‹ Versailles: le Château - les jardins - les Trianons - le Musée - la villeChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le 6 octobre 178g est une date funèbre pour Versailles. La monarchie française, en quittant le Château où elle avait régné, où elle s'était incorporée durant plus d'un siècle, n'y a laissé que le vide el: la désolation ; il ne sera plus qu'une superlDe et encombrante inutilité, jusqu'au moment où sa transformation en 31usée lui rendra une vie moins éclatante mais assurée de l'avenir.

La Révolution fut clémente pour le Château désert. Xon que, dès 179.2, il n'y ait eu des patriotes p(jur réclamer la destrucLion d'un monument « propre à rappeler le souvenir du despotisme » ; une tradition rapporte même que le conventionnel Charles Delacroix, se promenant sur la terrasse, se serait écrié : « Il faut que la charrue passe ici I » Mais les Versaillais avaient agi ; ils obtenaient la suspension des lois des 16 et 19 septembre ordonnant l'enlèvement des tableaux, statues, oeuvres d'art dont ils étaient justement fiers; ils réussissaient même à faire décréter

par la Convention, le 5 mai 1794, que le Château et les jardins de Versailles seraient « consacrés et entretenus aux frais de la République, pour servir aux jouissances du peuple, et former des établissements utiles à Tagriculture et aux arts ».

Ce fut d'abord une sorte de Musée assez bizarre. Dépouillé de son mobilier, qui avait été transporté à Paris, et dispersé ou lamentablement vendu aux enchères, soigneusement expurgé des emblèmes delà tyrannie, couronnes, fleurs de lis ou chiffres royaux, cj^ue le trop fameux Gamain, serrurier de Louis XVI, avait eu mission, dès le 24 septembre 1792, de faire disparaître de tous les monuments publics de Versailles, le Château servit de dépôt pour les objets d'art confisqués par l'Jùat sur les divers points du département; il renferma un Muséum national où il y avait de tout, jusqu'à une vaste série de curiosités naturelles ; enfin, en 1797, on y installait un Musée spécial de VÉcole française, premier essai du Musée réalisé qmirante ans plus tard par Louis-Philippe, mais conception grandiose, et qui fait honneur entre toutes à la première République. Il vaut la peine de s'y arrêter un instant. Pour compenser la perte des chefs-d'œuvre des écoles étrangères et des antiques du Cabinet du Roi, que la Convention avait fait transporter au Louvre, Versailles reçut du Louvre toutes les toiles d'artistes français qui a' étaient conservées. On put voir, rassemblés dans les grands appartements du premier étage, depuis le salon d'Hercule jusqu'à l'escalier de Marbre, environ six cents tableaux d'artistes français, dont Jean Cousin était le plus vénérable et Prud'hon l'un des plus jeunes. Il y avait vingt-trois peintures de Poussin, huit de Claude Lorrain, la série complète de la vie de saint Bruno par Lesueur, et des Le Brun, des Mignard, des Rigaud, des Largillière, des Chardin, des Vanloo, des Tocqué merveilleux. La collection des morceaux de réception des membres de l'ancienne Académie royale de peinture et de sculpture était là, bien complète, et des sculptures de Coyzevox, de Girardon, de Puget, de Vassé, y faisaient un noble pendant aux statues demeurées dans les jardins.

L'Empire diminua peu à peu et finit par supprimer le premier 3Iusée de Versailles. Le tout-puissant Empereur n'aimait guère ce qu'il n'avait point créé ou réformé lui-même, et il lui plaisait de légiférer jusqu'en matière d'art. Sitôt après 1804, Versailles et les Trianons ayant fait retour au domaine de la Couronne, les travaux y recommencèrent. L'architecte Dufour supprima, de i8ioà 1814, les trophées et les vases qui ornaient la balustrade des combles, et refit en .grande partie les façades. Cependant Fontaine préparait pour Napoléon un projet de reconstruc-

tion totale, qui eût été rachèvement des plans ébauchés sous Louis XV. Il voulait faire d' « un nain difforme, dont les membres gigantesques, plus difformes encore, augmentent la laideur, » un monument majes-

Cliclié Neurdein.

Mademoiselle de Béthis}- et son frère, par Belle.

tueux à l'instar des plus grandes œuvres antiques. Son projet, en somme, n'était c[u'une reprise, avec corrections, des plans de Gabriel et de Peyre le jeune, où rien n'était conservé des appartements donnant sur les cours. Mais l'Empereur ne voulait pas dépenser plus de six millions et Fontaine, Dufour, Gondouin lui en demandaient cinquante; cela arrêta toute décision, et Versailles fut sauvé pour le moment; sans

la ruine de Tlimpire, il faut avouer qu'il é'.ait perdu. On ne peut lire sans stupeur une page, d'ailleurs bien peu connue, du Mémorial de Saiiite-Hélè}u\ qui révèle l'état d'esprit le plus étrange d'un homme fermé obstinément à toute vision d'art. « Je condamnais Versailles dans sa création, » disait-il à Las Cases, « mais dans mes idées parfois gigantesques sur Paris, je rêvais den tirer partie, el de n en faire, avec le temi)s. (|u"une espèce de faubourg, un site voisin, un ])()inL de vue de la grande capitale ; et pour l'approprier davantage à cet ()1)jet, j'avais conçu une singulière idée, dont je m'étais même fait présenter le programme.

De ces l:)eaux bosquets, je chassais toutes ces nymphes de mauvais goût, ces ornements à la Tiircarct, et je les rempla- (;ais par des panoramas, en maçonnerie, de toutes les capitales où nous étions entrés victorieux, de toutes les célèbres l:)atailles qui avaient illustré nos armes. C'eût été autant de monuments éternels de nos triomphes et de notre gloire nationale, posés à la porte de la capitale de l'Europe, laquelle ne pouvait manquer d'être visitée par force du reste de l'univers. » De telles paroles ne se commentent point, mais elles feraient trouver sublimes les plus bourgeoises imaginations de Louis-Philippe.

Ce fut Louis XVIII qui mit à exécution le plan de reconstruction de Fontaine, mais sans dépasser les six millions de crédit que Napoléon y voulait consacrer. Aussi bien ce nouveau travail ne fut-il c|u'un pis aller, un raccord misérable qui semblait rendre plus nécessaire encore la sup-

Napoléon I'''. par Robert Lefèvre.

pression du petit château de Louis XIV. Dufour acheva, en 1820, pour correspondre à Taile de Gabriel, sur l'emplacement du pavillon de Le Vau encore subsistant, la bâtisse médiocre à laquelle son nom demeure attaché. La cour de .^Larbre et la Chapelle furent restaurées, les peintures et dorures des grands appartements nettoyées et ravivées, beaucoup des communications intérieures simplifiées ou supprimées. Voilà le Château redevenu habitable ; mais on n'y rencontre que des familles d'émigrés qui, de 1S15 à 1830, occupent une partie des ailes et Tattique du corps central ; la Révolution de juillet 1830.

enarrachant Charles X du trône, déposséda ces locataires provisoires.

Le roi Louis-Philippe donna au palais encore une fois désert sa destination définitive. Lafayette y voulait transférer les Invalides ; d'autres parlaient, une fois de plus, de le détruire ; en réclamant Versailles et les Trianons pour la dotation

de la Couronne, le nouveau roi prenait rengagement de transformer le Château de Louis XIV en un 3lusée national, dédié <( à toutes les gloires de la France ». L'idée était noble ; était-elle également désintéressée ? peu importe; avant tout elle conservait Versailles. On ne peut s'empêcher de sourire en lisant les dithyrambes consacrés, sous forme d'ouvrages historiques, par Vatout, premier bibliothécaire du roi, et par le comte Alexandre de Laborde, membre de l'Institut, à cette création immense et inégale, dont la partie la plus durable n'est point celle de qui le royal fondateur attendait une sûre immortalité. Comme un autre Louis XIV, Louis-Philippe a voulu faire servir Versailles à son apothéose et à celle de sa famille ; le dessein en perce à chaque page de ces descriptions

L'impératrice Joséphine,, esquisse de Gérard.

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officielles que nous pouvons consulter aujourd'hui à la manière cVun Félibien. « On attendait. » dit Laborde. « un souverain qui eût le sentiment de la patrie assez vif. assez profond. ])our confondre dans son cœur tout ce qu'elle avait produit de grand, et qui peut-être même avait le droit de réclamer personnellement une sorte de part à ces différents

genres d'illustration. Ainsi, à ces anciens preux couverts d'armoiries,

il fallait quelqu'un qui pût dire : Il y a parmi vous deux de mes ancêtres qui se conduisirent assez bien à cette é])oque ; ils s'appelaient saint Louis et Philippe-Auguste. A ces autres guerriers, plus nouveaux,

mais non moins illustres, c[ui ne blasonnent que des cicatrices

il était heureux de pouvoir dire : J'ai affronté, comme vous, les premiers coups de canon tirés contre la liberté ; et ces couleurs nationales, qui vous sont si chères, je n'ai jamais voulu en porter d'autres — A ces hommes plus modestes et plus doux, dont les conquêtes sont cependant

plus durables il fallait qu'il pût dire : Ces sciences. cj[ue vous cultivez

avec tant d'ardeur, mont consolé dans l'exil et nourri dans l'adversité. 3lais c'est à vous surtout qu'il devait s'adresser, hommes simples et grands des journées de juillet....; venez contempler la place glorieuse c[ui vous a été réservée dans cette histoire des siècles. La salle qui porte votre nom termine ce .^lusée national : il faut traverser la galerie des batailles, la gloire de la France entière, pour arriver à la vôtre. Les reconnaissezvous, ces bras nus, ces mains noircies par la poudre, qui écartent les pavés pour faire place au prince c[ue vous avez élevé au trône ? Le voilà cet Hôtel de Ville où vous avez reçu ses serments ; levez les 3'eux et voyez la Charte sous l'emblème de la vérité ; elle vous rappelle les premières paroles qu'il prononça, et il leur a élevé ce monument pour consacrer éternellement sa promesse. »

Pour cette transformation immense, trois années suffirent, et vingtquatre millions de francs, prélevés surtout, il faut le reconnaître, sur la fortune privée du roi. Tous les artistes de France, docilement enrégimentés par les commandes officielles, goûtèrent la douceur du Pactole inattendu ; la grande querelle entre classiques et romantic^ues s'apaisa sur le terrain de Versailles, où Gros et Delacroix furent voisins. Le 10 juin 1837, ^^ roi Louis-Philippe, entouré de ses fils, inaugurait solennellement le 31usée national.

Il en avait décidé lui-même toute l'organisation, discutant les plans de l'architecte Xepveu, et imposant sa volonté malgré de respectueuses observations dont il eût mieux fait de tenir compte. A l'extérieur, où il y avait peu à changer, deux graves erreurs furent commises. La cour de

iMarbre, auparavant élevée de plusieurs marches, et d'où Ton descendait dans les vestibules du corps central, fut abaissée au niveau du rez-dechaussée, ce qui était plus commode à certains points de vue, mais détruisait les proportions de l'architecture du petit château et le faisait paraître encore plus enfoncé derrière les constructions de Gabriel et de Dufour. Une statue équestre de Louis XI^^, en bronze, par Cartellier et Petitot, fut 'logée sur un haut socle, à l'endroit même où se trouvait jadis le seuil de la cour Royale ; et, devant les ailes des Ministres, seize colosses de marbre, debout sur les balustrades de l'avant-cour, annoncèrent, avec des gestes héroïques, la destination nouvelle du vieux Château.

L'histoire de ces marbres est singulière. Par décret du i' 'janvier 18 10, Napoléon avait décidé d'ériger à Paris, sur le pont de la Concorde, des statues de généraux tués à l'ennemi. En i(Si5, quatre de ces . statues étaient seules terminées,

celles des généraux Espagne, Colbert, Valhubert et Roussel. Elles ne pouvaient plaire â Louis XVIIL et une nouvelle liste de douze grands hommes fut remise aux sculpteurs : c'étaient Duguesclin et Bavard, Suger et Sully, Richelieu et Colbert, Condé et Turenne, Tourville et vSuffren, Duquesne et Duguay-Trouin. Ils étaient en place dès 1828 sur les piles du pont, mais ils les écrasaient. Louis-Philippe eut l'idée malencontreuse de les transporter dans la cour de Versailles, en leur adjoignant c[uatre figures nouvelles, qui n'étaient autres c[ue les généraux sculptés sous Napoléon, mais transformés, par une simple substitution de tètes, en personnages plus illustres. Mortier, Lannes, Jourdan et Masséna ; et

CUilié Neuidein.

Le roi de Rome, par Gérard.

c'est ainsi que se recruta la plus bizarre assemblée de héros casqués et empanachés, dans le voisinage, hélas, des belles statues de 3larsy et de ïubi, de Girardon et de Coyzevox. « Alliance de siècles, de grandeurs et de renommées », s'écrie h'riquement Vatout, « qui révèle dès le premier pas la pensée toute française qui a présidé à la création du palais historique de Versailles ! »>

P'aire un .Musée d"un palais qui n"a été ccmstruit que pour Ihabitation sera toujours une entreprise des plus ardues, et dont la réussite ne peut que demeurer médiocre. On s'en aperçoit cruellement au Louvre ; on n'en souffre pas moins, toutes proportions gardées, à Versailles. Ici pourtant il y avait une partie centrale, entre toutes précieuse, dont la conservation s'imposait, les appartements royaux. Xe pouvant les remeubler 'ce qui fut fait, et nous avons vu comment, pour la seule chambre de Louis XIV . Louis-Philippe en orna les murs des cartons peints de l'Histoire du Roi, par Le Brun et Van der3leulen, dont les tapisseries, tissées aux Gobelins, avaient autrefois appartenu à Versailles; mais pour placer svmétriquement ces intéressantes peintures il n'hésita pas, malgré l'insistance de Xepveu, à mutiler un décor parfait comme celui de la chambre de la Reine. Ou'était-ce alors que des boiseries et des cadres de glaces de Verberckt, auprès de peintures, historiques ? L'art du XVlll' siècle, aujourd'hui prisé plus que tout, ne rencontrait qu'ignorance et mépris. Les noms de Louis X\'. de Louis XVI et de 3Iarie- Antoinette sauvèrent fort heureusement la partie essentielle des petits appartements, des cabinets délicieux du premier étage. 31ais. au rez-dechaussée, les chambres et les salons gracieux où le Dauphin, père de Louis XVI, et l'aimable Marie-Josèphe de Saxe coulèrent vnie paisible et honnête existence, où 31""^ Sophie et M"'^ Victoire, et 31"'" de Pompadour avant 31"*° Adélaïde, reposèrent leur indolence et leur lassitude, où 3Larie-Antoinette enfin rassembla ses intimes pour de familières causeries, ces chambres toutes fleuries d'or furent dénudées sans vergogne pour recevoir sur leurs tristes murailles des portraits raidement alignés, en pied ou en buste, de rois douteux, d'amiraux imaginaires, de connétables problématiques, de maréchaux dont les plus illustres ne sont pas les plus ressemblants. Le plus étrange, dans ces aménagements hâtifs et sans contrôle séri^-ux. fut que. par l'erreur d'un bibliothécaire qui cherchait l'appartement de 31"" de 3laintenon au nord de la cour de 31arbre, le véritable appartement de la marquise, situé au sud de cette cour, fut détruit pour donner place à l'escalier de l'attique Chima}^ et à quelques tableaux des guerres de la Révolution ! Louis-Philippe a sauvé

Versailles, on ne peut le nier, mais d'une façon parfois douloureuse et barbare.

Le royal fondateur du 3Iasée a cependant accompli, par l'aménagement des deux grandes ailes du Château, une œuvre nécessaire et qui prête moins à la critique. Il eût été illusoire et même dangereux de

Louis-Philippe et ses fils inaugurant le Musée national de Versailles, par Horace Vernet.

chercher à conserver cet amoncellement de chambres souvent obscures et sans air, et pour la plupart sans ornements ni dorures. Abattre ces cloisons d'une ruche inextricable, supprimer les entresols, rendre aux appartements toute la hauteur que leurs fenêtres annoncent au dehors, ouvrir des vitrages au milieu des toits, pour donner aux attiques la lumière qu'exigent des collections de tableaux, tel était le problème à résoudre, et il fut vite résolu. Les longs corridors de pierre du rez-de-chaussée et du premier étage, promenoirs où se déversait autrefois la vie bruyante du Château, se changèrent en galeries de sculpture, en nécropoles de statues

lOt)

tombales aux blancheurs de marbre ou de idàtre. Et, dans les salles voisines, les tableaux de batailles et les portraits, tous fixés aux murailles, en d'uniformes bordures de chêne, tous encadrés du même filet d'or sur un fond noir, tous munis du même cartel aux indications précises, racontèrent riiistoire de la France depuis ses origines.

Ainsi les précieuses séries de peintures militaires (-ommandées par

Galerie de pierre au rez-de-cliaussée de l'aile du Nord.

l'ancienne monarchie trouvèrent à Versailles un emplacement digne d'elles ; les œuvres de Le Brun, de Van der JMeulen et de leurs élèves qui glorifient le règne de Louis XIV, les campagnes de Louis XV peintes par Lenfant et les Parrocel, les gouaches fameuses de Yiin Blarenberghe, la superbe composition mythologic[ue de Halle qui commémore la paix de 1763, formèrent le premier et le plus riche appoint de collections destinées à un utile enseignement.

Mais ce qui parut extraordinaire et mérita d'être loué par les nouveaux Félibiensà l'égal, sinon au-dessus des plus belles créations deLouisXIV, fut l'énorme Galerie des Batailles, c|ui, à elle seule, coûta deux millions de francs. Pour ouvrir cette nef de cent vingt mètres de longueur sur

treize de largeur, Fontaine et Xepveu vidèrent entièrement Taile du Midi, au niveau du premier étage, de tout ce qu'elle contenait d'appartements avec leurs entresols et leur attique ; sur des armatures de fer que soutenaient trente-deux colonnes en granit, groupées deux par deux aux extrémités et au centre de la Galerie, ils posèrent une voûte cintrée, décorée de rosaces dans le goût classique, et percée dans son milieu d'un vitrage pour compenser la suppression de la plupart des fenêcres. Trente-

Galerie des Batailles.

Cliché Neurdein.

trois tableaux sont encastrés aux parois de la Galerie, où ils célèbrent les gloires militaires de la France, depuis Tolbiac jusqu'à Wagram : c'est Napoléon qui termine l'épopée de Clovis. Charles-31artel et Charlemagne, le comte Eudes et Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel et Philippe de Valois précèdent Jeanne d'Arc et Dunois, Charles VIII et François I"' ; la Prise de Calais et V Entrée de Henri IV à Paris, les victoires de Condé, de Turenne et des maréchaux de Louis XIV sont comme une longue préface des pages plus populaires de la Révolution et de l'Empire, le Zurich de Bouchot, le Rivoli de Philippoteaux, r.4//6'tcrliti de Gérard, V Icna, le Fricdland et le Wagram d'Horace Vernet, Ce grand tournoi officiel, où les Ary Scheffer et les Devéria, les Schnetz,

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l'es Gros, les Lari\-ière, les Couder, d'autres encore, rompirent des lances aux applaudissements du pul)lic, n"a vraiment plus aujourd'hui qu'un vainqueur, Delacroix, avec son émouvant Taillcboiirg ; loin de ce cadre médiocre, ce serait à tous les yeux une merveille surprenante et nouvelle de coloris et de passion.

Louis-Philippe, dans la (ialerie des Batailles, avait fait à la légende napoléonienne la très large part qu'elle était endroit d'exiger ; il lui donna mieux encore, avec toute une série de salles au rez-de-chaussée de cette aile du .^lidi, et au premier étage de l'aile du Xord. \À\ furent réunies un grand nombre de peintures exécutées sur Tordre de Napoléon, parfois même composées sur ses indications, pour illustrer ses campagnes, ses actes diplomatiques et civils. Ce long commentaire d'art, où le pinceau des Thévenin, des Carie Vernet, des 3Ieynier, des Gautherot, des Lejeune, obéit fidèlement à une volonté rigoureuse et immual^le. demeure une des principales richesses de Versailles.

.Mais ce n'est pas assez encore pour la gloire du héros dont les cendres, bientôt rapportées en France, devaient reposer sous le dôme triomphal des Invalides ; Louis-Philippe tint à lui consacrer une salle au seuil même des appartements royaux. La grande salle des Gardes abrita les deux célèbres toiles commandées à David par Xapoléon, le Cotironneluent de Vùiipératrice Joséphine après le Sacre, et le Serment de r armée après la dislribiition des Aigles ; la gigantesque Bataille d'Aboiikir, de Gros, occupa la paroi du fond. Cette salle, si richement et médiocrement ornée, a maintenant perdu sa raison d'être : le Sacre a émigré au Louvre. Il faut souhaiter c|u'un a\'enir prochain la rende, ainsi que tout le centre du vieux palais, aux souvenirs de l'ancienne monarchie.

Avant ainsi généreusement, et non sans habileté, satisfait les nombreux partisans du régime impérial, le roi citoyen se concilia les bonnes grâces de la noblesse hostile au régime nouveau par l'organisation des salles des Croisades. Là. dans un décor de batailles romantiques ^où l'on put voir jusqu'en ces derniers temps un Delacroix sublime. \' Entrée des Croisés à Constant inople,, des plafonds de bois aux solives gothiques reçurent les écussons des familles qui se glorifiaient d'avoir envoyé quelque ancêtre aux Croisades ; et plus d'un intrus .s'y mêla, dans une hâte où la complaisance et l'intérêt tinrent lieu parfois de contrôle historique.

Louis-Philippe enfin voulut célébrer, dans le Château de Louis XIV, l'avènement au trône de la dynastie d'Orléans. Déjà, dans les tableaux de Vernet ou de Gérard qui racontent le règne de Charles X, c'est lui, le

duc d'Orléans, qui apparaît dans sa robustesse triomphante auprès du roi sénile ; mais si l'on traverse la Galerie des Batailles pour entrer dans la salle de 1830, c'est une apothéose que Ion rencontre dans les immenses tableaux où Larivière et Devéria ont représenté ï Entrée du chic cf Orléans à r Hôtel de Ville, et le Serment de fidclitc à la Charte ; d'autres compositions de Gérard, d'Ary Scheffer et de C(Hirt complètent ces épisodes historiques, sur lesquels plane une allégorie de Picot : la Vérité,

Serment de l'Armée après la distribution des Aigles, par David.

accompagnée de la Justice et de la Sagesse, protège la France contre V Hypocrisie, le Fanatisme et la Discorde. Ne croirait-on pas entendre quelque écho déformé des pompeuses fanfares du XYli' siècle ^

Les gloires militaires de la nouvelle dynastie attendaient leur Le Brun : ce fut Horace Vernet, dont l'intarissable facilité s'épancha aux anecdotes pittoresques de la campagne d'Algérie. De nouvelles salles s'ajoutèrent au Musée pour contenir ces vastes toiles, peintes de 1838 à 1845. Le dramatique récit, en trois parties, du Siège de Constant me suscita, au Salon de 1839, un enthousiasme qui ne fut pas moins vif, cinq ans plus tard, lorsque le public eut sous les yeux la Prise de la Smala d'Abd-el-Kader, une des peintures les plus grandes que l'on connût (elle mesure plus de vingt et un mètres), en un temps où n'existaient pas encore nos panoramas de batailles. La République de 1848 et

i;o VERSAILLES

le Second Empire devaient continuer au Musée de Versailles cette illus- Lration si instructive de Thistoire contemporaine. La salle de Crimée : que Louis-Philippe avait préparée pour commémorer la campagne du Maroc) n'est pas moins populaire que les salles dWfriiiue : Yvon y a retracé en trois épisodes dramatiques la Prise de la redoute de Mûlûkoff. Cest Yvon encore qui a célél^ré la campagne d'Italie, Magenta et Solférino, en deux peintures lamentablement banales. Quant aux désastres de 1870, le souvenir en demeure vivant dans une composition puissante d'Aimé 31orot, qui a immortalisé la Cliarge des eiiirassiers f rançais à Reictishojfen. la course à la mort, avec le furieux élan des chevaux, Técincellement des casques, des cuirasses et des épées, et la fumée rouge de la fusillade où tout vient s'engouffrer. L^n grand fragment du panorama de Neuville et Détaille, la Bataille de Chaiupigii\\ mérite également de rester au nombre des meilleures pages historiques rassemblées à Versailles par la Troisième République. Depuis l'.Vnnée Terrible, ce ne sont guère que des événements pacifiques dont n()s peintres officiels ont dû perpétuer le souvenir, en des toiles de dimensions trop souvent énormes et bien mal accordées à l'intérêt restreint des compositions. Au moins dans les tableau de Roll admire-t-on une harmonie lumineuse, un sens de la vie et du mouvement des foules, c^ui sont d'un vrai peintre.

Tels paraissent les résultats durables de l'œuvre de Louis-Philippe, dans ce JMusée si riche auquel l'abondance d'une illustration de fantaisie et la banalité d'un décor hàtif ont trop longtemps donné si fâcheuse réputation. Mais peu à peu tout reprend sa place : les Charlemagne de Paul Delaroche, les saint Louis de Cabanel, les Gaston de Foix ou les Jeanne d'Arc d'Ary Scheffer, cantonnés au rez-de-chaussée de l'aile du Nord, ou dans les vastes espaces de la Galerie des Batailles, ne risquent plus de se confondre avec des œuvres d'art c^ui ont une valeur de documents d'histoire. Le remaniement du 31usée, récemment entrepris, aura enfin raison du fatras apocryphe et de l'imagerie d'Épinal. La série des rois de France « depuis Pharamond », celles des grands amiraux, des connétables, des maréchaux antérieurs à 178g, ne pouvaient, à c|uelc|ues rares exceptions près, que fausser l'instruction des visiteurs de Versailles ; il convenait de les supprimer. 31ais, auprès de ces faux documents, c|ue d'autres indiscutables à mettre en valeur 1 L'histoire militaire de la France n'est pas tout à Versailles ; un merveilleux musée de portraits y est rassemblé, qui s'accroît chaque année et achèvera bientôt d'être présenté dans les conditions les plus favorables à l'étude.

Les plus précieux des portraits réunis par Louis-Philippe prove-

naient des maisons royales, et plusieurs avaient fait partie du Musée de rÉcole française constitué en 1797 ; à ce premier fonds s'ajoutèrent d'innombrables envois. « Sitôt, » écrit Laborde, « ciue les premiers travaux eurent été exécutés, que ce projet d'un panthéon national eut été connu, de tous côtés vinrent s'y joindre des tableaux, des bustes, des statues historiques conservés dans les différents dépôts et jusque-là négligés.

Prise de la Smala d'AbJ-el-Kader (détail;, par Horace Vernet.

Les anciennes familles de France, même les plus opposées à l'ordre de choses actuel, envoyèrent les portraits des personnages célèbres c|u'elles comp;;aient parmi leurs ancêtres. L'orgueil, la haine, l'esprit de parti se turent devant ce désir inné chez l'homme d'une juste renommée, laitdis iminensa ciipido. Ce fut bientôt une faveur d'y être admis. » Dans cet assemblage parfois étrange un sévère triage a été fait ; les copies ou les reconstitutions d'après gravures commandées par Louis-Philippe sont allées aux magasins du .Musée : les portraits authentiques, quelle c|ue soit leur valeur d'art, demeurent seuls, non plus comme autrefois, douloureusement encastrés aux murailles, mais en des cadres parfois somptueux, plus souvent modestes, groupés selon leurs afiînités et leurs dates,

au milieu des œuvres de sculpture qui peuvent compléter renseignement iconographique. Le classement logique et l'épuration des collections de sculpture, où les œuvres originales sont le plus souvent remplacées par des moulages, achèvera dans quelques années cette importante réforme.

Les portraits, depuis le xvi' siècle jusqu'à la fin du xviii''. occupaient les attiques des deux ailes du Xord et du 3lidi, où ils formaient deux séries parallèles et se doublant, la sec-onde, celle du ,Midi, avant été

formée longtemps après la première ; les toiles du Xix'' siècle étaient réunies chms l'attique Chimay, qui s'étend au-dessus de l'appartement de la Reine. Dans le nouveau classement, l'attique du Xord ne renferme plus que les portraits du xvi'' et du XVII'' siècle ; mais les plus importants de ces derniers, ceux de la fin du règne de Louis XIV, sont exposés au premier étage du Château, dans les chambres où habita 31"' de 3iaintenon.

Le XVIII'' siècle est descendu au rez-de-chaussée, dans les pièces lumineuses et gaies où quelques boiseries dorées ou peintes, des glaces, des cheminées, un meuble ici et là, rendent l'illusion de la vie aux seigneurs et aux dames en atours élégants, et qui sourient à leur résurrection. Il faut remonter à l'attique Chimav pour atteindre la Révolution et le XIX'' siècle, qui se continuera jusqu'à ses dernières années tout au long de l'aile du .Midi. C'est ainsi que d'une extrémité à l'autre du grand Château se présenteront dans une vie nouvelle les images des hommes et des femmes qui furent la France d'autrefois et d'hier, dans sa richesse, son esprit et sa grâce.

Versailles possède tout un trésor du xvr siècle, la série des petits portraits qui appartinrent au collectionneur Roger de Gaignières.

Catherine de Médicis, par François Clouet,

Légués en 171 1 à Louis XIV, vendus en 17 17, lamentablement dispersés, puis en partie recueillis par TAnglais Craufurd et de nouveau vendus en 1820, ces portraits, ou plutôt leurs épaves fatiguées, restaurées, repeintes, entrèrent aux collections de Louis-Philippe. Les noms obscurs encore des Clouet et de leurs rivaux ou élèves, Claude Corneille de Lyon, les Dumonstier, Jean de Court, François Quesnel, Antoine Caron, Benjamin

Anne d'Autriche et ses entants en prières devant sainte Scholastique et saint Benoît, par Pliilippe de Cliampagne.

Foulon, seraient à inscrire au bas de ces menues et spirituelles effigies, s'il était possible d'en démêler de façon certaine le caractère d'art et les origines ; une série du moins en a été justement revendiquée pour Corneille, gracieux et facile peintre de visages féminins, tous présentés dans la même pose, avec le même regard des yeux clairs ou sombres, le même pli souriant, un peu boudeur, des lèvres arquées, Henri II, Catherine de 3lédicis et Diane de Poitiers, les Guise, les La Rochefoucauld, les trois Coligny, les seigneurs et les dames de la cour raffinée et corrompue des derniers Valois, puis les Bourbons, Henri IV et ses fidèles serviteurs, Marie de Médicis reine et régente, c'est toute la fin de la

Renaissance française qui nous introduit aux solennités du xvir siècle. Auprès de Louis XIII et d'.Vnne d'Aulri:^h?, de curieuses peintures provenant du château de Richelieu, et dont les premières sont dans le goût de Callot, présentent, à vol d'oiseau, le rt'sumé des campagnes du grand cardinal. Philippe de Champagne, qui a peint un très beau

Richelieu, a plus loin des œuvres non moins intéressantes, un Saint- Cyran,un Tubœuf, l)ortraits austères q u ' a c compagnent dignement des toiles officielles de A^ouet, deTestelin, des B e a u h r u n ; voici commencée l'iconographie du r è g ne de L o u i s XIV. Les portraits.

les statues et les bustes du Roi sont en nombre : Le Brun, 3lignard et Rigaud , ]3ernin , Warin etCoyzevox ont des chefsd'œuvre à Versailles ; mais de toutes ces royales images aucune n'est évocatrice pparaît dans un cadre de vitre auprès du lit de

La Duchesse du Maine, par Mignard.

comme un profil qu parade. C'est une cire en couleur, modelée en 1706 par Antoine Benoist ; le Roi avait soixante-huit ans. Une perruque de cheveux gris domine le front altier ; l'œil d'émail, à prunelle d'un gris verdâlre, luit impérieusement dans la chair un peu jaune et bouffie, sans que la vieillesse ait altéré la courbe puissante du nez, la rol^ustesse méprisante de la lèvre inférieure et du menton ; Louis XIV vit encore au cœur même de son

Château. Et, dans le salon de M'"' de Maintenon, c'est elle que nous voyons assise et trônant presque, telle que Saint-Simon nous l'a représentée : ce portrait, de Ferdinand Elle, fut donné par la marquise à ses chères filles de Saint-C\\-r. Non loin, un Dangeau resplendissant, sous le noble pinceau de Rigaud, semble prêt à nous narrer, jour par jour, heure par heure, les faits et gestes de la famille royale.

Tous sont là. enfants légitimes ou bâtards, en costumes brochés d'or et en armures étincelantes, mais Nocret les a peints de façon plus surprenante dans la grande composition allégorique destinée à Saint-Cloud et encastrée au mur de l'Œil-de-Bœuf. C'est une assemblée de dieux et de déesses que préside Apollon, le Roi Soleil, couronné de lauriers :

Anne d'Autriche est devenue Cybèle, la mère des dieux; Marie-ïhérèse est Junon, M'" de 31ontpensier Diane, et Henriette de France, pour gouverner l'Angleterre,' a pris à Amphitrite son trident. Rien ne saurait

mieux nous faire comprendre la mythologie de Versailles que cet Olympe où règne le grand Roi. Une des séries les plus belles, quoique fort appauvrie par les emprunts du Louvre, est celle des portraits d'artistes. L'excellent Coyzevox d'Allou, les deux Keller de Rigaud, le Desjardins exubérant et le Mignard revèche et glacial, l'un et l'autre encore de Rigaud, enfin Rigaud lui-même, fidèlement représenté par son élève Le Bouteux, sont au premier rang de la glorieuse compagnie. Et que de guerriers illustres, Turenne tout le premier, dans l'admirable

Dangeau, par H. RigauJ.

esquisse de Le Brun, et d'aimables dames, depuis 31"'^ de la Vallière jusqu'à 31"'- de Sévigné, il faudrait énumérer auprès d'eux !

Rigaud a continué de peindre sous la Régence et le règne de Louis XV ; il y a de lui à Versailles deux superbes portraits du jeune Roi, en 17 15 et en 1730. dans tout l'éclat et la séduction de sa beauté ; il y a aussi d'intéressantes répliques de ses dernières œuvres. Bien plus attrayant et

harmonieux, Largillière nous montre quelques excellents portraits, dont le sien propre ; et Belle, les Parrocel, les trois Vanloo se pressent à sa A^^^^^^^^^^K ^ ^^^^^^^^^^^^^^H^ suite dans les salles heu-

Ih^^^^^^^^^Êtê " /^^^^^^^^^^^^^K l'appartement

du Dauphin. Toute une

salle, et la plus lumi-

i-^^^^^^^^^ ..^sim^^^^^^^^^mÊ ^^^^^^' appartient uni-

M^^^^^^^B^ V. ^ uMf "^Ê^^^^^^^^M Xattier,

\\^^^^^^^r V ^^'■'''^Mm ^B^^^^^^H P^ii'^^^6 attitré de 3Ies-

dames, apprécié aujour- ^^^^^ ■.,^¥'^ÊmEf -^^^^^Xff^^ d'hui à l'égal d'un AVat-

Vi^^^^^i ^ ^^BÊÊl^^W^mS^^K?' teau ou d'un La Tour.

Il }' a dans cet engouement un peu d'exagération. Ce peintre d'une trop exquise et monotone volupté, pour qui toutes les femmes sont belles, et qui leur donne à toutes la même grâce provocante, dans le plus banal des arrangements mythologiques, n'a point d'esprit, point de caractère ni d'observation ; mais il remplace tout par le plaisir des yeux. Ses trois portraits de 31esdames Sophie, Victoire et Louise, peintsà Fontevrault en 1748, nous offrent la plus gracieuse image de la femme au xviu'^ siècle ; 3Iarie Leczinska en fut ravie : (( Les aînées sont belles réellement », écrivait-elle à la duchesse de Luynes, « mais je n'ai jamais rien vu de si agréable que la petite : elle a la physionomie attendrissante, touchante, douce et spirituelle. »

Tocqué, sans atteindre à la même plénitude de coloris, a mis dans son grand portrait de 31arigny toute l'affabilité de manières du frère de

Cliché .Ne

Madame Louise de France, par Nattier.

M"" de Pompadour. et dans son buste de Gresset toute la malice apprêtée et la grâce élégante du chantre de Ver- Vert Le Suédois Roslin, avec ses portraits du peintre lîoucher, tout décrépit, et du graveur Cochin, hon-

L'infante Isabelle, petiîe-fiUe de l.ouis XV, par Nattier.

nète et souriant. Duplessis, avec Teffigie satisfaite du comte d'Angiviller, nous introduisent au règne de Louis XVL Le meilleur portrait du Roi, celui de Duplessis, paraîtra insignifiant auprès du majestueux buste de Houdon, un des chefs-d'œuvre du grand sculpteur, de qui Ton peut encore admirer à Versailles un Diderot et un Voltaire de la plus fine exécution. Quant à la Reine, dont on voif, au salon des Cabinets, un ravissant buste

eh biscuit par Pajou, c'est à .M'"" Vigée-Lebrun, si d(''licatement admise dans son intimité, c[u"il nous faut demander les souvenirs non pas les plus fidèles, mais assurément le mieux selon son cciHir, de sa \ie à Versailles. Mais la Révolution est venue, avec les portraits de ses principaux acteurs, où manciuent pourtant un Danton et un Robespierre. La fière et pure Charlotte Cordav de Hauer est voisine du tragique .Maratc[u\ineréplic[ue du tableau de David nous montre sanglant dans sa baignoire. Camille

Lecture faite par Andrieux au comité de la Comédie-Française, par Heim.

Desmoulins, Lucile et Horace se sont unis en groupe sentimental p()ur Tadmiration de la postérité. Et déjà Bonaparte apparaît, Premier Consul clans Ténergique buste de Corbet, bientôt Empereur dans les toiles officielles de Gérard et de Robert Lefèvre. Il est entouré des portraits de tous les siens, de 3ladame 31ère, dignement paisible, de ses frères et de ses scpurs. parmi lesquelles Elisa, étrange et inquiétante dans la peinture de 31""' Benoist, enfin de Joséphine et de la placide 3larie- Eouise, c|ui tient dans ses bras le roi de Rome. Toutes ces figures de Timmense épopée impériale reparaissent dans une précieuse série de petites esquisses c[ui proviennent de Tatelier de Gérard, premières pensées ou réductions des portraits exécutés par le maître. Ces peintures nous font passer des champs de bataille de l'Empire aux salons de la

Restauration et de la monarchie de Juille'' : elles commencent aux hommes de la Révolution pour finir avec Louis-Philippe. Cependant des portraits plus considérables s'imposent à Tattention ; après les nombreux maré-

Napoléon III, par il. l'iandrin

chaux et dignitaires de TEmpire, voici les artistes et les écrivains de l'ère romantique. Une spirituelle composition de Ileim les réunit au, fo3'er de la Comédie-Française, pour ouïr une lecture d'Andrieux; Chateaubriand (qu'une toile plus ancienne de Girodet représente méditant sur les ruines de Rome) tnjne un peu isolé dans son fauteuil, tandis que Delacroix, Vign5% Tlugo, Alexandre Dumas attirent les regards au milieu des

i8o VERSAILLES

vieuxacadémiciens. Un chef-d'œuvre de Prudhon, él)auehe toute craquelée d'un visage spirituelaux3^eux aigus, porteàlapostéritélenomdunaturaliste Bruun-Neegard ; et parmi les figures illustres peintes par Ary Scheffer, Paul-Louis Courier. .Vrmand Carrel, Horace A^ernet, (îounod, Lamartine, Cavaignac semblent des a])paritions \-ivantes et ])roches encore.

Dans la galerie de iWttitiue du Midi sont réunis les princes et princesses de la maison d'Orléans, autour de Louis-Philippe et de jMarie- Amélie; tous, à l'exception du duc d'Orléans, qui a inspiré l'une des meilleures œuvres d'Ingres, ont posé devant Winterhalter, portraitiste officiel et fécond auquel le Second lùnpire demeurera fidèle. Et c'est Flandrin, l'élève dingres, qui traduit de façon merveilleuse le regard trouble et rêveur de Napoléon III, dans une peinture dont la mollesse même semble d'une intention pénétrante. Gérôme a groupé toute la cour impériale dans une charmante petite composition, la Réception des ambassadeurs Siamois à Fontainebleau, en 1861. Le prince Napoléon a été peint par L"landrin et par Hébert, et ce dernier a fait un chef-d'œuvre du portrait de la princesse Clotilde. La République de 1870 enfin donne à A^ersailles plus de bustes que de portraits; toutefois des anuTes comme le Thiers, le 31ontalivet, le A'ictor Hugo de Bonnat doi\ent figurer au premier rang d'une iconographie qui s'enrichit chaque jour; et la sécheresse minutieuse des toiles d'un Détaille assure au 3lusée de l'histoire de France ce qu'il doit exiger avant tout, des documents précis et fidèles ^

Il suffira de quelques lignes pour terminer l'histoire du Château. Louis-Philippe a\ait dû, lui aussi, abandonner le grand projet toujoui^s repris depuis Louis XV, projet de reconstruction ou plutôt d'achèvement par une façade monumentale reliant les pavillons de Gabriel et de Dufour. Il est peu probable que l'on y revienne jamais. Tout ce c^u'ilest possible de souhaiter est le relèvement de la cour de .Marbre, et la suppression des statues ridicules de l'avant-cour. .Alais, depuis 1870, des annexes ont été bâties; la salle de l'Opéra, à l'extrémité de l'aile du Nord, a été transformée par les architectes de Joh' et Ouestel en salle de

^ Les remaniements les plus récents du Musée ont mis en lumière, dans les salles de TAttique Chimay et de l'Attique du Midi, d'intéressantes peintures modernes. 11 faut citer principalement la nouvelle salle consacrée aux tableaux du baron Lejeune qui représentent les batailles napoléoniennes, la série des portraits des membres de l'expédition d'Egypte si spirituellement crayonnés par Dutertre. et une admirable esquisse de Gros : Napoléon récompensant les artistes au Salon de 1S08. En même temps Ton a commencé, dans les grands appartements, à fixer aux murs les célèbres tapisseries des Gobelins, YHistoire du Roi, à la place de leurs cartons peints.

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