aux Salons, furent exagérément loués ou critiqués par Diderot. Signalons parmi ses œuvres les statues de Psyché, de Descartes, toutes deux placées sous la coupole de l’Institut, des frontons au Palais-Royal, les statues de Pascal, deTurenne, de Fénelon, et, à Saint-Pétersbourg, un monument en marbre blanc représentant l’impératrice Élisabeth décorant la princesse de Hesse-FIombourg de son cordon de Saint-André. Mais, nous le répétons, c est surtout par la grâce que se recommande Pajou, et de nombreux bustes de femmes attestent chez lui cette qualité. Il mourut à Paris, le 8 mai 1809.
Comme nous l’avons dit, les travaux qui furent faits au château de Versailles, sous Louis XVI, sont loin d’avoir l’importance de ceux qu’y lit exécuter son prédécesseur. Nous les signalerons sans suivre exactement leur oïdie de dates, assez difficiles d’ailleurs à déterminer, du moins pour la plupart. Ce fut pendant un voyage à Compïègne que Louis XVI semble avoir donné les premieis ordres
importants pour la remise en état de certaines pièces du château de Versailles abandonnées à la mort de Louis XV. C'est ainsi qu’on trouve, dans une pièce des
Archives nationales, une suite d’instructions pour les appartements royaux, entre autres celle-ci :
« A l’égard de l’appartement du Roi , l'intention de Sa Majesté étant que l’on remédie aux pièces qui ont pu contracter du venin, il convient de lessiver la pièce du Conseil . en conserver les fonds autant que faire se pourra, pour être blanchie. En faire de même de la pièce de la Pendule et de la petite antichambre des chiens et la petite salle à manger. Quant à la petite chambre à coucher (il est question ici de celle où Louis XV était mort), il convient de remettre un parquet neuf , refaire le plafond qui est lézardé, lessivêr et regratter au vif les corniches et lambris pour être blanchis et réparés pendant Compiègne et être dorés ensuite, quand Sa Majesté l’ordonnera. »
Ces réparations et remises en état s’expliquent parfaitement par les détails que l'on connaît sur la maladie contagieuse dont mourut Louis XV. Le comte d’Hézecques dit, en effet, dans ses Souvenirs : « J’ai encore vu. sur la balustrade du lit, l’empreinte qu’y avaient laissée les vis du cercueil quand on l’y avait posé pour y enfermer les restes du roi de France. Un vieil aumônier,
Panneau Louis XV. Salle de la Méridienne'. « , , « , -
1 abbe de Beaumont , qui n’avait point quitté Louis XV pendant la maladie contagieuse qui l’enleva, et avait failli lui-même périr des suites de celle qu'il y contracta, en me racontant sur les
lieux ce lugubre événement, me fit remarquer ces empreintes et m’expliqua d’où elles provenaient. »
Panneau Louis XVI des petits appartements. Salle de la Méridienne.
Bien que ces détails n’aient pas grande importance, il est assez curieux de constater la différence des versions pour des faits qui se sont passés sous les yeux mêmes de ceux qui les rapportent. C’est ainsi qu’à propos de la mort de Louis XV, on lit dans les Mémoires du duc de Croy : « Louis XVI couchait dans la chambre de Louis XV, qui n’avait de changé que ceci : on y avait mis un grand meuble neuf, et le nouveau souverain dormait dans l’alcôve, alors que son prédé-
cesseur était mort dans un petit lit rouge, au milieu de la chambre, » tandis que, dans une note, le comte d’Hézecques écrit : « Sir Thomas Wraxhall, dans ses Mémoires, prétend que Louis XV mourut dans un petit lit blanc placé entre deux croisées, à cause de la grande chaleur. »
Que le lit ait été blanc ou rouge, le fait est par lui-même insignifiant; mais la différence du renseignement est curieuse à constater et prouve, une fois de plus, qu’il faut bien se garder de prendre comme articles de foi tout ce que disent les Mémoires; et encore ne s’agit-il pas là d’une question passionnante où un intérêt quelconque peut venir dénaturer la vérité.
Remarquons aussi que dans l’état des ouvrages ordonnés par Louis XVI pendant son voyage de Compiè’gne, on trouve cette note relative à l’une des pièces les plus intéressantes de celles qu’il fit aménager : « Former une bibliothèque dans la pièce de compagnie précédant la salle à manger; la mettre en blanc seulement, et rétablir la salle à manger et l’antichambre de ladite salle. »
De son côté, la reine Marie-Antoinette faisait travailler à la modification, sinon à la transformation complète des petits appartements de Marie Leczinska. Certains aménagements même avaient été commencés alors qu’elle n’était que Dauphine. Intéressants au point de vue de l’art décoratif du temps de Louis XVI, ces appartements ne le sont pas moins au point de vue historique. Fatiguée par les nécessités de l’étiquette, désireuse d’une vie intime que ne permettaient pas les dimensions des grands appartements, cherchant à se soustraire à cette existence officielle imposée par Louis XIV et à laquelle Louis XV n’avait pas pu échapper complètement, la jeune reine avait voulu se créer une sorte de retraite dans un coin de cet immense palais de Versailles. De ces désirs étaient nées ces charmantes petites pièces dont la Méridienne de la Reine est le plus exquis spécimen.
C’est la qu’elle vivait, entourée de femmes jeunes comme elle , compagnes dont elle avait choisi la plupart alors qu’elle n’était que Dauphine : M“ de Picquigny, M” de Saint-Mégrin, M“ de Cossé, M” de Lambaïle, Mml de Polignac. De toutes ces amies, M'” de Lambàlle fut longtemps la préférée; elle en fut la plus fidèle aussi, puisqu elle mourut victime de son dévouement pour sa souveraine. pièg de qui elle avait voulu revenir. Restée veuve à dix-huit ans, elle était considêrée.-par son beau-père, le dùcdé Penthièvre, comme sa propre fille. Elle lut bientôt, connue le dit Goncourt. de tous les plaisirs de la Dauphine, de tous les bals,, quelle donnait dans son appartement: elle y brilla singulièrement et
Jrnp. Ch.WlCtmann
jusqu à toucher le cœur du vieux roi Louis XV, à ce point que l’on crut qu’un mariage était possible entre elle et le souverain.
Lne telle faveur devait exciter de grandes jalousies contre celle qui en était 1 objet. Elles poursuivirent toute sa vie la malheureuse princesse, et, la passion
politique aidant, la calomnie, les diffamations dirigées contre la reine ne manquèrent pas de s’exercer sur elle. Pour la connaître, il faut lire le portrait que Concourt, aidé de tous les documents du temps, a tracé d’elle. « La plus grande beauté de M“ de Lamballe était la sérénité de la physionomie. L’éclair même de ses yeux était tranquille. Malgré les secousses et la fièvre d’une maladie nerveuse, il n’y avait pas un pli, pas un nuage sur son beau front, battu de ces longs cheveux blonds qui boucleront encore autour de la pique de septembre.
Italienne, M” de Lamballe avait les grâces du Nord ; elle n’était jamais plus belle qu’en traîneau, sous la martre et l’hermine, le teint fouetté par un vent de neige, ou bien encore dans
l’ombre d’un grand chapeau de paille, dans un nuage de linon.
« L’âme de M“ de Lamballe avait la sérénité de son visage. Elle était toujours égale, prête aux sacrifices, dévouée dans les moindres choses, désintéressée pardessus tout. Oubliant son titre de princesse, elle n’oubliait jamais le rang de la Reine. La souveraine et la princesse allaient de l’une à l'autre par mille rencontres de sentiments. » Cet abrégé du portrait écrit de M“ de Lamballe explique suffisamment le charme attractif qu’elle exerçait sur la reine ; Marie-Antoinette rétablit en sa faveur la surintendance de sa maison, qui lui donnait autorité sur tout l’intérieur de la reine. Dès lors les jalousies contre M” de Lamballe ne
connurent plus de bornes, et les protestations éclatèrent de toutes parts à la
cour. Néanmoins les plus opposés cédèrent en présence d'une volonté formelle; mais les colères bruyantes, transformées en sourdes rancunes, devinrent encore plus acharnées contre la reine et celle qu’elle venait de favoriser.
aap
Marie -Thérèse -Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe. (Dessiné quelques heures avant, sa mort, d’après nature, par Gabriel.)
11 est tout naturel de rapprocher du portrait de M”L de Lamballe celui de Marie-Antoinette. Plastiquement, on connaît ceux que nous a laissés le sculpteur Pajou et qui furent reproduits par la manufacture de Sèvres. L un d eux montre Marie-Antoinette reine de France, l'autre la représente alors quelle était seulement Dauphine; tous deux sont étudiés par un maître en son art, et il est curieux de constater les modifications que les années ont apportées à son visage, donnant plus de majesté à une physionomie quelque peu railleuse, de hardiesse à un sourire un peu timide encore. Les portraits peints sont trop connus et trop nombreux pour les énumérer ici; quant aux portraits écrits, ils sont particulièrement intéressants et nous certifient la vérité des autres.
Voici celui que Bachaumont nous donne de la Dauphine dans ses Mémoires secrets : « Cette princesse est d'une taille proportionnée à son âge, maigre sans être décharnée et telle que l’est une jeune personne qui n’est pas encore formée. Elle est très bien faite, très proportionnée dans tous ses membres; ses cheveux sont d'un beau blond; on juge qu’ils seront un jour d’un châtain cendré : ils sont bien plantés. Elle a le front beau, la forme du visage d’un ovale beau, mais un peu allongé; les sourcils aussi bien fournis qu'une blonde peut les avoir. Les yeux sont bleus, sans être fades, et jouent avec une vivacité pleine d’esprit. Son nez est aquilin , un peu effilé par le bout; sa bouche est petite; ses lèvres sont épaisses, surtout l’inférieure, qu’on sait être la lèvre autrichienne. La blancheur de son teint est éblouissante, et elle a des couleurs naturelles qui peuvent la dispenser de mettre du rouge. Son port est celui d’une archiduchesse; mais sa dignité est tempérée par sa douceur, et il est difficile, en voyant cette princesse, de se refuser à un respect mêlé de tendresse. »
Quant à ,\1" Vigée-Lebrun, qui a peint plusieurs portraits de la reine, elle écrivait : « Marie-Antoinette était grande, admirablement bien faite, assez grosse sans l’être trop. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux, portant la tète fort élevée, avec une majesté qui faisait reconnaître la souveraine au milieu de toute sa cour, sans pourtant que cette majesté nuisît en rien à tout ce que son aspect avait de doux et de bienveillant. Enfin, il est très difficile de donner à qui n a pas vu la Reine une idée de tant de grâce et de tant de noblesse réunies. Ses traits n étaient point réguliers; elle tenait de sa famille cet o' ale long et étroit particulier a la nation autrichienne. Elle n’avait point de grands jeux, leur couleur était presque bleue; son regard était spirituel et doux, son nez fin et poli, sa bouche pas trop grande, quoique les lèvres fussent un peu
toiles. Mais ce qu il y avait de plus remarquable dans son visage, c’était l'éclat de son teint. Je n’en ai jamais vu d’aussi brillant, et brillant est le mot: car sa peau était si transparente, quelle ne prenait point d’ombre. »
A côté de ce portrait tracé par la main d’une grande artiste qui avait bien des fois étudié son royal modèle pour le peindre, il est intéressant de voir celui que nous a laissé un page qui vivait près d’elle et pouvait l’observer à tous moments. Nous copions quelques lignes de ce qu’il a écrit à propos de Marie-Antoinette :
« Lorsque j’arrivai à Versailles, la Reine était dans sa trente et unième année, et dans tout l’éclat de sa beauté; car cette princesse, qui ne fut point ce qu’on peut appeler jolie et qui n’avait pour elle que son port majestueux, sa tenue de reine, possédait tous ces avantages à un plus haut degré que lorsqu’elle était arrivée en France, à l’âge de quinze ans.
« Quand elle sortait de son appartement, au bout de la galerie (par le salon de la Paix), pour venir le dimanche chercher le roi et aller à la messe, on voyait, au-dessus de son entourage, s’agiter les plumes
Marie-Antoinette, Dauphine. Buste de Pajou.
de sa coiffure. 11 paraît qu'à cette
époque elle prenait cette démarche un peu hère pour confondre les calomniateurs audacieux qui avaient voulu la compromettre dans une procédure odieuse (l’affaire du collier), et la faire passer pour complice d’une infâme escroquerie.
« La Reine avait la chevelure très belle, et d’un blond très agréable qui donna son nom à une nuance fort à la mode. Son nez, un peu aquilin, lui donnait une physionomie noble et majestueuse. D’une taille un peu forte, la Reine n’était jamais mieux habillée que dans sa toilette du matin. Mais tous les agréments qui la rendaient une des personnes les plus attrayantes de son temps s’effacèrent
bientôt, et dès l’année 1791, à trente-six ans, cette princesse infortunée, abreuvée de chagrin, avait les cheveux tout gris, et avait considérablement maigri. C est ce qui m’a fait croire à la ressemblance d’un de ses portraits, esquissé peu de jours avant sa mort, et qui la présentait, à trente-neuf ans, dans un véritable état de vieillesse et de décrépitude. »
Les cheveux de la reine avaient commencé à blanchir lorsqu’elle perdit le
premier Dauphin. Les événements qui se succédèrent si rapidement expliquent suffisamment les changements que le jeune page constata sur la personne de la souveraine.
Mais un document qui peut servir à bien établir la ressemblance de tous ces portraits de Marie-Antoinette, c'est le dernier qui a été fait d’elle, alors qu'assise dans la fatale charrette, elle allait au supplice, montrant, malgré les insultes de la populace, cette majesté, ce « port de tête », qui a été signalé par tous ceux qui l'ont vue. 11 s’agit du croquis que le peintre David a pris d’elle, indiquant sur une feuille de son calepin le noble profil de cette femme, de cette reine, de cette mère, qu’avec ceux de son parti il envoyait à l’échafaud, et qui peu de jours après, le 20 juin 1792, avait dit à M” Campan en parlant des révolutionnaires : « Ils m’assassineront; que deviendront mes pauvres enfants? »
A la suite de ce portrait, M. d’Hézecques donne de curieux détails sur la vie intime de la reine, sur l’organisation de sa maison, ses officiers, ses pages, sa livrée qui était rouge et argent. Il nous la montre dans le salon de la Paix, où trois fois par semaine la cour se réunissait le soir, pour y jouer jusqu’à neuf heures au loto ou à d'autres jeux. « Par une petite porte placée à côté du lit de la Reine, ajoute-t-il, on pénétrait dans une foule de petits appartements très obscurs et simplement décorés, et, par de petits corridors situés à l’entresol, on
arrivait dans les appartements du Roi et dans des bains de marbre placés au fond de la cour du château, sous la chambre de parade du Roi. » Ces petits corridors formaient ce qu on appelait le Passage du Roi, dont nous parlerons plus loin.
Le portrait de Louis XVI n'est plus à donner; mais il est curieux de constater que l’historien qui paraît l’avoir le mieux défini est l’ennemi mortel de la royauté, Michelet, qui a recueilli avec tant de soin tout ce qui pouvait la discréditer. Avec quelle ardeur il récolte les moindres bruits défavorables! quelle perfidie dans ses sous-entendus, ses mots dits à demi !
Il est vrai qu'il lui faut préparer ses lecteurs à admettre tout ce qu'il va écrire, sur la reine par exemple, et donner par là une sorte d’excuse aux infamies qui vont se produire. Voici cependant quelques lignes du portrait du roi écrites, chose rare, sans passion :
« Louis XVI et Marie-Antoinette avaient cela de singulier que lui , né à Versailles, était tout allemand comme sa mère. Et elle, au contraire, née à Vienne, était absolument française, ou pour mieux dire lorraine, comme son père, qui, épousant Marie-Thérèse, devenant empereur, ne put pourtant jamais apprendre l’allemand. Il était neveu de notre régent, lui ressemblait au moins par l’amour du plaisir, une légèreté qui passa à sa fille. Louis XVI avait le malheur d’avoir des deux côtés, paternel, maternel, un fâcheux précédent de lourdeur et d’obésité. 11 combattit cela toute sa vie par l’exercice, la chasse, la fatigue des métiers manuels, le marteau et l’enclume.
« Sous ses formes un peu rudes, le fond chez 1 il est vrai, et sanguine, qui lui échappait par accès, il n’en avait pas moins quelquefois des torrents coup, son père, sa mère moururent, il eut ce cri
Panneau Louis XVI des petits appariements. Salon de Marie-Antoinette.
ui était la sensibilité, aveugle, Morne, muet, dur d’apparence, de larmes. Quand, coup sur : « Qui m'aimera? » Sa tante
Adélaïde l’aimait assez; mais, aigre et sèche, elle allait peu à sa nature. Cette bonne nature parut aux tristes fêtes du mariage où cent personnes furent étouffées; il en eut un chagrin profond. »
Tel était l’homme, le roi, qui fut plus tard représenté au peuple comme un criminel, et qui fut jugé digne du dernier supplice. Louis XVI, à qui sa faiblesse lit commettre des fautes dont on fit des crimes, était surtout un homme bon , mais apathique, à qui M'“ Adélaïde, irritée de son calme, disait quand il était enfant : « Crie ! gronde !
fais du tintamarre ! casse et brise nos porcelaines! fais parler de toi! » Devenu roi, il resta le même, il ne cria pas, il ne gronda pas, ne cassa et ne brisa rien. Tout le monde, excepté lui.
cria et gronda, et ce fut lui qui fut brisé.
Revenons à ces petits appartements de la reine, que M. d’Hézecques trouvait si simplement décorés, et qui font 1Ü i 3. aujourd'hui l'admiration des
yy/- visiteurs du château de Ver;-
Grave par J. Bouilli, iril. ilaprcs le Tableau. île M'. Ginaril, <lu Cal>me£ île MT. de Fr.uicbcv'ille . SI S 1 1 0 S 0nCh*TntèS d0 trOUV01* lG
charme et la grâce de l’art de la fin du xvm' siècle, après avoir vu les élégances ingénieuses de celui de Louis XV et de la régence, et les majestueux développements de celui de Louis XIV. On peut entrer dans les petits appartements de la reine par le salon de l’Œil-de- Bœuf, après avoir traversé deux pièces, intéressantes par leurs boiseries et le point où aboutissait le passage qui conduisait le roi chez la reine. On entre d’abord dans une première antichambre qui donnait entrée dans la chambre à coucher de la reine, puis dans une deuxième antichambre qui conduit dans la pièce la plus intéressante de ces petits appartements, et qui est connue sous la désignation de Méridienne de la reine, et qui fut appelée aussi Boudoir.
A droite, au fond de la pièce, se trouve une alcôve faite de glaces. Les portes qui se trouvent de chaque côté de 1 alcôve sont ornées, sur la glace sans tain qui tient la place de panneaux de bois, d'un élégant encadrement en bronze doré et ciselé attribué à Forestier. Ce sont des merveilles d’art, presque de l'orfèvrerie. A remarquer aussi, outre les boiseries délicatement sculptées, ornées de couronnes, de guirlandes de roses, de cœurs percés de flèches, l'espagnolette de la fenêtre, chef-d'œuvre de Gouthière, les serrures, les verroux du même artiste et une charmante cheminée en marbre rouge campan, portant sur la bande qui supporte la tablette des enroulements dorés qu’on pourrait croire, à leur iinesse, des bronzes appliqués, et qui ont été sculptés dans le marbre, puis revêtus de dorure.
A cette pièce est attenante celle qu’on appelle la Bibliothèque Blanche, qui renfermait les livres de la reine Marie-Antoinette, transportés pendant la Révolution à la bibliothèque de Versailles. La pièce suivante portait le nom de Bibliothèque Verte, et conduit d’un côté à la salle des Bains, à la chambre des Bains et au salon de la Reine.
Cette dernière pièce, avec moins de charme, présente un intérêt égal à celui de la Méridienne par son ornementation d’un style plus rigoureux. Elle renferme quelques vestiges de l’époque de Marie Leczinska ; mais l’ensemble appartient absolument à l'époque Louis XVI la plus pure. L’alcôve composée de glaces dont les jeux se contrarient, les panneaux finement sculptés représentant des trépieds auprès desquels sont figurés des sphinx audessus des têtes desquels descendent de délicats ornements, la cheminée en griotte rouge avec les termes qui en soutiennent les tablettes, la glace, Pa“ne"1 des petits appartements Louis xvi.
son encadrement, tout concourt à un ensemble des plus harmonieux.
Aux modifications qui furent faites au château pour le service de la reine,
il faut ajouter l’installation de ses bains et d’une chambre à coucher qui y était jointe, dans le vestibule du rez-de-chaussée du fond de la Cour de Marbre. Ces
bains ont disparu aujourd’hui . et le vestibule a repris son aspect primitif. Du côté des appartements du roi, outre deux cabinets du tour que Louis XVI avait fait installer au rez-de-chaussée, sa forge et quelques petits cabinets au quatrième étage de la Cour des Cerfs, on aménagea, dans la chambre à coucher de M" Adélaïde, la Bibliothèque du Roi.
Au-dessus des corps de bibliothèques, séparés par des panneaux sculptés et dorés très finement, et dont les rayons ne contiennent plus aujourd’hui que de fausses reliures, sont placés des bas-reliefs représentant les Arts et les Sciences: le tout d’une grande simplicité, surtout si on le compare aux appartements du temps de Louis XV entre lesquels se trouve placée la Bibliothèque. Le morceau capital de cette pièce est, sans contredit, la cheminée, dont les deux côtés sont formés par des gaines soutenant des statues d’enfants en marbre blanc, la tête enveloppée de draperies en bronze doré qu’ils retiennent de leurs mains. Leurs fronts sont couronnés d’exquises couronnes de roses délicatement ciselées.
Il existe aussi une autre pièce très intéressante, spécimen curieux de la sculpture sur bois sous Louis XVI : c’est un petit cabinet situé sur le côté gauche de l'alcôve de la chambre royale, éclairée sur la Cour des Cerfs. On ne saurait imaginer plus de délicatesse de goût, d’exécution, que celle qu’il faut admirer sur les nombreux bas-reliefs des panneaux qu’il renferme. Six grands basreliefs, seize petits, en comptant ceux de la porte vitrée qui donne sur la Cour des Cerfs, dessinés, sculptés avec une netteté incroyable, forment toute l’ornementation de la pièce. Ils représentent les attributs de l’Électricité, de la Géographie, de la Peinture, de la Sculpture, de
Panneau de la Bibliothèque Louis XVI.
et les deux trianons
la Marine, de la Guerre, de l’Artillerie, de la Mécanique, de l’Agriculture, de 1 Horticulture, du Commerce, du Labourage, sculptés à fleur de bois, et prenant, par la justesse de la perspective, des reliefs étonnants.
A remarquer aussi, dans ce cabinet, une charmante cheminée en griotte, exquise avec ses bronzes ciselés et dorés, ses élégants rinceaux, ses chutes, avec ses couleuvres de bronze doré, sa couronne de roses et ses branches de chêne attachées par un large ruban. C’est de l’art le plus pur présenté avec une exécution irréprochable. Il est regrettable que la plupart des visiteurs omettent d’entrer dans cette petite pièce, une des plus intéressantes du château, et de celles qui peuvent le mieux faire apprécier la différence des styles Louis XV et Louis XVI.
C est non loin de cette pièce que commençait un long couloir qui reliait les appartements de la reine Marie-Antoinette aux appartements du roi. et qui joua un rôle si important quand vint la journée du 6 octobre 1789, la dernière que la famille royale passa à Versailles. Ce couloir était appelé le Passage du Roi; il fut détruit sous Louis-Philippe, quand on supprima les bains de la reine Marie- Antoinette et d’autres pièces du rez-de-chaussée pour rendre le vestibule à la circulation.
A l'aide de ce passage, dit Dussieux, le roi sortait de sa chambre, traversait la salle du Conseil, la petite salle des Bains située à côté, et arrivait à l’escalier de la Forge. Après avoir descendu dix-sept marches, il trouvait une porte qui donnait accès dans un petit cabinet situé à l’entresol du rez-de-chaussée. Après avoir traversé un autre cabinet noir, le roi trouvait quelques marches pratiquées dans l’épaisseur du mur qui, au premier étage, forme le fond de la Grande Galerie; il arrivait dans le corridor qui existe au fond de la galerie dite Louis XIII. Au bout du corridor, à l’extrémité méridionale de cette galerie, le passage faisait un coude et débouchait dans un autre corridor pratiqué à hauteur d’entresol. Le Roi entrait alors dans un petit cabinet où se trouve un escalier qui conduit à l’antichambre des petits appartements de Marie-Antoinette au premier étage, et il arrivait enfin chez la reine. Comme on le voit, le Passage du Roi était établi en grande partie sous la galerie des Glaces, et aussi sous la salle de l’Œil-de-Bœuf.
La journée du 6 août a été bien des fois racontée, le récit en a pris aujourd’hui une forme presque officielle. Il nous a paru intéressant de résumer celui d’un homme qui l’a retracée d’après ses souvenirs personnels. La bonne foi en
est le principal mérite; celui qui l’a écrite appartenait au parti monarchique, mais la passion n’en a pas altéré la vérité.
« Le S, dit le narrateur, le Roi, qui chassait, fut averti de l’arrivée d’un détachement de femmes
venues de Paris. Le prince, très inquiet au sujet de sa famille, revint si vite que les femmes, dans l’avenue, étonnées de la rapidité de la course de sa voiture , le laissèrent passer. Vers les neuf heures du soir, un bruit extraordinaire, dans la rue de l’Orangerie où était notre hôtel, nous fit courir aux fenêtres. C’était la colonne des gardes du corps qui gagnait à toute bride, par la Surintendance, la cour des Ministres et abandonnait la place d’armes, où des décharges multipliées, dont plusieurs partaient des rangs des gardes nationales de Versailles, les mettaient dans le plus grand danger. Le 6 au
matin, les rues de Versailles étaient remplies de
gens revêtus ou munis d’armes plus ou moins bizarres, pillées dans les magasins de Paris.
« Portant presque tous des lambeaux de chair au bout de leurs piques, ils marchaient à la suite d’un homme dont la longue barbe était souillée de
sang, comme sa hache, et qui traînait après lui les têtes des gardes du corps égorgés pendant la nuit. Vers la pointe du jour, ils pénétrèrent dans la petite
cour des Princes, et de là, par le passage ménagé
sous le petit péristyle à droite, ils arrivèrent dans la cour Royale. Un garde du corps, nommé Deshuttes, était en faction à la grille. Se jeter sur lui, l’égorger et placer sa tête au bout d’une pique, fut l’affaire d'un instant.
« Bientôt cette multitude, poussée, disait-on,
par le duc d’Orléans, monta l’escalier de marbre,
se jeta a droite dans la salle des Gardes de la Reine, en demandant sa tête à grands cris; les gardes, blessés, assommés, se dérobant dans la grande salle.
\aricouit, le ftère de M“ de Yillette, la fameuse « belle et bonne » de Voltaire, est entraîné, conduit à 1 homme à la grande barbe, et bientôt sa tête est à côté de celle de Deshuttes. Durepaire et Miomandre de Sainte— Marie, après avoir averti par leuis cris les femmes de la Reine, donnent le temps, par leur vigoureuse résistance, de barricader la porte.
« Aux cris de sa garde égorgée, la Reine, que la fatigue avait forcée à prendre un peu de repos, est réveillée. Son effroi lui permet à peine de prendre un léger vêtement; ses femmes la conduisent chez le Roi, par la chambre de Louis XIV et la salle du Conseil. Louis XVI avait pris, pour aller chez elle, le Passage du Roi; ne la trouvant pas, il revenait chez lui au milieu de sa famille rassemblée. A dix heures, après avoir pris les avis de ceux qui l'entouraient, il parut sur son balcon et annonça lui-même à la foule sa résolution de se rendre à Paris. Pendant qu il parlait, il avait sous les yeux, étendu sous son balcon, le cadavre d’un des insurgés.
« Quand le Roi se fut retiré, des cris tumultueux demandèrent la Reine, Elle parut entre ses deux enfants. Aussitôt mille voix s’élèvent, on entend ce cri : « Pas d'enfants! » La Reine rentre, les dépose près du Roi, et, malgré les prières de ceux qui l'entourent, celles de sa famille, de M” Élisabeth, sœur du Roi, elle s’élance sur le balcon. On craignait à ce moment un crime, mais son courage désarma la populace.
« La famille royale descendit l'escalier de marbre, dont les marches étaient encore teintes de sang; elle se plaça dans une voiture suivie du reste de la garde désarmée et escortée de la foule furieuse venue des faubourgs de Paris. Deux têtes des gardes du corps sur des piques précédaient le cortège. Peu de jours après le 5 octobre, j’allais au château de Versailles pour reconnaître les dégâts de cette journée. Je ne vis que quelques portes des salles des Gardes brisées, des serrures arrachées; mais le reste des appartements n’avait éprouvé aucun dommage. C’est alors que, trouvant une petite porte restée ouverte dans le désordre d’un pareil départ, je parcourus tous les petits couloirs de communication, et une infinité de petits cabinets dont je ne soupçonnais pas même l’existence. »
Ces couloirs, ces petits cabinets dont parle l’auteur de ce récit, ce sont et le Passage du Roi et les petits appartements de Marie-Antoinette. La petite porte par laquelle il a passé, c’était celle qui était près du lit de la reine, et par laquelle
elle avait fui pour retrouver le roi. Ainsi finit cette journée pleine d'horreur, que nous n’avons pu rappeler que par les principaux faits qui 1 ont remplie. Vers Paris s’achemine le lugubre cortège, et pour la famille royale commence le dur calvaire qu'elle avait à gravir avant d'arriver à l’échafaud. « Les chansons, les ordures, dit Goncourt , qui a soigneusement relevé les détails de ce premier supplice de la reine, accompagnaient la voiture qui traînait lentement le « boulanger». la « boulangère » et le « petit mitron ». Sur le siège même, le comédien Beaulieu insultait de mille pasquinades la famille royale. La reine, les yeux secs, immobile, défiait l’insulte comme elle venait de défier la mort. « J'ai faim, » dit le Dauphin, qu’elle tenait sur ses genoux. La reine alors pleura.
Nous n’avons pas à insister sur ce drame sans pareil, dont les scènes sont dans toutes les mémoires, et qui ont soulevé l’horreur du monde entier. Nous avons seulement voulu raconter l’histoire du château de Versailles depuis le jour où il fut construit jusqu'à celui où le quitta le dernier des Bourbons qui devait l’habiter. A partir de ce moment, le merveilleux palais va pendant plus de quarante ans disparaître, ou à peu près, dans l’ombre de l’oubli; la solitude envahira ces appartements où passèrent tant d'hommes et tant de choses, 1 herbe croîtra dans ses parcs, jusqu’au jour où la curiosité, les regrets, un vague remords peut-être, viendront en rouvrir les portes et retracer les allées.
Molif de l’escalier des Princes.