‹ Versailles et les deux Trianons;Chapitre 19 sur 44 · SALLE DE MERCURE. - J. -B'. DE CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

SALLE DE MERCURE. - J. -B'. DE CHAMPAGNE

SALLE d’aPOLLON. - SALON DE LA GUERRE. - «“’* DE MALNTEN ON

algré les nombreuses restaurations qu’eurent à subir certaines parties des salles, notamment les peintures des plafonds, dont les retouches sont généralement un peu dures et leur ont retiré beaucoup du charme qu’ajoutent les années, il faut reconnaître que l’ensemble de la décoration des appartements offre encore aux yeux une richesse et une grandeur incomparables.

Évidemment ces salons si admirablement garnis jadis de tables, de vases, de meubles de toutes sortes venus des Gobelins, où le génie de Le Brun produisait sans relâche des modèles pour les peintres, les orfèvres, les sculpteurs, les ferronniers, les tapissiers, etc., sont bien nus aujourd hui qu'ils ne sont meublés que de quelques modestes banquettes. C est à peine si de loin en loin on retrouve une console du temps; tout a disparu, jusqu aux mer-

veilleuses espagnolettes ciselées des fenêtres, remplacées par celles que leur a donné le goût de l’Empire. Mais, disons-le, dès qu’on a fait quelques pas, on ne songe plus à ce que le château a pu être autrefois, ébloui qu’on est par la magnificence qu’il montre encore aujourd’hui.

Continuons notre visite en suivant les grands appartements dans l’ordre où ils se présentent, en la dirigeant vers le salon de la Guerre, où se trouvait, avant la reconstruction de Mansart, le grand cabinet du roi, c’est-à-dire à l’angle nord de l'avant-corps principal du château.

Salle de Vénus. — En sortant de la salle de l’Abondance, on entre dans celle de Vénus, qui, avant les remaniements, était la première des appartements du roi; on l'appelait aussi : Grande Salle de l’escalier du Roi. Cette désignation se trouve dans le plan des appartements de l’ouvrage de Demortain. Elle avait une entrée sur l’escalier des Ambassadeurs, dont elle a conservé, comme la salle de 1 Abondance, une porte, précieux reste de cette partie du château aujourd’hui détruite, chef-d’œuvre de Philippe Caffiéri, qui laissa à Versailles de véritables merveilles d art. Ces portes peuvent être mises au nombre de ses plus beaux morceaux, par l’élégance de la composition et la perfection des détails.

Dans son excellent livre sur les Caffiéri, sculpteurs et fondeurs-ciseleurs, M. Guiffrey, en relevant les nombreux travaux de Philippe Caffiéri à Versailles, donne ce détail sur ces portes, desquelles il ne nous reste plus que les spécimens dont nous parlons : « Les sculptures de la façade du Louvre terminées, Caffiéri active les travaux du grand escalier de Versailles. La cage, la rampe et les ornements paraissent achevés, car il n’est plus question que des portes qui aboutissent à 1 escalier. Dans le courant de l’année 1678, il achève la sculpture de huit de ces portes, pour lesquelles il reçoit 4,400 livres, ce qui les met chacune à •55o livies. » Caffiéri n était pas seulement un sculpteur sur bois, comme on le \erra dans la notice que nous donnerons sur ce grand artiste, quand nous parlerons de ses travaux pour la flottille du grand canal.

Bien probablement, et il est aisé de s’en rendre compte en parcourant la liste de ses œuvres, Caffiéri dut, avec Cucci, être l’auteur de ces portes de bronze travaillées à jour dont parlent les écrivains du temps, et entre autres Félibien. Quant aux portes sculptées et dorées de l’escalier des Ambassadeurs, par une singulière mesure administrative prise sous Louis-Philippe, elles échappent aux regards du public; la partie la plus intéressante, celle que Caffiéri a ornée de ces ingé-

nieux entrelacs, de ce soleil, de ces griffons, de ce beau chiffre de Louis XIV, est enfermée dans une sorte de tambour formé par une autre porte donnant sur 1 escaliei qui a remplacé celui des Ambassadeurs, et ne laisse voir à l’extérieur qu’une décoration peinte et dénuée d’intérêt artistique. Rien ne serait plus aisé que de la retourner et de laisser admirer au public un si remarquable morceau.

Portrait de Caffiéri.

Comme celui du salon de l’Abondance, le plafond du salon de Vénus a été peint par Houasse et non par Rousseau, ainsi que le dit Monicart dans son Versailles immortalisé , confondant avec lui l’auteur de peintures représentant des berceaux de treillages en perspective. Primitivement cette salle était la première des grands appartements du roi; Monicart lui fait dire :

Du grand appartement du Roy,

La première pièce c’est moi.

. . Lorsque l’on vient par mon grand escalier

Pour aller dans les autres chambres,

Mon lieu sert de passage et s’offre le premier.

Je suis pavée et revêtue De marbres variés, très plaisants à la vue,

Et de ses beaux compartiments (Mélangés de couleurs et de doux agréments)

Mon enceinte entière est parée ,

Jusqu’à ma corniche dorée.

On dut renoncer, peu de temps après la construction des appartements, au pavage en marbre dont il est question dans ces vers, et le remplacer par les parquets de bois qu’on voit encore aujourd’hui, ne conservant le marbre que pour les chambranles des portes, les lambris et les ébrasements des fenêtres. Cette salle était magnifiquement meublée; comme les autres salles qui la suivent, on y voyait des tables, merveilles de décoration d’orfèvrerie, dont il ne reste plus trace que dans quelques gravures et des tapisseries des Gobelins.

Le Mercure dit que ces tables étaient chargées de fruits, de confitures, de fleurs, qui restaient exposés pendant les quatre heures que duraient les divertissements. Chacun y venait prendre ce qui lui plaisait. « Deux grands lustres d’argent pendaient sur deux foyers de deux pieds de haut sur trois de diamètre; huit girandoles de cristal, portées par des guéridons dorés, éclairaient les quatre coins de la salle. Les portières et les tabourets étaient de velours vert galonné d’or. »

Dans une niche faisant face aux fenêtres, on voit aujourd’hui, réinstallé à sa place primitive, une statue en marbre de Louis XIV, par Jean Warin. Le roi est représenté debout, vêtu à la romaine bien que coiffé de la grande perruque. Du bras droit qui est nu, il s’appuie sur son bâton de commandement, qui repose sur une cuirasse jetée sur le sol; le bras gauche, couvert par les plis d’un manteau, s’appuie sur un casque supporté par une massue à laquelle est attaché un grand bouclier ovale; le torse est couvert d’une cuirasse modelée sur le corps, à laquelle sont attachées, par une ceinture ornée de petites têtes de lions, des lanières de cuir en forme de tunique. Les pieds sont chaussés de riches cothurnes lacés, à la partie supérieure desquels on voit aussi des masques de lions.

L’aspect de la statue est noble; mais, quoique d'un travail parfait, elle semble plutôt l’œuvre d’un orfèvre, d’un ornemaniste, que d’un statuaire. Les accessoires, la tête de Méduse qui tient le milieu du bouclier, la bordure entrelacée de ce bouclier, les cothurnes, sont traités avec un soin extrême, et cette perfection, cette délicatesse d’exécution qui appellent l’attention, la détournent sur les détails, et cela au détriment de l’ensemble.

Ce morceau très intéressant avait été remplacé par la statue antique de Cincinnatus, aujourd lrui au Louvre, 1 oeuvre de Wnrin fut alors transportée sur le palier de 1 escalier des Princes. Quand la statue de Cincinnatus fut envoyée au Louvre, on mit à sa place, sous Louis-Philippe, les Trois Grâces, de Pradier. Enfin ce groupe moderne, étrange dans les appartements de Louis XIV, fut mis à la place de la statue de Warin , qui a repris aujourd'hui définitivement la sienne dans la salle de Vénus, entre deux vases de marbre aux cannelures torses.

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Nous avons parlé plus haut du plafond de cette salle peinte par Houasse. 11 représente Vénus assujettissant à son empire les Divinités et les Puissances. Retouchée comme les autres peintures décoratives du château, l’œuvre de Houasse, par ses tons durs et crus, se détache très nettement des riches ornements qui l’encadrent; de grandes belles figures assises accompagnent les encadrements des tableaux carrés peints sur les côtés du plafond en camaïeu d or. Vénus est représentée sur son char, couronnée par les Grâces, le corps enguirlandé de fleurs, pendant que des amours voltigent autour d’elle. Vulcain lui apporte des armes qu’il vient de forger, pendant que Jupiter, Bacchus, Mars, accourent rendre hommage à sa beauté. Les héros et les héroïnes qui viennent se joindre à eux sont : Titus et Bérénice, Marc-Antoine et Cléopâtre, Jason et Médèe, 1 hésée et Ariane.

Le premier tableau des côtés du plafond, pour suivre la description très exacte de Piganiol, est vis-à-vis des fenêtres. 11 représente Nabuchodonosor faisant élever les jardins de Babylone, Celui qui est du côté de la chapelle montre Auguste donnant au peuple romain le plaisir des courses de chars dans le cirque.

Dans celui qui est du côté des appartements, c’est Alexandre qui épouse Roxane. Dans le quatrième, placé au-dessus des fenêtres, c’est Cyrus faisant passer ses troupes en revue.

Ces peintures sont des allégories à certains faits du temps, célébrés aussi bien par la peinture que par la poésie. Le carrousel donné par Louis XIV était rappelé par Auguste instituant les courses de Mars; la guerre de 1667, par la revue des troupes passée par Cyrus; les travaux exécutés à Versailles et notamment dans le parc, par la construction des jardins de Sémiramis, et le mariage du roi par celui d’Alexandre et de Roxane.

Salon de Diane. — Ce salon a aussi porté le nom de Salle de billard. Le plafond, divisé en cinq compartiments contenant des peintures, est aussi richement orné que les précédents. Diane, présidant à la chasse, à la pêche, à la navigation, est représentée assise au milieu du disque de la lune sur un char traîné par deux biches et accompagnée des Heures ailées; une femme tient un filet à prendre les oiseaux, une autre le gouvernail d’un navire.

Dans les quatre cintres qui entourent ce plafond sont autant de tableaux qu’on trouve gravés dans le livre de Monicart, et représentant, l’un, César envoyant des colonies à Carthage; le second, Cyrus attaquant un sanglier; le troisième, Jason abordant à Colchos pour conquérir la toison d'or; et le quatrième, Alexandre chassant au lion. Les deux premiers sont d’Audran, et les deux derniers de Lafosse, qui a peint aussi, au-dessus de la cheminée, un tableau représentant le Sacrifice d'Iphigénie au moment où Diane fait paraître la biche qui doit être immolée à sa place (gravé par Surugue).

Il ne faut pas confondre Gabriel Blanchard, qui a peint le plafond de la salle de Vénus, avec Jacques Blanchard, son père et non son oncle, comme le disent plusieurs biographes. Le Louvre possède des tableaux de Jacques Blanchard, et ceux de Gabriel Blanchard ne se rencontrent guère qu’à Versailles ou à Trianon. Ce dernier naquit à Paris en i63o, et y mourut en 1704; ce fut son oncle, Jean Blanchard, peintre comme son frère Jacques, qui lui enseigna les principes de son art.

Claude Audran, que nous venons de nommer, fut un des meilleurs élèves de Le Brun, qui l’employa aux ébauches de ses grands tableaux du Passage du Gratiique et de la Bataille d Arbelles . « Il entrait si bien dans le goût de ce maître, dit un de ses biographes, que ses productions offraient le même style. » Il peignit la chapelle du château de Sceaux, la galerie des Tuileries, et fut employé à la décoration du grand escalier des Ambassadeurs. L’Académie le reçut en 1675,

et le nomma professeur en 1681. Il appartenait à la famille du grand graveur Gérard Audran; il naquit à Lyon , en 1639 ou 1641, et mourut à Paris, en 1684.

Quant à Lafosse, qui peignit dans la salle de Vénus Alexandre à la chasse au lion, nous parlerons de lui quand nous décrirons les peintures de la chapelle dont il orna une partie de la voûte du chevet, au-dessus du maître-autel.

On verra, encastré dans le marbre de la cheminée de la salle de Diane, un petit bas-relief représentant la Fuite en Égypte, et attribué par quelques auteurs à Sarrazin; d’autres y reconnaissent une sculpture de Van Opstal, d après un dessin de Sarrazin. C’est, en tous cas, une œuvre très intéressante du xvne siècle.

Placé au fond de la salle, et faisant vis-à-vis aux fenêtres de la salle de Diane, s’élève le buste en marbre de Louis XIV, par le cavalier Bernin. « Cet habile

sculpteur, dit Piganiol de La Force, n’a pas seulement représenté au naturel tous les traits de ce grand monarque, il a encore rendu visible son cœur et son esprit; il a exprimé cette noble fierté qui fait la terreur du genre humain, sans altérer en aucune manière cette douceur qui en fait les délices. » La vérité, c’est que ce buste, œuvre de fougue et de hardiesse sculpturales, fut, dit-on, taillé en plein bloc par l'artiste, plus soucieux, peut-être d'étonner les courtisans de Versailles que de donner une image ressemblante du roi. Quoi qu’en aient dit ses admirateurs, ce n'est là qu’une improvisation curieuse et non une œuvre d’art digne de figurer au nombre des beaux morceaux qu’a laissés le cavalier Bernin.

Le grand architecte, peintre et sculpteur italien, ne fut d’ailleurs pas heureux quand il s’agit pour lui de faire un buste ou une statue de Louis XIV. Outre celui dont nous venons de parler, nous signalerons un autre buste qu’il sculpta également en marbre, et qui est placé aujourd’hui dans la grande Galerie; avec son visage enfoui sous les boucles de la perruque, il ne présente guère qu’une physionomie caricaturale.

Bernin ne devait pas s’en tenir là; il fit une statue équestre en marbre de Louis XIV. Le visage était, paraît-il, méconnaissable, mais point assez cependant, puisque Girardon fut chargé de le défigurer et de transformer en statue de Curtius celle qui devait représenter le grand roi. Nous étudierons plus tard cette statue, que dans sa bienveillance courtoise La Bruyère qualifie « une faute de Praxitèle », ainsi que le statuaire, quand nous parlerons de la pièce d’eau des Suisses, au bout de laquelle on la relégua, et où on peut la voir encore aujourd’hui. Le portrait de Hyacinthe Rigaud, le buste de Coysevox (celui qui était dans l’escalier des Ambassadeurs), la cire de Benoist et cent autres portraits de Louis XIV, suffiraient à établir que le mérite des bustes et statues que le cavalier Bernin fit pour Versailles ne fut pas la ressemblance!

On fit au buste du Bernin les honneurs d’une belle place dans le salon de Diane, qui est celle qu’il occupe encore aujourd’hui, et que Félibien décrit ainsi : « Vis-à-vis des fenêtres, il y a, dans l'enfoncement du milieu, un piédouche avec des trophées de bronze en bas-relief, posés ensemble sur un grand socle. C’est là que le buste du roi, fait en marbre par le chevalier Bernin, est placé sous une couronne portée par des enfants ailés. Ils sont de bronze doré et s’avancent de dessus une corniche en manière de fronton, qu’un petit avant-corps et des consoles de bronze attachées au-devant soutiennent. »

Quelque grands que soient les défauts qu’on puisse reprocher à ce morceau de sculpture au point de vue de la ressemblance, on ne saurait nier qu’il ne pré-

sente un bel aspect d'ensemble et tienne bien sa place au milieu des richesses décoratives du salon de Diane.

On voit encore dans ce salon une belle répétition du portrait de Louis XIV,

Salon de Vénus. (Plafond.)

par Rigaud, dont l’original est au musée du Louvre; quelques reproductions en plâtre de bustes, parmi lesquels celui de Turenne, par Coysevox; des bustes modernes, un portrait de Marie-Thérèse d’Autriche, attribué aux frères Beaubrun. La reine est représentée vêtue d’une robe et d’un manteau aux fleurs de lis doublé

d’hermine, et assise auprès d’une table sur laquelle est un coussin portant la couronne royale; deux colonnes soutiennent un rideau drapé au-dessus de sa tête.

Signalons encore, dans ce salon, une belle table en bois sculpté et doré, faisant partie des meubles fabriqués aux Gobelins, et qui ornaient ces grands appartements, vides aujourd’hui de toutes leurs richesses. Mentionnons aussi un beau buste en marbre de Coysevox, représentant Louis de France, dauphin, sur-

Salon de Vénus. (Dessus de porte.)

nommé le Grand Dauphin. 11 est revêtu d’une armure ornée de fleurs de lis et de dauphins très habilement sculptés, sur lesquels passe le cordon du Saint-Esprit et un pli de manteau; sur le piédestal on voit, en bas-relief, un dauphin.

Le Mercure décrit ainsi une partie de cette salle en 1682 : « Quatre grands lustres d argent et quatre chandeliers de même matière, posés sur des guéridons dorés de six pieds, sont aux angles d’un billard couvert d’un grand tapis, traînant à terre, de velours cramoisi, garni d'une frange d’or au bas; quatre formes du même velours galonné d’or, posées sur deux estrades couvertes de tapis de Perse, rehaussées d or et d’argent, servent aux dames quand elles veulent s asseoir pour regarder jouer au billard. Quatre caisses d’orangers d’argent, de trois pieds de haut et de deux de diamètre, posées sur des bases de même matière,

hautes d’un pied, et quatre girandoles d’argent, portées par des guéridons dorés, sont au côté des formes. Une grande cassolette, quatre grands vases et quatre plus petits parent le bord de la cheminée, et deux chenets d’argent de deux pieds de haut sont au foyer. »

A cette note du Mercure , reproduite par E. Soulié, Dussieux ajoute très justement que la plaque de la cheminée elle-même est une œuvre d’art.

Salon de Mars. — Ce salon fut aussi appelé salle de Bal, suivant l’indication du plan des appartements de Demortain; il servit également à donner des concerts. Selon Monicart, il portait primitivement le nom de salle des Gardes. Personnifiant cette salle, il lui fait dire :

Cher curieux qui me regardes,

Apprends aujourd’hui qu’autrefois On me donna le nom de la Salle des Gardes Du plus magnifique des Rois;

Mais on a fait de moi depuis un autre usage :

Je sers d’ Appartement, de montre et de passage,

Et comme mon circuit est grand et spatieux,

Je suis le Rendez-vous des plaisirs et des jeux.

Quand Louis veut donner un Festin magnifique,

Des Bals, des Concerts de musique,

Pour voir et réjouir et rassembler la cour,

Il choisit pour cela mon commode séjour.

Poursuivant sa description, il vante tout dans ce salon, depuis « le bois du parquetage, le marbre des lambris, les grands miroirs de glace qui remplissent les trumeaux placés au-dessus de tables faites de calcédoine , les girandoles de cristal de roche posées sur des guéridons dorés », jusqu’aux tableaux de maîtres qui l’ornaient.

C’est d’abord le saint Jean, de Raphaël, qui est actuellement au Louvre. Ce tableau, après avoir été concédé à l’église de Longpont, en 1820, dit Villot, cité par M. P. Engerand, figura à la vente du duc de Maillé, chez lequel il avait été transporté pour être restauré. Acheté cinquante-neuf francs par un marchand, il fut revendiqué par l’État et fit retour à la liste civile en 1 838. 11 était placé en dessus de porte dans le salon de Mars.

Puis c’est la Visitation de la Vierge à sainte Élisabeth, par Sébastien del Piombo, actuellement au Louvre, et qui fut gravé par Thomassin; la Famille de

Darius aux pieds d'Alexandre, de Le Brun, qui, avec les Batailles d Alexandre, fait aussi partie de la collection du Louvre. Outre les belles gravures d’Edelinck

et d’Audran, il en existe une qui n’est pas sans valeur, de L. Crépy fils, dans le « Versailles immortalisé »; la sainte Famille, par Paul Véronèse, tableau ainsi désigné par Piganiol, et qui n’est autre que la Vierge, l'Enfant Jésus,

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sainte Catherine, saint Benoît et saint Georges, aujourd’hui au Louvre. Du même maître, les Pèlerins d’Emmaüs, qui font aussi partie de ce musée. Signalons encore une Vierge, de Palma; une Vierge et saint Pierre, du Guerchin; la Nativité de la Vierge, par Pierre de Cortone, également au Louvre.

De chaque côté de la salle de Mars étaient élevées deux tribunes de marbre entre deux colonnes d ordre ionique : c était là que se plaçaient les musiciens; une cheminée séparait ces deux tribunes. C est encore Monicart qui nous renseigne sur la façon dont elles servaient :

A dos de cette cheminée Est un passage fait exprès ,

Par où chaque tribune à l’autre communique,

Ht commode au Buffet, comme pour la Musique, Au temps des Festins, des Ballets.

Entrant dans les moindres détails, le poète nous apprend que deux tableaux, l’un de Palma, l’autre du Titien (Monicart doit ici commettre une erreur, et veut probablement parler de Paul Vèronèse), sont soutenus par des cordons tressés d or. Le classement des tableaux fut d’ailleurs fréquemment modifié dans cette salle comme dans les autres.

Le précieux inventaire des tableaux du roi, rédigé en 1709 et 1710, par Nicolas Bailly et publié pour la première fois par M. F. Engerand, permet de suivre dans leurs pérégrinations les tableaux qui figuraient dans la petite galerie, aussi bien que les tableaux qui ornaient les appartements de Louis XIV, et que nous mentionnerons au cours de la visite que nous faisons dans le château. Ces déplacements d’œuvres des maîtres jettent quelque confusion dans l’esprit des lecteurs qui veulent se renseigner au moyen des diverses éditions de la description de Versailles, par Piganiol de La Force; chacune d’elles porte des indications différentes sur la place occupée par tel ou tel tableau, en même temps que des changements d’attributions à tels ou tels maîtres.

En 1715, en effet, dit M. Engerand, quelques jours après la mort de Louis XIV, le directeur des bâtiments, le duc d’Antin, profitait de la minorité du nouveau roi pour faire retirer de Versailles et transférer à Paris, en son hôtel particulier, cent trente et un tableaux du roi, les meilleurs et les plus célèbres. Cet acte ne souleva aucune protestation, et ces peintures restèrent chez le duc d Antin jusqu’à sa mort, en 1736.

Ces tableaux ne rentrèrent à Versailles que 1 année suivante ; quatre-vingttreize furent placés dans la galerie des tableaux, le reste dans la chambre du roi et dans la pièce voisine.

Dans Piganiol (édition de 1738), nous trouvons, mentionnés dans la salle de Mars, un tableau de Mignard et un autre de Dossi qui ne figurent pas dans l’édition de 1717.

Le Mercure, qu’il est indispensable de consulter pour connaître les détails de

Salon de Mars. (Fragment de corniche.)

l'ameublement des appartements, signale des cabinets de marqueterie d’une délicatesse merveilleuse; il parle de six groupes de figures d’argent, de quatre statues et quatre buires de même métal, qui ornent les deux cabinets. Puis ce sont des cuvettes d’argent en ovale portant des vases et quatre sceaux qui les accompagnent. Aux angles étaient placées quatre grandes buires de six pieds de haut; deux grands lustres, également en argent, pendaient aux deux bouts de la chambre.

Deux grands miroirs, avec des bordures d’argent à cartouche, étaient dressés au-dessus de deux tables, sur lesquelles posaient deux grandes corbeilles, quatre grands chandeliers et quatre petits, d’argent ainsi que les tables. Des girandoles, portées sur quatre guéridons de même richesse, accompagnaient ces deux tables et paraient les entre-deux des fenêtres. Des chenets et des vases d’argent ornaient la cheminée. Au milieu de la chambre, posé sur une table de velours vert entouré de pentes de velours cramoisi à franges d’or, on voyait un trou-madame de marqueterie.

Le Dictionnaire de Trévoux définit ainsi ce jeu : « Le trou-madame est le nom d’un certain jeu où l’on joue avec de petites balles de plomb ou d’ivoire qui entrent dans des trous diversement marqués, et qui font perdre ou gagner. »

Dans la suite des gravures des appartements du roi, par A. Trouvain, on verra, à côté de celles du jeu de billard, du jeu de cartes, etc., une estampe représentant le jeu dont il s’agit ici. Sur une table ovale est installée une tablette entourée d’une petite galerie à portiques. Sur cette tablette sont percés des trous où doivent tomber les billes, celles qui sont lancées trop violemment sortent par les ouvertures du portique et mettent le joueur hors le jeu. A consulter aussi la gravure de Bonnart représentant le duc de Bourgogne, le duc d’Anjou et le duc de Berry jouant sur un billard au « royal jeu des fortifications », et celle où l’on voit les mêmes princes assis devant une table de trictrac.

Le Mercure ajoute : « Une table carrée, quatre en triangles et six à pans sont autour . 1 outes ces tables sont couvertes de velours vert galonné d’or, et garnies de flambeaux d’argent à tous leurs angles, posés sur de petits guéridons. On joue sur ces tables à plusieurs sortes de jeux de cartes, ainsi qu’à divers jeux de hasard. »

Viennent ensuite d’autres descriptions de ce merveilleux mobilier, dont presque toute l’ornementation était d’argent et qui fut fondu par ordre du roi, en 1689, quand fut déclarée la ligue d’Augsbourg, et qu’il fallut subvenir aux nouvelles dépenses de la guerre. « Le roi, dit Dangeau, a fait emporter toute son argenterie, qui était chez Monseigneur et chez Madame la Dauphine, à Paris; il n'y en a plus du tout dans les appartements, et l’on travaille à la faire fondre. » Et plus loin, à la date du 12 décembre 1689, à côté de ces lignes pleines d’indifférence : « Le roi dîna à son petit couvert et alla tirer; Monseigneur courut le cerf. — Le soir, il y eut une comédie nouvelle de Baron, intitulée : le Débauché, qu’on a trouvée très mauvaise, » on lit : « Le roi nous a dit ce soir qu’il avait cru tirer plus de six millions de l’argenterie qu’il fait fondre, mais qu’il n'en aurait guère plus de trois millions. »

Et deux jours plus tard, Dangeau écrit ces lignes qui, rapprochées des précédentes, sont singulièrement significatives : « Le roi fait changer toute la monnaie du royaume. Il laisse toujours sa figure d’un côté, et sur l’autre, aux louis d’or, il y fait mettre la marque qui était aux louis d’argent, et aux louis d’argent il y fait mettre la marque qui était aux louis d’or. Quand cette monnaie nouvelle sera faite, l’écu vaudra trois livres six sols, et le louis d or douze livres dix sols; et

comme piésentement le louis d or ne vaut que onze livres douze sols, le roi gagnera dix-huit lit res sur chaque pistole, et quatre sols sur chaque ècu blanc. »

Passons à la description du plafond, qui, aux retouches près, offre encore aujourd hui 1 aspect qu il présentait sous Louis XIV. Il faut d’abord admirer aux quatre angles de ce salon les très beaux bas-reliefs dorés représentant les quatre nations vaincues. En parlant de ces beaux morceaux, Félibien, signalant les quatre trophées, dit : « L un, composé d’armes, d'enseignes et d'étendards turcs, fait connaître la victoire que les troupes du roi, envoyées au secours de l’Allemagne, remportèrent sur les infidèles à la journée de Saint-Gothard.

« Un autre trophée, formé de dépouilles navales, désigne les avantages qui ont établi le commerce de toutes les Indes; et les deux derniers, où les armes de 1 Empire, de 1 Espagne et de la Hollande se rencontrent, expriment ce que Sa Majesté a fait de glorieux, malgré les efforts d’une ligue que ces trois puissances ont si souvent et si vainement renouée. De jeunes amours ornent de fleurs ces trophées, pour marquer que le roi . par les lois douces et équitables qu'il impose, se fait aimer par ceux mêmes qu’il a vaincus. »

Quant au centre du plafond, il représente le dieu Mars sur un char traîné par des loups. Des cyclopes fournissent des armes aux génies de la guerre qui l'accompagnent, et qui sont représentés par des enfants ailés. Dans le fond, d’autres génies terrassent Saturne et lui arrachent sa faux.

A côté de cette peinture, on voit un tableau allégorique représentant la Victoire soutenue par Hercule; elle est accompagnée de la Prudence, de la Libéralité, figures dans lesquelles quelques-uns reconnaissent la Félicité et l’Abondance, et de génies qui se disputent des couronnes. Cette peinture est de Jouvenet. De l’autre côté, près du salon de Mercure, on voit un autre tableau, celui-ci peint par Houasse, et représentant la Terreur, accompagnée de la Fureur et de la Colère, qui poussent la Crainte et l’Épouvante pour terrifier les puissances de la terre. Les dessus de portes, représentant la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice, ont été peints par Simon Vouet.

Salon de Mercure. — C’est encore Monicart qui nous renseigne, ainsi que le plan de Demortain, sur la destination primitive de cette salle, une des plus belles d’ornementation des grands appartements.

Pour une Chambre à meuble autrefois on me fit,

Et je portai le nom de la Chambre du Lit Dont on ne voit plus que la place;

Mais sans avoir changé de face ,

J’ai tous les mêmes ornements.

Cette place du lit, on la voit encore indiquée, comme celle du trône, dans la salle d’Apollon, par les marques des clous qui fixaient les tapis sur lesquels il était posé.

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