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Partie de la coupole peinte du salon de la Paix, par Le Brun

Dangeau : « Le doge vint, en son habit de cérémonie, prendre son audience de congé du Roi ; il ne vit personne de la famille royale, ni Monseigneur, ni M” la Dauphine. Le Roi donna au doge une boîte de portraits magnifiques et des tapisseries des Gobelins fort riches et fort belles ; il donna aussi à chacun des sénateurs son portrait enrichi de diamants et des tentures de tapisseries des Gobelins, mais moins belles que celles du doge, » Dans un manuscrit de la bibliothèque du palais de Versailles, inséré à la suite du Recueil des Gazettes de 1 685 , on lit que le doge avait de son côté offert des présents au roi, et que ces présents consistaient en une chaire de cristal de roche garnie dor, deux cantines d or, six chandeliers de table en or, un manteau royal grêlé de perles, travaillé à Messine; un sceptre et une couronne d’or, garnie de pierreries et de diamants, deux

épées grêlées de pierreries, douze caisses de confitures, douze caisses de cire fine, deux bassins et une aiguière d'or.

Mentionnons encore, parmi les événements dont le salon de la Paix fut le théâtre sous Louis XIV, la réception des ambassadeurs de Siam et les fêtes qui furent données à l'occasion du mariage du Dauphin et de la princesse de Savoie, fêtes dont nous avons rapporté plus haut les principaux détails. Puis ce fut la réception de l’ambassadeur de Perse, le 19 février 1715, ambassade qui fut regardée comme une sorte de mystification, dont le but était de faire croire au roi que le renom de sa puissance n’avait en rien diminué.

Saint-Simon, absolument de cet avis, fait remarquer que jamais « le Roi n’affecta tant de magnificence et ne parut plus touché du plaisir d’aucune chose que de celui de voir cet ambassadeur et d’étaler une superbe audience ; il s’en expliqua même de façon que tout le monde se piqua à qui y paraîtrait le plus, et que la foule y fut prodigieuse. Lui-même y pliait sous le poids des pierreries; il y parut extrêmement cassé et montra toutes les faiblesses d’un âge plus avancé que le sien. Pontchartrain, qui le loua pour lui plaire, réussit absolument à lui faire accroire son apogée revenue par cette députation du sophi pénétré d’admiration pour sa gloire. L’avarice, les caprices, la suite, les présents, la commission de l’ambassadeur, répondirent fort mal à la duperie, où tout le monde y vit bientôt clair, excepté le Roi ».

En effet, tout le monde fut plus ou moins de l’avis de Saint-Simon, et les étranges façons de l’ambassadeur étaient loin d’inspirer la confiance. On crut généralement à l’effronterie d’un aventurier protégé par les courtisans. Le journal de Pierre Narbonne, premier commissaire de police de la ville de Versailles, n’est pas fait, au contraire, pour dissiper ce doute. Après avoir rapporté que le trône était placé dans le salon de la Paix, raconté la somptuosité de la réception, il ajoute :

« On disait qu'il apportait au Roi des présents considérables ; mais le tout se réduisit à un collier de perles et à quelques colifichets d’une valeur de trois mille livres. 11 expliqua qu il avait été obligé de jeter une partie de ses effets à la mer ; que le reste lui avait été volé, et qu’il ne lui restait que ce qu’il donna. Il s’éleva quelques soupçons sur cet ambassadeur : les uns le regardèrent comme un imposteur; d autres prétendirent que c’était une mascarade pour divertir le Roi, dont 1 esprit baissait par suite des chagrins que lui avait causés la perte de ses enfants.

« Quoi qu'il en soit, le Roi, se lassant de la dépense que causait cet ambassadeur, voulut le renvoyer. Mais, pour prouver au public que l'ambassadeur était véritable, on lui donna une audience de congé aussi solennelle que celle de sa réception. J’assistai à cette audience. Aussitôt que l'ambassadeur eut pris congé du Roi, il alla chez M. de Torcy, ministre des affaires étrangères, et les tim-

Louis Plielippeaux de Pontchartrain.

baies, hautbois et trompettes qui s’étaient mis devant l'appartement de ce ministre, pour conduire l’ambassadeur en sortant du château, avec la même cérémonie qu’à son entrée, eurent ordre de se retirer.

« Un moment après, l’ambassadeur sortit de chez M. de Torcy. 11 monta à cheval, avec sa suite, la pipe à la bouche, et, au lieu de passer dans le milieu de la haie des régiments des gardes, il prit derrière et partit pour Paris. Le Roi lui fit des présents considérables. 11 partit alors pour Paris, emmena la femme d'un cafetier, et s’embarqua à Rouen. »

Ainsi finit cette ambassade où dominerait une note comique, si 1 on n y sentait

la marque d’une déchéance en même temps qu’une sorte d’injure à celui dont le nom emplissait encore le monde. Quoi qu'il en soit, on ne saurait sourire en présence de cette mystification, si c’en fut une, qui ferait du roi devenu vieux une sorte de Gérante, en se rappelant que quelques mois plus tard il se montra plus grand encore devant la mort qu’il ne l’avait été devant les hommes, et obligea ses plus impitoyables détracteurs, Saint-Simon lui-même, à s’incliner devant la majesté de ses derniers jours.

Pendentif du salon de la Paix.

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