‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 39 sur 62 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

du commandant de la place de Versailles,

(( A la suite de deux tentatives de meurtre commises dans les bois de Meudon, de Vi le-d*Avray et de Marnes, ces bois et ceux qui sont situés do ce côté, ainsi que les routes qui les traversent, sont interdits à la circulation à partir de (rots heures après-midi iusqu'h neuf heures du matin.

« Les patrouilles ont reçu l'ordre de /ix/re feu sur toulesles personnes en état de contravention.

« Versailles, le 14 décembre 1870.

« De Voigts-Ruetz, u Général-Major commandaDt. »

Le meurtre de Tenfant de Viroflay devenait ainsi régulier et conforme aux prescriptions légales.

Cet ordre du commandant de place fut justifié ainsi qu'il suit par le correspondant de la Kœlnische Zeilung (1) :

(( Le fanatisme politique a amené encore à Versailles et dans ses environs quelques excès qui ont nécessité de notre part des mesures plus sévères. Avant-hier, dans le prolongement de l'avenue de Saint-GIoud, il a été tiré un coup de feu sur un de nos officiers; le soir du même jour, un de nos soldats a été blessé d'une balle de pistolet par un civil. Les auteurs de ces actes s'enfuient d'habitude dans les taillis et dans les bois et s'échappent. En conséquence, il a été donné l'ordre aux postes de tirer sans autre information {ohne Weiteres zu erschiessen) sur quiconque sera rencontré

(I) Correspondance rcproduilp dnns la Zweile Beiftige der Kœnfgl. privUegirlen Bcrlinischrn Zeitnng. (n» 319) 20 dér.

dans les bois après 3 heures de l'après-raîdi, c'est-à-diro dès que robscurifé commence à venir. Depuis que les Parisien** ont réussi une fois à obtenir un succès momentané sur nos lignes d'investissement ciii côté Est, l'espérance que les Prussiens seront chassés de Versailles s'est ranimée chez les habitants de cette bonne ville. On sait qu'ils avaient déjà une fois préparé une nuit de la Saint-Barthéleray pour le grand quartier général du Roi, lorsque li bataille de Houdan devait faciliter la jonclion de l'armée de l'Est par Versailles. Les francs-tireui-s de ce côté de Houdan seraien t en même temps tombés sur Versailles et auraient massacré lous les Prussiens, llien ne se fit alors, mais depuis le commencement de décembre on a de nouveau conçu rospérance d'une tuerie des étrangers à Versailles, car pourquoi ce qui a été alors, pensent-ils, près de réussir, ne réussirait-il pas tout k fait à un second essai?... Si Paris tient jusqu'à Noël^^ et ce n'est guère douteux, on cherchera certainement à donner de l'occupation à nos troupes pondant cette fête et surtout le soir mêmci de ISoël. Les Parisiens savent combien cette fête est solennelle pour les Allemands ; ils ont eu souvent l'occasion dii voir, dans les familles allemandes de Paris, la joie qui entoure Varbre de Noël, et ils chercheront à assaisonner cette joie pour les Allemands qui sont autour de Paris, parce qu'ils supposeront que ce jour-là nos troupes veilleront moins que d'habitude.

Il y aura donc sans doute bien des Illuminations de Noël allumées pour nous par les forts, et pendant que, là-bas, chez nous, les enfants dos hommes de la landwehr joueront à l'ombre de l'aibre de Noël avec des soldats français en plomb, les pères pourront bien avoir à faire avec les soldats français de chair et d'os. — Quoi qu'il en soit, on se prépare déjà ici aux cadeaux et on fera des arbres de Noël au moins à l'ambulance du château. Chaque salle aura son arbre, afin que l'armée ne soit pas privée totalement des joies de ce jour-là. »

Aux événements si douloureux au milieu desquels on vivait, venaient se mêler, comme il arrive toujours, des incidents d'un caractère plus ou moins comique. A cette catégorie appartient la correspondance que Son Excellence M. de Roon, ministre de la guerre, entretint avec la municipalité à propos de sa cuisinière.

Le 27 novembre, le maire avait reçu du ministère de la guerre prussien une grande lettre officielle qui rappelait la municipalité à ses devoirs envers un ancieii soldat frinçiis, nommé lîiaril, concierge

laissé dans la misère ot ne touchait pas même sa pension de retraite, en qui scandalisait les autorités prussiennes. I^e maire avait clé très étonné de cotte sollicitude el il avait fait venir h son cabinet cet ancien soldat, pour lui demander des renseignements sur sa situation et savoir de lui pourquoi elle avait attiré l'attention des Prussiens. M. Hiard avait été aus^i surpris que le maire de la lettre écrite à son sujet, et il avait déclaré qu'il ne demandait absolument rien, n'accepterait rien, et Furtout ne voudrait rien devoir h des démarches faites en sa fiveur par Tennemi. L'affaire en était restée là quand, le 14 décembre, la mairie reçut ce second message :

« Versailles, le iU décembre 1870.

« Monsieur le Maire,

(( T.e 27 novembre dernier, le chef d'état major de Son Excellence monsieur le Ministre de la guerre, vous a adressé une demande relativement îi la penr,ion militaire et paiticuliére du sieur Hiard, concierge de la maison sise rue des Hôtels, n*^ 7, K hai)iîée par S. E. M. le ministre de Roon.

« Comme vous ne m'avez pas répondu à cotte demande, je vous requiers d'avoir à me fournir, dans un délai de trois jours au plus tard, un rapport dans lequel vous m'indiquerez les mesures nécessaires que vous aurez prises à ce sujet.

« Agré.îz, Monsieur le Maire, Tassurance de ma considéiation distinguée,

« Le préfet de Scine-et-Oise. E. R, FoRSTEa.

« Conseiller de prcfccîurc cl sous-préfet. »

Le maire fit de nouveau venir M. Hiard, qui de nouveau, et pour ainsi dire en colère, refusa tout secours. Enfin, à force de (questions, on devina le mot de l'énigmr^.

La femme de M. Hiard avait été choisie par M, do Roon comme cuisinière ; M. de Roon ne lui payant aucune espèce de gages, avait trouvé un moyen do s'acquitrer envers elle sans bourse, délier; il s'élait chargé de fairo solder la pension de son mari par réquisilion adressée h la munici

guerre- Ces 300,000 francs complétaient le TDÎllion que la ville, depuis trois mois d occupation, avait dû se procurer par voie d'emprunt.

16 déeembre*

Le !G, à huit heures du soir, arriva à Versailles une députation de trente m»MTibros du Parlement de l'Allemagne du Nord, chargés de présenter au roi Guillaume l'adresse qui le suppliait d'accepter le titre d'empereur d'Allemagne. — Depuis plusieurs jours, M. de Bismarck, et par ses ordres M. de Voigts-Rhetz, se préoccupaient de faire à ces envoyés une réception digne du message qu'ils apportaient si docilement. Les logements qu'ils devaient occuper avaient été requis dès la veille et choisis avec un soin tout particulier dans un beau quartier, boulevards du Roi et do la Reine, non loin du directeur de la police et de M. Zernicki. Ce dernier, dans les fonctions de fourrier, avait déployé le plus gran<l zèle. Tout le long du boulevard du Roi, on voyait sur les portes des plus belles maisons les noms de ces députés tracés à la craie (1).

Ce n'est pas seulement à de bons logements que Ton avait pensé; M. de Bismarck, qui, en cette circonstance, jouait très gravement le rôle de Bertrand avec Raton, poussa plus loin encore les devoirs de Thospitaliié. Il voulut que ces excellents députés trouvassent en abondance à Versailles les vins de la conquête, et surtout celui que les Allemands ccftisidèrent comme lo vin de France par excellence : le vin de Champagne. M. le général de Voigts-Rhetz, en sa qualité de commandant de place, veilla à ce détail important. 11 fit venir M. Grosseuvre, propriétaire de l'hôtel des Réservoirs, afin d'avoir avec lui nniî conférence sur ce sujet. Il lui annonça en termes vagues l'ar-

(1) Ces noms lUalent les suivanls : MMr de Sybel, Iccomlcde Ilomppsch, le duc d*Ljest, Augspnrg, Sombarl, de PdUkaincr, comie I*feil Uussel, TrosUi, l^ogî;é, prince de l'Iess, de «îrœvenelz, l)*^ Wesgel, d'Arnim, Krœchlciuloiff, D' Oppenhoff, de Diesl, Nobeihaii, de llagcmeisUT , d'Unrah, de îfalza Lidilenaii, le baron de RothsclilM, le comte de

mus tn mnumis, A la séance du Conseil, du 14 décembre.

cbnrgt^s de réaliser re que rillusion prussienne appelait naïvement « le plus grand événement des temps modernes. »

rivée des députés et le prévint qu'il lui /allait, pour une solennité prochaine, se procurer de nombreuses bouteilles de ce vin qui devait maintenir les députés du parlement dans l'enthousiasme approprié au rôle qu'ils venaient jouer, M. Grosseuvre répondit que, dès les premiers temps de leur séjour, les princes allemands qui logeaient à son hôtel avaient complètement épuisé toutes ses provisions, et qu'il ne pouvait en ftvire venir de nouvelles, n'étant pas maître des communications avec Epernay. M. de

Yoigts-Hhetzoffritaussilôtdes sauf-conduits spéciaux pour cet achat; ils furent refusés

parM.Grosseuvre.M.deVoigts-Uhetz montra alors une grande irritation, et menaça M. Grosseuvre, s'il ne fournissait pas le vin demandé, de laisser désormais toute liberté aux princes et aux officiers qui logeaient dans son. hôtel. C'était là une menace très grave, car Tautorité seule du général empêchait que chaque jour il n'y eût à l'hôtel des Réservoirs des désordres semblables à ceux qui s'étaient produits le premier jour, où un officier s'était promené à cheval dans la grande salle à manger au milieu des tables chargées de verrerie et de vaisselle. M. Grosseuvre, pour calmer le général, l'engagea à imiter les princes qui se faisaient expédier directement à Versailles les quantités très considérables de vin de Champagne qui leur étaient nécessaires pour leurs repas quotidiens. Ce moyen put être en effet employé, grâce à un négociant allemand, installé à Versailles, qui se chargea d'aller à Epernay avec les sauf-conduits du général et qui créa, rue de la Paroisse, un dépôt spécial de vin de Champagne.

19 décembre.

Pendant que l'état-major ptussien était (out entier aux préparatifs de la fête du couronnement, les habitants de Versailles s'apprêtaient à une solennité bien différente. Depuis deux jours on avait reçu la nouvelle de la mort de M. Olivier Godard, lieutenant au 32® de ligne, fils d'un chirurgien de la ville, connu et honoré de tous. M. Olivier Godard avait reçu un coup de feu à travers le corps dans la sortie du

2 décembre ; il était resté couché sur le champ de bataille de Champigny pendant toute la nuit si cruellement froide du 2 au

3 décembre, pendant toute la journée du 3, et encore pendant la nuit du 3 au 4. On peut difficilement se faire une idée des terribles souffrances physiques etmorales qu'il avait endurées pendant cet abandon sur

un sol glacé couvert de neige. Après trois jours d'agonie, relové enfin encore vivant, il avait été transporté dans une ambulance prussienne, à la Oueuc-en-Brie.

Sa sœur et son beau-frère, M. le docteur Delaunay, s'y étaient rendus pour le soigner. Ils avaient couché sur la paille à côté de lui, jusqu'au 14 décembre, jour où il avait succombé, âgé de 29 ans.

Le corps fut rapporté à Versailles, et l'enterrement eut lieu le 17 décembre. Par un mouvement spontané, la population de Versailles presque tout entière y assista.

L'église Notre-Dame fut trop élroite; une partie de la foule resta en dehors; les femmes, revêtues de denil, étaient en très grand nombre. Une d'elles, appartenant à la classe populaire, dit à un assistant des paroles qui résumaient bien la pensée de cette foule : aCe n'est pas seulement pour ce brave jeune homme que nous venons ici, monsieur; nous saisissons avidement cette occasion de bien montrer à l'ennemi, en face d'un cadavre français, que s'il nous tient et nous emprisonne, nous restons toutes de cœur avec nos soldats de là-bas, et que nous voulons toutes prier pour nos enfants qui le combattent...» Et en parlant ainsi, la digne femme sanglotait. .

Le corps devait être enterré au cimetière Notre-Dame. La veille du service, le conseil municipal avait pris la délibération suivante :

« Le Conseil ,

« Sur la nouvelle qui vient de lui être donnée, que le jeune officier Godard (Olivier), de Versailles, est glorieusement mort en défendant son pays dans la guerre actuelle, prie Monsieur le Maire d'être auprès de la famille du défunt l'interprète de sa sympathie à l'occasion de la douloureuse perte qu'elle vient de faire ;

« Et attendu que l'inhumation doit avoir lieu demain au cimetière Notre-Dame do cette ville ;

« Considérant que M, Godard père, docteur en médecine à Versailles, président de la commission d'hygiène, rend depuis longtemps des services dévoués et gratuits à la ville de Versailles;

(( Voulant en même temps honorer la mfîmoire du fils et reconnaître les services du père ;

« Vu l'ordonnance du 10 juillet 1816 ;

« Vote la concession gratuite et perpétuelle du terrain où sera inhumé demain audit cimetière le lieutenant Godard.

« Et en ce qui concerne l'exécution du

présent vote ; vu une délibération muni-

, cipUle du 2 octobre 1870, prise en présence

des cil constances acluelles d'occupation étrangère, aux termes de laquelle, provi- Foircment et jusqu'à nouvel ordre, les délibérations du conseil municipal sont immédiatement exécutoires ; attendu qu'en temps normal un vote de la nature du présent est soumis h l'approbation d'un dé cret ; mais attendu qu'en l'état d'invasion et de blocus où elle est réduite, la ville de Versailles est sans relations possibles avec toute autorité française supérieure à celle de son conseil municipal, notamment avec les membres du gouvernement ;

«Déclare la présente délibération exécutoire sans qu'il soit besoin de l'appuyer d'aucune approbation supérieure, d'ailleurs impossible à obtenir. »

Le Comité versaillais de la Société Internationale de secours aux blessés s'associa de son côté à cet acte de la municipalité en se chargeant de tous les frais des obsèques.

La cérémonie eut un grand ctadmiraj)le caractère de recueillement patriotique.

Les cœurs étaient d'autantplus serrés que, par un acte de déférence auquel il faut d'ailleurs rendre hommage, le général de Voigts-llhetz, accompagné de ses aides de camp, assistait au service religieux. Par ses ordres, un détachement de soldats prussiens et une musique militaire prussienne tîscorlèrent le cercueil jusqu'au cimetière.

Celte présence de l'ennemi à une pareille solennité en augmentait encore la tristesse poignante.

Lo cercueil était enveloppé dans les plis d'un drapeau tricolore; les cordons en étaient tenus par M. Rameau, maice, M. Michel, colonel de la garde nationale, M, de Nansouly, lieutenant-colonel, M. le docteur Fropo, chirurgien en chef de l'hôpital militaire. En tête du cortège, formé par une foule immense et silencieuse, marchaient les membres du conseil municipal, portant leurs insignes tricolores.

Au cimetière, après un touchant adieu adressé par M. le docteur Fropo, M. Rameau, s'approchantde la tombe, prononça d'une voix vibrante les paroles suivanics :

u Messieurs,

«Avant de terminer cette triste, mais glorieuse cérémonie, permettez-moi d'en tirer deux enseignements:

«Le premier, c'est qu'il est beau de mourir pour la défense de la patrie, car l'ennemi lui-même rend hommage à une pareille mort ;

u Le second, c'est que la guerre de con-

quête est chose impie, oui, impie!... Quaud une tiation se jette sur une autre nation, par qui est-elle conduite?... Par ces grands enfants, qu'on a tort d'appeler des hommes, puisqu'ils brisent leurs jouets et pleurent ensuite de ce qu'ils les ont brisés !...

«Espérons qu'avant peu les Etats-Unis d'Europe proclameront et soutiendront le principe du respect de la vie humaine !...

Les hommes ne sont pas en effet sur la terre pour s'entretuer, mais pour s'aimer, se secourir, se rapprocher et s'unirU.. »

Ces quelques paroles, dites avec une émotion profonde, eurent un effet moral immense. La foule qui les avait entendues n'avait pu retenir comme une acclamation, dont les troupes prussiennes présentes ne saisirent pas le sens. Le soir, toute la ville répétait ce discours; cent mains l'avaient copié et répandu, et quelques jours après, il était reproduit avec éloges par le Times et la plupart des journaux anglais. Tous ÎAïcitaient le maire de Versailles de son ferme langage, qui attestait aux étrangers que, malgré tous les malheurs sous lesquels la France était accablée, des âmes élevées et courageuses savaient encore, sous les yeux mêmes de l'ennemi, témoigner avec énergie en faveur de l'humanité et du droit, et garder intacte toute leur foi dans l'avenir.

A tous les points de vue, l'effet du discours du maire fut excellent sur la population de Versailles; l'écrasement qu'elle avait à subir sous un ennemi toujours victorieux risquait à la longue de lui enlever peu à peu sa force de résistance ; s'il est vrai que l'esclavage ôte aux hommes la moitié de leur valeur, l'occupation étrangère peut n'être pas moins désastreuse; il était donc utile que de temps en temps quelque acte de vigueur vînt empêcher tout affaissement de se produire. Maintenir la population dans une attitude digne et noble, c'était là un des devoirs les plus impérieux et les plus délicats de la municipalité ; le discours public du 17 décembre fut un des actes par lesquels le Maire sut montrer le plus efficacement à ses concitoyens la conduite, les pensées et le langage dans lesquels il nous fallait tous persévérer.

Le lendemain du service, M. le docteur Godard écrivait au maire :

« Monsieurle Maire,

« Soyez, je vous prie, mon iaterpràie auprès du Conseil municipal...

(( Merci, monsieur le Maire, mercii mille fois des honneurs rendus à moii fils. Il est tombé sur le sol sacré de la patrie, qu'il défendait tous les jours pied à pied depuis deux mois. Sa vie a été courte, mais bien et honnêtement remplie.

«Ce concoursimmense de citoyens, cette manifestation sympathique ontétéun allégement à mes douleurs, hélas! trop répétées (1).

« Merci encore, et comme père et comme citoyen, de vos paroles si patriotiquesl...»

Le jour même de cette cérémonie, en rentrant à THôtel-de-Ville, le maire trouva la réquisition suivante, que le général de Voigts-Rhetz avait dû signer avant de se rendre au service religieux du lieutenant Godard :

« Versailles, 17il2 1870.

(( La Mairie est requise à fournir à S. A.

le Prince royal, maréchal de camp, douze jeunes sapins.

LeGommandant-général,

(L. S.) « V. VoiGTS Rhetc. »

C'était la fête de Noël qui se préparait ; l'état-major avait trouvé de bon goût de faire fournir par la ville les arbres nécessaires à cette fête. Il y avait là une de ces plaisanteries familières à nos. ennemis, et le jour où ils la faisaient élait choisi avec an tact parfait.

Le même messager avait apporté une seconde dépêche, relative au même objet. Ce n'était pas assez d'avoir de « jeunes sapins ; » il fallait les illuminer richement : le billet suivant était destiné à prévenir la disette de bougies :

« Versailles, i7il2 1870.

« Ayant entendu que les bougies vont manquer dans les prochains jours ici, j'invite par la présente la Mairie de Versailles à prendre sans délai des mesures que le dit manque n'an ivera pas.

« Le Général-GommaDdant, ' « V. Voigts-Rhetz. »

Ces xéquisitions étaient écrites de la main

(1) H. le docleur Godard avait eu la douleur de perdre quelques mob auparavant une flUe de 29 ans.

de ce juif, nommé Ursell, que M. de Voigts Rhetz employait tout en le méprisant, et qui chaque jourle compromettait en lui faisant signer des pièces d'une tournure grotesque.

Il est bon de rappeler ici que dans leurs proclamations, le roi et le Prince royal avaient solennellement répété sous toutes les formes : « les réquisitions ne porteront et ne pourront porter que sur les fournitures jugées indispensables à l'entretien des troupes (1). » Ces arbres de Noël et tant d'autres objets, que la mairiedevait fournir sur des bons de réquisitions, n'étaient pas évidemment « indispensables à l'entretien des troupes. » Le roi et le prince son fils avaient donc signé des promesses qu'ils ne voulaient pas tenir, même au grand quartier général. Il eût été bien facile et bien peu coûteux à l'état-major de se procurer ces arbres sans recourir à la réquisition, mais l'habitude était prise, et puis c'était double plaisir de dresser des arbres de Noël et de savoir qu'on les devait à une réquisition sur l'ennemi, ainsi humilié une fois de plus. C'était toujours en ricanant que les agents du général venaient présenter ce genre de sommations. Ils savaient bien qu'il y avait là un abus, mais, si on le leur faisait remarquer, n'avaient-ils pas leurs réponses prêtes : « C'est la guerre ! » ou bien : « C'est vous qui nous avez attaqués ! » En vertu de ces deux arguments, tout excès et toute insulte étaient de droit.

18 décembre.

Le Moniteur, àw 18 annonçait officiellement le retour à Versailles de M. de Brauchitsch. Comme bienvenue, M. de Brauchitsch s'empressa de publier, dans le même numéro de son journal, un avis où il rappelait que les contributions du mois de décembre avaient dû être versées le 10, et il ajoutait : « Je préviens ceux de MM. les maires qui n'ont pas encore eftectué le paiement complet pour les mois précédents que f ai reqxHs la force militaire pour que l'exécution ait lieu dans toutes les communes qui persisteraient à rester en retard... J'ose espérer que les communes en retard éviteront, parle paiement exact de leurs contributions, les suites fâcheuses de l'exécur tion militaire, »

Le dimanche 18 décembre était le jour fixé par le roi Guillaume pour la présenta-

(1) Voir plus haut, page 89.

lion de l'adresse qui le faisait empereur (1).

Un service solennel auquel assistèrent les députés eut lieu le matin à la chapelle du r:hûteau ; la cérémonie elle-même fut célébrée à deux heures de Taprès-midi, à la Préfecture, et entourée de tout Tappareil qu'on put lui donner, avec les faibles moyens dont ou disposait en campagne.

C'est au Moniteur officiel {^) de M. de Bismarck qu'il convient de rendre compte de cette fêle ; son récit mérite d'ailleurs d'être reproduit, comme donnant une idée exacte des cérémonies monarchiques qui furent à plusieurs reprises célébrées à Versailles par la Cour prussienne :

(( La députation du Parlement de la confédération de l'Allemagne du Nord, chargée de présenter à S. M. le roi de Prusse l'adresse dans laquelle la représentation nationale k unie aux princes de l'Allemagne, exprime le vœu qu'il plaise à Sa Majesté de sanctionner l'œuvre de l'u- Liité par l'acceptation de la couronne impériale de l'Allemagne, » est arrivée à Versailles dans la journée du vendredi 16 décembre. Le roi a daigné recevoir la députation le dimanche 18, à deux heures de l'après-midi.

((Quelque temps avant cette heure, les princes de l'Allemagne avec leurs suites, ainsi que les membres de la députation, se sont rendus en voiture à l'hôtel de la Préfecture du département de Seine-et-Oise, résidence actuelle du roi.

« Des gardes-du-corps avaient été placés aux portes des appartements de réception,

«Les princes se sont assemblés dans une des salles pendant que S. (1. le roi était resté dans ses appartements.

(1) Les historiens prussiens onl remarqué modeste, ment que c'était ce même dimanclie que Cliarlemagne, à peu près mille ans auparavant, avait choisi pour se faire donner à Rome la couronne impériale et fonder remplie que le roi Guillaume ressuscitait. — Ils avaient déjà fait une autre remarque du même genre, à propos de l'entrée du roi Guillaume à Versailles. Cette entrée avait eu lieu le 5 octobre, annivecsaire du jour où des bandes d'émeutiers vinrent arracher Louis XVl de son palais. Les Prussiens tirèrent de là ce rapprochement : de même que le 5 octobre 1789 a marqué la fin de la France comme monarchie, de même le 5 octobre 1870, jour de rentrée vengeresse de <( Guillaume le Victorieux » dans la ville de Louis XIV, marque la fin de la France comme grande puissance européenne. — Si on devait lutter à ce jeu des rapprochements symboliques, on pourrait peut-être dire avec plus de raison que les ma&ses aveugles et grossiJ^res qni se sont jetées le 5 octobre 1789 sur l'Assemblée et sur le palais de Versailles ressemblent assez à ces masses innombrables de Germains qui sont venues avec le roi Guillaume pour tenter de détruire un peuple auquel l'Allemagne doit, quoi qu'elle en dise, une partie de sa civUisalion.

(2) N<> du 20 décembre.

« Le roi a d'abord reçu S. A. le Prince royal et le chancelier de la confédération de l'Allemagne du Nord, comte de Bismarck-Scbœnhausen.

((Les princes se sont ensuite rendus dans les appartements du roi, et à deux heures précises, Sa Majesté est entrée dans la grande salle de réception. Le roi, précédé du grand maréchal de sa maison et de sa Cour, comte Pueckler, et accompagné par tous les princes, s'est mis debout devant la cheminée faisant face à la cour d'honneur. Il avait derrière lui son aide de camp de serv ice, M. le -comte de LehndorCT.

Le Prince royal et LL, AA. RR. les princes Charles et Adalbert se mirent à droite du roi. Du même côté prirent place les princes héréditaires et les autres membres des maisons royale et princièrc. Derrière ce groupe, on vit les généi'^aux commandants et les généraux de division ainsi que tous les autres généraux présents à Versailles.

« Derrière Sa Majesté, à gauche, s'est tenu S. Exe. le comte de Bismarck-Schœnhausen,et à côté du roi, à gauche, S. A. R.

le grand duc régnant de Bade, S. A. R.

le grand duc régnant de Saxe-Weimar, S. A. R. le grand duc régnant d'Oldembourg, S. A. le duc régnant de Cobourg et de Golha et S. A. le duc régnant de Saxe- Meiningen. Pcarmi les princes héréditaires on voyait le prince héréditaire de Mecklerabourg-Schwerin, le prince héréditaire de Mecklembourg-Strélitz, le prince héréditaire de Saxe-Weimar, le prince héréditaire d'Oldemburg, ainsi que le prince Guillaume de Wurtemberg, le duc Eugène de Wurtemberg, le prince héréditaire Léopold de Hohenzollern, etc.

« Toute la cour du roi, c'est-à-dire la maison militaire et civile de Sa Majesté, était aussi présente. S. Exe. le grand maréchal comte Pueckler et M. le maréchal comte Perponcher reçurent successivement tous les personiiages assistante cette solennité.

(( Les princes n'étaient suivis que d'une seule personne de leur suite militaire. Tout le monde portait le petit uniforme, sans décorations.

« Dans l'intervalle, les membres de la députation furent introduits dans la salle de réception et prirent place en face du roi, des princes, et de toute la cour assemblée.

« Les membres du Parlement ne faisant pas partie de la députation, mais présents à Versailles pour affaire de service, se sont joints au corps de la députation. Parmi ces membres, on a remarqué S. Exe. M. le comte de Moltke, chef d'état -major général, M, de Brauchitsch, préfet de Seine-

et-Oîse, M. Sîmson Georgcnburg et le comte de Frankonberg.

« M. le président Simson, qui avait à côté de lui le duc d'Ujest, prince de Hohenlohe, Tan des vice ^présidents du Parlement, s'avança alors et prononça le discours suivant :

« Très illustre et très puissant roi, « Très gracieux roi et maître,

«Votre Majesté royale a gracieusement permis que rAdre?se, votée le 10 de ce mois par le Parlement do la confédération de TAllemagne du Nord, Vous fût présentée dans Votre quartier-général de Versailles.

«Le Vote de l'Adresse avait été précédé de l'approbation des traités conclus avec les Etats du Sud et de deux changements dans la Constitution garantissant au futur Etat allemand et à son auguste Chef, des titres entourés de la vénération de long.^ siècles et dont les aspirations de la Nation allemande n*ont jamais cessé de réclamer le rétablissement.

« V. M. reçoit des députés du Parlement dans xme mile oà plus d^une désaslreuse campagne contre noire patrie a été conçue et mixe à exécution. Près de cette villo, et sous la pression de la violence étrangère, les traités ayant pour conséquence immédiate la chute do l'empire germanique ont été conclus. Aujourd'hui cependant il est permis h la nation de recueillir à la môme place l'assurance que l'Empereur et l'Empire viennent de ressusciter, transformés par l'esprit vivifié du temps présent, et si Dieu continue à nous aider et h nous accorder sa bénédiction, cette régénération lui donne la garantie de l'unité et de la puissance, du droit et de la légalité, de la liberté et de la paix. Daigne Votre Majesté donner les ordres pour que le texte de l'adresse soit lu et pour qu'il soit, comme Document authentique, déposé entre les mains do Votre Majesté, n

« L'adresse fut alors luo par le préaident Simson. Le roi la reçut, écrite sur parchemin, la remit au maréchal comte de Lehndorf. Sa Majesté prit ensuite des mains du chancelier do la confédération comte de Bismarck le discours royal suivant, qu'il prononça d'une voix ferme (1) :

« Honorés Messieurs,

« En vous recevant ici sur le territoire étranger, éloigné do la frontière allemande.

J'éprouve avant tout le hc«oin d'exprimer ma gratitude h la divine Providence, dont

(t) Nous n*en reproduisons que les passages les plus saillants, ou qui font allusion au séjour du roi.

le dessein merveilleux nous a réunis dans rantique cité royale de la France. Dieu nous a accordé la victoire dans des proportions que Je n'avais osé ni espérer, ni solliciter, lorsque, l'été dernier. J'ai commencé à vous demander votre concours pour cette guerre redoutable. Ce concours M'a été pleinement donné et Je vous en remercie, en mon nom, au nom de l'armée, au nom de la patrie... L'allocation des moyens que les gouvernements de la confédération de l'Allemagne du Nord ont encore demandés afin de continuer la guerre M'a donné une nouvelle preuve que la nation est décidée à employer toute sa force pour que les grands et douloureux sacrifices qui émeuvent profondément Mon cœur comme le vôtre n'aient pas été faits inutilement et pour qu'on ne mette pas bas les armes avant que la frontière de l'Allemagne ne se trouve garantie contre des attaques ultérieures (i).

« La demande qui M'a été adressée par S.

M. le roi de Bavière de rétablir la dignité impériale de l'ancien empire d'Allemagne M'a rempli d'une émotion profonde. Vous, Messieurs, M'apportez, au nom du Parlement de l'Allemagne du Nord, la prière de ne pas Me soustraire à l'appel qui vient do M'ètre fiiit. J'aime à trouver datis vos paroles l'expression de la confiance et des vœux du Parlement de l'Allemagne du Nord. Cependant vous savez que dans cette question touchant h de si hauts intérêts et h de si grands souvenirs de la nation allemande, ni Mon propre sentiment, ni Mon propre jugement ne sauraient déterminer Ma résolution. Je ne reconnaîtrai l'appel de la Providence que Je pourrai suivre en me confiant à la bénédiction divine que dans la voix unanime des princes allemands et des villes libres ainsi qu'i dans les vœux d^ la nation allemande et de ses représentants qui s'y accordent.

Vous apprendrez comme Moi avec satisfaction que J'ai reçu do S. M. le roi do Bavière la nouvelle que cette entente de tous les princes allemands et des villes libres est assurée et que la publication officielle en est attendue.

u Le roi, après avoir prononcé ce discours, s'avança vers le président et lui adressa, ainsi qu'aux autres membres de

(1) L'.\(lr(*5;sc de. son côt«^. disait : n La nation ne déposera pas lt>s armes tant qite la paix ne sera pas garantie parties frontibres inexpugnables contre 1rs attaques de V isins Jaloux. « Ce mot garantie de paix devait revenir sans cesse dans toutes les pièces, dans toutes les conversations qui cherchaient à Justifier la conquête de TAIsacc et de la Lorraine. Or, si cctic con- I quête violente « garantit » quelque chose, c'est la guerre.

la députatîon, des paroles gracieuses (1).

<( L'Assemblée se sépara aux cris de (( Vive le roi, généralissime des armées aile mandes. ))

« La députation a été ensuite reçue par S. A. le Prince royal à la villa des Ombrages.

<( A cinq heures, un dîner de 80 couverts auquel ont été invités tous les membres de la députation, ainsi que les princes et autres illustrations présentés à Versailles, a eu lieu chez S. M. le roi. »

Cette cérémonie ((àîamaisméraorable(2)»

ne fut remarquée de la population versaillaise qu'à cause du passage à travers la ville de la file de voitures de poste qui avaient été transformées pour la circonstance en voitures de gala, et qui transportèrent bruyamment à la Préfecture les trente députés. Ce défilé offrit le plus étrange spectacle. Pour faire honneur aux députés, sur le siège de ces voitures (ou plutôt de ces fourgons, salis et crottés par le service qu'ils avaient fait depuis le commencement de la campagne) on avait placé en guise d'heyduque un de ces gardes-du-corps, dont le casque d'acier poli, dessiné par le roi Frédéric-Guillaume, cherche à rappeler les casques des chevaliers de la féodalité. Les députés eux-mêmes étaient revêtus de costumes et d'uniformes d'un aspect suranné; affublés ainsi d'une façon extraordinaire, ces Allemands solennels, entassés dans des voitures de forme bizarre, semblaient des revenants d'un autre âge historique qui surgissaient tout à coup pour figurer dans quelque solennité de théâtre. Et en effet, ces hommes du xix<^ siècle, qui venaient à Versailles, du fond de la Germanie, pour tenter une résurrection du « Saint Empire^ » étaient bien des espèces de spectres en train de jouer tant bien que mal une pièce renouvelée du moyen âge.

Pendant la cérémonie, on vit flotter pour la première fois sur la Préfecture le drapeau adopté par le roi Guillaume pour son empire. Ce n'était pas le célèbre drapeau {Schwarz-roth-gold) qui a joué un si grand rôle en 1817 et en 1848, et que le libéralisme allemand avait choisi depuis longtemps comme le symbole de ses légitimes aspiru-

(i) Accompagnées de rubans et de décorations. C'était bien le moins qu'on pût faire pour des messagers aussi complaisants.

(2) Moniteur offlciel du 21 décembre.

tiens unitaires. Lo roi Guillaume avait fait l'oriflamme de la Germanie nouvelle à son image : il lui avait donné, avec les cocleurs de la Prusse, une physionomie tout; féodale; les armoiries dont il l'avait chamarrée rappelaient avec art les enseigne.^ historiées qui se déployaient dans les tournois du temps si cher à ce parti prussien, dont les efforts persévérants ont su amener une guerre avec nous. Au centre, Vécusson héréditaire des Hohenzollern marquait comme de son timbre l'empire nouveau ; do cet écusson s'élançaient les quatre bras noirs et blancs de la croix de fer, créée en 1813 et renouvelée en 1870 pour récompenser les vainqueurs de la France. Le symbole que le journal des hobereaux, la Gazette d^ la Croix^ présentait chaque matin à ses lecteurs était devenu le drapeau national. C'était bien là, en effet, le drapeau qui convenait au nouvel Etat : il contenait dans ses plis féodaux les deux sentiments intimement unis qui dominent l'aristocralie prussienne : la haine de l'esprit moderne confondue dans la haine

de la France. Né au milieu d'une guerre contre nous, ce drapeau affectait d'en vouloir perpétuer le souvenir : c'était un signe de haine et de guerre éternelle contre VErbfeindj « l'ennemi que les générations se transmettent, » et dont l'anéantissement complet a été déclaré nécessaire à la grandeiir et à Tagrandissement indéfini de l'Allemagne prussifiée.

A la grille de l'Hôtel occupé par M. de Bismarck, fut suspendu le même drapeau, mais sans ornements héraldiques, et réduit aux trois couleurs : noire, blanche et rouge, rangées comme nos trois couleurs bleue, blanche et rouge. A moins d'être examiné de près, ce drapeau tricolore ressemblait à s'y méprendre au drapeau français. On croirait presque qu'il y a eu là en effet quelque calcul et que la Prusse, qui a le dessein avoué de nous succéder et de nous supplanter partout, n'a pas jugé maladroit de confisquer notre pavillon, au moment où elle se flattait d'avoir enfin détruit « à jamais » notre rô'.e et notre influence dans le monde. Puisque tant d'officiers nous annonçaient très sérieusement qu'ils allaient nous enlever non-seulement plusieurs provinces, mais notre marine, et l'Algérie, et nos colonies d'Orient, afin de faire de la

France un état de troisième ordre, il était assez naturel que, par la même occasion, le peuple qui se déclarait, de par ses victoires, l'héritier universel de notre ancienne puissance, nous dérobât aussi le pavillon qui flotte sur nos possessions.

19 déeeMlire

Pour le îendeinaîn de la présentation de redresse, M. de Bismarck avait invité les députés h une grande promenade du côté de Paris ; il leur flt faire les honneurs du siège de cette ville maudite que Berlin, maintenant en possession d'un empereur, était évidemment destiné à remplacer bientôt. Par suite des pluies de novembre et des froids de déce^mbre, qui avaient retardé l'arrivée et rinstallation des pièces de siège à longue portée, on n*avait pas pu donner aux députés le spectacle du bombardement, dont on aurait vivement souhaité leur offrir les prémices, mais on put leur assurer du moins que cette opération décisive allait certainement commencer avant peu : dans un conseil militaire, tenu Tavant-veille chez le roi, les dernières mesures avaient été prises, d'accord avec le général de Hindersin, commandant-général de Tartille- He. Cette bonne nouvelle s'était aussitôt répandue : c'était le don de joyeux avènement que l'empereur Guillaume P' accordait à ses peuples.

Pour tenir lieu autant qu'il était possible du bombardement si malheureusement retardé , on montra avec soin aux députés les dévastations et les incendies qui faisaient à Paris une ceinture de ruines, et ces représentants du peuple allemand, qui devaient partir le lendemain matin, eurent la satisfaction de pouvoir reporter en Prusse un témoignage certain du glorieux travail accompli par « les armées alliées » pour inaugurer les annales de l'Allemagne nouvelle, devenue enfin empire prussien, c( ainsi que l'exigeait le développement historique de la nation »

assurait-on à Berlin.

C'était le 19 septembre que les Prussiens, au nombre de plus de 40,000, avaient tout à coup pénétré dans la ville comme une inondation. On croyait alors qu'ils y passeraient à peine quelques jours; on comptait pour les chasser sur des sorties des Parisiens, sur des combats continuels, sur l'arrivée d'une armée de recours...

Trois mois s'étaiexitécouléset les Prussiens étaient toujours là. S'il pouvait y avoir quelque consolation de leur présence, c'était ta pensée que pour eux-mêmes, ces trois mois de séjour dans notre ville constituaient la seule défaite qu'ils eussent éprouvée. Depuis le commencement de décembre surtout, lenr déception était profonde. Il suffit pour en être convaincu de lire ce passage d'une correspondance de journal en date du 29 novembre (i): «Tous

(1) Berliner Fremden und Anzeîgeblatt (n* 203).

les jours, écrivait alors un journaliste du grand quartier général, on entend dans les lieux publics parier de grosses sommes sur ces deux questions : « Paris a-t-il encore à manger jusqu'au 6, au 8 ou au 12 décembre, ») et « quand aura lieu la capitulation?» D'après des informations sûres, je peux affirmer que la capitulation de Paris est attendue réellement pour les premiers jours de décembre. Déjà on travaille jour et nuit à l'intendance générale pour préparer l'appro vision nemeat, etc.. »

Si la date du 19 décembre était triste pour nous, elle ne l'était pas moins, on le voit, pour les troupes allemandes. De part et d'autre, les espérances ne s'étaient pas réalisées.

Ces espérances étaient pour nous ravivées à chaque instant, à tort ou à raison, par des nouvelles que nous recevions et qui persistaient à être favorables. Dans la matinée du 19 décembre, le train de wagons qui presque chaque jour arrivait à la gare de la rue des Chantiers, traîné par des chevaux, et chargé de blessés allemands, contenait quelques soldats français. L'un d'eux, en traversant la rue des Chantiers, dit à des habitants qui passaient :

<( Prenez courage, nous venons d'Orléans; les Prussiens sont lepoussés sur toute la ligne !....»

Ne devait-on pas croire exacts des faits rapportés par des soldats qui venaient du champ de bataille ? Cependant, s'il y avait bien lutte énergique de Chanzy, les Prussiens n'étaient pas n repoussés. » Nos illusions étaient ainsi entretenues par ceux-là mêmes qui semblaient devoir le mieux connaître la réalité, mais qui, comme nous, puisaient leurs renseignements dans leurs espérances patriotiques bien plus que dans ce qu'ils avaient vu.

20 déeembre

Le 20 décembre, vers 4 heures de l'aprèsmidi, on vit entrer dans la ville, par la rue des Chantiers, un détachement a'envîron 150 marins prussiens. Leur uniforme était si semblable à celui de notre marine que l'on crut d'abord que ces marins étaient des Français. On raconta bientôt qu'ils traversaient le grand quartier général pour être dirigés sur Orléans, afin d'armer les canonnières qui avaient été prises.

Ils ne restèrent en effet que deux jours à Versailles ; après avoir été passés en revue par le roi Guillaume et le prince Adalbert, grand amiral, ils prirent la route de Saint-Cyr, et on ne les revit plus.

m déeeatbre

Depuis qaelqoes joars, le canon tonnait de noaveau, ce qui rendait de Tanimation aux esprits, Le 21, les détonations étaient plus énergiques encore que d'habitude ; à deux heures, le Conseil municipal était en séance, lorsqu'on lui annonça .que toutes les rues de la ville venaient tout à coup de se remplir de détachements de troupes. On crut d'abord, comme toujours, à une attaque de Versailles par les Parisiens, mais ou apprit bientôt que ces détachements s'étaient répandus dans la ville uniquement pour pénétrer dans chaque maison et la fouiller.

La séance fut suspendue et plusieurs conseillers étant sortis pour surveiller la per^ quisition de leur demeure, revinrent bientôt en racontant qu'il leur avait été impossible de rentrer chez eux. En cfTet, l'issue des rues était barrée par des cordons de soldats qui empêchaient de passer; surtout dans le quartier Saint-Louis, toute circulation était interdite. La plus grande partie de la ville était ainsi occupée militairement ; personne ne pouvait plus ni circuler, ni rentrer dans les maisons, ni en sortir. En même temps, des patrouilles nombreuses de dragons à cheval parcouraient les rues, le pistolet au poing, l'air menaçant, faisant mine de vouloir décharger leurs armes sur les passants. Pendant cette espèce de mise en arrestation subite de toute la population, des pelotons de gendarmes, de soldats et d'agents de police, dirigés par des oCQciersoudes sous-offlciors, entraient successivement dans chaque appartement, le visitaient, faisaient ouvrir les meubles, sondaient les caves, et emmenaient avec eux un certain nombre d'habitants jugés suspects.

Cette prise d'armes subite de la garnison prussienne contre la paisible population civile de Versailles dura environ deux heures.

Il en résulta une centaine d'arrestations et la saisie d'un certain nombre d'armes.

Presque toutes les personnes arrêtées durent être remises en liberté le lendemain; parmi celles qui furent maintenues prisonnières ou envoyés en Prusse, se trouvaient MM. Listray et Armand, arquebusiers (i), M. Krœmer, peintre; M. Tillard, propriétaire, tous habitants de la ville, chez qui l'on avait trouvé des armes ; M. Vanbatten, chez qui l'on avait trouvé des uniformes français; enfin quelques jeunes gens des environs de Versailles qui ne purent justifier de leur domicile, et qui, immédiatement^ furent considérés comme des francs-

(1) Us réussirent 11 s*écbapper à Corbeii.

tireurs. En somme, la police, à notre connaissance, ne trouva rien qui put justifier ce vaste déploiement militaire qu'elle avait organisé du reste avec beaucoup d'habiieté. Il était bien facile de soupçonner l'existence des armes qui avait été découverteSi et, le 21, ces armes ne menaçaient pas plus directement que d'habitude la garnison prussienne. Mais Timaginatioa si craintive des Prussiens et les inquiétudes qui les tourmentaient sans cesse, leur faisaient voir, à propos du moindre renseignement douteux, de vastes combinaisons contre lesquelles ils se gardaient aussitôt, car ils étaient dans les villes occupées ce qu'ils sont sur le champ de bataille, oii leur supériorité tient avant tout à l'art et au soin avec lesquels ils s'entendent à prendre des précautions contre tout danger, petit ou grand.

Les correspondances des journaux d'Allemagne nous ont appris ce que les Prussiens avaient redouté. Voici un de ces récits, qui nous montre les folles terreurs éprouvées le 21 décembre au grand quartier général (1) :

Les forts d'Issy et du Mont-Valérien avaient entretenu une violente canonnade dans la nuit du 20 au 21, et le 21 devait être choisi pour une nouvelle sortie de l'ennemi. Notre garde aperçut en effet, dans la matinée, aux forts de Saint-Denis, d'AubervilIiers, de l'Est et de Rosny une forte concentration des régiments de ligne nouvellement formés à Paris par Trocno.

Puis l'ennemi sortit et chercha à faire une percée dans nos lignes. Le combat fat surtout vif au Bourget, où une rencontre sanglante a déjà euTieu le 30 octobre. Quoique l'ennemi fût quatre fbis plus nombreux, après un combat d'environ quatre heures, il fut glorieusement repoussé. C'est surtout à l'artillerie de la garde qu'est dû ce succès; favorisée par le terrain, elle a pu déf ployer toute sa puissance, et c'est elle qui a ait subir à l'ennemi les pertes les plus sensibles. En même temps, plusieurs bataillons do la garde mobile attaquaient à Bougival et à Saint-Cloud cinq bataillons du 7' et du 47® régiment. Toute cette manœuvre devait aboutir à une démonstration ridicule. La garde mobile tira quelques salves de coups de fusil, puis se retira dans les forts au milieu des rires de nos troupes. Mais un fait frappant, c'est que les habitants de Versailles, le 20 au soir, avaient connaissance de ce plan de sortie du 21 ; d'après des avertissements qui nous avaient été donnés, on voulait ici, au

(1) Franfurter JtmrnaL Dieuslag 27 december (a* 358).

cas où le combat aurait été favorable pour les Parisiens, organiser une révolte en règle. Cette nuit de la Saint-Barthélémy devait commencer par un attentat contre le quartier-général et spécialement contre la personne du chancelier le comte de Bismarck. Par suite de ces renseignements, hier, à deux heures de l'après-midi, l'alarme fivt donnée à la garnison; trois bataillons des 58" et 59* régiments et deux escadrons de cavalerie furent réunis sur la place d'Armes, et là ils reçurent du général de Voigts-Rhelz et du conseiller intime docteur Slieber Tordre d'occuper ley mes et les places de la ville, de demander à chacun à justifier de son identité, et de fouHler minutieusement les maisons de la ville, une à une, en cherchant, de la cave au grenier, les armes qu'elles pouvaient renfermer. Au même instant les portes de la ville furent fermées, et on disposa sur la place d'Armes trois pièces de canons, dont les bouches étaient dirigées dans le sens des trois avenues de Paris, de Saint-Cloud, et de Sceaux. Les habitants étaient dans un état d'agitation extrême : on voyait dans les rues des femmes qui criaient avec angoisse après leurs maris. Pendant cette perquisition, les avenues, qui d'habitude, dans l'après-midi, sont très populeuses, étaient comme mortes. Le succès des recherches a été surprenant : on a trouvé 160fusils, sans compter des sabres, des pistolets, des revolvers chargés et des uniformes neufs. Rien que chez un sellier on a découvert 43 fusils; c'est chez un prêtre de la rue Royale qu'on a découvert les uniformes neufs. Sur une personne qui, dans le cours de l'interrogatoire, a été reconnue comme un émissaire du gouvernement fiançais de Bordeaux, on a saisi des papiers très importants du gouvernement provisoire. La police, qui a été augmentée d'une compagnie de chasseurs (1), recommencera ces perquisitions. Cette journée a fait sur la population de Yersailles une impression qui sera durable ; dans ces dernières semaines, cette population avait souvent répondu par le mépris à l'indulgence de nos aptorités. »

Les perquisitions n'avaient pas été prises par tous les officiers de la garnison

(1) CeUe compagnie fut logée autour de I'h6tel de M. de Bismarclc» rue de Proveuce, 0, et boulevard de la Reioe, 100 et 119. — Déji la rue de Provence était remplie d'agents de la Chancellerie et d'agents de po-i lice, mais M. de Bismarck ne se sentait pas encore assez en sûreté, et celte garde lui fut donnée pour le dé-

aussi au sérieux que le croit le correspondant que nous venons de citer; plusieurs ne les avaient faites que pour la forme ; ils entraient poliment dans les appartements, faisaient quelques questions, saluaient les maîtres du logis, et s'en allaient. Gomme ou le pense bien, cette louable manière d'agir fut loin d'être générale ; très souvent des habitants absolument paisibles eurent à subir d'odieuses vexations ; l'officier franzosenfresser avait là une occasion de donner carrière à ses sentiments haineux et méprisants, et il ne la négligea pas; il se montra ce qu'il est : d'une niaiserie égale à sa méchanceté. Par exemple, de pauvres vieillards,' couchés, malades, furent obligés de se lever pour que l'on sondât leurs matelas; des commodes, des armoires à glace, dont on ne trouvait pas tout de suite la clef, furent défoncées à coup de crosse de fusil; des enfants au maillot durent être déshabillés (!), les gens les plus inoffensîts du monde furent bousculés, maltraités et emmenés en prison, etc.

De leur côté, les soldats, en fouillant dans les meubles, et en se promenant à leur gré dans les appartements, ne se privèrent pas, en beaucoup d'endroits, d'emporter des montres et des porte-monnaies et une foule de petits objets que les propriétaires ne retrouvèrent plus après leur départ.

Quelques soldats allèrent même plus loin ; excités par les ordres qui leur avaient été donnés, ils se servirent de leurs armes contre les habitants, ainsi que le constate le procès-verbal suivant, aaressé au maire le lendemain par M. Ruelle, agent-voyer d'arrondissement :

« Le cantonnier-chef Maugain a été arrêté, vers 2 heures et demie, dans la rue de l'Orangerie, près de la barrière d'octroi, par deux soldats de Tarmée allemande qui se sont jetés sur lui en l'interpellant comme c( franc-tireur^ » et, malgré ses dénégations et la production de divers papiers de service dont il était porteur, il a été bientôt entouré par un grand nombre de soldats qui le menaçaient de leurs baïonnettes; l'un d'eux lui a porté un coup violent qii'il est parvenu à parer en partie, mais qui lui a traversé la cuisse droite. Malgré cette blessure si grave, il a été entraîné au milieu des baïonnettes vers la caserne Satory, et n'a dû sa mise en liberté qu'à l'intervention de M. Dujardin, commissaire de police. »

. Une des perquisitions qu'il convient de signaler est celle de l'hôtel des Réservoirs, dont une partie était occupée par le Co-

fendre spécialement contre les \l'^^'f-\^^;'j^^J^^;'''l mité versdiUis de la Société Internatioles rapports de police avaient signalé la présence al y

I nale.

Le Comité de la Société loternationale, depuis longtemps déjà, préoccupait la police prussienne. Il s'était formé là en effet une espèce de cercle permanent, exclusivement français, et qui servait de centre aux nouvelles qui pénétraient dans la ville. Ce salon et la salle des réquisitions à la Mairie étaient les deux endroits de Versailles où Ton savait le mieux ce qui se passait, et oii Ton était sûr de trouver les renseignements les plus certains sur la mcu'che de la guerre; chacun y apportait les journaux et les documents français ou étrangers qu'il avait pu se procurer; on les lisait tout haut, on les commentait avec passion, sauf à se taire subitement dès qu'un Prussien entrait, ce qui arrivait à chaque instant. La

{police ne pouvait pas supprimer ces deux oyers de nouvelles, qui étaient aussi des centres de résistance contre ses abus d'autorité, mais elle ne les supportait qu'avec une colère sourde et aurait été heureuse de trouver un prétexte pour les détruire.

Déjà Zernicki avait un jour, par un mouvement plus ridicule que majestueux, jugé à propos de tirer son sabre dans la salle des réquisitions contre les conseillera municipaux présents, afin de les intimider et de leur faire redouter son autorité; il voulut de même jeter la terreur dans le Comité de la Société Internationale, mais dans cette seconde tentative, il ne suivit pas une marche plus heureuse que dans la première.

Le 21 décembre, il se présenta à Thôtel des Réservoirs de son air le plus menaçant, à la tête d'un détachement de soldats et d'agents de police, mit des sentinelles aux issues du local occupé par le Comité, et déclara avec insolence que toutes les personnes présentes avaient à justifier devant lui de leur identité; il demanda en même temps la liste des membres du Comité, pour faire des confrontations. Pendant qu'il procédait à son interrogatoire, et fouillait les tiroirs du bureau du Comité, les soldats qu'il avait amenés avec lui exploraient les caves; ayant trouvé une porte fermée, ils l'enfoncèrent sans avoir voulu attendre la clef, et y volèrent une

Juinzaine de bouteilles de vin d'Espagne, estiné aux blessés des ambulances.

Quant à Zernicki, ses recherches bruyantes terminées, il se retira, en emportant le registre contenant la liste des membres du Comité (1).

(1) Le Comité était composé ainsi qu'il suit :

Président : M. Horace Delaroche.

Secrétaire-général : M. Pigeonneau.

Secrétaires : MM. Bersot, Arnold Sclierer, Délerot.

Inspecteurs : M. Rabot, inspecteur général des ambulances autour de Paris; U. Favier, inspecteur des wnbulances pour YerwUies. *

M. Horace Delaroche, président du Comité, se rendit aussitôt chez le prince de Putbus, représentant de la Société internationale allemande, pour lui exposer les faits qui venaient de se passer, et qui constituaient un outrage si grossier à une Société, qui depuis trois mois, tout entière à son œuvre de bienfaisance et fidèle à son caractère international, s'était mise indistinctement aussi bien au service des ambulances allemandes que des ambulances françaises. M. Delaroche ne contesta pas à l'autorité militaire prussienne le droit de faire des perquisitions, mais il tint à constater devant le prince de Putbus que ces perquisitions, telles qu'elles avaient été faites, n'étaient rien autre chose qu'une agression contre la Société Internationale, et une violation de sa neutralité.

Le lendemain, Zernicki revint au siège du Comité. Il rapportait la liste des membres. Qu'il avait sans doute dépouillée avec soin. Il n'était plus insolent et brutal comme la veille ; au contraire, il affectait de prendre le ton obséquieux et mielleux qui alternait chez lui avec les allures furieuses. Il déclara d'une voix douce que Sa Majesté le Iloi avait appris qu'il y avait du côté de la Loire des milliers de blessés français restés sans secours, et que par conséquent il engageait le Comité versaillais de la Société internationale à se transporter de ce côté, où il serait bien mieux placé pour rendre service.

M. Delaroche sentit bien que ce n'était là qu'un prétexte imaginé pour détruire et disperser le Comité, et il répondit : u J'ai été placé par mes chefs à Versailles ; mon intention bien arrêtée est d'y rester pendant toute la durée de la guerre. Personne ne peut affirmer que notre présence ici ne sera pas, un jour ou l'autre, très utile (on pensait toujours aux sorties des Parisiens).

Quant à ce que vous me dites au nom du Hoi, est-ce un conseil, une invitation ou un ordre ?

Trésoriers: MM. Huet, BoulHo Saint-Amand.

Econome: M. Cochard.

Economes^adjoints : MM. Simon, de Gelfier, Saintin. M. Basset, diargé de la tenue des listes et états des blessés.

Personnes attachées au Comité : M. le comte de Romanet; M. le vicoinie de Sémalé; M. Furley,. délégué de la Société Anglaise ; M. VioleL

Médecins. — Le corps médical de Versailles s'était mis tout euUer à la disposition du Comité.

Ambulances volantes.

Chefs d'ambulance : MM. Bourdllllat, Roche, Rabot, Denevers, Pigeonneau.

Aides d'ambulances : MM. Delalsement, Rodouan, Godard, Mercier, Auger, Reynaud, Ange, Colmet d*Aage.

Aumôniers : Le P. Arsène ; le P. Flavien ; l'abbé Véro; le F. Léon«

— C'est un ordre.

— Eh bien, si c'est un ordre, donnez-lemoi par écrit.

Zernicki écrivit alors un ordre ainsi conçu :

« Par ordre supérieur, les ambulances de la Société internationale trançaise de Yersailles sont dissoutes. Les membres des ambulances non natifs de Versailles devront

f partir pour les départements voisins dans 'espace de deux jours. »

Une fois en possession de cet ordre, M. Delarocho fit enlever do l'hôtel des Réservoirs les pavillons portant la croix protectrice de Genève, avertit les directeurs des ambulances françaises de la dissolution du Comité international par les autorités prussiennes, et se rendit chez le prince de Putbus pour lui faire part de ce nouvel et très grave incident.

Déjà la veille le prince de Putbus avait paru assez embarras^;*^ ; cette fois il se montra franchement indigné de la conduite tenue par une autorité toute puissante, et qui cependant restait assez inconnue. Par puel ordre Zernicki avait-il agi? Obéissaitii à M. de Bismarck, ou à M. Stieber, le directeur de la police, ou à M. de Moltke?

On ne savait trop, mais ce qu'il y avait de certain, c'est qu'un pareil acte, commis au grand quartier général, au rendez-vous de tous les correspondants de journaux anglais, allait être raconté de tous côtés, commenté et hautement condamné par toute la presse indépendante. II y avait là bien plus qu'une violation de la loi et de Tequité ; il y avait une faute : on trahissait inutilement les dispositions dont était animé l'état-major prussien de Versailles. Le prince de Putbus lénssit sans doute à faire comprendre à ses collègues le mauvais effet que produirait cette violence injustifiable, et on se décida à revenir sur les premiers ordres donnés.

Dans une entrevue que M. Delaroche eut avec le commandant de place M. de Voigts- Rhetz, celui-ci, après bien des hésitations, lui dit enfîn :

« Consentiriez-vous à reprendre vos fonctions, si l'on désavouait l'acte commis contre la Société internationale ? »

M. Delaroche répondit :

(( Je n'aurais fait aucune démarche pour vous faire revenir sur votre décision, qui prononçait de votre propre autorité la dis- Kolution de la Société infernationale française, mais en présence de votre proposition faite spontanément, comme pour moi il s'agit avant tout d'un intérêt d'humanité^ j'accepte. »

Zernicki, toujours docile, reparut alors au Comité, et là, après avoir dit qu'il regrettait beaucoup tout ce qui s'était passé, qu'il y avait eu malentendu, etc., il dut laisser entre les mains de M. Delaroche une pièce écrite et signée de sa main et ainsi conçue :

(c Par ordre supérieur, il a été déclaré au président de la Société dt» secours aux blessés pour la France, M. Delaroche, que l'ordre du 22 dudit mois (d'après lequel les ambulances de la Société de secours pour Versailles devaient être dissoutes) est annulé (annu//in), et qu'aucun obstacle n'est apporté à l'activité de la Société. Les autorités avec lesquelles les membres de la Société de secours auront à se mettre en relations pour leurs fonctions et dont ils auront à recevoir des instructions, sont M. le commandant de place et S. A. le prince Pless.

a De Zernicki.

a lieutenant de police de campagne. »

C'était un véritable soufQet que H. le lieutenant de police se donnait à lui-même par acte authentique, mais il ne parut nullement en souffrir. Il obéissait : c'était as^ sez pour le rendre heureux.

A partir de ce jour, la Comité de la Société internationale, qui avait reconquis son indépendance par sa fermeté, bien loin d'être inquiété, fut souvent l'objet des plus grands égards de la part des autorités prussiennes.

28 déeembre.

Comme complément des perquisitions faites le 21, le commandant de place fit placarder le 22 l'affiche suivante :

a AVIS

(( La responsabilité concernant la sûreté de la ville, et l'observation du fait que des individus vagabonds ou sans travail, et par là même plus ou moins dangereux, se trouvent en grand nombre à Versailles, m'obligent à ordonner ce qui suit :

(c i<* Toute personne du sexe masculin, âgée de plus de seize ans et étrangère à la ville de Versailles, est tenue, si elle ne veut pas s'exposer à être immédiatement arrêtée et sévèrement punie, de posséder et de porter sur elle une cane de permis de séjour j délivrée par la Commandanture Royale.

«1 2*^ A partir du 25 de ce mois^ il est éta-

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