‹ Versailles et les deux Trianons;Chapitre 16 sur 44 · REDDITION DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

REDDITION DE CAMBRAI

PANNEAU SUBSISTANT DE L’ESCALIER DES AMBASSADEURS Le tableau par Van der Meulen. — Ornements par Le Brun.

rempli d'une infinité de pierres gravées, de médailles antiques et modernes. Après avoir vanté la beauté d'un grand bassin d’argent appelé « le médaillon », trouvé dans le Rhône et représentant la continence de Scipion, Piganiol fait un inventaire sommaire des tableaux qui ornent ce cabinet.

C’est d'abord : la Vierge, l'enfant Jésus et saint Jean, de Raphaël; Jésus guérissant la belle-mère de saint Pierre, par Paul Véronèse; la Sainte Famille, du

même; Saint François, par Carrache ; une Sainte Famille et le Saint Michel, de Léonard de Vinci; la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras, de Mantegna ; un Crucifix, de Paul Véronèse ; la Vierge portant l'enfant Jésus avec saint Georges, sainle Catherine et saint Benoît, par le même; l’Ange et Tobie, d’André del Sarte; puis le Sacrifice d' Abraham, par Carrache; la Vierge, Jésus et plusieurs saints, par le Parmesan ; la Descente de croix, par Van Dyck ; Y Adoration des Rois, par Paul Véronèse; le Sacrifice d' Abraham, par Holbein.

Avant de continuer le détail des œuvres d’art, peintures, médailles et bijoux, richesses entassées dans les divers salons de la petite galerie, il est nécessaire d’en indiquer l’origine.

Comme il est dit dans le travail que F. Vi Ilot a consacré à déterminer la provenance des œuvres qui composent le musée du Louvre, c’est à François Ier qu’il faut faire remonter l’origine des belles collections françaises. Partout il fit recueillir et acheter des objets d’art à grands frais : antiquités, médailles, camées, orfèvrerie, bijoux, peinture, sculpture. Louis XIII augmenta cette collection d'une façon notable, mais elle était encore loin de l’importance qu’elle devait prendre.

Le cabinet du roi de France, à l’avènement de Louis XIV, ne renfermait pas deux cents tableaux; à sa mort, le nombre des peintures s’élevait à plus de deux mille. Colbert fut chargé de veiller à l’accroissement de cette collection. Quand le Parlement anglais fit vendre celle qu’avait formée le roi Charles Ier, une grande partie des tableaux fut adjugée à Jabach, le riche banquier; parmi eux on remarquait la Maîtresse du Titien ; le Saint Jean-Baptiste , de Léonard de Vinci ; YAntiope, du Corrège ; la Mise au tombeau, les Pèlerins d’Emmaüs, Jupiter et Anliope, du Titien, et bien d’autres chefs-d’œuvre.

Mais les dépenses exagérées du grand amateur Jabach le forcèrent un jour à vendre à son tour une collection formée avec tant de soins; il en céda une partie au cardinal Mazarin, puis fit proposer à Louis XIV, par M. de Metz, trésorier du conseil, de se rendre acquéreur de l’autre. Le roi donna l’ordre d’achat, et Colbert paya deux cent mille livres pour posséder cent une peintures et cinq mille quatre cent quarante-deux dessins de maîtres. De plus, Louis XIV avait acheté à la mort de Mazarin les tableaux et les statues, les joyaux, les pierreries, les médailles, la vaisselle d’or et d’argent, les tapisseries qui formaient sa collection. D’un autre côté, Colbert achetait pour le compte de son maître des tableaux de Poussin au duc de Richelieu , et faisait rechercher en Italie des œuvres des maîtres qui n’étaient pas représentés dans les collections de Jabach et du cardinal. Dès lors le cabinet du roi fut constitué et organisé au Louvre, à côté de la galerie d’Apollon.

Le Mercure de France raconte les détails d’une visite que Louis XIV fit à ce cabinet; le roi fut tellement frappé par la vue des nombreux chefs-d’œuvre qui y étaient exposés, qu’il voulut les avoir désormais sous les yeux sans se déplacer, et en fit apporter la plus grande partie à Versailles; ils y sont restés jusqu’à l’époque de la Révolution française, où ils ont fait définitivement retour au Louvre.

Du petit salon du cabinet, passons dans la salle du cabinet des médailles et

des bijoux, aujourd’hui salle des gouaches, et enfin dans la petite galerie du Roi dont les trois salons éclairés sur la cour étaient adossés au mur de fond de l'escalier des Ambassadeurs. La décoration de cette galerie avait été confiée à Mignard, qui, sur la voûte formant le plafond du premier salon, avait représenté le Soleil sur son char, escorté par les Heures ; Prométhée y apparaissait brandissant un faisceau de roseaux qu'il venait d'allumer au feu du soleil et fuyant Jupiter prêt à le foudroyer. Minerve le couvrait de son égide, pendant que deuxZéphires soufflaient sur le nuage qui l’emportait avec Prométhée; la mère de celui-ci, implorant Jupiter, arrêtait son bras qui portait la foudre; etMercure, Ganymède et l’Aurore, avec leurs attributs, augmentaient le cortège du maître des dieux.

Les compositions de Mignard lui firent le plus grand honneur et lui furent payées, suivant les comptes des bâtiments, la somme de trente-trois mille livres. La réputation de Mignard était déjà grande depuis longtemps, et ces travaux avaient été précédés d’autres qui lui assignaient une belle place, sinon la première, parmi les peintres de son époque. Destiné à la médecine par sa famille, comme Perrault l’avait été par la sienne, il abandonna aussi la science pour l’art, et, à l’âge de quinze ans, dit son biographe, le maréchal de Vitry le chargeait de peindre la chapelle de son château; dès l’âge de douze ans, il avait peint des portraits qui furent loués par des connaisseurs, ajoute l'abbé de Fontenai.

Rome l’attira, comme tous les grands artistes de son temps. 11 quitta l'atelier de Vouet, qui l’avait pris en affection et l’avait fait accepter comme maître de dessin de M^de Montpensier. Mignard semblait s’être fixé définitivement en Italie, où il avait exécuté des travaux très appréciés, peignant surtout des portraits de grands personnages, parmi lesquels celui du pape Urbain VIII, lorsque M. de Lionne, secrétaire d’État, lui écrivit de revenir incessamment, parce que le roi désirait l’avoir à son service. Rentré à Paris, Mignard s’y lia avec Molière, dont il peignit le beau portrait que l’on connaît, avec La Fontaine, Boileau, Racine, Chapelle, Bossuet, Fénelon, et eut un parti à la cour, parti qui s’efforçait de combattre Le Brun au profit de Mignard. Nous ne raconterons pas les anecdotes tant de fois répétées sur cet antagonisme des deux grands artistes, antagonisme dont l’effet fut d’éloigner Mignard de l’Académie, dont Le Brun était directeur, et de le laisser à la tête de l’Académie de Saint-Luc, qu’il affirmait préférer à l’autre.

Ces querelles regrettables ne l'empêchèrent pas de peindre la coupole du Valde-Grâce, œuvre célébrée en vers par Molière, de décorer l’hôtel de Longueville,

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