‹ Versailles et les deux Trianons; (volume 2)Chapitre 7 sur 24 · ae · texte numérisé non relu

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en chef, le maréchal comte Lobau, le général Jacqueminot, chef d’état-major; les colonels et les lieutenants-colonels des dix— sept légions de Paris et de la banlieue,

« Le roi avait également invité à cette fête nationale le préfet, les principales autorités et les officiers supérieurs des gardes nationales du département de Seine-et-Oise.

Le roi Louis-Philippe inaugure le Musée de Versailles le 10 juin 1837. (Tableau d'Horace Vernet.)

« L’armée était représentée par les maréchaux de France, les amiraux, un grand nombre de lieutenants-généraux, de maréchaux de camp, de vice-amiraux, de contre -amiraux, d’officiers généraux en retraite; par les états-majors de la ir“ division militaire, des places de Paris et de Versailles; par les colonels, lieutenants-colonels des régiments qui forment la garnison de ces deux villes; enfin par l'état-major et les officiers supérieurs de l’École royale militaire de Saint-Cyr.

« Indépendamment des membres de l’Institut de France, le Roi avait bien voulu inviter un grand nombre d’hommes de lettres, d’artistes et particu-

lièrement les peintres et les sculpteurs qui avaient concouru par leurs travaux à enrichir le nouveau musée.

« Le Roi et la Reine sont partis à trois heures de Trianon pour se rendre au palais de Versailles, dont toutes les salles du musée étaient ouvertes depuis dix heures du matin aux personnes invitées, qui avaient pu les parcourir en attendant l’arrivée du Roi.

« Leurs Majestés ont été accueillies par les témoignages du plus vif dévouement; elles se sont rendues aux galeries du premier étage par l’escalier de Marbre, ont traversé la grande salle des Gardes, aujourd’hui salle de Napoléon, la salle de 1792, les quatre salles consacrées aux campagnes de 1793, 1794, 1795 et 1796; elles sont entrées ensuite dans la grande galerie des Batailles, où l’on voit, retracés sur la toile, tous les hauts faits de la valeur française, depuis la bataille de Tolbiac jusqu’à celle de Wagram. La foule des invités qui se pressait autour du Roi ne pouvait se lasser d’admirer les belles proportions, les riches ornements de cette galerie entièrement nouvelle.

« Après avoir parcouru d’autres salles, parmi lesquelles on a surtout remarqué la salle des États généraux, la salle de i83o, où figurent les principaux événements de la Révolution de Juillet, Leurs Majestés ont traversé la galerie des sculptures et se sont arrêtées dans la chambre du lit de Louis XIV, pour examiner toutes les parties de l'ancien ameublement restaurées avec une grande magnificence.

« Le banquet royal, auquel quinze cents personnes étaient conviées, a eu lieu dans la Grande Galerie de Louis XIV et dans les salons de la Guerre, d’Apollon, de Mercure, de Mars, de Vénus, de l’Abondance, etc. La table du Roi était de six cents couverts et offrait l’aspect le plus splendide. Les princes présidaient aux autres tables, aussi magnifiquement servies que celle du Roi. Un ordre admirable a régné dans le service.

« Après le dîner, on s’est répandu de nouveau dans les galeries pour les visiter en détail, en attendant l’heure du spectacle. Leurs Majestés sont entrées dans la salle du spectacle à huit heures, et se sont placées à l’amphithéâtre au-dessus du parterre. Le Roi occupait le milieu, ayant à sa droite la Reine et à sa gauche la reine des Belges, Mmc la duchesse d’Orléans et la princesse Marie. La Reine avait à sa droite le roi des Belges, M“ la grande-duchesse douairière de Mecklembourg, M” la princesse Adélaïde et la princesse Clémentine.

« Le prince royal, duc d’Orléans, occupait un siège derrière M“ la duchesse d Orléans; M. le duc de Nemours, le prince de Joinville, M. le duc d’Aumale, M. le duc de Montpensier, avaient pris place derrière le Roi et la Reine.

« La salle, éblouissante de lumières et décorée avec une magnificence que

rien ne saurait égaler, était presque entièrement pleine avant l’arrivée du Roi. L entrée de Leurs Majestés a été saluée par les plus vives acclamations.

« A huit heures, le spectacle a commencé par le Misanthrope, joué avec les costumes du temps par M"e Mars et les principaux acteurs de la Comédie-Française. Les acteurs de l’Académie royale de musique ont ensuite exécuté des fragments du troisième et du cinquième acte de Robert le Diable. Leurs Majestés ont plus d’une fois daigné applaudir au talent de Duprez, de Levasseur et de M"e Falcon. Le spectacle a été terminé par un intermède de M. Scribe, destiné à célébrer l’inauguration du musée et à mettre en parallèle une fête donnée à Versailles par Louis XIV avec la fête toute nationale donnée en ce jour même par le roi des Français.

« L’assemblée tout entière a témoigné le plus vif enthousiasme au moment où l’art du décorateur a fait succéder à l’aspect du vieux Versailles celui de Versailles rendu à son antique splendeur, et consacré par Louis-Philippe à toutes les gloires qui honorent le pays.

« Le spectacle s’est terminé à minuit et demi. Quand le Roi a quitté La reine Marie-Amélie, d'après Winterhalter.

sa place, les acclamations ont éclaté

avec une nouvelle force. Alors a commencé la promenade aux flambeaux dans les vastes salles du palais et dans la grande galerie des Batailles. Le Roi était précédé de valets de pied portant des torches, suivi de sa famille et de toutes les personnes qui avaient pris part à la représentation. »

Tel est le récit de cette fête qui, par sa splendeur, reliait le présent au passé, et qui marqua le commencement d’une ère nouvelle pour le château, dont tout le monde se répétait les merveilles, et qui ouvrait à tous les citoyens les portes d’un palais appartenant à chacun, et où le monde des artistes allait pouvoir venir prendre des leçons de goût, consulter les œuvres des maîtres de l’art décoratif français.

Évidemment, pour être parfaits, les travaux commandés par le roi Louis- Philippe avaient été un peu trop rapidement exécutés. Les plus grands artistes avaient accepté de collaborer à la grande œuvre, Ingres excepté, peu porté à l'improvisation par la nature même de son talent.

Heureusement Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Ary Scheffer, Steuben , Schnetz, Philippoteaux, Devéria, Court. Hippolyte Bellangé, Eugène Lamy, Léon Cogniet, Heim et bien d’autres artistes de valeur, pour ne parler que des peintres, n’eurent pas les mêmes motifs de se tenir à l’écart, et c’est grâce à ceux qui acceptèrent pour programme de célébrer par leur art toutes les gloires de la France, qu’on put rouvrir, en l’appelant musée, le palais des rois, sans heurter aucune susceptibilité politique.

Ce fut par milliers que les visiteurs accoururent pour admirer les chefsd’œuvre anciens, les œuvres nouvelles, entassés dans ce musée sans pareil. Le succès, il faut le dire, alla d’abord aux aménagements faits par le roi Louis- Philippe. L’éclat des nouvelles salles, dues à Fontaine et Nepveu, fit oublier le tort fait à d’anciennes, leur suppression même. Toute l’attention se portait sur les salles des Croisades, les salles de Constantine, plus tard de la Smala. Les galeries de pierre, les collections des antiques, les salles des aquarelles, la galerie des Batailles, les salles de i83o, des Campagnes de 1796 à 1810, des Amiraux, des Connétables, des Maréchaux: la galerie Louis XIII, où l’on avait réuni les portraits des rois de France, offraient pour tous l’attrait de la nouveauté.

Au dehors, dans la cour d’entrée, faisant à droite et à gauche une sorte de haie conduisant à la statue équestre de Louis XIV, par Petitot et Cartelier (statue dont le cheval était destiné à une statue de Louis XV que la Restauration devait placer au rond-point des Champs-Elysées), on posa seize statues colossales, dont les dimensions, il faut le dire, détruisirent l’harmonie de cette belle cour, changeant les proportions de l’échelle des bâtiments sur lesquels ils se détachent. Ces statues sont celles de Condè par David d’Angers, de Duquesne par Roguier, de Suffren par Lesueur. de Mortier par Calamatta, de Sully par Espercieux, de du Guesclin par Bridait, de Suger par Stouf, de Turenne par Gois, de Duguay-Trouin par Dupasquier, de Tourville par Marin, de Massèna et de Jourdan par Espercieux, de Colbert par Milhomme, de Bayard par Moutoni, et de Richelieu par Ramey, tous statuaires dont, à part ceux de deux ou trois, les noms sont à peu près oubliés aujourd’hui.

L origine de ces statues est assez curieuse pour être enregistrée. Elle a été

fort discutée, divers travaux de recherches ont été publiés sur elle, et, parmi ceux-ci, la brochure de M. Robinet de Clêry, dont nous résumons les points principaux. Le pont Louis XVI, depuis pont de la Concorde, avait été pourvu par

l'ingénieur Perronet d’assises, faites pour supporter des pyramides de fer, d’environ dix-huit pieds de hauteur, qui devaient soutenir un globe de verre couronné et orné de fleurs de lys représentant le globe de la France dans lequel on devait placer de grosses lampes pour éclairer le pont durant la nuit. A ces pyramides, Napoléon Ier voulut substituer les statues colossales de ses généraux morts en combattant.

C’étaient : le général Valhubert, mortellement blessé à Austerlitz; Roussel, tué à Dieppen; Colbert, Féval de Lacoste, Lapisse, tous trois tués en Espagne; Hervo, Cevoni, puis : Leblond de Saint-Hilaire, Guyot de Lacour et Lasalle. Quatre de ces statues seulement furent faites sous l’Empire, celles de Valhubert par Debay, de Roussel par Espercieux, de Colbert par Chaudet et Deseine, d’Espagne par Callamard. La Restauration ne ratifia pas les choix qu’avait faits Napoléon. Aux statues de ces généraux elle substitua celles de Richelieu, Sully, Colbert et Suger, qui, dit-on, furent placées au milieu du pont. Du côté de la place on aurait posé les statues de Condè, du Guesclin, Turenne et Bayard; du côté du Palais- Bourbon, celles de Duquesne, Duguay-Trouin , Tourville et Suffren. M. Robinet de Cléry déclare que ces douze statues ont été dressées sur le pont Louis XVI, et que le fait lui a été affirmé par des témoins oculaires.

Quant aux statues de Valhubert, Roussel, Colbert et Espagne, elles furent déposées dans une arrière-cour de l’hôtel des Invalides. Les autres statues, dès le commencement du règne de Louis-Philippe, avaient été transportées dans l’ avant-cour du château de Versailles. Mais c’est alors que survinrent des substitutions et des transformations singulières. La statue du maréchal Mortier, tué aux côtés du roi Louis- Philippe par la machine infernale de Fieschi, remplaça celle du général Colbert; celle du général Valhubert fit place à celle de Jourdan; bientôt Lannes et Masséna remplacèrent Espagne et Roussel. Nous copions ici, sur la brochure de M. Robinet de Cléry :

« On chercha un sculpteur qui consentît à transformer les statues en en changeant les têtes. On a conservé les devis des sommes accordées pour ces étranges modifications; un rapport sur cette affaire fut adressé à l’intendant général de la Maison du roi; en voici la teneur : « D'après les ordres du Roi, les quatre statues « colossales en marbre des généraux Roussel, Espagne, Colbert et Valhubert, « placées dans la grande cour du palais de Versailles, doivent recevoir des « modifications pour représenter les maréchaux Masséna, Lannes, Mortier et « Jourdan. »

On lit de plus : « Espagne avait été représenté tel qu’il était tombé sur le champ de bataille, casque en tête et couvert de sa cuirasse. La cuirasse disparut avec la tête; des broderies d’uniforme remplacèrent la cuirasse. « La statue du « généial Espagne, écrivait le sculpteur Laitié, chargé des devis, ne présente « aucune dilficulté, car la cuirasse était en saillie sur le torse; on trouvera facile- « ment l’habit et les décorations; on placera dans la main droite le bâton de matéchal, et 1 on remettra les bottes à l’écuyère. » On croit rêver au récit de ces

barbaries artistiques. » Pour Colbert, continue M. Robinet de Cléry, la transformation était plus délicate; le général avait à peine trente ans, le maréchal Mortier en avait soixante-sept. 11 fallut « étoffer » la statue de Colbert en ajoutant cinq morceaux et en donnant plus d’ampleur au manteau.

Nous n'insistons pas, dans la crainte de paraître exagérés, et pourtant nous ne faisons que citer des faits. Lorsque, à la fin de 1891 , cette question fut soulevée, le conservateur du musée de Versailles fit faire sur place une vérification. «Je viens, écrivait-il, de faire monter à une échelle un gardien chargé de la restauration des sculptures. 11 a constaté que les têtes de Lannes, Mortier, Masséna, Jourdan, avaient été rapportées. Dans le Masséna on voit des traces de modifications dans le costume. »

Si nous avons insisté sur l’historique de ces statues, c’est que nous croyons utile d’établir que si elles ne présentent rien d’intéressant au point de vue de l’art, pour le plus grand nombre, elles n’ont pas même le mérite de représenter exactement les personnages dont elles doivent évoquer le souvenir. Leurs proportions exagérées pour cette cour, pour l’architecture délicate des bâtiments de Louis XIII, les ont depuis longtemps condamnées dans l’esprit des artistes et des gens de goût. Mais les années ont passé, les ont pour ainsi dire consacrées, et, malgré toutes les protestations, elles resteront où elles sont; tant est grande la force que donne en notre pays une situation bien ou mal acquise, même pour les statues.

Des travaux extérieurs furent aussi exécutés sous Louis-Philippe. Ils sont d’ailleurs peu importants; mais on les reconnaîtra facilement, soit dans les cours latérales du château, soit sur la rue des Réservoirs, les architectes y ayant fait sculpter les initiales du roi Louis-Philippe. Ceci n’est point une critique, et il est tout naturel que le nom de celui qui par ses efforts a fait renaître le château de Versailles en si peu-de temps, soit rappelé sur une œuvre qui honorera toujours sa mémoire.

Quant aux travaux intérieurs ils furent, comme nous l’avons dit, considérables. Parmi les plus importants, il faut signaler la création de la galerie des Batailles, qui comprend toute la hauteur du premier étage et de l’attique de l’aile du midi. Les appartements qu’elle a remplacés, dit E. Soulié, furent habités, sous Louis XIV, par le duc d’Orléans, frère du roi, la duchesse d’Orléans, le duc et la duchesse de Chartres. Sous Louis XV, une partie de ces appartements fut occupée par le

duc d'Orléans, fils du régent, et l’autre partie par le duc de Penthièvre, puis la duchesse de Duras, dame d'honneur des filles du roi.

La galerie des Batailles, commencée en 1834 et finie en 1 836 , occupe une étendue d’environ cent vingt mètres. Quand on ouvrit le musée, elle contenait trente-trois tableaux représentant les principales batailles, depuis l’an 496 jusqu'à 1809. Les tableaux reposent sur un soubassement en marbre de différentes espèces comprenant tout le développement de la galerie. Un comble en fer, terminé par une voussure vitrée dans la partie supérieure, couvre la galerie. La voûte est décorée de trophées-, bas-reliefs, caissons et rosaces sculptés et dorés. Les extrémités de la partie centrale de la galerie présentent des arcs de voûtes, d’arêtes richement ornées, et supportés par quarante-huit colonnes et pilastres en stuc, d’ordre corinthien, avec bases et chapiteaux dorés et piédestaux en marbre. Entre les tableaux et devant les piédestaux, furent placées quatrevingts gaines supportant des. bustes représentant les guerriers les plus célèbres. Douze tables en bronze furent fixées dans les ébrasements des fenêtres; elles contiennent les noms des .rois, princes et généraux qui ont perdu la vie sur les champs de bataille, .depuis les temps les' plus reculés de la monarchie française jusqu’à nos jours.

. Ce sont ceux des princes de la maison royale de France, des connétables, amiraux, maréchaux de France, grands maîtres .des arbalétriers et de l’artillerie, colonels, généraux, guerriers célèbres, commandants d’armée, lieutenants-généraux, vice-amiraux et généraux de division, maréchaux de camp, chefs d’escadre, contre-amiraux et généraux de brigade. Parmi les toiles les plus remarquées, citons : la Bataille de Tolbiac, par Ary Scheffer; la Bataille de Taillebourg, par Eugène Delacroix; la Bataille de Bouvines, par Horace .Vernet; Y Entrée de Henri IV à Pans et la Bataille d' Austerlitz , par Gérard, deux tableaux qui avaient été exposés en 1817 et en 1810.

La salle de i83o contient un tableau de Gérard , représentant la Lecture à l'Hôtel de Ville de la déclaration des députés el de la proclamation du lieutenantgénéral du royaume, le 3i juillet i83o, et, entre autres toiles, la Prestation du serinent du roi, en présence des Chambres, de maintenir la charte de i83o, par Eugène Devéria, ce tableau très intéressant en raison des nombreux portraits d hommes politiques du temps, qu’il représente.

Parallèlement à cette galerie, s'en étend une autre consacrée à des moulages

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de statues, des bustes et aussi à des statues et des bustes originaux, en marbre. A signaler les statues de Michel de 1 Hôpital, du maréchal de Retz, de la duchesse

Galerie des Tombeaux (aile nord).

de Retz, etc. On y a déposé, il y a quelques années, le moulage de la statue de M” de Pompadour.

Dans l’aile du nord sont comprises les salles des Croisades; elles sont au

nombre de cinq et occupent le pavillon de Noailles. Les armoiries qui ont été peintes aux piliers, au plafond et à la frise de ces salles, sont celles des princes et seigneurs qui prirent part aux croisades. Quelque soin qu on ait mis à les relever, des omissions assez nombreuses ont été faites, à cette époque de la création du musée, dans la reproduction des blasons, entre autres, et pour n en citer qu un, rétabli depuis, celui de Claude Ier de Manville (1480), capitaine général des galères et vaisseaux du roi, chevalier de l'Ordre du roi, de Saint-Georges, du Saint-Sépulcre, etc. ; le blason est ainsi composé : de sable au lion pesant d’or, et en chef une ville d’argent aux trois oriflammes d’or.

Parmi les cent et quelques tableaux qui ornent ces salles, figurent des toiles de Robert-Fleury, Baudouin s'emparant de la ville d'Édesse; de Signol , Prise de Jérusalem; de Schnetz, Bataille d’Ascalon; de Picot, Guy de Lusignan, Frédéric Barberousse, Baudouin I‘\ comte de Flandre; d’Eugène Delacroix, Prise de Constantinople; d’Amaury Duval, Jacques Molay; de Tony Johannot, Louis VII forçant le passage du Méandre, et de bien d’autres artistes dont nous ne saurions signaler toutes les œuvres. Nous ne donnons ici, bien entendu, que la désignation des tableaux qui furent posés sous Louis-Philippe, sans tenir compte des déplacements qu’ils ont subis postérieurement. Ajoutons que le mortier en bronze et les portes de cèdre placés dans la cinquième salle des Croisades ont été donnés en 1 836 par le roi, qui les avait reçus du sultan Mahmoud; ils provenaient de l’hôpital des chevaliers de Saint-Jean à Rhodes.

Revenons à l’aile du midi et traversons, au rez-de-chaussée, les salles des Marines, qui renferment les principales œuvres des peintres Gudin et Garneray, Gilbert, Hippolyte Bellangé, Giraud, etc.; puis, toujours au rez-de-chaussée, le vestibule de l'aile du midi où sont exposés les bustes de Louis David, par Rude, du baron Gérard, par Pradier, etc. Viennent ensuite les salles de l'Empire, qui formaient, sous Louis XIV, l’appartement du duc de Bourbon, et, sous Louis XVI. celui des enfants de France. Parmi les nombreux tableaux, dont le plus grand nombre rappelle les principaux faits d’armes du général Bonaparte, on remarquait : la Révolte du Caire, de Girodet-Trioson ; Bonaparte haranguant l'armée avant la bataille des Pyramides , par Gros; Le général Bonaparte faisant grâce aux révoltés du Caire, par Guérin, etc.

Dans la salle Marengo, aux boiseries et aux ornements dans le style du Consulat et de l’Empire, on voyait aussi : Le premier consul franchissant le mont Saint-Bernard, par David; la Bataille de Marengo, par Carie Vernet, deux tableaux

exposés en 1804 i8o5, nombre de statues et de bustes des personnages du

Consulat et de 1 Empire, et, dans l’escalier des Princes, les bustes de Le Brun, Mansart , Lesueur, etc. Dans la partie centrale du château, outre les statues, bustes et bas-reliefs représentant des membres de la famille des Bourbons, des

Vue perspective de l'escalier des Princes.

bustes de savants : Linnée, Lavoisier, Jussieu, Fourcroy, etc., de maréchaux de France, de généraux, de personnages importants de toutes les époques, répandus dans les vestibules, comme dans les galeries des ailes, on trouvait dans le vestibule, improprement désigné vestibule de Louis XIII, la salle des rois de France, représentant par des copies, pour la plupart assez médiocres, une série de portraits de nos rois. Déplacée pour les aménagements de nouvelles salles, cette collection n’a pas été supprimée, comme on l’avait dit.

Sur le côté gauche de la Cour de Marbre, dans des salles fort mal éclairées,

se trouve une série de tableaux, de vues du palais et du parc de Versailles du plus grand intérêt. Les vues signées Van der Meulen, D. Martin, J. -B. Martin, etc., fournissent de précieux renseignements sur l’état du château à diverses époques. Grâce à Cotelle, il est permis de reconstituer une grande partie des bosquets du parc: c’est l’entrée du Labyrinthe, son intérieur, la salle du Bal, la Colonnade, Encelade, les Dômes, l’Étoile, le Théâtre d’eau, etc.; puis, de Martin et d’Allegrain, des vues du Grand-Trianon, du château de Clagny, de Marly, de Saint-Cloud, des châteaux de Meudon, de Madrid, de Chambord, de la ville de Versailles, de Saint-Germain, de Paris, etc.

Disons, en passant, que dans quelques-unes des salles qui précèdent celles-ci on avait autorisé, sous le règne de Napoléon 111. l’établissement d'une chapelle protestante. Par une singulière rencontre, cette chapelle avait été installée, dans le château de Louis XIV, presque sous les appartements de M“ de Maintenon.

Signalons la salle des Amiraux, qui faisait partie de la salle des gardes de l’appartement du Dauphin, contenant une suite de portraits anciens; la salle des Connétables et les salles des Maréchaux, au nombre de quatorze. Dans la quatrième (remaniée aujourd’hui), qui formait une partie de la bibliothèque du Dauphin, fils de Louis XV, on voyait un portrait du comte de Rantzau peint par Maux et qui attirait l’attention surtout par les blessures dont était couvert le personnage. Celui-ci, en effet, avait perdu un œil, une main et une jambe. Au-dessus du cadre, on avait reproduit cette épitaphe de Beys, faite en i65i (le poète s’adresse au tombeau) :

Du corps du grand Rantzau tu n’as qu’une des parts ;

L’autre moitié resta dans les plaines de Mars;

Il dispersa partout ses membres et sa gloire.

Tout abattu qu’il fut, il demeura vainqueur;

Son sang fut en cent lieux le prix de sa victoire,

Et Mars ne lui laissa rien d’entier que le cœur !

Les remaniements faits par 1 administration ont déplacé un grand nombre de ces toiles, qui, il faut le dire, présentaient peu d’intérêt au point de vue de l’art. Plusieurs des salles qu elles occupaient ont été restaurées, et on y a réparé autant que possible, en remettant des boiseries, des corniches en état, les torts que les transformations hâtives leur avaient fait subir. Les salles des Maréchaux s’étendaient depuis les salles des gardes du Dauphin, donnant sur le parterre du midi, jusqu’aux anciens appartements de M“ de Pompadour, parterre du midi, après avoir occupé les salles de 1 avant— corps du château, sur le parterre d’eau.

Chaque année du règne de Louis-Philippe vit s’augmenter la collection des tableaux historiques du musée, parmi lesquels les sujets militaires prirent une place importante. Horace Vernet contribua pour une grande part au développement de la peinture de ce genre. La salle de Constantine contient, d’ailleurs, ses plus belles toiles, parmi lesquelles le Siège de Constantine, la Prise du fort Saint- Jean dUlloa, 1 Attaque de la citadelle d'Anvers, la Prise de la Smala d'Abd-el— Kader, la Bataille d Isly, etc. On adjoignit à cette collection, en 184g, la Vue du siège de Rome, etc.

Mentionnons aussi les salles des Aquarelles, qui contiennent de précieux renseignements sur les opérations militaires sous la République, l’Empire et les premières années du règne de Louis-Philippe; la salle des Gouaches, de Blarenberghe; la salle des États généraux et la salle du Sacre. Dans cette dernière était placé le grand tableau de David, représentant le Sacre de Napoléon I", aujourd’hui transporté au Louvre, et le Serment de l'armée fait à l'Empereur après la distribution des aigles, qui n’a pas été déplacé. Mais le plus grand intérêt du musée de peinture de Versailles est , sans contredit , celui que présentent les riches collections des portraits renfermés dans les attiques du midi, de Chimay et du nord. Toutes les époques y sont représentées par des toiles dont un grand nombre sont des chefs-d’œuvre de l’école française, depuis le xve siècle jusqu’à nos jours. L’école de Clouet y est rappelée par de très curieux portraits; puis voici des œuvres de Porbus, de Nocret, de Le Brun, de Mignard, de Santerre, Sébastien Bourdon, Philippe de Champagne, H. Rigaud, Detroy, Van Loo, Nattier, Natoire, Drouais, Tocqué, Greuze, Roslin, Largillière, M“ Vigée- Lebrun, David, Gros, Gérard, Ingres, Delaroche, Winterhalter, Flandrin, Muller, Bonnat, etc., œuvres originales pour la plupart.

D’importantes modifications ont été apportées au classement des tableaux de cette collection, qui s’enrichit chaque jour d'œuvres nouvelles. Grâce à la méthode apportée dans ce classement par le conservateur actuel du musée, M. de Nolhac, il est aisé au visiteur de suivre en même temps que l’ordre historique (autant que possible) les diverses phases, les progrès de l’art français.

Quand vint la Révolution de 1848, le château, un instant menacé par les insurgés, fut protégé par l’attitude de la garde nationale de Versailles et le dévouement d’Horace Vernet. Pendant le règne de Napoléon JH, peu de travaux furent exécutés au château proprement dit. L’empereur vint assez fréquemment le visiter. En 1 855, une fête y fut donnée à la reine d’Angleterre. La décoration de la Grande Galerie, du parterre d’eau; le bal qui suivit le dîner, le feu d'artifice

tiré pies de la pièce d eau des Suisses, dont la disposition rappelait le château de Windsor, turent très admirés et laissèrent espérer que l’empereur prendrait pour le château des mesures conservatrices qui commençaient à devenir nécessaires.

Le musée de peinture s accrut encore d’œuvres intéressantes. On ouvrit la salle de Crimée, qui renferme d’importants tableaux de Yvon. Durand-Brager, etc. Parmi les tableaux qui attirent le plus l’attention du public, mentionnons une charmante toile de M. Gérôme représentant la Réception des ambassadeurs siamois par Napoléon III, tableau intéressant et par sa composition et par les personnages qui y sont représentés: 1 empereur, l’impératrice, le prince impérial, le maréchal taillant, Prosper Mérimée, le comte Whilewski, M. Gérôme, Meissonnier, le général Fleury, etc.

Après la chute de l’Empire, on construisit, en 1875, la salle des séances de la Chambre des députés. L'aile du midi fut occupée par les divers services de l’Assemblée nationale, tandis que l’aile du nord, la salle de l’Opéra et les appartements de Louis XV restèrent à la disposition du Sénat, servirent au logement du président, etc. En 1870, pendant que Paris était occupé par la Commune, toutes les administrations étaient venues demander asile à Versailles : les ministères s’étaient installés, celui de la Guerre et celui de la Marine, dans l’aile du sud, celui des Affaires étrangères dans les grands appartements de la Reine, le secrétaire général de la Préfecture de police dans les appartements de M” du Barry, etc.

Pendant ces installations, M. Questel et M. Joly avaient transformé la salle de l’Opéra en salle de séances pour l’Assemblée nationale. Le château n’eut heureusement pas à souffrir du séjour de ses nouveaux hôtes, qui, disons-le, succédant aux Prussiens dans ces salles et ces appartements, n’y trouvèrent pas les traces de dégradations que leur présence avait fait redouter. Sous la présidence du maréchal de Mac-Mahon , une grande fête fut donnée dans le château de Versailles aux princes et aux industriels étrangers qui avaient pris part à notre exposition universelle. Quatre ans avant cette fête, on avait dû exécuter certains travaux de conservation, et une somme assez importante avait été votée pour permettre à l’architecte Questel de restaurer complètement la chapelle, dont plusieurs parties étaient gravement compromises. On ne saurait que louer son habileté, et les travaux qu’il exécuta furent unanimement approuvés.

Ce fut, à vrai dire, dès que les événements politiques eurent permis au

gouvernement de revenir à Paris, que l’attention publique, qui avait été appelée sur Versailles, s’y arrêta, et que l'on s’aperçut de l’abandon dans lequel étaient tombées de nombreuses parties du château et du parc. Les artistes, les amis des arts s’inquiétaient de ce qu’il adviendrait de l’état dans lequel se trouvaient les corniches du palais, les statues, les bosquets du parc, qui se dégradaient tous les jours. C’est alors que des admirateurs de Versailles résolurent d’agir dans

Audience des ambassadeurs de Siam au palais de Fontainebleau. (Tableau de Gérôme.)

l’intérêt de la conservation de l’une de nos merveilles artistiques, dont chaque jour hâtait et faisait présager la prochaine ruine.

Soutenus par l’opinion générale, ils entreprirent une campagne active et dans la presse et auprès du gouvernement. Des démarches personnelles furent faites par ceux-là (et nous nous faisons honneur d’avoir été de leur nombre) auprès des ministres, des députés, des directeurs des Beaux-Arts. Leur appel fut entendu, et nous adressons ici nos remerciements à MM. Fallières, Lockroy, Larroumet, Leygues et Roujon, et à tous ceux qui prirent à cœur de réaliser ce que leurs prédécesseurs avaient promis, mais n’avaient pu faire avant eux. Des commissions furent nommées, des fonds furent votés, et l’on vit bientôt restaurer des chefs-d’œuvre menacés d’anéantissement à bref délai. Des copies fidèles de marbres de Coysevox, par exemple, remplacèrent des originaux que le temps, le climat, avaient gravement compromis; ces originaux furent placés au Louvre, qui les abrite aujourd’hui.

1 out en remerciant 1 administration de l’empressement qu'elle a mis à sauver ces chefs-d œuvre, émettons le vœu que dorénavant, quand on retirera du pare un morceau de statuaire devenu hors d’état de résister aux intempéries, on le laisse à \ ersailles, pour qui il a été exécuté jadis. Les salles du château pourront 1 abriter aussi bien que celles du Louvre, et du moins, en le retirant de sa place première, n’amoindrira-t-on pas l'intérêt que les visiteurs éprouvent à voir une œuvre originale dans son milieu.

Les chefs-d’œuvre de Puget, Y Andromède et le Ah Ion de Crotone, par exemple, ne seraient-ils pas mieux dans le palais de Versailles, près de la place qu'ils occupaient à l’entrée du Tapis-Vert, où Louis XIV les a fait poser, que dans notre musée du Louvre, auquel ils n 'étaient pas destinés? Ce qui n’empêcherait pas d’en faire de belles copies, qu’on mettrait à la place même qu’elles occupaient.

Ce qu'il est juste de constater, c’est que dès qu'il s’est agi de sauvegarder le palais de Versailles du progrès des dégradations occasionnées par l'insouciance des administrations précédentes, un mouvement général s’est produit en faveur des restaurations demandées par ces amis du château de Versailles. Les bonnes volontés se manifestèrent de toutes parts, et la presse, notamment, contribua puissamment à attirer l'attention sur les dangers que courait la demeure de Louis XIV. On craignait de voir compromis, par le manque de réparations faites promptement, l’extérieur d’abord, puis l'intérieur d'un monument qui représentait des époques d’art si intéressantes, et qui semblait un témoignage matériel de temps glorieux pour la France. Les plus avisés redoutaient, d’un autre côté, les effets de cette négligence, qui, en laissant inconsciemment aggraver le mal, rendrait non seulement les réparations difficiles, mais pouvait attirer sur le château un fléau plus grand : la reconstruction, la remise à neuf de plusieurs de ses parties.

D’éloquents plaidoyers furent prononcés et, heureusement, entendus. On

comprit qu'il ne fallait toucher que respectueusement au château de Versailles, et que le public, les artistes et les penseurs aimaient en lui non seulement la beauté de ses lignes architecturales, la richesse et la perfection de sa décoration intérieure, mais aussi les souvenirs qui y étaient attachés. Peut-être n’a-t-on pas encore fait dans ce sens tout ce qu’il y aurait à faire; mais ce ne sont là que des observations à présenter en temps utile. Qu'il nous suffise, en terminant cette partie de notre ouvrage consacré au château de Versailles, de constater que le but proposé a été atteint et qu’aujourd’hui, grâce aux restaurations de toutes sortes, intérieures et extérieures, avec ses belles galeries, ses merveilleux appartements remis en état, ses trophées rétablis sur sa balustrade, il est redevenu ce palais de Louis XIV qui n’a pas d’égal dans le monde entier.

Prise de la balustrade au bord de ta terrasse du Château. La grande pièce des Suisses parait dans l'e'loignement.

ORIGINES. - l’orangerie. - LA PIÈCE DES SUISSES. - LE CURTIUS

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