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Partie centrale du plafond d'Apollon (salle du Trône

Le plafond, représentant Mercure sur un char tiré par deux coqs, précédé par l’étoile du matin et environné d’amours, est l’œuvre de Jean-Baptiste de Champagne, neveu du grand peintre Philippe de Champagne. Ce dernier, ayant perdu son fils, demanda cà son frère de lui envoyer de Bruxelles, où il était né, Jean- Baptiste, à qui il enseigna son art, et qui devint lui-même professeur à l'Académie.

Philippe de Champagne le lit partir d’abord pour l’Italie, et l’employa à son retour aux travaux que le roi lui avait commandés à Vincennes. Il peignit un certain nombre de tableaux pour Bruxelles. Revenu à Paris auprès de son oncle, il fut reçu académicien en i663. Entre autres travaux, il peignit, au Val-de-Grâce, la demi-coupole de la chapelle du Saint-Sacrement; Philippe de Champagne lui céda ses travaux de décoration pour l’appartement du Dauphin aux Tuileries. Il avait commencé d’autres peintures pour ce palais quand le roi lui donna l’ordre, en 1671, de venir travailler aux appartements de Versailles.

Guillet de Saint-Georges, historiographe de l’Académie de peinture et de sculpture, dit, dans sa notice sur ce peintre et sur le plafond qu’il exécuta pour la salle de Mercure ; « Comme les pensées des premiers ouvrages qu'on y devait faire étaient sur le sujet des sept planètes, les attributs de Mercure furent le partage de Jean-Baptiste Champagne; il les représenta dans son plafond. Mais, dans les courbes qui se terminent à ce plafond, il traita plusieurs sujets à la gloire des armes et des belles-lettres, entre autres, l'état florissant de l'empire d’Auguste et le progrès des sciences sous le règne du docte Ptolèmée Philadelphe, comme pour en faire autant de parallèles avec le règne de Louis le Grand. Il fit aussi à Versailles tous les tableaux de la chapelle de la feue reine, épouse du roi, et s’attacha avec un soin particulier à peindre une sainte Thérèse qui est au plafond. »

Jean-Baptiste de Champagne peignit aussi des portraits; mais, malgré le talent qu’il montra dans ses ouvrages, il ne saurait être comparé à son oncle, qu’il a cependant imité autant qu'il était en son pouvoir. Il mourut à Paris, en 1 68 1 , dit Guillet de Saint-Georges, en 1688, dit l’abbé de Fontenai. J al , qui fait autorité, fixe la date de son décès à 1681.

Quelque distance qui sépare le talent du neveu de celui de l’oncle, il faut reconnaître une grande aisance de composition dans le plafond de la salle de Mercure, dont le coloris, en tenant compte des retouches et restaurations, a conservé une certaine puissance. Jean-Baptiste de Champagne garde une place honorable à côté des grands décorateurs que turent les peintres du xvne siècle.

11 faut remarquer dans cette salle la merveilleuse ornementation sculptuiale des angles du plafond, où des génies dorés se jouent, attachant des guirlandes de fleurs aux cadres qui en marquent les divisions. Le mobilier était semblable à celui des autres salles; celle-ci, de plus, était ornée dune balustrade d argent qui entourait l’estrade du lit. Cette balustrade fut aussi fondue en 1689; elle était

l’œuvre des orfèvres François de Vallières et A. Loir, et avait coûté 127504 livres 17 sous et 6 deniers.

Lorsque Monicart écrivit à la Bastille sa description de la salle de Mercure, la

balustrade n'existait plus; car il dit, donnant toujours la parole aux lieux qu’il décrit :

Quand mon superbe Lit en ces lieux est dressé, Il éblouit les yeux et se trouve placé Sur une magnifique Estrade Assez basse et sans balustrade.

Parmi les tableaux qui ornèrent la salle de Mercure, il faut citer le saint Michel et la sainte Famille , de Raphaël; 1 Andromède, les Pèlerins d'Emmaüs et la Mise au tombeau, du Titien; les portraits de Marie de Médicis et d’Anne d'Autriche, par Van Dyck; Y Assomption, le saint Sébastien, de Carrache; le Concert, par le Dominiquin; un second portrait de Marie de Médicis, par Rubens, etc.

Piganiol, après avoir décrit une partie de ces tableaux, ajoute : « Voilà les tableaux qu'on voit dans cette salle depuis le retour de Fontainebleau jusqu’après Pâques. Pendant le reste du temps on n’y en voit que deux, savoir : la sainte Famille et le saint Michel, de Raphaël. » Aujourd’hui on trouve dans cette salle

Bellone en fureur. (Cintre du salon de la Guerre, en face des appartements.)

les portraits d’Anne d’Autriche, par Nocret; d’Elisabeth d Orléans, duchesse de Guise; de Françoise-Madeleine d’Orléans, duchesse de Savoie; ces dernières toutes deux tilles de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII.

C’est dans cette salle que Louis XIV fit installer sa chambre à coucher, pendant que l’on préparait celle qui devait être définitivement la sienne. Après sa mort, son corps y fut exposé pendant huit jours; on lavait transformée en chapelle ardente. Dans le Journal des Anthoines, que publia pour la piemière fois M. E. Drumont, et que nous aurons encore à citer, ces « garçons ordinaires de la chambre du roi » ont écrit :

« Le cercueil fermé fut porté par les officiers de la chambre et de la garderobe dans le grand appartement où le Roy donnait les grandes audiences, il était magnifiquement paré des plus beaux meubles de la couronne; on le posa sur un grand lit de parade tiré du garde-meuble, et on le couvrit d un poêle de drap d or

très riche; des deux côtés on avait dressé deux autels sur lesquels un grand nombre de prêtres et plus de cent religieux de tous les ordres célébraient tour à tour la sainte messe pendant la matinée, et psalmodiaient le reste du temps, jour et nuit, sans interruption, jusqu’au 9 septembre que le corps fut porté à Saint-Denis, et, pendant tout ce temps, il fut gardé par les RR. PP. Feuillants, qui sont en possession de garder les corps des Roys jusqu’au jour de leurs obsèques, par préférence aux autres. »

Salon d’Apollon. — C’est dans cette salle qu’était placé le trône de Louis XIV. On peut voir encore, au-dessus de la corniche du mur qui fait face aux fenêtres, les trois grands pitons dorés auxquels était suspendu le dais fixé au-dessus du trône, qui était d’argent. « Des enfants, dit le Mercure, portant des corbeilles de fleurs, en soutiennent le siège et le dossier, qui sont garnis de velours cramoisi, avec une campane d’or en relief. Sur le haut du cintre qui forme le dossier, Apollon est en pied, tenant sa lyre et ayant une couronne de laurier sur sa tête. »

C’est dans cette salle que le roi donnait ses grandes audiences, recevait les ambassadeurs. Monicart, trompé par sa mémoire, y place la visite du doge de Gênes, forcé à venir s'humilier devant le roi de France. Cette scène eut lieu dans le salon de la Paix, où le trône avait été transporté pour la circonstance.

L’ornementation du salon d’Apollon ne le cède en rien aux autres pour la richesse et le goût de sa décoration. Le plafond, divisé en compartiments, contient neuf compositions peintes dont les encadrements sont soutenus, non plus par des enfants, comme dans la salle précédente, mais par d'élégantes statues de femmes. Le sujet principal, œuvre de grand mérite de Lafosse, nous montre : Apollon sur son char, traîné par quatre chevaux et accompagné des Saisons. Près du char du dieu, représenté dans sa première jeunesse, sont des figures de femmes symbolisant la France et la Magnificence. Les voussures, dues au même artiste, représentent: Coriolan levant le siège de Rome, Vespasien faisant construire le Colysée, Auguste faisan t bâtir le port de Mysène, allusions aux grands travaux ordonnés par Louis XIV. D’autres compositions nous montrent : Porus devant Alexandre, la Renommée portant la gloire de Louis XIV dans les quatre parties du monde, et enfin la Révocation de l'édit de Nantes. Ce dernier tableau n’est pas de Lafosse, mais de Vernansal, peintre de l’Académie, élève de Le Brun, artiste dont on ne connaît guère d’autre œuvre que celle-ci, et qui mourut à Paris en 1729.

Quatre célèbres tableaux du Guide figuraient parmi ceux qui ornaient cette

salle, e étaient: Hercule tuant l'hydre de Lente , Hercule sur le bûcher , le Coro&a/ d Hercule et d Acheloüs , et le Centaure Nessus enlevant Déjanire, aujourd’hui tous quatre dans les galeries du Louvre, ainsi que la Vierge et l'Enfant Jésus, de Van Dyck.

Dans ce salon, on regardera avec intérêt un précieux autographe de Louis XIV placé sur une console. Nous en donnerons le texte quand nous parlerons de la Ménagerie et de la participation personnelle que le roi prit à sa construction et notamment à son ornementation.

Signalons encore, dans ce salon, un tableau intéressant, le portrait de Madame Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans. Elle est représentée caressant un petit chien qu’elle tient dans ses bras; elle porte au cou un collier de perles et de pierres précieuses. Les tableaux du Guide et celui de Van Dyck, ajoute Piganiol, ne se voyaient dans cette salle que pendant l’hiver.

Salon de la Guerre. — Du salon d’Apollon on passe dans celui de la Guerre, qui est situé à l’angle nord du grand avantcorps de la façade devant laquelle s’étend le Parterre d’eau. Primitivement, et avant que Mansart eût supprimé la grande terrasse de Le Vau pour la remplacer par la grande Galerie, ce salon en précédait deux autres dont le premier s’ouvrait sur la terrasse. Celui-ci était le Cabinet de la terrasse; le second, le Cabinet, et le troisième, dont le salon de la Guerre occupe l’emplacement, était le grand Cabinet. Les salons actuels, celui d Apollon et les suivants, ont pris la place de la chambre, de l’antichambre et de la salle des Gardes. On peut se rendre compte de ces dispositions en examinant un plan inédit de Le Vau datant de 1669 et reproduit par P. Favier.

Angle du salon de la Guerre

Le salon de la Guerre est éclairé par six fenêtres, trois de chaque côté, et par l'arcade qui donne accès à la grande Galerie; il contraste, par la lumière qui y est répandue, avec les autres salles qui le précèdent, et qui ne reçoivent le jour que par un seul côté. D’une grande. richesse décorative, il paraît plus simple d’aspect que les autres salons, dont l’ornementation semble un peu surchargée, comparée à la sienne.

C’est ici que commence l’œuvre personnelle de Le Brun, dont la grande Galerie nous donnera l’œuvre principale, et qui fut, à vrai dire, l’âme du château. Partout nous rencontrerons les marques de son actif génie décoratif, aussi bien dans les peintures que dans les sculptures, que dans, les moindres ornements, que dans les statues du parc dont il dessina presque tous les modèles, trouvant, chose rare, une soumission, une abnégation complète de personnalité chez les grands artistes qui consentirent à travailler sous ses ordres. C’est grâce à cette discipline que le château de Versailles offre ce merveilleux ensemble, cette incomparable unité qui ne se révèlent que bien rarement dans le domaine de l’art.

Pour le salon de la Guerre, Le Brun peignit le plafond en forme de coupole et les quatre voussures qui l’accompagnent. Au milieu de ce plafond apparaît la France, sous les traits d’une femme cuirassée et casquée, lançant la foudre de la main droite et présentant de la main gauche un bouclier, sur lequel on voit le portrait lauré de Louis XIV. Portée sur un nuage , elle est entourée de victoires ailées, chargées de faisceaux d’armes, déroulant des toiles sur lesquelles sont représentées les conquêtes du roi. Cette peinture a été gravée plusieurs fois : par Hortemels, par Preisler et Ravenet.

Dans les voussures sont symbolisées: l’Allemagne, la Hollande et l’Espagne, par des femmes : la première, tombée sur des faisceaux d’armes brisées; la seconde, foudroyée, se couvrant de son bouclier; la troisième, menaçant la France d’une lance, pendant que ses soldats prennent la fuite.

La quatrième voussure représente Bellone en fureur, traînée par des chevaux emportés qui piétinent sur des hommes et des armes; la Discorde la suit et incendie les palais et les temples, pendant que la Charité s’enfuit et que la balance de la Justice et les vases sacrés sont foulés aux pieds.

On voit dans ce salon, outre six bustes d’empereurs romains, aux têtes de porphyre , aux draperies de marbre de couleurs variées , un grand bas-relief ovale de Coysevox, représentant Louis XIV à cheval et couronné par la Victoire sur un

champ de bataille. Deux captifs, assis sur des consoles en volutes, soutiennent le cadre qui contient le bas -relief; ils attachent, près d’un masque qui est placé au milieu de ces volutes, des guirlandes de feuillage et de fleurs. Deux Renommées, qui soutiennent le haut du cadre, annoncent de leurs trompettes la gloire du vainqueur, 1 une tient une palme, tandis que 1 autre ajoute une couronne de lauriers à la couronne que la Victoire tient au-dessus de la tête du roi. Un premier basrelief soutient cette grande composition; celui-ci, qui sert de support aux deux consoles sur lesquelles sont assis les prisonniers, représente l’Histoire écrivant sur son bouclier les hauts faits de Louis XIV.

Les quatre angles du salon de la Guerre ne sont pas moins intéressants d’ornementation. Dans l’un, deux génies soutiennent au-dessus du soleil une banderole portant la devise : Nec pluribus impur. Au-dessous s’élèvent des fleurs de lis et la couronne de France. Dans le second angle, des génies soutiennent également la devise royale; tous deux tiennent des trompettes. Au-dessus d’eux, mêmes éléments d’ornementation diversement disposés. Le troisième angle ne diffère des deux autres que par le mouvement donné aux génies. L’un tient une palme et une branche de laurier. Dans le quatrième angle, les génies se retournent l’un vers l’autre, sonnant de la trompette. L’aigle impérial est auprès d’eux. Ce symbole a été répété dans le premier et le second angle. Deux dessins de Le Brun, conservés au Louvre, dit M. H. Jouin, ont servi d’études pour deux des angles du salon de la Guerre. Les motifs de ces angles ont été gravés par Preisler, d’après les dessins de J. -B. Massé.

Le grand bas-relief est en stuc blanc; celui qui lui sert de base est en stuc bronzé. Primitivement, dit l’auteur d’une description du château, ce bas-relief devait être modelé par le statuaire Desjardins, puis sculpté en marbre par les deux Coustou. On s’étonne d’ailleurs, dit très justement Vaysse de Villiers, de voir ce bas-relief exécuté en plâtre dans une salle où le marbre a été tellement prodigué, qu’elle en est presque entièrement revêtue, et où tous les ornements sont de matières précieuses lorsqu’ils ne sont pas en bronze doré, comme les encadrements, les corniches, les trophées, etc.

Nous signalerons spécialement les trophées dorés qui ornent les murs du salon de la Guerre; ils sont dus à de grands artistes comme Caffieri et luby, et d'autres. Dans son excellent ouvrage sur les Caffieri, M. Guiffrey dit que Caffieri et Lespagnandel eurent une grande part dans les travaux de la grande Galerie, et qu’ils s’adjoignirent les sculpteurs Légeret et Mazeline. Bien vraisemblable-

ment, les beaux trophées dorés par La Baronnière furent l’œuvre de ces grands décorateurs. On pourrait fixer des attributions de noms en examinant les Comptes des bâtiments, toujours à consulter pour ceux qui veulent connaître tous les détails de la construction extérieure et intérieure du château; tout, ou à peu près tout, s’y trouve, jusqu'à des relevés d’allocations faites à des ouvriers blessés ou aux veuves de ceux qui périrent pendant les travaux. Nous reproduirons d’ailleurs, au cours de cet ouvrage, une page de ces registres; elle donnera une idée de la régularité et du scrupule avec lesquels fonctionnait l’administration française au xvif siècle.

Pendentif du salon de la Guerre.

L Europe chrétienne en paix. (Cintre du salon de la Paix, du côté des appartements de la reine.)

l’escalier DE LA REINE. - APPARTEMENTS DE M“" DE MAINTENON

SALLE DES GARDES DU ROI ANTICHAMBRE DU ROI (l’œIL-DE-BŒUf)

vant d'entrer dans la grande Galerie, nous visiterons les appartements situés du côté du midi, ceux qui prennent jour sur la Cour de Marbre, comme ceux qui sont éclairés sur le parc et qui ont vue sur le parterre de Fleurs et sur la terrasse de l’Orangerie. Nous avons parlé plus haut de l’escalier de la Reine, moins riche d’ornementation que celui des Ambassadeurs, mais cependant d’aspect grandiose. Les contemporains le louèrent dans leurs récits, et nous pouvons constater que leurs louanges n’eurent rien d’exagéré. L’escalier, en effet, est resté dans son état primitif, et, comme nous l’avons déjà dit, suffirait à donner idée de ce quêtait 1 escalier

des Ambassadeurs. Tout l’escalier est pavé de marbre; les appuis des rampes et des paliers sont de marbre noir, et les murs sont revêtus de compartiments de marbre de couleurs variées; des pilastres d’ordre ionique, aux chapiteaux dorés, sont placés au haut de l'escalier.

Félibien ajoute, et nous reproduisons sa description, qui est à peu de chose près celle qu’on donnerait encore aujourd’hui de cette belle construction, que les portes du petit escalier sont enrichies de divers ornements de sculpture dorée. « 11 y a entre les deux portes, dans un chambranle de marbre semblable à ceux des portes, une niche toute revêtue de marbre, où l’on a placé deux figures d’Amour et un trophée. Les Amours, avec leurs carquois et avec leurs mains, élèvent un bouclier où les noms en chiffres du roi et de la reine, entrelacés de branches d’olivier, sous une couronne de France, sont environnés d’une couronne de laurier et accompagnés, en haut, de deux flambeaux allumés, avec une couronne de roses qui termine cette sorte de groupe. Tout l’entablement du haut de l’escalier, au-dessus des pilastres ioniques, est enrichi de quantité d’ornements de sculpture où l’on a encore placé les chiffres du roi et de la reine. »

Signalons, dans une arcade peinte sur un des murs de l'escalier, une composition représentant une galerie avec une colonnade en perspective. Plusieurs figures paraissent dans le lointain, et, au premier plan, on voit un jeune homme portant une corbeille de fleurs. L’architecture fut peinte par Meusnier, les figures par Poërson , et les fleurs par Blain de Fontenay. Sans entrer dans des détails qui deviendraient fastidieux s’ils étaient multipliés, nous donnerons ici le relevé de quelques dépenses partielles qui furent faites pour la construction et la décoration de l’escalier de la Reine.

Dans les Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV , publiés par M. Jules Guiffrey, nous trouvons, par exemple,- pendant l’administration de Colbert et celle de Louvois, de l’année 1 68 1 à l'année 1 685 , les mentions suivantes :

Pour les ouvrages de maçonnerie et autres qui sont à faire pour l’escalier de la Reyne . 25000 1.

Pour les ouvrages de marbre du grand escalier de la Reyne . . . 30000 1.

A Misson et Derbay sur leurs ouvrages de pavé de marbre pour

l’escalier de la Reyne . 6000 1.

A Mathau, sur ses ouvrages à l’escalier de la Reyne . 6900 1.

Pour les ouvrages de marbre pour achever l’escalier de la Reyne, par estimation . 0G0

A Delobel (2 février, 25 may), à compte des portes de fer pour

l’escalier de la Reyne . 2000 1

A La Baronnière, le père, doreur, parfait payement de 1930 1.

13 s. 8 d., pour ouvrages de dorure par luy faits au grand escalier

de la Reyne . 330 1., 3 s., 9 d.

A Misson et Derbay, parfait payement de 5626 1. 11 s. pour pavé

de marbre à l’escalier de la Reyne . 2226 1. 11 s.

Aux mêmes, parfait payement de 9356 1. 6 s. 8 d., pour ouvrages

de marbre . 4856 1., 6 s., 8 d.

A La Baronnière, le père, doreur, sur ses dorures à l’escalier de la

Reyne . 1700I.

A Massou, sculpteur, sur le groupe d’ornements pour les niches

de l’escalier de la Reyne . 300 1.

A Massou et Legros, sculpteurs, parfait payement de 2400 1., à quoy montent les ouvrages de sculpture sur les portes du grand escalier de la Reyne, au château de Versailles . 800 1.

A Delobel, parfait payement de 10000 1. pour les quatre portes de

fer du bas du grand escalier de la Reyne . 2 500 1.

Aux srs Viviani et Houasse, peintres, parfait payement de 3830 1.,

pour quatre tableaux de l’escalier de la Reyne . 3 250 1.

A Baptiste Tuby, sculpteur, parfait payement de 1 824 1. pour vases, pilastres de bronze dorés au feu, posés à l’escalier de la Reyne, en 1681 . 1 324 1.

Il est bien entendu que nous ne donnons ici que quelques-unes des nombreuses mentions des dépenses faites pour l’escalier de la Reine ; on en trouvera beaucoup d’autres aux chapitres des recettes et dépenses, dont le grand intérêt est de faire connaître les noms des artistes qui ont travaillé au château de Versailles. On sera étonné de voir les plus grands d’entre eux accepter des besognes secondaires, tels que restaurations, réparations, qu’on n’oserait aujourd hui confier qu’à des praticiens ou à des ouvriers.

Quittons l’escalier de la Reine et jetons les yeux sur un appartement qui, pour n'avoir rien conservé de son ancienne décoration et avoir vu changer en grande partie ses dispositions, est digne cependant d’attirer 1 attention des visiteuis. 11 est situé au premier étage, du côté gauche de la cour royale, celle qui précédé immédiatement la Cour de Marbre; il est éclairé par trois fenêtres, qui se trouvent dans le premier angle rentrant, et trois à partir du premiei angle saillant de la cour royale. Cet appartement n'est autre que celui qu’occupa M“ de Maintenon jusqu’à la mort de Louis XIV. Longtemps on ignora où il était situé, et le roi Louis- Philippe, bien qu’il fût né au château de Versailles, ne put en designer l’emplacement.

Les pièces qui restent aujourd’hui de cet appartement sont adossées, le grand cabinet avec ses deux cabinets noirs, à l’escalier de stuc qui passe derrière la salle du Sacre, autrefois salle des Gardes, et la chambre à coucher qui communiquait à ce grand cabinet par un petit passage qu'on voit encore maintenant, à la salle du Sacre, ainsi que la seconde antichambre, deux cabinets et une première antichambre entresolée.

On trouvera dans les Comptes des bâtiments de nombreux détails sur les travaux que le roi lit faire à cet appartement quand il le donna à M” de Maintenon. Précédemment il avait été occupé par le cardinal de Furstenberg. Au témoignage de Saint-Simon, de Dangeau, le roi passait une grande partie de sa vie chez M“ de Maintenon; il y travaillait, il y soupait, il y assistait à la comédie. C’est dans le cabinet dont nous avons parlé plus haut, qu’eurent lieu les premières répétitions d ’Estlier. C’est probablement là que Racine en fit la lecture au roi et à M” de Maintenon; là aussi que la jeune duchesse de Bourgogne parut dans cette tragédie.

Bien d’autres œuvres dramatiques furent jouées dans ce cabinet, entre autres une tragédie de Duché, Jonathan, qui fut interprétée par la duchesse de Bourgogne et quelques membres de la famille de Noailles. Les détails de cette représentation se trouvent dans les Mémoires de Dangeau. On y lit, à la date du mercredi 22 février 1702 : « Monseigneur revient de Meudon, où il était depuis dix jours, et alla d’abord chez M“" de Maintenon et vit la comédie. Le Roi ne se met point dans un fauteuil au milieu de la chambre, comme il fait partout ailleurs; il se tient à la porte qui entre chez M” de Maintenon, où il rentre de temps en temps pour travailler, sans vouloir interrompre le spectacle. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et Madame sont assis dans leurs rangs, et Monseigneur se tient auprès du Roi. »

1 lus taid, après la mort de la duchesse de Bourgogne, le roi y fit jouer et repéter lui-même la comédie à ses musiciens, leur rappelant lui-même les tra-

Le duc de Saint-Simon.

ditions de Molière, oubliées par les comédiens véritables. De ce passage des Mémoires de Dangeau, H. Meilhac a, de nos jours, tiré les éléments d'une reconstitution historique sous forme de nouvelle.

Nous ne donnerons pas ici une biographie de M“ de Maintenon; nous nous contenterons d’emprunter à M“ de Caylus quelques passages qui la feront voir sous un autre jour que celui sous lequel l’a montrée Saint-Simon, lequel l’a diffamée avec une éloquence qui n'a d’égale que sa mauvaise foi. Le duc de Nouilles, qui nous a laissé un si intéressant ouvrage sur M” de Maintenon, écrivait en parlant de Saint-Simon : « Il ne rédigea ses Mémoires que dans sa vieillesse, longtemps après les événements, retiré dans sa terre de la Ferté, joignant à son aigieur natuielle celle de 1 âge et de la solitude, aidé seulement de ses nombreuses notes, de ses souvenirs et de sa méchanceté; » il eût pu ajouter : de son incomparable talent. Saint-Simon puisa aussi dans le Journal de Dangeau les éléments reconstitutifs des Mémoires qu’il a laissés.

Dans leurs préfaces de la publication de ce Journal , E. Soulié et Dussieux disent très justement que les additions que fit Saint-Simon en le lisant furent incontestablement la première pensée de ses Mémoires : « 11 ne les a rédigées qu après avoir fait les additions au Journal de Dangeau; et pour les composer, il s’est servi de ce Journal ainsi annoté par lui, de bien d’autres notes encore, et surtout de ses souvenirs. » Ce qui n’empêcha pas Saint-Simon, qui ne connaissait guère la pratique de la reconnaissance, de s’en donner à cœur joie sur les ridicules et la nature de courtisan de Dangeau. « Dangeau, dit-il, fut une espèce de personnage en détrempe. C’était un esprit au-dessous du médiocre, très futile, très incapable en tout genre, prenant volontiers l’ombre pour le corps, qui ne se repaissait que de vent et qui s’en contentait parfaitement. Toute sa capacité n’allait qu’à se bien conduire..., acquérir, conquérir et jouir d’une sorte de considération, sans vouloir s’apercevoir qu’à commencer par le Roi, ses vanités et ses fatuités divertissaient souvent la compagnie. »

A propos de ces divertissements, Saint-Simon cite le fait suivant, qui d’ailleurs ne manque pas de piquant :

« Un an après la mort de M. de Louvois, le roi se lassa d’ètre grand maître des ordres de Saint-Lazare et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, dont Louvois avait toute la gestion en qualité de grand vicaire, et donna cette grande maîtrise à Dangeau. L’envie de s’en divertir eut une grande part à ce choix. Il traitait

bien Dangeau, mais il s’en moquait volontiers. Il connaissait ses fadeurs, sa vanité, sa fatuité : cette grâce en devint une source. On a vu d’ailleurs avec quelle dignité il tâcha d’imiter le roi donnant l’ordre du Saint-Esprit, en donnant celui de Saint-Lazare, combien le prie-dieu était bien imité dans Saint-Germain-des- Prés, comment ses prêtres de l’Ordre, placés comme sont les évêques et les abbés au prie-dieu du roi, représentaient bien les cardinaux avec leurs soutanes et leurs camails rouges; avec quelle grâce et quel air de satisfaction et de bonté Dangeau faisait la roue au milieu de cette pompe et de toute la cour, hommes et femmes, qui y allaient sur des échafauds parés et y riaient scandaleusement. Le roi après s’amusait du récit qu’il lui en faisait faire chez M” de Maintenon, et il était ou se montrait transporté de la privauté de ces conversations et des applaudissements qu’il en recevait. »

Plus loin pourtant, Saint-Simon ajoute : « Il est pourtant vrai qu’il faisait un très noble usage de sa commanderie magistrale. »

Saint-Simon prit donc généralement le contrepied de ce qu’avait dit Dangeau, et c’est ce qui nous a valu son œuvre, où le génie est né de la colère, de la contradiction, de l’injustice, de la haine et de l'envie. C’est de M“ de Maintenon qu’il fit sa victime préférée; aussi faut-il bien se garder de la juger sur la lecture des Mémoires de Saint-Simon. « Une personne, dit le duc de Noailles, qui peut également séduire Scarron et Louis XIV, Ninon de Lenclos et des religieuses, M“ de Sévigné et M” de Montespan, des enfants, des prélats, devait avoir un attrait singulier auquel il était difficile de se soustraire quand on l’approchait. »

■ M“ de Sévigné explique son ascendant sur le roi non seulement par l’habileté d'une conduite irréprochable, mais parce que, d’un caractère opposé à celui de M” de Montespan, elle lui avait fait connaître un pays tout nouveau, c’est-à-dire le commerce de l’amitié et de la conversation sans chicane et sans contrainte.

C’est surtout à propos de la déplorable et odieuse révocation de ledit de Nantes que la mémoire de M“ de Maintenon a été attaquée. On pense moins généralement aujourd’hui qu’on doive lui laisser la responsabilité des dragonnades, surtout lorsqu’on se rappelle les résistances qu’elle apporta elle-même à renoncer au protestantisme. Il ne fallut pas moins de deux années pour convaincre cette enfant de quatorze ans, qui, dit M“ de Neuillant, fatiguait les prêtres la Bible à la main. On se souvient aussi qu'elle écrivait à son frère, qui maltraitait les huguenots : « Ils sont dans des erreurs où nous avons été nousmêmes et d’où la violence ne nous eût pas tirés. » Il faut ajouter qu’il paraît

assez invraisemblable qu'une femme qui envoyait ses domestiques au prêche se soit associée aux cruelles persécutions qu’on exerçait contre leurs coreligionnaires.

Bien que le témoignage de M“ de Caylus puisse paraître suspect, en raison des liens de famille qui Tunissaient à M"" de Maintenon, il faut tenir compte de certaines vraisemblances que contiennent les notes qu’elle a publiées sur ce point.

Elle affirme que les ministres et plusieurs évêques (parmi ceux-ci l’archevêque de Paris, Harlay de Champvallon), « pour faire leur cour, ont eu beaucoup de part aux moyens employés pour l’extirpation de l’hérésie, non seulement en déterminant le Roi à en prendre qui n’étaient pas de son goût, mais en le trompant dans l’exécution de ceux qui avaient été résolus. »

Elle ajoute : « Il est bon de dire, pour rendre ma pensée plus claire, que M. de Louvois eut peur, voyant la paix faite (la paix de Nimègue), de laisser trop d’avantages sur lui aux autres ministres, et surtout à M. Colbert et à M. de Seignelay, son fils, et qu’il voulut, à quelque prix que ce fût, mêler du militaire dans un projet qui ne devait être fondé que sur la charité et la douceur. »

Le souvenir de la guerre du Palatinat, voulue par Louvois, qui ne s’arrêtait guère au choix des moyens, rend cette version assez vraisemblable. En ce cas, l’intervention de M“ de Maintenon pour peser sur l’esprit du roi paraîtrait bien inutile. Mais écoutons encore M“ de Caylus : « Des évêques gagnés par M. de Louvois abusèrent de ces paroles de l’Évangile : Contraignez-les d'entrer, et soutinrent qu’il fallait user de violence quand la douceur ne suffisait pas; puisque, après tout, si cette violence ne faisait pas de bons catholiques dans le temps présent, elle ferait au moins que les enfants des pères que l’on aurait ainsi forcés le deviendraient de bonne foi.

« D’un autre côté, M. de Louvois demanda au Roi la permission de faire

passer dans les villes les plus huguenotes un régiment de dragons, l’assurant que la seule vue de ces troupes, sans quelles fissent rien de plus que de se montrer, déterminerait les esprits à écouter plus volontiers la voix des pasteurs quon leur enverrait. Le Roi se rendit, contre ses propres lumières et contre son inclination naturelle, qui le portait toujours à la douceur. On passa ses ordres, et on fit à son insu des cruautés qu il aurait punies si elles étaient venues à sa connaissance; car M. de Louvois se contentait de lui dire chaque jour : Tant de gens se sont convertis, comme je l'avais dit à Votre Majesté, à la seule vue de ses troupes. »

Voilà ce que ne dirent pas les ennemis de Mme de Maintenon, que sa fortune avait inités, et qui, non contents de colporter sans preuves des récits sur elle à propos de Villarceaux, de Ninon de Lenclos, ne craignaient pas de l'accuser, avec la princesse palatine, de la mort de la Dauphine et de tentative de corruption sur le Dauphin pour gouverner par lui. On ne pouvait pardonner à la veuve du pauvre Scarron d être devenue presque reine de France, d’avoir conquis cette faveur en élevant les enfants du roi et de M"' de Montespan, en ramenant souvent le roi aux égards dus à la reine, d’avoir été non seulement faite marquisè par le roi, mais d’être soupçonnée d’avoir été épousée par lui; car personne ne sut alors rien de positif sur ce mariage.

Il semble que les contemporains de M“de Maintenon et ceux qui ont écrit sur elle lui aient gardé rancune de ne s’être pas fait assez connaître. Son silence, sa retraite, tout ce mystère étonne ; on veut savoir, on ne sait pas, on s’arrête, et puis l’on suppose ; les suppositions deviennent des accusations, et les accusations des preuves de culpabilité et enfin des condamnations. C’est cette attitude générale qui valut une réplique indignée d’un grand écrivain, Barbey d’Aurevilly.

Reprochant à Saint-Simon de l’avoir accusée d’ambition effrénée, il lui répond que cette femme, qui avait le droit de prétendre à tout, arrivée à sa place, s’effaça et vécut avec la simplicité de la plus humble chrétienne entre son royal époux et Dieu. Elle fit, cette prétendue ambitieuse, respecter l’innocence des enfants dont elle était chargée, refréna les désirs du roi, l’épousa en secret, n’en parla jamais, ne revendiqua aucun des privilèges de sa fonction, acheta et sauva des patrimoines de protestants indemnisés, ne répondit point aux calomnies, et, à la mort du roi, baissa ses coiffes, qu’elle n’avait jamais beaucoup relevées, et s en alla mourir à Saint-Cyr. « Où est, continue Barbey d’Aurevilly, où est l’ambition dans tout cela? Voilà la femme que Saint-Simon traîne sur la claie. Il est vrai

que c’est sur la même claie, devenue splendide, qu’il a étendu le corps rayonnant de Louis XIV! »

On sait qu’après la mort du roi M“ de Maintenon se retira à Saint-Cyr pour se consacrer à l’éducation de celles qu’elle appelait ses filles. On l’a accusée d’avoir abandonné le chevet de Louis XIV mourant; il y a là encore une pointe de calomnie de Saint-Simon, qui dit que le roi fut obligé, le 28 août, d’envoyer chercher M” de Maintenon à Saint-Cyr, et qu’elle n’en revint que le 29 au soir. Le 29, dit une note des éditeurs du Journal de Dangeau, M“ de Maintenon fut

tout le jour avec le Père Le Tellier dans la chambre du roi. Si dès le 28 août M“ de Maintenon avait eu l'intention de quitter le roi pour ne plus revenir, elle aurait, dès ce jour-là, abandonné à ses domestiques, comme elle le fit le 3o, ses meubles et son équipage.

A Saint-Cyr, elle reçut, le 10 juin 1717, la visite du czar Pierre le Grand, et y mourut le i5 avril 1719, ayant appris l'incarcération du duc du Maine, celui qu’elle aimait le mieux des enfants de Louis XIV, compromis dans la conspiration de Cellamare.

Ses restes, dispersés en 1793 dans les rues de Saint-Cyr, recueillis par un prêtre, conservés longtemps dans une petite caisse placée dans une armoire de l’école militaire qu’était devenu le couvent fondé par Mme de Maintenon, n’ont été remis dans un tombeau que sous le roi Louis-Philippe.

En traversant le vestibule qui précédait l’appartement de M“ de Maintenon, on entre dans la. sa//e des Gardes du Roi, qui, dénudée aujourd’hui, n’a malheureusement rien ou presque rien conservé de sa décoration d’autrefois, sur laquelle il ne reste que peu de renseignements. Piganiol de La Force se contente de dire : « Après avoir passé sur le palier du Grand Escalier de marbre, on entre de plainpied dans l’appartement du Roi. On trouve d’abord la salle des Gardes, sur la cheminée de laquelle il y a un tableau qui représente un combat où l’on voit des gardes du Roi ; ce tableau est de Parrocel et a cinq pieds de haut sur six pieds neuf pouces de large. »

Dans l'Inventaire des tableaux du Roi, par Nicolas Bailly, publié par M. Fernand Engerand, on trouve la note suivante relative à cette peinture : « i3° Un

et les deux trianons

tableau représentant une bataille, où paraissaient des gardes du Roi; figures de vingt-cinq à vingt -six pouces; ayant de hauteur cinq pieds sur six pieds neuf pouces de large, dans sa bordure dorée. » Puis, dans les Comptes des bâtiments on lit : « A Parrocel, peintre, pour son payement d'un grand tableau qu’il a fait et posé dans la salle des Gardes de Sa Majesté, représentant une bataille : 55o livres. »

Cette peintuie appartient toujours au musée de Versailles et figure à son catalogue sous le nom de Combat de Leuze; il représente la victoire du maréchal de Luxembourg sui le piince deWaldeck, où se distingua la maison du roi.

On ^oit encore, dans cette salle, un intéressant tableau représentant le carrousel donné par Louis XIV devant les Tuileries, le 5 juin 1662, carrousel qui précéda ceux qui firent partie des grandes fêtes de Versailles, et d’intéressantes toiles de Van der Meulen et de Martin. De la décoration primitive, il ne reste aujourd’hui que la corniche et la cheminée.

En sortant de la salle des Gardes du Roi et en se dirigeant vers la salle de l’Œil-de-Bœuf, on entre dans la salle où le Roi mange, qui prit aussi la dénomination d'antichambre du Roi, que Piganiol désigna sous le nom de salle du Grand Couvert. C’est effectivement dans cette salle que le roi mangeait en public et qu’avaient lieu les grands repas qu’on appelle aujourd'hui dîners ou soupers officiels.

Comme à la salle précédente, il ne reste à celle-ci que peu de chose de sa décoration primitive : une belle cheminée en marbre rouge, les chambranles des fenêtres et des portes. On trouvera cependant un tableau qui mérite d’attirer l’attention des visiteurs, c’est celui qui représente Y Institution de l'Ordre militaire de Saint-Louis par Louis XIV, le 10 mai 1693. A l’intérêt historique qui s’y attache s’ajoute celui de la représentation exacte de la chambre à coucher de Louis XIV. La décoration murale seule n’en a pas changé ; mais le lit est loin d’offrir l’aspect qu’il a aujourd’hui, et qui lui a été donné lors de la remise en état de la chambre royale sous Louis-Philippe.

Dans ce tableau, le lit est haut et étroit, les rideaux qui l’enveloppent sont d'une grande simplicité, et il ne présente aucun rapport avec celui qui y est exposé aujourd’hui. Ajoutons que l’emplacement du lit figuré dans le plan de Demortain est plus grand que celui que le lit occupe dans le tableau en question,

bien qu il ne faille pas tiop tenir compte des détails de mobilier dans un plan architectural.

Dans leur excellent travail sur le musée de Versailles, MM. de Nolhac et A. Peraté émettent l’opinion que ce tableau pourrait être l’esquisse d’un modèle de tapisserie. Ils font remarquer que, par un anachronisme d’ailleurs peu grave, le peintre a représenté Louis XIV recevant les chevaliers dans sa chambre telle qu’elle exista seulement à dater de 1702.

Selon Piganiol, la salle où le Roi mange était ornée de plusieurs tableaux représentant des batailles et peints par Parrocel. On relève, dans les Comptes des bâtiments, les ordonnancements de payement de ces tableaux, mais sans en trouver la désignation. L 'État de France, de 1708, donne de curieux détails sur le cérémonial observé pour le repas du roi et pour la remise des placets qui y avait lieu tous les lundis. On y lit, entre autres formalités qui y sont consignées, que les placets étaient tous recueillis par un commis de Chamillart, le secrétaire d’État, qui, après en avoir fait un extrait, le lui donnait. Celui-ci rapportait le rôle au roi, qui le lisait avec attention, marquant de sa main à la marge à quel ministre ou secrétaire d’État chaque placet devait être renvoyé. Ceux qui regardaient les bâtiments étaient renvoyés à Mansart; ceux qui concernaient les ecclésiastiques étaient transmis au Père de La Chaise. Après quoi, un commis en faisait des liasses, qu’il renvoyait à leur destination, tenant un rôle alphabétique de tous pour en rendre compte à chacun ; lesdits placets étaient rapportés au premier Conseil du roi, pour faire droit à chacun. Le commis, au bout de huit ou quinze jours, rendait réponse à chacun, disant auquel des ministres ou secrétaires d’État le placet avait été renvoyé, et, huit autres jours après, il disait ordinairement ce que le roi avait répondu au placet.

Antichambre dit Roi (selon Demortain), Grand Salon ou Œil-de-Bœuf. Ce n'est que sous Louis XV que ce salon prit la désignation d Œil-de-Bœuf , il eut aussi celle de salon des Nobles. Ce salon formait deux pièces jusqu en 1701. Elles faisaient partie de l’ancien château de Louis XIII; celle qui se trouvait à gauche, en sortant du salon que nous venons de quitter, portait le nom de chambre des Bassan, en raison des tableaux de ce maître qui ornaient les dessus de poites et les lambris.

La seconde pièce, celle qui se trouvait à droite, était la chambre à coucher du roi; elle servit à Louis XIII et à Louis XIV. La cloison ou le mur qui séparait ces

deux pièces disparut lorsque le roi eut décidé que sa chambre à coucher serait transportée où on la voit aujourd’hui, c’est-à-dire au milieu de la façade qui prend jour sur la Cour de Marbre.

C’est dans cette ancienne chambre à coucher que Racine faisait des lectures

Boiserie de l’OEil-de-Bœuf.

au souverain, et que Molière exerça ses fonctions de valet de chambre, tapissier du roi. Quand ce salon fut terminé, il excita l’admiration générale; c'est dans Piganiol de La Force et Félibien qu’on en trouve les descriptions les plus exactes. « Son exhaussement, dit Félibien, a donné moyen de faire une ouverture ovale de fenêtre, dans le haut de l’extrémité, vers le midi (salle des Bassan). Il y a en bas, à cette même extrémité, trois arcades, dont deux servent de fenêtres et l’autre est la porte de l’escalier de dégagement par où l’on monte de l’appartement de Monseigneur à 1 appartement du Roi. C’est au-dessus de l’arcade du

milieu que l’ouverture ovale de fenêtre, que l’on nomme un œil-de-bœuf, a été faite pour donner plus de jour au salon.

Nous reproduisons ici, dans leur naïveté, en les confondant en une seule, deux descriptions de la frise qui est encore dans un très bon état de conservation : « Une grande frise rampante, d'une invention nouvelle, environne tout le salon dans la naissance de sa voûte, au-dessus du grand entablement Cette grande bise est surmontée d une autre corniche qui forme deux espèces de frontons ronds au-dessus de la nouvelle ouverture de fenêtre et de 1 ouverture feinte qui lui est opposée. Chacun des frontons est porté par des ligures de jeunes hommes en bas-relief, et le reste de la frise à fond blanc est enrichi de roses et de compartiments en façon de réseaux d’or.

« Il y a sur cette riche mosaïque plusieurs figures en bas-reliefs qui sont dorées et représentent des enfants, dont les uns s’amusent à sauter, à danser et à d’autres jeux qui conviennent à leur grande jeunesse. D’autres, au contraire, ont déjà des sentiments au-dessus de leur âge ; ils semblent s’occuper à dompter des lions, des bêtes farouches, à manier des armes, etc. Les corniches sont toutes dorées, et celle de dessous a des médaillons dont chaque intervalle est rempli d’une médaille avec des festons de fleurs et des branches de palmes et de lauriers. »

Toutes ces sculptures sont de Coustou, Flamen, Van Clève, Hurtrelle, Lespingola, Poirier, etc. Les sculptures en bois sont de du Goulon, de Goupi, etc.

Parmi les tableaux qui ornaient cette salle, il faut citer une Adoration des bergers et une Mise au tombeau , attribués à Paul Véronèse, le premier aujourd’hui à Bruxelles et le second au Louvre; l’Évanouissement d’Esther, de Paul Véronèse, présentement au Louvre; Judith et Holopherne, du même maître, appartenant aujourd’hui au musée de Caen; Suzanne au bain, également de Paul Véronèse, maintenant au Louvre. Au-dessus des portes qui sont près de la cheminée, étaient placés deux tableaux de Bassan.

On peut voir aujourd'hui, dans le salon de l’Œil-de-Bœuf, une peinture qui, si elle ne présente pas un grand intérêt d’art, mérite du moins d’attirer l’attention par l’étrangeté de sa composition : c’est un tableau de Jean Nocret, peintre de l’Académie, représentant en une curieuse allégorie la Famille de Louis XIV. Ce tableau a été diversement commenté. Vaysse de Villiers, dans sa description du château de Versailles, attribuant ce tableau à Mignard, n’est pas, dit-il, «peu

surpris d'y voir le roi entouré de sa femme, de ses maîtresses et de tous ses enfants, légitimes et illégitimes. »

Peut-être, s’il eût été mieux informé, Vaysse de Villiers eût-il donné un moins libre cours à son indignation; il eût appris que ce tableau, peint par Nocret pour le palais de Saint-Cloud, comme le disent les Mémoires inédits sur

Louis XIV et sa famille. (Tableau de Jean Nocret.)

les artistes français, représentait, sous un aspect mythologique, la famille du roi au nombre de dix-huit personnes.

Louis XIV y apparaît sous l'aspect d’Apollon couronné de lauriers ; la reine mère sous celui de Cybèle, mère des dieux et déesse de la terre ; la reine Marie- Thérèse sous celui de Junon; Monsieur sous l’aspect de l’Étoile du matin; Mademoiselle, qui fut reine d’Espagne, sous la figure de Zêphire. A côté de Monsieur est la reine d’Angleterre, mère de Madame, sous la figure d’iris. MUe de Montpensier est représentée sous la figure de Diane. Les trois demoiselles d’Orléans, devenues Madame de Guise, Madame de Toscane et Madame de Savoie, sous la forme des trois Grâces ; le Dauphin y apparaît portant le flambeau de l’amour.

« On y voit aussi , ajoute Combes, cité par Eudore Soulié, feu Monsieur de Valois, qui se joue avec la lyre d Apollon. On voit proche la Reine le portrait de feue Madame, et plus bas, dans un petit cadre, le portrait de deux enfants du roi. »

La vérité est que si la plupart des portraits sont reconnaissables par leur ressemblance a^ec d autres portraits de ces personnages, il en est auxquels il est bien difficile d’attribuer un nom avec certitude. Les petits enfants, par exemple, peuvent être aussi bien des enfants légitimes que légitimés; mais rien ne paraît faire pencher la balance en faveur des premiers ou des derniers.

Jean Nocret, le père, dont nous avons signalé plus haut le portrait d’Anne d’Autriche qui est placé dans le salon de Mercure, et qui fut un peintre remarqué de son temps, est l’objet d'un Mémoire de Guillet de Saint-Georges, dans lequel, sont énumérés les principaux ouvrages de ce peintre, qu’il ne faut pas confondre a\ ec son fils, Charles Nociet, peintre de portraits, qui fut reçu à l’Académie sur la présentation du portrait de son père.

Jean Nocret, né à Nancy, fut, dit-on, élève de Jean Leclerc, son compatriote. Il passa plusieurs années en Italie, revint en France, où il acquit promptement la notoriété. Il fut logé au Louvre, nommé peintre et valet de chambre du roi, contrôleur de la maison de feu Madame Henriette d’Angleterre. En 1657, il alla en Portugal peindre les portraits du roi Alphonse VI, de l’infant et de l’infante. Ce fut à son retour qu’il se mit aux travaux de décoration de Saint-Cloud et des Tuileries, qui sont les plus importants qu’il ait entrepris.

Membre de l’Académie en i663, il fut désigné la même année pour faire partie de la députation chargée de solliciter du Parlement l’enregistrement des statuts et lettres patentes qui mirent fin aux querelles de l’Académie et des maîtres jurés. En 1664, il fut nommé professeur, et; en 1667, adjoint à recteur. Né en 1617, il mourut à Paris en l’année 1672. Cette dernière date est donnée par Jal; les Mémoires inédits sur les artistes français indiquent celle de 1671. La notice de Guillet de Saint-Georges qui a paru dans ces Mémoires est suivie de l’analyse d’une conférence de Nocret sur le Ravissement de saint Paul, du Poussin.

C’est dans la partie du salon de l’Œil-de-Bœuf qui était encore sa chambre à coucher, que Louis XIV eut à subir cette opération sur laquelle Dangeau et Fagon, son médecin, ont donné tant de détails; c’est là aussi qu’il écrivit probablement ces notes qu’on appelle ses Mémoires, et qu’il destinait au Dauphin.

Sous Louis XIV comme sous Louis XV, bien que ce dernier ait déplacé sa chambre à coucher en 1738, les courtisans, les seigneurs attendaient le lever du

roi dans cette pièce. Ils pénétraient ensuite, suivant un ordre réglé d'avance, dans la chambre du souverain, et par ordre d'entrées. L’entrée familière était pour les princes, la grande entrée pour les officiers de la couronne; la première entrée était pour ceux qui par leur charge avaient un brevet d’entrée, l’entrée de la chambre pour les officiers de la chambre du roi. On a beaucoup écrit sur l’Œil-de-Bœuf et notamment de prétendus mémoires, qui ne sont que des compilations amassées sans ordre ou des inventions de libellistes de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci.

Revenons sur nos pas et, traversant les trois salons que nous venons de visiter, entrons dans ceux qui, placés du côté sud-ouest du château, font pendant aux appartements du Roi, c’est-à-dire dans les grands appartements de la Reine.

Motif central d’une voûte des bas côtés de la chapelle (rez-de-chaussée).

Motif de la voussure du salon de la Reine.

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