‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 24 sur 62 · PROCÈS-VERBAL · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL

« L'an mil huit cent soixante-dix, le treize octobre, à midi, les restaurateurs et marchands de vins traiteurs de la ville de Versailles se sont réunis en la galerie municipale de l'Hôtel-de-VilIe, sous la présidence de M. Rameau, maire, pour la première partie de la séance, et pour le surplus, de M. Laurent-Hanin, deuxième adjoint. L'objet de la réunion était la question de savoir s'il ne serait pas possible d'arrêter le menu et le prix des repas à donner aux officiers de l'armée allemande, en vertu de réquisitions.

« Après l'exposé développé par le maire, la réunion s'est occupée des détails, et, pour l'aider dans ce travail, il lui a été donné lecture d'un projet de menus présenté j[)ar M. de Brauchitsch, préfet prussien. Il n'a été fait que de légères objections, quant au nombre de mets indiqués audit projet. Toutefois elle a exclu le potage du déjeuner, comme étant tout à fait contraire aux habitudes françaises et exigeant une préparation trop longue pour le repas du matin.

a Quant au prix de 2 fr. pour le déjeuner et de 3 fr. pour le dîner, il a été unanimement repoussé comme insuffisant dans l'état présent du prix des denrées alimentaires, état de choses qui, selon toutes les prévisions, ne fera que s'aggraver, et qui commande de ne prendre aujourd'hui que des dispositions provisoires et réformables selon les variations et la rareté même des marchandises. La nécessité d'augmenter de 50 centimes chacun des deux prix proposés étant justifiée, à l'aide de beaucoup de détails donnés dans le cours de la discussion, l'assemblL'e a également jugé qu'il n'y avait aucune distinction à faire sous ce rapport entre les différents établissements dont les représentants ont été appelés à la présente réunion; les prix et les menus ciaprès, adoptés à l'unanimité, seraient donc applicables à tous les établissements de la ville de Versailles, savoir :

« Déjeimer à 2 fr. 50 c.

(( Deux plats de viande, dont un garni de légumes, fromage et beurre (autant que possible); une demi-bouteille de vin rouge, ou canette de bière ; café payé à part 50 c, y compris le cognac.

« Dîner à 3 fr. 50 c.

(( Potage, deux plats de viande, un plat de légumes, fromage et beurre (autant que

possible), ua iruit; une demi-bouteille de vin, ou canette de bière; café payé comptant 50 c, y compris le cognac.

« Les déjeuners seront tenus à la disposition des consommateurs de dix heures du matin à une heure après-midi, et les dîners de cinq heures à huit heures du soir.

«Il est observé qu'une réserve spéciale a été faite quant à l'article fromage et beurre, par la raison qu'il y a une grande appréhension de ne pouvoir bientôt plus trouver sur le marché ces deux articles, le beurre surtout, dont le prix a acquis dès à présent des proportions inouïes.

«La réunion s'est ensuite occupée de répartir les officiers à nourrir entre les établissements, chacun suivant l'espace dont il dispose

« L'assemblée s'est formellement réservé le droit de modifier le tarif qui précède, s'il arrive que lo cours des denrées alimentaires l'exige. Jusque-là, le tarif est obligatoire et tous les chefs d'établissements présents ont pris l'engagement de l'exécuter fidèlement.

« A cet effet, un exemplaire de la taxe sera affiché dans chaque salle à manger et à la place la plus apparente des établissements dont il s'agit. »

(Suivent les signatures).

Dans sa conversation avec M. de Brauchitsch, le maire, en lui rappelant ces menus qu'ils venaient d'échanger, et qui avaient été approuvés par lui, avait rappelé aussi la promesse de faire désormais payer les réquisitions, si la ville était approvisionnée. Mais M. de Brauchitsch, mis ainsi en demeure de s'expliquer nettement, avait déclaré que su pensée allemande axait été très mal exprimée dans le texte français, et que d'ailleurs il fallait avant tout que le commerce adoptât un tarif pour les marchandises. Il répétait là ce qu'il avait écrit dans une lettre de la veille, et dans laquelle il s'était efTorcé d'atténuer et d'embrouiller l'engagement pris d'abord. Aux corrections apportées à ses premières promesses, il avait eu soin d'ajouter sa proposition favorite : les Conseillers municipaux ou leurs fondés de pouvoir réguliers se transformeront en voyageurs de commerce chargés d'aller au loin chercher des denrées ou des bestiaux qu'ils ramèneront sous escorte prussienne au quartier général. Voici cette seconde lef tre. erratum assez maladroit de la première :

a Versailles, 18 oclobre 1870.

« Monsieur lo Maire, « En réponse à votre lettre du 15 octobre, où vous me faites part de la piomesse que j'ai faite de la cessation des réquisitions

par les troupes allemandes, je crois devoir vous éclaircir sur ses termes.

c( J'ai dit que je soumettrais au Commandaat en chef de la 3^ armée, cette proposition de faire cesser les réquisitions (I), mais en ajoutant que cela ne pourrait se faire que lorsque vous m'aurez fait parrenir la taxe que je vous ai demandée ; il est bien entendu que ce nouveau procédé ne sera praticable qu'autant que la ville et les habitants feront leur possible pour bien s'approvisionner. En cas contraire, Tautorite allemande se verrait obligée à en {sic) recourir aux réquisitions forcées. Quant à la fourniture des denrées alimentaires, je ne puis que vous répéter ce que j'ai déjà dit hier à monsieur votre adjoint ; le chemin de fer d'Orléans va être rétabli et fonctionnera sous peu de jours, comme auparavant. Il eera donc aisé de faire parvenir d'Orléans (2) tous les vivres dont la ville de Versailles aura besoin. Je vous réitère donc la demande que je vous ai déjà faite plusieurs fois, d'envoyer des personnes qui seront chargées d'aller chercher ces vivres, et de me donner leurs noms, afin que je leur délivre des saufs-conduits.

(( Le Préfet de Seine-et-Oise, (( DE Brauchitsch. »

Le maire, laissant de côté les détails accessoires de cette lettre, et, ne s'attachant qu'au point essentiel, envoya la mercuriale générale qui lui était demandée. Elle n'avait, bien entendu, rien de commun avec la fixation administrative d'un maximum; elle avait été arrêtée, après délibération en commum, par les commerçants euxmêmes. Si le Conseil consentait à prendre les mesures exceptionnelles rendues nécessaires par l'état de guerre et la situation de vaincu, il avait déclaré formellement qu'il ne prendrait ces mesures qu'autant qu'elles ne porteraient aucune atteinte aux principes généraux qui doivent en tout état de cause être respectés, et, parmi ces principes, il plaçait la liberté du commerce.

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