‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 19 sur 62 · Venaillea, imp. BEAU, roe de l'Orangerie · texte numérisé non relu

Venaillea, imp. BEAU, roe de l'Orangerie

ses- tentatives pour transformer adroitement quelque lournal français en feuille semi-oulcielle de sa n préfecture, » et il avait été forcé « à son grand regret, »

d'user de sévérité quand il désirait tant^ encore une fois, n'avoir qu'à montrer toute sa bienveillante douceur. Il résolut alors de publier ce qu'il appela le Nouvelliste, car il lui fallait absolument un journal, et plutôt que de n'en pas avoir, il aima mieux ouvertement en faire un lui-même. L'Etat prussien a en effet trop d'expérience et est trop au courant de la science politique pour ne pas connaître et apprécier la puissance et les ressources variées de la presse bien administrée. Dans les préparatifs si complets de la guerre contre la France, la presse avait été mise au nombre des engins de combat qui devaient être employés à l'occasion et au moment opportun. Le maniement de cet engin spécial avait été confié aux a préfets. » M. de Brauchilsch sut, pour sa part, à Versailles, le diriger sinon avec habileté et finesse, du moins avec un zèle sincère.

Le premier numéro du Nouvelliste était un échantillon de bon aloi ; il donnait une idée assez exacte de ce que devait être la publication tout entière. Il débutait par le récit d'un combat dans lequel les pertes des Français étaient présentées comme très considérables, tandis que les pertes des Prussiens étaient « relativement petites. » Il se continuait par une série de nouvelles et d'extraits de journaux qui avaient tous pour but de démontrer, d'une part, le bon sens et la magnanimité germanique, et d'autre part, la iolie et la dépravation de la nation a laquelle la Prusse se voyait contrainte d'enlever deux provinces, et cela, non pas du tout par un vulgaire esprit de conquête ou par désir d'agrandissement, mais uniquement dans un grand intérêt public européen et pour sauvegarder la paix de l'avenir. Cette démonstration devait faire le fond de la polémique de cette feuille. En même temps, elle s'appliquait avep grand soin à recueillir et à publier toutes les nouvelles plus ou moins authentiques qui tendaient à présenter Paris ou les grandes villes de France comme livrées à l'anarcbie et à la démoralisation. Nous citerons, à leur date, les passages les plus curieux du journal de M. de Brauchitsch. Nous donnons ci-joint le tac-simile du premier numéro.

On devine facilement quels sentiments de dégoût et de mépris devait inspirer à la population versaillaiso une pareille feuille. Le rédacteur, en n'y réunissant que ce qu'il jugeait propre à nous humilier et à nous attrister, en omettant absolumenttout

ce qui était en notre faveur, trahissait trop la pensée qui l'inspirait, et, par excès de zèle, il dépassait le but sans l'atteindre.

Cependant M. de Brauchitsch, pour êlre sûr que son journal fût lu, le fît afficher à tous les coins de la ville, mais aussitôt des mains inconnues tracèrent dessus, au charbon, ces mots : « Mensonges Bismarck et C*®, ou d'autres paroles beaucoup plus énergiques, et que les Allemands eux-mêmes comprenaient fort bien, car il est remarquable que lorsqu'ils ne savent que quelques mots de notre langue, ceux qu'ils aiment à répéter en les épaississant sont justement ceux que nous ne prononçons pas et que nous dissimulons par des initiales. Ces épithètes pittoresques et ces substantifs populaires ainsi ajoutés chaque jour à sa publication, irritèrent fort M. ae Brauchitsch, et il posta auprès du Nouvelliste des limiers de sa police secrète. Plusieurs arrestations furent faites, mais elles ne suspendirent pas la verve des critiques anonymes, qui continuèrent à témoigner, par des inscriptions variées, des sentiments que cette feuille inspirait à la population. Quelques officiers allemands convenaient eux-mêmes devant leurs hôtes que le journal de M. de Brauchitsch était souvent assez ridicule et qu'il était impossible d'y chercher des renseignements sur la situation vraie des choses, mais ils excusaient le rédacteur à leur manière en disant : « Le journal est rédigé spécialement pour nos avant-postes. » Et, en effet, il y était très répandu. A ce point de vue, s'il était utile de mentir pour encourager les Allemands à supporter patiemment les obus des Parisiens, le Nouvelliste était fort bien fait.

Ce petit pamphlet quotidien ne suffit pas au besoin de publicité qui tourmentait M. de Brauchilsch. Ayant, dans ses explorations des Archives, découvert des livraisons du Recueil administratif que publiait la préfecture de Seine-et-Oise, il vit là pour lui un nouveau moyen de continuer le rôle de préfet français qu'il lui était recommandé de jouer avec le plus de vraisemblance possible. En même temps que le Nouvelliste^ parut donc le Recueil officiel du départe"ment de Seine-et-Oise^ qui, pour le format et l'impression, était calqué sur le Recueil habituel. Cette nouvelle publication fut le digne pendant du Nouvelliste; elle avait surtout pour but d'aider au recouvrement des contributions, opération financière que M. de Brauchitsch était alors en train de préparer et qui était la seule raison sérieuse de son existence.

La première livraison du Recueil o/ficiel

de M. de Brauchitsch portait en tête Tavis suivant :

a AVIS.

(( Je préviens le public qu'à dater de ce jour je ferai paraître un Recueil officiel de tous les actes officiels et administratifs allemands.

(( Ce Recueit sera adressé à MM. les Maires des chefs-lieux des cantons, lesquels devront à leur tour en expédier à MM. les Maires des communes de leurs cantons.

« Chaque Maire en particulier devra alors s'arranger de manière à ce que ce Recueil soit non-seulement affiché à la Mairie, mais aussi répandu dans toute sa commune, chez les restaurateurs, hôteliers et cafetiers.

(( Toutes les communes du département seront tenues de s'abonner à ce Recueil aux frais de la caisse communale, ainsi que tous les restaurateurs, hôteliers et cafetiers du département. Le prix de l'abonnement sera fîxô à 2 francs par mois (i).

(( Le Maire de chaque commune sera chargé d'optTer le versement jusqu'au 20 de ctiaque mois. Le versement du mois d'octobre devra donc être opéré à la caisse de la Préfecture, au bureau du secrétariat, à M. Schmith, avant le 20.

« En cas où les versements ne s'opéreraient pas régulièrement, la commune ou ses habitants abonnés seraient frappés d'une sérieuse amende.

(( En cas de refus d'abonnement, les hôteliers, restaurateurs, cafetiers, seraient tenus de fermer leurs magasins aussitôt, et les Maires suspendus immédiatement de leurs fonctions.

(( Dès lors les Maires qui voudraient que dans l'intérêt de leur administration certains articles fussent insérés dans le Recueil o/ficielj devront me les expédier à seule fin que je décide s'ils devront ou non être mis sous les yeux du public.

Versailles, le il octobre 1870,

« Le Fréfet de Seine-eù-Oise, u DE Brauchitsch. »

Après cette introduction qui, par les pénalités si absurdes qu'elle édictait, témoignait du prix que M. de Brauchitsch attachait à son Recueil, le numéro se continuait par une série de pièces officielles dont plusieurs étaient déjà connues. La première était la proclamation du Prince royal que nous avons reproduite et dans laquelle la peine de morij appliquée (( immédiatement, » avait été annon-

(1) Le Recueil Trançais était distribué graluitement, mais M. do Brauchitsch entendait ue perdre aucune occasion de faire une aouveUe recette.

cée comme étant la seule gai dût être em* ployée contre les Français, non soldats, coupables de résistance aux troupes allemandes. Cette proclamation avait déjà été affichée, mais les Prussiens jugeaient boa de ne pas la laisser oublier. Menacer de mort les Français était une des satisfactions qui avaient pour eux le plus d'attrait. A cette ancienne proclamation était jointe, comme commentaire explicatif, la pièce suivante :

(( Le Commandant en chef, « Porte à la connaissance des habitants de l'arrondissement que tout prisonnier, pour être traité comme prisonnier de guerre, doit justifier de sa qualité de soldat français, en établissant que, par un ordre émanant de l'autorité légale et adressé à sa personne, il a été appelé au drapeau et porté sur les listes d'un corps militairement organisé par le Gouvernement français : en même temps sa qualité de militaire, faisant partie de l'armée active, doit être indiquée par des insignes militaires et' uniformes inséparables de sa tenue et reconnaissables à l'œil nu à portée de fusil.

(( Les individus qui auront pris les armes en dehors d'une des conditions ci-dessus indiquées, ne seront pas considérés comme prisonniers de guerre. Ils seront jugés par un conseil de guerre, et, s'ils ne se sont pas rendus coupables d'une action qui entraîne une punition plus grave^ condamnés à dix années de travaux forcés et détenus en Allemagne jusqu'à l'expiration de leur peine. »

Deux autres documents nous annonçaient que, au-dessus de M. de Brauchitsch, le département avait encore pour administrateurs :

l"" Le Grand-Duc de Mecklembourg- Schwerin ;

2"" Le Prince de Hohenlohe ;

3^ Le Comte de TaufTkirchen.

Ces grands personnages, habitant Reims, ne se firent jamais Connaître à nous que par des proclamations qui n'avaient rien d'original : toutes les pièces de ce genre avaient toujours le même sens hypocrite ; les administrateurs voulaient bien assurer de leur (( bienveillance » les Français qui se soumettraient docilement à toutes leurs volontés ; pour les autres, un paragraphe spécial et final était destiné à faire luire à leurs yeux les canons de fusil d'un peloton d'exécution.

Voici ces deux pièces :

(( Sa Majesté le Roi de Prusse, Généralissime des armées allemandes, m'a nommé

GoQverneor Général des départements occupés par les troupes alliées et qui ne sont pas placés sous Tautorité des Gouvernements Généraux de Lorraine et d'Alsace.

fc Résolu de m'acquitter de ma tâche difficile avec autant de fermeté que de bienveillance, )e désire l'assistance de la population entière pour me mettre en état de concilier le plus possible Taotion du Gouvernement avec le X)ien-ôtre des habitants de ces contrées.

« En face d'une position dont chacun sent tout le sérieux, j'ai le droit d'attendre que tous réuniront leurs efforts aux miens, afin de m'épargner des mesures auxquelles, sans ce concours, je pourrais être forcé de recourir.

« Rdms, le 27 septembre 1870.

« Le Gouverneur Général, « Frédéric François,

« Grand-Duc de Mecklembourg-SchwerlD, ft Commandant du 13* Corps d'armée. »

« ProclamaUoyi.

M 8a Majesté le Roi de Prusse, Généralissime des armées allemandes, a daigné nommer les soussignés ses Commissaires civils près le Gouvernement Général, siégeant à Reims.

c( Appelés à diriger l'Administration civile de tous les départements de la France qui se trouvent occupés par nos troupes, à 1 exception de ceux qui font partie des Gouvernements Généraux de l'Alsace et de la Lorraine, nous tâcherons de leur alléger, par une distribution égale, les fardeaux de l'occupation.

u Nous ferons ce qui sera en notre pouvoir pour faire rendre justice à toute plainte fondée, pour raviver le commerce et l'industrie, pour rétablir les communications.

<c Nous y parviendrons à mesure que les populations, les municipalités, le clergé, les administrations, les sociétés industrielles nous prêteront leur concours.

« Donné à Reims, le 27 septembre 1870.

« Charles, Prince de Hohenlohe.

« Charles, Comte de TaufTkirchen. »

A côté de ces proclamations, M. de Brauchttsch plaça de nouveau la sienne, du 1" octobre, en la débarrassant de quelques fautes de français qui la déparaient dans sa {première forme et qu'un ami sincère lui avait sans doute signalées. Il l'accompagna des avia suivants :

« AVIS

(( Je préviens le public que je reçois tous les jours de 9 heures à midi, les dimainehea et jours de fête exceptés.

« L^s personnes qui désireraient une audience particulière hors de ces heures, pourront en faire la demande par écrit, en ayant soin d'indiquer l'objet dont elles veulent m'enlretenir.

a Versailles, le 6 octobre 1870.

« Le Préfet de Seine-el-Oise^

« DE BrAUCHITSCH. )) « AVIS

« Le Préfet de Seine-et-Oise prévient le public çue toute personne ayant le désir d'obtenir un sauf-conduit devra se présenter à la Préfecture, munie d'un certificat de bonne conduite où sera relaté son âge, profession et demeure.

« Lequel certificat donné par un Mairo de petite commune, devrajêtre légalisé de nouveau par un Maire de chef-lieu de canton.

« Versailles, le 11 octobre 1870.

« Le Préfet de Seine-et-Oise,

« DE BrAUCHITSCH. ))

Il réimprima également l'avis du 27 septembre relatif à la libre circulation des denrées ; mais tous ces avis et proclamations étaient peu importants à côté de deux arrêtés qui étaient la partie capitale du Recueil et qui le terminaient.

Ces deux arrêtés étaient ainsi conçus ; a Versailles, le 10 octobre 1870.

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