‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 18 sur 62 · LE NOUVELLISTE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

LE NOUVELLISTE DE VERSAILLES

SAINT-CLOUD. — Hier le château de SaintrCloud a été incendié par les bombes lancées des fortiûcations du mont Valérien. Le château n'était pas occupé par les troupes allemandes, de sorte que celles-ci n*ont éprouvé aucune perte par le bomoardement. Il est assez difBcile de trouver les motifs de la destruction de ce bâtiment historique, vu que le château et les édifices environnants ne sont d aucune importance militaire pour les travaux des assiégeants.

Le bruit a couru de Tarrivée à Tours du général Garibaldi, accompagné de 600 volontaires italiens. La vérité est, qu'en effet, le général a offert son épée au Gouvernement de la défense nationale, sauf la condition toutefois de la rétrocession au royaume d'Italie des départements de la Savoie et de Nice, cédés i>ar le Roi Victor-Emmanuel à l'Empereur Napoléon, à la suite de la guerre de 1859. Nous ne savons pas au juste si le Gouvernement de Tours songe à accepter cette condition, toujours est-il, qu'il y a 4 jours le général Garibaldi n'avait pas encore quitté l'île de Caprera. On sait que le général Garibaldi, natif de Nice, a un intérêt personnel à voir sa ville natale retourner au royaume dTtalie.

On vient de nommer à Paris une Commission spéciale, chargée de surveiller la construction des barricades. Elle est composée de MM. Rochefort, Flourens, Albert, ancien membre du Gouvernement provisoire de 4848, et Cournet, rédacteur du Réveil, Les secrétaires de cette Gomqïission sont : M. Ulbach, rédacteur en chef de la Cloche, M. brnest Blum, l'auteur de la féerie Cendrillon, et M. Emile Raspail, ûls de l'ancien député de Lyon.

On écrit au Times de Londres, par voie de ballon aérostatique : Le 26 septembre Paris a été témoin d'un spectacle qu'aucun des assistants ne pourra jamais oublier. Plusieurs com]>agnies de soldats, auxquels on avait lié les mains derrière le dos et qui avaient leurs képis et uniformes retournés, furent conduits, entre deux haies de soldats, par toute la ville. Ils portaient sur la poitrine un écriteau disant : « Voici (suit le nom) un lâche qui a abandonné son poste devant l'ennemi. Tous les gens honnêtes sont invités de lui cracher au visage. » Les soldats ainsi punis ont été traduits devant un conseil de guerre.

On lit dans la Gazette générale de l'Allemagne du Nord, organe demi-officiel du gouvernement prussien, ce qui suit :

« Le général Ducrot, fait prisonnier à Sedan, avait obtenu la faveur de faire, en sa propre voiture et sans escorte, une partie du chemin pour l'Ailemage. A cet effet, il avait donné sa parole a honneur de se rendre à Pont-à-Mousson, et de s'y présenter pour continuer son voyage. Probablement avait-il donné sa parole d'honneur avec une rese^^atio mentalis jésuite, car il s'est rendu effectivement à Pont-à-Mousson ; mais, au lieu de s'y présenter, comme c'était son devoir, il a pris la fuite pour Paris. Si maintenant nous apprenons que, dans cette ville, d'autres officiers servent à côté et sous cet individu, que personne dans l'armée ne semble s'offusquer d'une telle violation de la parole enga-

gée, cela doit nécessairement nous donner une opinion peu favorable sur les idées qui, dans l'armée française, régnent au sujet de l'honneur, et tout le inonde trouvera naturel, qu'à l'avenir les Allemands se laisseront guider vis-à-vis de leurs prisonniers, ces derniers eussent-ils môme la patente d'officier, par la précaution plutôt que par les égards, et qu'ils n'accorderont plus de facilités contre l'enfpgement de la parole d'honneur. Il va d'ailleurs de soi, que si ledit général est pris de nouveau, il n'échappera pas à la balle derrière le rempart de quelque fort. »

Nous lisons dans une lettre de Paris du 27 septembre publiée dans Vlndépendafice belge qu'un sieur Ballot, récemment élu chef de bataillon dans la garde nationale, vient d'être convaincu d'avoir joué le rôle d'agent provocateur dans le procès de complot intenté contre Flourens, Beaury et consorts. Le gouYemement de la défense nationale vient de lancer des mandats d'amener contre MM. Bernier, ancien juge d'instruction, Grandperret, ministre de la justice du cabinet Palikao-Duvernois, Forcade de La Roquette, ancien ministre de l'intérieur, et le docteur Gonneau^ médecin de l'Empereur.

La Gazette officielle de Garlsruhe dit à la date da 6 octobre :

« Nous apprenons que les troupes de l'ancienne armée de siège de Strasboui*g seront transformées en un corps d'armée distinct, le i4«, auquel la division badoise sera jointe. Ce corps d'armée aura une mission particulière et se trouve déjà en route pour la remplir. »

Répondant au Courrier du Havre, le Jourfial de Fécamp dit :

Oui, la paix est Tardent désir de tous les cœurs humains en France, en Allemagne et en Amérique. Oui, la paix est le vœu de la France. Oui, la France, vaincue et humiliée désire la paix. Toute résistance sera à l'avenir impuissante, et ne servira qu'à ajouter une antre hécatombe aux millions de cadavres qui, déjà, pourrissent sur les champs de bataille de Wissembonrg, \Vœrth, Beaumont et Sedan. Nous sommes vaincus, détruits, comme jamais nation ne l'a été. Cessons donc de nous aveugler de nouvelles espérances, et n'attendons plus rien d'une défense impossible. Nous avons succombé avec honneur. Notre armée, qui n'est plus, a fait des efforts héroïques, et a gagné le respect des vainqueurs. L'honneur est sauvé. Nous sommes vaincus, humilions-nous! Ayons la dignité de l'infortune; soumettons-nous en silence et avec modestie. La paix, la paix seule, qui partout est demandée par tonte la France, pourra sauver l'avenir du pays, en ménageant les hommes et les ressources. A l'heure qu'il est, et en présence du malheur de la patrie, nous devons avoir le courage de courber la tête et de demander la paix.

On écrit de Rouen, à la date du 4 octobre, qu'un train militaire français a déraillé dans la nuit du 3 au 4 octobre, près de Critot, mi-chemin d'Amiens à Rouen, Il y avait 115 soldats plus ou moins grièvement blessés et 15 morts.

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