‹ Versailles et les deux Trianons;Chapitre 17 sur 44 · IG · texte numérisé non relu

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où il peignit sur un plafond : X Aurore escortée par les Heures , œuvre considérable dont il ne reste qu'un fragment exquis, la tête de l'une des Heures qui figura à la vente d’Eudoxe Marcille; puis il produisit la décoration de la galerie

et du grand salon de Saint—C'loud. Colbert, protecteur de Le Brun, étant mort, Louvois lui ayant succédé comme surintendant des bâtiments, grand admirateur de Mignard, le fit agréer par Louis XIV pour peindre à Versailles le petit appartement du roi et le cabinet de Monseigneur.

Bientôt Mignard reçut des lettres de noblesse et fut nommé premier peintre

du roi : ce fut le dernier artiste qui porta ce titre, Louis XIV ayant déclaré, après la mort de Mignard, que personne ne le remplacerait. Outre les œuvres que nous avons mentionnées dans cette courte notice, signalons encore les portraits de Bossuet, Turenne, Colbert, M"' de La Vallière, la marquise de Montespan, M““ de Maintenon, de Sévigné, de La Fayette, et tant d'autres reproduits par la gravure, sans compter ceux qui figurent dans les musées et dans les collections. Mignard mourut le 3o mai 1695, à Paris, rue Richelieu, et non le i3 aux Gobelins, comme l’ont dit plusieurs de ses biographes. Revenons au premier salon de la petite galerie, et indiquons quelques-uns des principaux tableaux qui y figuraient.

C’était d'abord un portrait d'Holbein, peint par lui-même; puis ce très beau portrait de femme, peint par Léonard de Vinci, qui, dans le Trésor des merveilles de Fontainebleau , est indiqué comme celui de la duchesse de Mantoue et a reçu dans le public le nom de la Belle Ferronnière, maîtresse de François Ier (on présume que ce portrait, qui, comme le suivant, fait aujourd’hui partie de la collection du Louvre, était celui de Lucrezia Crivelli, que Léonard peignit à Milan vers 1497); puis le portrait de Mona Lisa, appelé sous Louis XIV « le portrait de Lise»; ce chef-d'œuvre de Léonard de Vinci fut aussi apporté de Fontainebleau à Versailles. Mentionnons aussi la Vierge du Titien, la Madeleine du même maître; Jésus-Christ sur le chemin du Calvaire, par Paul Véronèse; des tableaux de l’Albane, d’Annibal Carrache, du Dominiquin; le beau portrait à' Alphonse d'Avalos, marquis de Quasi, une des plus belles toiles du Titien.

Avant d’entrer dans la petite galerie proprement dite, nous devons signaler, outre les belles gravures dont les planches appartiennent à la Chalcographie, et qui reproduisent beaucoup des tableaux qui figurent dans les appartements de Versailles, celles qui font partie de l’ouvrage de Monicart. Ce singulier poète prend soin de dire au lecteur, au bas de son épître au roi. qu’il a composé son ouvrage dans le château de la Bastille, à Paris, où il a été prisonnier d’État pour affaires de guerre, depuis 1710 jusqu’en 1714.

En tête du second volume il dit encore au lecteur, prenant l’imprimeur du livre pour porte-parole : « Ami lecteur, l’auteur, encore vivant, a composé à la Bastille cet ouvrage, composé de douze volumes d’environ dix mille vers chacun, sans le secours d’aucun livre. La mémoire seule lui a servi de bibliothèque ; ce qui paraîtrait difficile à croire, si le fait n’était pas confirmé par l'aveu même des personnes supérieures encore vivantes qui avaient le commandement et Tins-

pection dudit château, pendant la détention de l’auteur. Cet ouvrage a été composé en trois années, ce qui aurait demandé le cours de la vie humaine pour la composition et presque autant de temps pour le porter à sa perfection, etc. etc. »

Deux volumes seulement parurent de ce curieux ouvrage ; ils ne furent publiés qu'en 1720, sous ce titre que nous abrégeons : Versailles, immortalisé par les merveilles parlantes des bâtiments, jardins, bosquets, parcs, statues, groupes, etc., composé en vers libres français, par le sieur Jean-Baptiste de Monicart, ancien trésorier de France de Mets, avec une traduction en prose latine du sieur Romain Le Testu de Rouen, maître ès-arts de l'Université de Paris. Suivent bien d’autres détails de ce titre, qui emplit une page de longues lignes composées en petits caractères.

Parmi les gravures de cet ouvrage reproduisant des tableaux de la partie du château que nous visitons, il faut citer : de Mignard, la Chute de Prométhée, gravée par Sébastien Antoine, et la Naissance de Pandore, gravée par C. Dupuis; ce dernier plafond faisait partie du second salon situé au bout de la petite galerie; puis la Circoncision , par Jules Romain, gravée par Marie-J. Renard; Jésus-Christ au jardin des Olives, par Le Brun, gravé par Thomassin ; Saint Jean au désert, de l’Albane, gravé par Fonbonne; le Baptême du Christ, par le même, gravé par Maria Hortemels, femme de Nicolas Cochin; Hérodiade, de Giorgione, gravée par Roman; la Résurrection, d’Annibal Carrache, gravée également par Maria Hortemels; Joseph et la femme de Putiphar, par l’Albane, gravé par la même; David chantant les louanges de Dieu et la Sainte Cécile, du Dominiquin , gravure de Thomassin; du Corrège : la Vertu héroïque, victorieuse des vices: l'Homme sensuel, deux tableaux gravés par Surugue, et Neptune et la mer, par Mignard, gravure de Maria Hortemels.

Nous croyons devoir faire grâce à nos lecteurs des descriptions poétiques de Monicart; nous nous contenterons, pour donner une idée de la facture du poète, de citer ces vers qui terminent son épître au roi, pour qui il vient de former tous les vœux que la flatterie peut inspirer :

Ha ! plaise au juste Ciel que tout ce que j’avance Arrive un jour ainsi, pour le bien de la France,

Et que ton bon sujet et zélé Monicart,

Qui fait parler en vers, Grand Roi, tant de merveilles,

(Dont nul mortel, ailleurs, ne verra les pareilles) ,

Puisse dans ta mémoire acquérir quelque part !

Si ridicule que soit le poème de Monicart, il offre, comme celui de Denis, de qui nous avons parlé précédemment, de précieux renseignements sur Versailles. Denis, que la nature de ses fonctions d’adjoint à Francine, l'ingénieur hydraulicien, appelait à se borner aux travaux du parc, a surtout étudié les jardins, les bosquets, et ne s’est occupé que de l’extérieur du château. Quant à Monicart, il

Un des motifs du milieu des voussures de l’escalier des Ambassadeurs.

n’en connaît guère que les appartements, bien que sa modeste muse se soit essayée à chanter la beauté de certaines statues et l’élégance de quelques vases. L’un complète donc l’autre, et il est curieux de trouver dans leurs mauvais vers certains détails que ne nous a pas donnés la belle prose de leur temps.

La corniche de la voûte de la petite galerie était ornée de huit grandes figures de bronze représentant : la Science, la Paix, la Justice, les Vertus héroïques, la Renommée, l'Histoire, l’Éloquence et la Perfection. Au milieu de six fenêtres simulées dans la voûte, on voyait des groupes d’enfants représentant l’Amour et les

Arts, la Poésie, entourés des poèmes d’Homère, de Virgile et du Tasse. D autres enfants symbolisaient la Musique, les Sciences, les Arts, etc.; les compositions ont été gravées par Thomassin.

Outre les tableaux gravés dans l’ouvrage de Monicart et que nous avons signalés plus haut, la petite galerie contenait dans sa collection : le Christ sortant du tombeau, de Carrache; la Nativité, par le même; le Baptême du Christ, par l’Albane; la Madeleine, du Guide; la Vierge, parle Parmesan; l'Union du dessin et de la couleur, par le Guide, gravé par Schultze; la Fécondité, par l’Albane ; un Ecce homo, du Guide; la Sainte Famille, de Raphaël; une Nativité, de Carrache; la Vierge, de Raphaël; l'Espérance, de Mignard; le portrait des frères Bellin, par Jean Bellin; la Sainte Catherine, de Léonard de Vinci ; la Foi, par Mignard; le portrait de Balthazar Castiglione, par Raphaël , que Piganiol appelle la Tête de Castillan, et qui, comme tant d’autres tableaux de Versailles, fait aujourd'hui partie de la collection du Louvre; l 'Assomption , de Poussin; le Saint Michel, de Raphaël; la Vierge, du Titien; de nombreuses toiles de Carrache et d’autres maîtres italiens.

En lisant les descriptions des appartements de Versailles à diverses époques, on verra que ces tableaux ne conservèrent pas toujours les mêmes places. Naturellement il fallut en orner les appartements quand la petite galerie fut détruite; mais, indépendamment de ce cas de force majeure, on déplaçait assez fréquemment, sur l’ordre du roi, les tableaux qu'il lui plaisait de voir dans sa chambre à coucher ou dans les salons des grands appartements.

Nous avons dit plus haut que la petite galerie fut installée dans les appartements que M” de Montespan dut quitter, quand l’influence qu’elle exerçait sur le roi commença à décroître. Soit que son orgueil n’ait pas voulu qu’elle parût touchée de sa chute, soit qu’elle ait essayé de ramener le roi à elle par une feinte indifférence ou par un spectacle qui eût diverti son esprit, elle voulut lui donner une fête quand elle se fut résignée à occuper l’appartement du rez-de-chaussée qui lui avait été assigné. Le Mercure donne de grands détails sur cette dernière fête, avant laquelle celle qui n’était déjà plus la favorite fit présent au roi d’un livre estimé à la valeur de deux cent cinquante mille francs de nos jours et contenant des peintures et des miniatures représentant les victoires du roi.

Dangeau, à ce propos, écrivit dans son Journal, à la date du mercredi 21 février i685 :

« Le soii , à huit heures, on alla chez Mme la Dauphine, où l’on joua et où l’on fit de petites loteries. Après souper, Monseigneur suivit le roi chez M“ de Montespan, où il y avait des marionnettes et une foire fort jolie; toutes les boutiques étaient tenues par des masques. M"“ de Nantes et de Blois, M. le duc du Maine, étaient marchands fort joliment habillés. La fête fut fort jolie et galante, et le roi y fut assez longtemps. »

Motif d’angle des voussures de l'escalier des Ambassadeurs.

On modifia donc pour la marquise l’appartement des Bains, qui se composait de cinq grandes pièces au rez-de-chaussée, à l’angle du château éclairé au nord. Monicart, dans sa description en vers de l’appartement des Bains, dit qu’il était orné de huit colonnes doriques de marbre de Rance; Piganiol en mentionne six de brèche isabelle, avec des bases et des chapiteaux de bronze doré; ces bronzes sont attribués à Caffiéri, qui a laissé tant de beaux spécimens de son art au château de Versailles.

Monicart, parmi les quatre statues de marbre du vestibule, cite un Mercure, un Apollon, un Bacchus et une Vénus; cette dernière statue, sculptée par Clérion, était peut-être une réplique de celle qu’on voit dans le parc, en descendant la rampe gauche du parterre de Latone. Il signale aussi deux statues de Diane,

vante le riche plafond octogone du salon où l’or, le métal doré, le marbre et la peinture brillent de toutes parts; il détaille les chambranles, les bandeaux des fenêtres et des portes faits de marbres variés, puis douze figures en plomb doré, servant de torchères et personnifiant les mois de l’année.

Sur la cheminée était placé un tableau de Houasse, représentant Daphnis poursuivie par Apollon, peinture gravée par Flipart pour Versailles immortalisé. Revenons aux douze mois de l'année cités plus haut, et ajoutons que ces figures avaient été exécutées d’après Le Brun, qui donna le dessin de presque toutes les statues, des groupes, vases, bas-reliefs et en général de toute l’ornementation du château. C’est de cette direction unique que résulte l’harmonie de l’ensemble des œuvres d’art de Versailles; les sculpteurs, les peintres, les ornemanistes surent plier leur talent à la discipline de Le Brun, abdiquant le plus souvent leur personnalité pour concourir à une œuvre admirable.

Chacun des mois dessinés par Le Brun représentait un jeune homme ailé et drapé assis sur une stèle, tenant d’une main une corne d’abondance contenant les productions de fruits et de fleurs de la saison, et de l’autre une branche de flambeau; au-dessus de la tête de chacun d’eux et encadré sous une guirlande de feuillages, s’élevait un médaillon contenant un des signes du zodiaque. Ces intéressantes compositions ont été, dit M. Jouin, gravées par Thomassin, et celles qui figurent dans le livre de Monicart l’ont été par Surugue, Flipart, Crepy et aussi Thomassin.

Quand M” de Montespan quitta Versailles pour Fontevrault et d’autres résidences, 1 appartement des Bains fut donné au duc du Maine, puis au comte de Toulouse; plus tard M™ de Pompadour en habita une partie, et, sous Louis XVI, les tantes du roi, Mraes Sophie et Victoire, l’occupèrent à leur tour. Il ne reste actuellement que quelques débris du temps de Louis XIV, les volets de la salle des bains, un bouton de cuivre ciselé et doré, représentant un soleil. La décoration que Louis XV y fit faire fut détruite en partie sous Louis-Philippe. On voit cependant encore de remarquables fragments de corniches au-dessus des portraits de maréchaux qui sont placés aujourd’hui dans ces salles.

Avant de quitter le rez— de— chaussée pour remonter aux grands appartements, signalons la galerie basse qui prend jour d’un côté sur le parc et de l’autre sur la Cour de Marbre, et qu on a longtemps appelée Galerie de Louis XIII, bien qu’elle n’existât pas sous son règne. Monicart consacre une page de son poème à la desciiption, surtout à la louange de ce vestibule : louange qui, indirectement, n'est

que celle du roi. Ces vers, qui par leur forme rappellent ceux qu’on emploie pour les charades, contiennent pourtant un renseignement utile: c'est le vestibule qui parle lui-même :

Mon terrain est un long espace vide,

Dont le dessus voûté sert d’un appui solide,

Pour supporter tout le fardeau De la façade du château.

J'ai même, comme Atlas, sur mes épaules larges La plus précieuse des charges :

C’est l’appartement de Louis Et la chambre du lit où ce héros repose.

En effet, la chambre du roi est placée juste au-dessus du vestibule prenant jour sur la Cour de Marbre. En quelques autres vers, Monicart fait comprendre que ce vestibule servait de passage de cette cour au parc, et que ce passage était fermé la nuit ; il insiste sur la description des seize colonnes doriques de marbre de Rance qui soutenaient la voûte et sur la richesse des grilles à ornements dorés qui servaient de clôture au vestibule du côté de la cour et du côté du jardin.

Sur la gauche de cette galerie basse et faisant pendant à l’appartement des Bains, se trouvait celui du Dauphin, dont la magnificence égalait, si elle ne la dépassait, paraît- il, celle des autres appartements. Il occupait l’angle du château opposé à celui des Bains, et ses fenêtres faisaient, d’un côté, face à la terrasse du parc, et de l’autre à une partie du parterre des fleurs, qui est celui qui domine l’orangerie. Piganiol, comme d’ailleurs ses contemporains, dit que cet appartement avait été très richement orné pour Louis de France, le Dauphin, fils unique de Louis XIV, et qu’il l’avait occupé toute sa vie. Outre les ornements, la peinture, la marqueterie, on y voyait, dit-il, tout ce que la Chine et le Japon avaient de plus beau et de plus rare.

Dans la chambre du Dauphin figuraient plusieurs tableaux, parmi lesquels Gaston de Foix, par Giorgione. Le cabinet comptait, entre autres chefs-d’œuvre, un parquet de marqueterie de Boulle.

Henry Havard, dans sa consciencieuse étude sur ce grand artiste, dit justement que son ouvrage le plus considérable fut le cabinet du Dauphin, et qu il passa pour son chef-d’œuvre. Tous les étrangers de marque, princes, ambassadeurs, sollicitaient la faveur de le visiter, ainsi que les collections de gravures, d orfèvrerie si précieuse et de cristaux, qui lui servaient d annexes. Le Dauphin, qui avait le goût très délicat en matière d’art, et qui avait appris à dessiner avec

Israël Sylvestre, donna tous ses soins à l’ameublement de son appartement et notamment à la décoration de son cabinet.

Panneau de l'escalier des Ambassadeurs. Buste de Louis XIV jeune.

Il en confia 1 exécution à Boulle. Du 9 août 1682 à fin décembre de la même année, celui-ci toucha vingt et un mille neuf cents livres, et du n janvier i683 au 18 juillet suivant, trente-huit mille livres pour les ouvrages de marqueterie

faits au cabinet du Dauphin, et qui consistaient en meubles merveilleux, tables, coffrets, scabellons, etc.

On a pu voir au palais de San Donato, entre autres objets provenant du château de Versailles, un spécimen du mobilier de cet appartement, en un magnifique coffret à deux corps et à trois faces, que Boulle fit pour le mariage du grand Dauphin avec Marie-Christine de Bavière. Il était à double couvercle et à six ornements à doubles cannelures en bronze doré, servant d’abattants et recouvrant six séries de tiroirs à bijoux, à deux mascarons de têtes barbues aux angles, à six mascarons de femmes laurées servant de serrures aux abattants ayant à leur base six mufles de lions ; le tout en bronze doré, ainsi que les tores de laurier et la pomme de pin couronnant le meuble, dont la marqueterie en première partie pour le corps du meuble, en seconde pour son couvercle, était exécutée en cuivre et en étain sur écaille.

Les entrées des serrures étaient formées de dauphins en bronze doré. La base, supportée sur la face par quatre balustres accolés, n’était pas d'une moindre richesse d’ornementation en bronze doré et en travail précieux de marqueterie. Elle était reliée par un entre-jambe cintré, orné d’un plateau circulaire en bronze doré. A la partie supérieure, un tiroir à entrée de serrure en bronze doré représentait une tête laurée. A l’intérieur du principal couvercle était une grande glace.

Les deux intérieurs n’étaient pas d’un moins riche travail de marqueterie que l’extérieur et présentaient une série de tiroirs invisibles à secret; sur chacune des faces, une poignée en bronze doré aidait à ouvrir les tiroirs intérieurs. Trois clés, modèles de luxe dans leur genre, accompagnaient ce coffret haut d’un mètre soixante-dix centimètres, large de près d’un mètre et profond d’environ soixante centimètres.

Ce meuble étant probablement le seul qui ait échappé à la destruction, nous avons cru devoir en donner cette description détaillée.

Le plafond de ce cabinet avait été peint par Mignard; on y voyait une vaste allégorie où le Dauphin était représenté en héros, assis sur des nuages, vêtu en Romain, appuyé d’une main sur son épée, et de l’autre sur son bouclier; le soleil, sous les traits d’Apollon, laissait glisser sur lui des rayons de lumière, et des divinités l’entouraient. Ce plafond fut détruit sous Louis XV, et il ne nous en reste que la gravure de Gérard Audran.

Dans ce cabinet on voyai t aussi , placé au-dessus de la cheminée . le Ti ioviphc

de Flore, par Le Poussin, grande composition gravée par Maria Hortemels, et aussi par Fessard et par Audran. Ce tableau fut transporté de Versailles à Fontainebleau et fait aujourd’hui partie de la collection du Louvre. Plus loin, c était le Déluge, de.Veronèse; une Vierge, de Giorgione; un Portrait de Raphaël, par lui -même; le Triomphe de Vespasien et de Titus, par Jules Romain; Circé, par Le Guerchin, et le célèbre Concert champêtre, de Giorgione, tableaux dont la plupart sont aujourd’hui dans les galeries du Louvre, ainsi que celui de la Jeanne d’Aragon, de Raphaël.

Avant de quitter le rez-de-chaussée, où nous reviendrons plus tard quand nous parlerons des dernières modifications qu’il a subies, enregistrons ici celle qui consista à diviser en deux parties la cour qui se trouvait comprise au milieu des bâtiments du sud-ouest du château; on dut, en effet, se résoudre à en sacrifier l’étendue, lorsqu'il fut décidé que le duc de Bourgogne avait atteint l’âge où il pouvait vivre avec la duchesse. Celle-ci était logée, par ordre du roi, dans l’appartement de la feue reine ; on construisit donc un corps de bâtiment qui reliait par le milieu les deux plus longues façades intérieures du château et établissait une communication entre l’appartement du duc et celui de la duchesse. Ces deux cours prirent le nom, l’une de cour du Dauphin ou de la Reine (précédemment elle avait été dénommée cour de Monseigneur), et l’autre, celle qui était située du côté nord-est, fut appelée cour Verte.

Pour parvenir aux grands appartements de Louis XIV, il faut aujourd’hui entrer par la cour de la chapelle et, après avoir traversé le vestibule du rez-dechaussée, lequel conduit aux galeries établies dans l’aile du nord, monter au vestibule de la chapelle du premier étage. Dans le premier vestibule du rez-dechaussée, on remarque un bas-relief important de Nicolas et Guillaume Coustou, symbolisant le passage du Rhin par Louis XIV; ce bas-relief remplace celui de Pierre Puget, maintenant au musée du Louvre et représentant Alexandre et Diogène. Ce n’est que depuis les remaniements opérés dans le château sous Louis-Philippe que s’est faite cette substitution. Le bas-relief y figurait encore en 1828.

On a maintenant accès au premier étage par un petit escalier dans lequel on verra deux têtes d’anges sculptées, œuvres d’art intéressantes. Arrivé au haut de cet escalier, on entre dans le second vestibule de la chapelle qui conduit à la tribune du roi et aux tribunes latérales. La décoration de cette salle est des plus élégantes ; le plafond est entouré d’une corniche où l’on remarque de très beaux

bas-reliefs allégoriques en stuc. Dans les écoinçons, sont groupées des figures représentant les quatre parties du monde sous l'aspect de femmes assises auprès de trophées et au-dessus desquels volent de petits génies ; les portes et les

fenêtres sont surmontées de figures assises symbolisant les vertus. Deux statues occupent les niches qui sont situées à droite et à gauche de la salle : ce sont la Gloire, par Vassé, et la Magnanimité, par Bousseau.

Mais le chef-d’œuvre qu’il faut admirer dans ce vestibule, c est la grande porte à deux battants, s’ouvrant sur la chapelle, chef-d œuvre de la sculpture

Panneau d’un des volets subsistants, du commencement de Louis XIV. Appartements du rez-de-chaussée.

Imp. Ch Wittmann.

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ornementale du xvn siècle, la serrure seule est un admirable morceau dune richesse et d’une élégance incomparables, et rien n’est plus harmonieux que ces ornements qui entourent les deux petits anges soutenant la couronne de F rance, dont 1 écu ailé fleurdelisé se trouve sur la gâche de la serrure. De cette salle, qui jadis faisait partie de l’ancienne chapelle, on peut, en jetant un coup d œil vers le parc, se rendre compte de son ancienne disposition; on retrouvera ainsi la vue du haut de la partie nord du grand avant-corps du château qui se trouve dans le tableau que nous avons déjà mentionné, et qui représente Dangeau prêtant serment à Louis XIV, comme grand maître des ordres du Mont-Carmel et de Saint-Lazare.

Avant de traverser le salon d’Hercule qui suit cette salle et précède celle de l’Abondance, remarquons, placée sur la gauche, quand on tourne le dos à la chapelle, l’inscription funéraire de Mansart, gravée sur une plaque provenant de l'église Saint-Paul, à Paris. Elle est ainsi conçue :

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