RÉQUISITION
« A roccasioQ d'une représentation théâtrale au profit des blessés, qui doit être donnée au théâtre do la ville,
« i*^ Le théâtre, ses locaux, les coulisses, décorations sont requis à partir d'aujourd'hui jusqu'au jour de la représentation, qui est fixée au 5 février.
a 2* Le théâtre sera tous les jours éclairé au gaz.
« 3<* Pendant les répétitions et le jour de la représentation, un pompier devra veiller de façon à empêcher tout danger d'incendie (!) Les répétitions commenceront tous les jours à 4 heures de l'aprèsmidi.
« De B {illisible.)
« lieutenant-colonel.
« De Voigts-Rhetz. »
En présence de cette pièce, le directeur ne pouvait plus faire de résistance ; cependant il essaya de persuader aux ofHciers que les décorations d'un théâtre étaient une de ces propriétés privées qui ne pouvaient être requises, n'étant pas de première nécessité.
Vos proclamations, dit-il aux officiers, ont déclaré que les réquisitions se borneraient aux objets indispensables à l'armée, or, il serait difficile de soutenir qu'un théâtre et ses décorations ont ce caractère.
— Vous ne serez pas dépouillé, répondirent les officiers : nous vous paierons ; c'est une location que nous vous faisons.
— Mais vous risquez de faire sauter la maison. Il y a de tous côtés des conduites de gaz, des robinets, qu'il ne faut toucher qu'avec les plus grandes précautions.
— Oui, c'est vrai, mais les personnes qui connaissent ce maniement sont vos employés; nous les prendrons à notre ser" vice.
— Alors vous chercherez ces personnes yous-même, mais si vous les trouvez, je doute qu'elles vous obéissent et qu'elles fassent ce que je leur défends de faire.
M. Ludovic, après cette conversation, dans laquelle il ne pouvait pas avoir le dessus, alla trouver M. de Brauchitsch, pour lui exposer les dangers de la représentation. Encore une fois, il fut possible de tirer parti de la rivalité jalouse qui existait entre les autorités civiles et les autorités militaires. Comme l'idée de cette représentation venait d'officiers, M. de Brauchitsch était porté à la désapprouver. Il se
fit le défenseur des intérêts do directeur, et déclara que pour lui, il n'autorisait pas cette représentation. L'officier, après une discussion assez vive, se sépara de M. de Brauchitsch en disant :
— Eh bien î j'irai à l'empereur.
Il y alla en effet, mais il fut loin d'^obtenir le succès qu'il espérait. .L'empereur Guillaume paraît, en cette occasion, avoir senti combien serait inconvenante une représeutation théâtrale succédant aux massacres du mois de janvier; il refusa, et sans doute sévèrement,' la fête qui lui était offerte. Le lendemain, l'officier revint voir M. Ludovic, se montrant aussi poli, aussi humble qu'il avait été insolent, et il raconta ce qui s'était passé en demandant à solder les dépenses que son projet avait pu amener.
M. Ludovic n'accepta rien ; il avait obtenu ce que son patriotisme désirait : le théâtre de la ville était resté fermé.
A sa séance du 1" février, le Conseil dut voter un nouvel emprunt de 300,000 fr.
Le chiffre des sommes empruntées depuis l'occupation s'élevait à ce jour à 1,600,000 francs.
Dès que Paris avait été ouvert, la grande préoccupation avait été son ravitaillement.
Le mbire avait prié MM. les conseillers municipaux Rémont et Riche de s'adjoindre aux membres du syndicat des vivres pour prendre toutes les mesures propres à aider les envois de denrées. Les représentants des sociétés de secours anglaises, qui montrèrent alors de nouveau leur admirable zèle, vinrent de leur côté trouver le .maire pour obtenir l'entrée dans Paris.
Le maire ne pouvait que s'adresser au ministre des affaires étrangères ; il écrivit à M. Jules Favre, qui répondit par la lettre suivante, témoignage cuiieux de l'état de Paris à ce moment :
« Monsieur le Maire,
« Ce serait avec la plus grande satisfaction que le gouvernement accéderait à la demande que vous me faites l'honneur de m'adresser pour MM. Herbert etMarschall.
Je leur conseille cependant d'attendre encore quelques jours. Nou3 sommes dan^ une telle pénurie de subsistances qu'ils auraient de la peine à vivre. J'espère que la semaine prochaine cet état de choses sera amélioré et qu'il n'y aura aucune difficulté à recevoir ces messieurs.
a Je vous prie, monsienr le maire, d'agréer TexpressioD de mes sentimeDte très distingués.
(( Jules Favre.
« Mercredi 1" février 1871. »
Le 2 février sortît de la prison de la rue Saint-Pierre, M. Gustave d'Alaux, qui était incarcéré depuis le 28 décembre. M. d'Alaux est un écrivain distingué connu surtout par les nombreux et excellents travaux qu'il a publiés dans la Revue des Deux- Mondes. Au début de la guerre, il avait été choisi comme correspondant par le Journal des Débais.
Ces titres attestent suffisamment que M.
d Alaux appartenait à cette catégorie que les autorités prussiennes avaient appelée elles-mêmes : (c les prisonniers de distinction. )) Le récit suivant va nous montrer avec quels égards et quelle humanité la Prusse, au grand quartier-général, et sous les yeux du roi, traitait ces prisonniers.
M. d'Alaux ayant bien voulu nous adresser quelques notes sur sa captivité, nous croyons n'avoir rien de mieux à faire que de les reproduire dans leur intégrité ; notre recueil de document<« s'enrichit, ainsi d'un témoignage authentique qui, selon nous, a le plus grand intérêt. Par l'existence de c privilégié »> que nous retrace M. d'Alaux, on jugera des tortures qui ont été endurées par les prisonniers de tout âge, de tout sexe, et surtout par les soldats blessés qui pendant tout ce long hiver si rude, arrivèrent nuit et jour dans les cellules glacées, où souvent on les jetait à coups de poing et à coups de crosse sur la figure.
Yoici la lettre de M. d'Alaux :
a Vous me demandez mes souvenirs de prison et de conseil de guerre. Les voici, ausHÎ complets que ma mémoire peut me les fournir après bientôt trois ans.
Le 27 décembre 1870, je passais la soirée avec vous et M. Bersot, chez notre ami M. Scherer; vous m'avertîtes de me mettre en règle avec certain arrêté récent de lu police allemande, qui enjoignait aux peraonues étrangères a la ville de se procurer une carte de séjour, qui était délivrée par un officier prussien. Il était convenu que d«ux d'entre vous, le lendemain, me serviriez de répondants à la mairie.
^ Le lendemain, en m'éveillant, je maudissais et cherchais les moyens d'éluder la' nécessité de cette sortie, souffrant que j'étais de douleurs rhumatismales aiguës, compliquées d'une angine, quand un bruit de pas et de crosses de fusitô retentit dans mon escalier et s'arrêta à ma porte. On
frappa. J'ouvris. Une espèce d'argousin, dans le costume râpé traditionnel, me demanda mes papiers. Cet argousin n'était rien moins que le lieutenant de police, Zernicki. qui pour la circonstance avait pris le costume de l'emploi. Je lui remis mon passeport, et comme je n'étais pas habillé, j'allais me recoucher, quand il m'invita a le suivre ; le mot « correspondant des Débats^ » qu'il avait lu sur mon pa^'seport, paraissait l'avoir surexcité singulièrement. Il ouvrit les tiroirs d'une commode, à peu près seul meuble de ma chambre, et prit tous les papiers qu'il y trouva, y compris quelques feuillets pelotonnés de papier pelure qui avaient servi d'enveloppe à de menus objets. 11 y découvrit aussi un numéro du Gaulois^ sur lequel notre ami Arnold Scherer avait un jour tracé plusieurs fois son nom. J'avais gardé ce numéro parce qu'il contenait le premier récit qui me fût parvenu sur la révolution du 4 septembre. La vue du Gaulois provoqua sur la physionomie de l'agent un mélange de colère et de triomphe. Il me dit :
— Vous connaissez M. Angel de Miranda !
— Non I
— Oh ! oui, vous le connaissez! Habillez* vous vite I
Je n'appris que plus tard, qu'à propos d'articles du Gaulois^ cet écrivain avait eu maille à partir avec la police prussienne.
Arrêté à Yers^ailles, il avait été interné en Prusse, d'où il avait réussi à s'évader; et le récit qu'il avait publié de son aventure n'était rien moins que flatteur pour la police prussienne.
Zernicki sortit un instant, mais revînt précipitamment, comme s'il avait oublié un détail essentiel dans ses perquisitions :
il souleva mes couvertures, mes draps et mon matelas, qu'il jeta par terre. Or entre le sommier et le matelas, j'avais Ihabitude de mettre, en me couchant, à portée de ma main, les livres ou papiers que je voulais lire dans mon lit, et ce matin-là il s'y trouvait un calepin contenant un fouillis de notes de toute nature où j'avais inscrit, entre autres choses, différentes mentions de mon passage à travers l'armée allemande, de Relhel à Sedan et en Belgique. L'argousin faillit pousser un cri de joie et me dit d'un air de satisfaction visible :
— Allons ! marchons I...
Je lui demandai, vu mes douleurs rhumatismales, de donner l'ordre à ses hommes de ne pas me faire marcher trop vite.
— Soyez tranquille, ou va vous mettre au chaud.
— • Monsieur a le mot pour rire, lui dis-je sans daif^ner insister sur ma prière.
El comme je descendais assez bien les premières mai ches : Tenez! reprit-il, voilà que celte petite promenade vous fait déjà au bien !
Il resta chez moi pour continuer ses fouilles, mais du haut de Tescalier, il avait donné en allemand une recommandation au chef de l'escorte. Je n'en compris le sens qu'à l'arrivée à la prison. Sur l'aveu que j'avais fait de ma difficulté à marcher, il avait jugé piquant de donner l'ordre qu'on me Ht faire un trajet au moins quadruple en longueur, car de la rue des Tournelles où je demeurais, au lieu de me faire descendre vers la rue Saint-Pierre, on me fit préalablement remonter jusqu'à la grille Satory. Je dois dire que mon escorte se modelait sur mon pas très lent avec un air de patience ennuyée. La ville était à cette heure à peu près déserte. Ce surcroît de trajet m'était d'autant plus pénible, que la rue était couverte de verglas et de neige fondue. Au débouché d^^ la place d'Armes, un jeune aumônier catholique de l'armée allemande, au costume coquet et à l'air délibéré, en me voyant passer^ demanda aj chef de l'escorte :
— Was ist das? (Qu'est-ce que c'est que cela ?)
— Zeitunger (journaliste), lui fut-il répondu d'un air indiflérent.
Le jeune aumônier tourna le dos en pirouettant.
Arrivé à la prison Saint-Pierre, on me conduisit sans grandes formalités préliminaires à la cellule n^ 8 (i). Je ne sais pas si cela tient au besoin de repos que j'éprouvais après cette promenade si inopportune, mais la première vue de ma cellule ne me fut pas déplaisante. Une haute fenêtre y laissait passer abondamment la lumière. Ma satisfaction ne résista pas cependant à un examen détaillé.
L'une des quatre parois, celle à laquelle était rivée ma taole^ était odieusement souillée du haut en bas. Quant aux trois autres parois, elles n'étaient heureusement barbouillées que d'inscriptions et de croquis de toutes manières et de toute nature.
Tous mes devanciers avaient cru devoir y laisser un souvenir de leurs impressions ou de leurs condamnations; au milieu de réflexions, les unes prudhommesques, les autres amusantes ou insignitiantes, se dégageaient ces deux mots d'une concision superbe :
GOUVIGNON perfélmlé.
(1) C'est celle où deyait plus tard être enfermé Rossel.
L'inscription était au pied de mon lit.
Cet aimable souvenir de Gouvignon salua donc pendant trente-six jtmrs mon réveiL Quand je sus, ce qui ne devait pas tarder, que j'étais sous le coup d'une fusillade sommaire, je me surpris plus d'une fois à m'avouer que Gouvignon avait sur moi un incontestable avantage : on lui laissait le temps de se retourner.
J'ai parlé du lit. C'est là que recommençaient mes dégoûts. Une paillasse zébrée et vernie de tous les genres de souillures le composait à peu près en entier; la paille, en miettes, s était comme pétrifiée sous l'action de ces souillures. Je ne parie que pour mémoire du complément en couvertures : un lambeau de je ne sais quel tissa entièrement chauve et la moitié d'une capote râpée qui portait l'étiquette de l'hôpital du Val-de- Grâce. Forcé de m'allonger, seule position que tolérât ma jambe endolorie, j'bésitai longtemps à afiTronttîr le dégoût que me causait cette vue, quand je découvris fort heureusement, dans la poche de mon pardessus, une collection de cinq à six numéros du journal Le Nord. Ce journal avait seul trouvé grâce devant les perquisitions auxquellesZernicki avait soumis mes vêtements. Je me trompe ; ayant trouvé dans mon gilet un louis, il n'hésita que quelques secondes à me le rendre, et me le tendit d'un air magnanime, visiblement fier de l'acte qu'il accomplissait.
Je couvris autant que possible la couchette, je me couchai sur ces journaux étendus, et je pelotonnai sur mes pieds glacés les débris qui devaient me servir de couverture. Je restai tout le jour dans cette position qui, plus tard, lors des horribles froids qui suivirent (et n'ayant pas, comme mes voisins, la ressource de battre désespérément la semelle), fut encore pour moi la plus supportable.
Vers le soir, un soldat déposa sur la tablette de mon guichet une écuelle, dont j'avalai le contenu avec un très grand appétit. C'était le fameux saucisson aux pois prussien. Comme ma cellule était encore vide le matin au moment de la distribution du pain, je dus m'en tenir pour les premières vin^t-quatre heures à cette réfection sommaire.
J'ajouterai, pour n'y plus revenir, que les autres jours les vivres ne m'ont nullement manqué, et j'obtins même bientôt, par l'intermédiaire si dévoué de M. Hardy, que je n'ai pas à vous faire connaître, de me faire apporter du restaurant un supplément quotidien. Le i*' janvier seulement, l'envoi du restaurant et les distributions de la prison me firent à la fois défaut. J'ai cru longtemps que Zemicki avait trouvé
plaisant de m'iofliger ce jeûoe en guise d'étrennes : il n'y avait eu que malentendu, à ce que m'a assuré plus tard M. Hardy.
Mais n anticipons pas.
Le 28 au matin, le sergent prnssien qui servait de geôlier ouvre la porte brusquement et me dît de le suivre. On me conduit au greffe J'y trouve Zernicki et un homme d'un certain âge, très galonné, dont la physionomie était empreinte de je ne sais quelle bonhomie grognonne. C'était M. Stieber, directeur de la police. Après un interrogatoire sommaire, il exhiba les malheureuses feuilles de papier pelure qui avaient été prises avec mes autres papiers, et qui avaient été soigneusement d<^pelotonnées et classées. C'étaient les fragments d'une lettre que j'écrivais de Relhel au Journal des Débats. Ce qui parut scandaliser et irriter d'abord M. Stieber, c'était la mention que j'y faisais d'un viol commis, avec des circonstances abominables, par un officier prussien, sur la route d'Attigny à Vouziers.
— Vous ne pourriez prouver le fait, et si par hasard vous le pouviez, c'est moimême qui ordonnerais les poursuites !...
Je m'ariétaî prudemment au moment où j'allais iui citer mes autorités : les membres du parquet de Rethel, qui avaient reçu la plainte du mari. Ma liêclaration n'aurait servi qu'à faire inquiéter ces messieurs. Je croyais mon affaire terminée, lorsque Slieber exhiba deux ou trois autres feuillets, où je prêchais le devoir pour tous les citoyens de se considérer, dans une guerre d'invasion, comme les défenseursnés du pays, et de co '.rir sus à l'ennemi, sans attendre d'ordre. Sur l'interpellation de Stieber, « si j'avais osé penser et écrire cela, ï) je dis qu'en effet j'acceptais en 1870, comme Français, la doctrine préconnisée contre nous paries Prussiens en 1813 (mouvement d'impatience); mais que d'aillenrs la lettre était écrite de Rethel avant l'arrivée des Prussieu?, et que je n'étais nullement justiciable de l'autorité alle- Tuande poui ce que j'avais pu penser, dire ou fnire en plein camp français et en ma qualité de Français.
—Vous prenez la chose bien légèrement, vous ne comprenez pds sans doute que yous êtes dans un cas où je puis et je dois vous faire fusiller.
— Non assurément, ce n'est pas le cas, d'autant plus qu'en iait la lettre, vous pouvez le vérifier par sa date et sa forme, qui n'est pas celle d'un brouillon, n'a pas été envoyée à destination, le chemin de fer étant coupé et les Prussiens étant arrivés le lendemain même à Rethel.
— Que nous impoite, si c'était là votre pensée.
Je persistai à soutenir qu'il ne pouvait venir à l'idée d'un conseil de guerre allemand de me demander compte d'une pensée que j'avais eue comme Français et, qui plus est, sur un territoire non occupé par i'ennf'mi.
— Encore une fois il s'agit bien de conseil de guerre I Nous en avons fait fusiller sommairement pour beaucoup moins! ..
— Si c'est un parti pris, répondis-jeavec quelque irritation, faites ce que bon vous semblera. Puis-je me retirer?...
— Silence.
Je renouvelle ma question : puis-je me retirer?
Zernicki prend la parole et dit d'une voix caverneuse, qu'il essayait de rendre tragique :
— 0»ii ! au cachot 1 ! !...
Le Zernicki était au moins pour les trois quarts dans le mouvement d'irritation par lequel j'avais eu le tort de terminer ce dialogue; sa vue me rappelait la prome* nade forcée de la veille, et il avait pris luimême part, d'un ton doucereux d'abord, d'un ton insolent ensuite, à ce premier interrogatoire. Ce qui l'intriguait personnellement, c'était de connaître l'auteur d'un certain manuscrit contenant un journal versaillais de l'occupation, qu'il avait saisi chez moi et où Zernicki figurait d'une façon peu avantageuse. On y racontait entre autres son aventure avec le conseil municipal. Il s'y trouvait aussi un certain nombre de détails précis sur les rivalités secrètes qui existaient entre les diverses autorités prussiennes, et Zernicki se demandait comment un étranger pouvait être si bien au courant.
Il insista vivement pour que je lui nommasse l'auteur de ce manuscrit qui n'était autre que notre pauvre ami si regretté Arnold Scherer. Vous savez avec quelle passion patriotique il suivait heure par heure les incidents de la captivité de Versailles ; il en avait tenu un journal que vousconnaissez(l), etquigardel'empremte Ce cette sagacité d'observation qui s'alliait si bleu chez lui aux enthousiasmes et aux grâces de la première jeunesse. Je l'avais prié un jour d'écrire pour moi, sous ma dictée, quelques extraits de ce journal. Je refusai naturellement de le nommer, ce qui exaspéra le Zernicki et me valut une
(1) Ce Journal m'a été très souvent d*dn grand secours. Arnold Scherer, qui avait été pour mol un compagnon si affpctueux dans les tristes jours de l'occupation, est devenu, après sa mort, comme mon collai>o* rateur, et c'est avec un sentiment bien douloureux que J'en témoigne Ici ma gratitude à u mémoire.
petite paraphrase de la menace de fusillade immédiate que venait de m'adresser soo chef Stieber.
Je quittai le greffe et repris le chomin de ma cellule, fort étonné dès les premiers pas qu'on ne courût pas après moi pour me faire changer de direction et me conduire au cachot annoncé. Ma cellule était restée ouverte, je m'y glissai comme en fraude et j'éprouvai une véritable satisfaction en entendant, un moment après, fermer la porte derrière moi. Ce mol de cachot^ sous l'impression de l'horrible sensation de froid que j'avais éprouvée toute la nuit, me causait, je l'tvoue, une véritable frayeur. Que serait-ce si j'allais être pis que dans mon domicile présent !... J'ai su plus tard que M. Hardy avait fait disparaître les clefs dudit cachot, ce qui me valut sans doute d'être oublié dans ma cellule.
Oublié, ce fut bien en apparence le mot, car on sembla ne pas s'occuper de moi
f)endant une douzaine de jours. En réaité, on s'en occupait beaucoup. Par quelques circonstances que j'ai connues plus tard, j'ai compris que la police avait vu dans mon cas plus qu'un journaliste à fusiller, et que Stieber et Zernicki avaient cru flairer là certaine grosse affaire dont ils auraient tiré bon parti.
En attendant, j'étais au secret. Pendant les premiers jouis, je remarquai un détail dont je crois pouvoir faire honneur à limagination mélodramatique de Zernicki.
A différentes reprises, des piquets de soldats s'arrêtèrent et posèrent bruyamment leurs crosses de fusil à la porte de ma cellule. Les clefs étaient introduites avec fracas dans la serrure et deux ou trois casques à pointes se pressaient, avec une curiosité que je finis par trouver comique, à l'étroite embrasure du guichet. On voulait étudier sans doute ma contenance, mais comme je pouvais m'attendre à tout, j'eus la satisfaction de n'être jamais pris au dépourvu. Enfin cette comédie cessa et, bientôt après, c'est vous-même, mon cher monsieur Délerot, qui, un jour où vous veniez visiter M. Rameau, alors en prison, m'avez appris, par un mot rapide glissé en passant, que je n'étais plus au secret.
Le second dimanche après mon emprisonnement, le guichetier vint en effet me dire que j'avais le droit (permission qui fut renouvelée les dimanches suivants) de descendre pour une demi-heure au piéau avec les autres prisonniers. Le froid intense et Timmobilité que je subissais depuis une douzaine de joursavàient tellement engourdi mes jambes, que je pus à peine arriver à l'extrémité d'un couloir à ciel ouvert oc-
cupé par une guérite vide où je me réfugiai pour me mettre à l'abri de la neige qui tombait à gros flocons. L'impression de l'air extérieur me causa un singulier mélange de bien-être et de malaise ; j'étais en quelque sorte acclimaté à l'air méphitique de ma cellule; on se fera une idée de cet air si je dis que j'avais fini par ne plus dénêler l'horrible infection produite dans ce milieu si confmé par la fosse d'aisance, placée à 1 un des angles de la cellule et dont les conduits étaient obstrués.
En rentrant, une demi-heure après, dans mon réduit, j'éprouvai tous les inconvénients d*un contraste en sens opposé, et ce fut à partir de ce moment une longue torture ; l'air n'était littéralement pas respirable, ce qui, joint à mes vives souffrances de gorge et de poumon, me causait, la nuit surtout, des suffocations désespérantes. Une nuit, n'en pouvant plus, je m'emparai d'un balai qui était dans ma cellule , et debout sur ma couchette placée au-dessous de ma fenêtre, je me tins pi et à briser la vitre au moment où la suffocation serait intolérable. Par crainte du cachot, j'hésitais toujours devant cette ressource extrême, mais pendant mes hésitations, je m'aperçus que la respiration devenait possible; à la hauteur où se trouvait alors ma tête, je dominais probablement la couche irrespirable; le fa t est qu« j'ai recouru bien souvent à cet expédient avec le même succès.
Dès le troisième ou quatrième jour, M.
Hardy était parvenu à me faire passer un paquet de couvertur«îs auquel je dois prot»ablement d'avoir échappé à la congélation. La protection de M. Hardy, qui a été, comme vous le savez, l'homme-providence de la prison, me ménageait une autre sur* prise; un jour que je revenais de mon deuxième ou troisième interrogatoire, il m'avertit au passage qu'il avait renouvelé ma literie, envahie par la vermine, et en effet, j'avais non-seulement un excellent matelas, mais même des draps et un monceau de tapis de feutre neufs pour me couvrir I Je dois ajouter qu'au bout de 18 jours après mon entrée en prison, je pus, t.tujours grâce àM. Hardy, changer de linge. Sa sollicitude ne s'arrêtait pas là : il m'acjpnstamment pourvu de livres, que la Biàflothèque populaire a\a\t mis à sa disposition. Ce bienêtre inattendu me fit des envieux : un jour ou plutôt une nuit qu'un village entier (c'était ou Sèvres ou le Bas-JVfeudon), fut transféré, à titre de refuge provisoire, à la prison de la rue Saint-Pierre, il y eut pen- I dant la moitié de la nuit un véritable at- 1 troupement devant l'étroit guichet de ma
cdlnle ; j'aoteadis Ibree propos comme loi-ci :
— On Toit bien çce c'est on ToTez ! il a an roafelas !
Ce qoî me désobligeait poor le moment !
le plus dans cette maaifipstatîoa peu 5Tmpatbiqae, c'est que les nooTeaux veana, en interceptant les quelques atomes d'air respirable qui m'arri raient queqoefois par le guichet, augmentaient terriblement mon malaise.
Je dus aussi à M. Hardv de sortir d*une
inquiétude très vive au sujet de MM. Scherer dont le nom et récriture figuraient, je l'ai dit, sur queîques-uns des papiers saisis. J'appris qu'une perquisition avait ét4^ faite à leur domicile, mats qu'à la suite de eette formalité, ils avaient été laissés en repos. Je sus plus tard que cette perquisition avait été faîte très insolemment par Zernicki ; il avait ouvert et fouillé les tiroirs du bureau de travail de M. Scherer, mais il n^avait pas même eu le talent de trouver ee qni était pour ainsi dire sous 8«îs yeux : l'écriture d'Arnold Scherer, écriture très facile à reconnaître et qui lui aurait appris quel était l'auteur du manuscrit trouvé chez moi.
Au bout de 42 ou 15 jours, un matin, au moment oji j'allais déjeuner, le sergent prussien ouvrit ma porte et m'invita brusquement à sortir en toute hàle,sans me laisser le temps de réparer le désordre bien explicable de mon costume. Deux soldats me conduisirent jusqu'au fond du corridor, où je trouvai un ulfîcier de bonne mine qui m'informa très poliment qu'il était chargé de procéder à mon interrogatoire.
Je le suivis au tribunal jusqu'au cabinet du juge d'instructrion. C'était un auditeur de guerre, appelé M. Budde. Je dois beaucoup à la courtoisie dont il n'a ce^sé de faire preuve, même aux moments où i( se préoccupait le plus du succès de l'accusation. Si j'avais eu affaire à un nouveau Zernicki, Timpalience m'eût probablement gagné dès les premières questions, ce qui eut achevé de gâter les choses.
M. Budde était assisté à cet interrogatoire par un ofQcier d'artillerie qui était aussi d'excellentes manières, et qui parlait français comme lui. M. Budde me questionna d'abord sur les notes que j'avais prises dans les premières quarante-huit heures de mon arrivée à Versailles; j'y parlais naturellement un peu de tout, et même el surtout de l'armée prussienne. L'utYîcier d'artillerie parut insister sur certains passages qui constituaient selon lui le fait d'espionnage. J'objectai que ce qui constitae l'espionnage c'est la dissimulation de ridentitéy — la transmission de renseigne-
ment? à TeaivMni. — erfîn. TertM-itiide et la prè«ci<îi>n de ce? r^nf^eixraemeïîîsk Onww* not«*s^ éîf rites pour me «ernr p'n$ lard d'aide-mémoîre, eî où je T^prcvcii^îî^iî** $4ins conlTxMe aura:i^ les bruits du jv>nr^ ^tAit*nt «inlraiiictoires ou noli'^iremeTJt erT\>ntVs J^ur bt*auc«>i3p de p-oïnts; je ne îe* axai< psis lransra«$rs, pu]>qoe le manu<^nt éuiî Jà ; enîin, je n^avai? pas ht^ité un seul rat^«nent à d' carer mes noms et qu ^^îés, J Vt.*S!is au surplus que c>Jail tout à fait contr>(* ma \tK lonté qut» je mVtAÎîi trouvé enferme à Ver- -^ai les [î). L'officier insista de nouv:*au, mais M. Budd.- se b<>ma à dicter au gnefïîer mes léponses. Vers la fin de cet interrxujatoiiv, qui dura trois ou quatre heures, M« Budde me questionna sur le ioumal manuscrit que je tenais d'Arnold Scherer. Je me bornai à lui dire que je n'avais à nommer personne et que je devais être considèti^. comme le seul auteur de notes écrites sous madiottV* M. Budde n'insista pas et je dois lui rendre cette justice qu'il n'en fut plus question.
Huit jours après, second interrogatoire, où M. Budde était assisté par un autre olficier d'artillerie. Les questions portèrent notamment sur les fragments de la lettre que je destinais aux Ikfàais.
A ce que j'avais dit lors de ma compa* rution devant le directeur de la police, j ajoutai cet argument décisif, que non-seulement je n'avais pas pu envoyer ma lettre, faute de muvens de communication, mais que, les événements lui avant enlevé toute actualité, je l'avais supprimée de mon propre mouvement. Ce qui prouvait cette suppression, c*est que je n avais pas profité, à mon pa>sage en Belgique, des facilités que j'avais pour faire parvenir ladite lettre, bien que le iO septembre, c'est-àdire à une date postérieure de 10 ou là jours, j'eusse a«lres>é de Bouillon, comme on pouvait le vérifier, une correspondance aux Débals.
Le second interrogatoire dura sept heures ; M. Budde, avec une persistance toujours calme et courtoise, mais qui décelait le grand désir de me prendre en défaut, revenait ex abrupto sur tels ou tels points que j'avais pu croire définitivement vidés.
Par uue sorte de grâce d'état et malgré ma fatigue et mes souffrances, ma m o moire ne s égara pas un seul instant dans les innombrables minuties de faitb et de dates dont l'accusation voulait ainsi contie-véri-
(1) Après Sedan, M. d*Alaux était revenu sur ses pas pour rentrer à l^arls, mais 11 était arrivé le IW septembre, c'e»l-à-dire un Jour trop lard ; après plusieurs essais Infructueux, il avait dû renoncer à Tranclilr les Igiies prussiennes et s'était vu contraint de rester k Versailles, séjour moralement bien plus pénll)le que lo séjour de Paris.
— Mé-
fier la concordance. J'avais d'aillenrs adopté, dès le début, le procédé le plus sûr pour ne pas me contredire : celui de dire eo tout la vérité.
Le troisième interrogatoire n*eat lieu qu'après un intervalle de plusieurs semaines, au moment du bombardement de Paris. Ce ne fut en somme que la reprise des interrogatoires précédents ; mais le basard me fournit un moyen de défense auquel je n'avais pas pensé.
Sur la couverture du calepin qui figurait parmi les pièces de conviction, et que M.
Budde feuilletait sous mes yeux, étaient inscrites, ce que je remarquai tout à coup, les dates des différentes lettres que j'avais adressées aux Débats, et, à côté de la date de la lettre sur laquelle se basait le principal chef d'accusation, était écrit le mot : supprimé. Je crus m*apercevoir que cette preuve inopinée de mes dires précédents faisait impression sur M. Budde, qui me demanda de lui donner les moyens de découvrir à Versailles une collection du Journal des Débats. Je lui indiquai celle d'un des rédacteurs de ce journal, M. Ernest Bersot. Elle fut remise à M. Budde.
Aussi, quami celui-ci, vers le 27 janvier, se fit ouvrir ma cellule, je m'attendais à l'annonce de ma mise en liberté. Mais il m'annonça, au contraire, que j'aurais à comparaître devant le conseil de guérie du 5' corps d'armée.
Ainsi, au bout de cette minutieuse enquête de plus de quatre semaines, qui avait confirmé tous mes moyens de di'fense, je n'étais pas plus avancé que le premier jour. On persistait à m'appliquer cette étrange jurisprudence qui ne distingue pas entre l'intention et le fait et rend un Français justiciable des Prussiens, pour ce qu'il aurait pu dire ou simplement penser en dehors des lignes prussiennes ! Je ne dissimulai ni mon étonnement ni une certaine irritation, et M. Budde, m*ayant offert de remettre ma comparution à quatre ou cinq jours de là, je lui dis que j'aimais mieux en finir tout de suite. — u Je crois au contraire, » me dit-il (en faisant sans doute allusion aux bruits de paix prochaine que j'ignorais encore), « que vous auriez tout intérêt à gagner du temps. »
Il me quitta sur ce bon avis, et comme pour le corroborer, il revint, une ou deux heures après, me donner connaissance des ordonnances militaires applicables à mon cas. Aux termes de ces ordonnances, le conseil de gqerre devant lequel j'étais renvoyé ne différait pas en fait d'une simple cour martiale. Il devait me juger sommairement et sans même m'accorder l'assistance d'un défenseur, à moins qu'au mo-
ment de l'audience quelqu'un se présentât accidentellement pour me défendre. Je relevai vivement ce qu'il y avait de contradictoire et d'inique à me dénier les garanties de la procédure ordinaire, après m'en avoir fait si longuement subir les inconvénients. M. Budde me répondit, avec une pointe d'embarras, qu'on avait voulu écarter ainsi les finasseries d'avocat. Je me récriai à ce mot de finasseries appliqué au plus élémentaire des droits, — le droit de défendre sa peau. M. Budde parut loimême comprendre que l'expression était malencontreuse et, après quelques hésitations, il finit par m'offrir presque formellement de devenir mon intermédiaire auprès du défenseur que je lui désignerais. Je pensai à M. Scherer, mais je n'osai le nommer, sachant qu'on l'avait déjà un peu impliqué dans mon affaire. Je pris acte de l'offre de M. Budde et lui dis que j'y penserais.
Un moment après, j'eus la bonne chance d'apercevoir par mon guichet M. Hardy, à qui j'expliquai en deux mots ce qui se passait et demandai du papier pelure, qu'il me fit passer très promptement. Il s'était précédemment laissé voler par moi un bout de crayon. J écrivis à M. Bersot. En traçant ce billet, je feignais de lire. Chaque fois que des bruits de pas, dont j'avais appris à connaître la signification, m'annonçaient l'approche d'un Prussien, j'avais soin de dissimuler le papier sous un feuillet de mon livre. Une ou deux heures après, je glissai ma missive à M. Hardy, après l'avoir cachée dans une boîte d'allumettes, ce qui devait d'autant moins appeler l'attention qu** c'était l'heure où il distribuait des allumettes aux prisonniers fumeurs. Du reste, M. Hardy avait su endormir un peu la vigilance du geôlier en cultivant à grands frais son faible germanique pour la pommade et un certain vin blanc. Bientôt après, M. Hardy me transmit, de la même façon, la réponse de M. Bersot, qui avait parfaitement compris le but de mon billet, bien que ie n'eusse pas cette fois encore mentionné le nom de M. Scherer.
Deux jours après, le samedi 28, je fus mandé au cabinet de M. Budde où j'eus la joie bien vive de trouver M. Scherer. Ce n'était pas seulement un auxiliaire précieux qui m'arrivait, c'était un vrai ami. Aux ressources que lui indiquerait pour moi sa haute intelligence allaients'ajouter celles que le cœur seul sait trouver. 11 avait déjà pris connaissance du volumineux dossier de l'instruction, et je pus avoir un entretien d'un quart d'heure avec lui, en présence de M. Budde et de deux factionnaires.
M. Budde nous laissa même une ou deux minutes seuls, ce qui me permit d'apprendre les nouvelles désastreuses de la capitulation de Paris.
Dans le cours de cette entrevue, M. Scherer demanda s'il ne serait pas possible, vu l'état assez grave de ma santé, de me faire transférer sons caution et sous bonne garde à l'hôpital.
M. Budde répondit qu'étant donnée l'accusation qui pesait sur moi, il était impossible de m'accorder cette faveur. Nous n'avions pas à insister.
C'est le mardi 31 que je comparus devant le conseil de guerre, composé, outre M. Budde, de sept offlciers et sous-offîciers, les uns parlant très bien, les autres comprenant plus ou moins le français; aux termes des ordonnances et vu ma religion, trois étaient catholiques. La cérémonie du serment ?e fit avec plus de solennité que dans nos tribunaux et les formules variaient selon que les juges appartenaient à l'une ou à l'autre communion. M. Budde lut, cette fois en langue allemande, son acte d'accusation. Je m'assurai en questionnant M. Scherer (ce qui parut même blesser un peu M. Budde), qu'on n'y avait omis aucun des points essentiels de ma réponse. Pour plus de sûreté, je crus même devoir les résumer verbalement, ce qui faillit me porter malheur. Quand je rappelai, survie chef d'espionnage, que je n'avais pas hésité à décliner mes nom et qualités, ce mot décliner provoqua un mouvement de stupeur chez M. Budde. Il me le fit répéter, évideoMnent mortifié et plus encore pour lui-même que pour moi d'une déclaration qui lui semblait contredire la partie la plus favorable de son rapport. Le conseil partageait visiblement les impressions du rapporteur. M. Scherer devina et expliqua, à la satisfaction générale, le malentendu. M. Budde et mes juges avaient pris le mot décliner dans sa vieille acception d'éviter, éluder, refuser; ce qui était, en effet, on ne peut plus compromettant pour moi.
On introduisit ensuite l'unique témoin qui n'était autre que Zernicki, devenu, en présence du Conseil, aussi plat et aussi obséquieux qu'il s'était jusque-là montré arrogant ou ironique. M. Scherer me traduisit brièvement sa déposition, puis il prit en français la parole. Dans un plaidoyer qui dura à peine une demi-heure, M. Schi^rer discuta avec une merveilleuse sagacité les deux ou trois questions de fait et de droit sur lesquelles roulait ma défense. Sa parole ferme et simple, où la logique la pHis rigoureuse prenait les formes les plus conciliantes, impressionna visiblement le
conseil, et quand nous nous retirâmes pour laisser délibérer les juges, M. Budde me dit que le jugement, pour être exécuté, devrait être appouvé par le commandant supérieur, en ce moment au Mont-Yalérien, niais que, vu les circonstances, il ne s'agissait probablement plus ici que d'une simple formalité.
Je n'ai jamais connu la teneur exacte du jugement, mais l'essentiel, c'est que M.
Budde me fit appeler, le 2 février au matin, au greffe et me dit : Tout est terminé avec Paris, etie vous annonce qu'il n'est pas donné de suite à votre affaire. On vous épargne même le transfèrement en Alle- :iîagne, que la haute police s'était réservé dans le cas de votre acquittement.
Tel est le récit fidèle de mon procès, qui, à défaut d'autres genres d'intérêt, a celui de donner un spécimen exact de la jurisprudence allemande.
Agréez , mon cher monsieur Délerot, messeutiments de dévouement affectueux.»
G. d'Alaux.
Il est clair que si l'armistice n'était survenu au cours du procès, le prisonnier eût été au moins transféré *en Allemagne. Dans IVtat si misérable de santé où se trouvait M. d'Alaux, on peut presque affirmer que ce voyage, accompli en plein hiver dans les conditions où il se faisait toujours, eût été un équivalent hypocrite de la peine de mort.
8 février.
Le 3 février, les habitants de Meudon expulsés de leurs demeures, qui s'étaient réfugiés à Versailles, retournèrent chez eux.
En partant, ils adressèrent au maire la lettre suivante :
A M. le Maire de la ville de Versailles.
« Monsieur le Maire,
« Nous sommes tous bien heureux de la bienveillante hospitalité que vous avez donnée aux malheureux réfugiés de la commune de Meudon, à la brasserie Reinert. La bonne ville de Versailles a mis en pratique les paroles de notre divin Maître :
« Aidez-vous les uns les autres. »
Aussi, monsieur le Maire, c'est avec uti sentiment de sincère reconnaissance que nous venons vous remercier de tous les bienfaits qui ont été répandus sur nous par votre sollicitude et au nom de la ville
de Versailles.
« Nous avons aussi à remercier tout
particulièrement le bon et honorable trésorierde la Société des Réfugiés, M. Raoult, ainsi que MM. les administrateurs, qui ont fait preuve de zèle et de dévouement à notre égard,
(( Nous prions Dieu pour qu'il répande ses bénédictions sur Thospitalière Versailles, et que ses habitants soient toujours heureux.
(( Nous sommes, monsieur le Maire, et avec le plus profond respect,
(( Vos très humbles et bien obéissants serviteurs et servantes,
a Signé : Barbeau, conseiller municipal de la commune de Meudon ; Dubois, facteur des Postes, à Meudon; Loiseau, Vieillard, femme Berdat, femme Ferrard, Varar, Loiseau Etienne, femme Cbery. Delorme et sa femme, Vaget, Lehrnnhy, femme Vaget, femme Dubois, Louise Dubois, femme Thomas, femme Vasf et son fils, Durn, Prctzner, Simonneau, Glizière, Fossart, Daix père, femme Pelisson, Hannequin et sa femme, femme Richard, P. Anna Francar, femme Dumont, Millot, sa femme et sa mère, Aug. Jung, Chéry, Blondeau, Rivare (Victor), Ernest Kutt, Férot, Louis Tlret- Chapiseau, Charles Mclotte, Joseph Richard, L.-H. Plisson, Langlois, Née, Thevenot, Lejeune, Alexandre, Damions, Dupont, femme Daix, Alice Poirier, Honorine Cintrât, Francine Ferreau, Paul Jean, Fi auquel (André), E. Dumont, Daix (A.)f Tiré, Tieul, femme Decl-Eliller, Barbier (Charles), Masln, veuve E^ndeleu, femme Copin, Jérôme, Richomme, femme Richomme et ses enfants, femme Becker, femme Férot, Lucien Kutt, femme Frangés, Georges, Mary (François), Eug. DevlUers, Domage, femme Rive, son mari et sa fille, Dupont, Théobald, Gresniat, Charles (Antoine) et sa fille, Charles père , Barbier, Poirier, femme Parler, Barbier (Joseph), Pigray et sa femme, David, facteur. »
Dans la soirée, un détachement déplus de 700 hommes se répandit dans le quartier Montreuil^ et, sans billets de logement, envahit les maisons que désignaient les officiers. Les scènes violentes qui avaient eu lieu le 19 septembre, le jour de l'entrée des troupes, se renouvelèrent. La fin de Toccupation ressemblait au commencement. Une jeune femme de 30 ans, alitée par une légère indisposition, effrayée de Tobstination d'un soldat qui voulait s'installer chez elle, fut frappée de mort subite. Plusieurs habitants, à cette même époque, à bout de forces et ne pouvant plus résister à l'état d'exaltation et d'irritation continuelles où les mettaient la présence et les brutalités des Prussiens, devinrent fous ou imbéciles. M. de Bismarck avait dit un jour à M. Rameau : « Il est singulier de voir combien peu les habitants de votre ville ont le sentiment de l'état de guerre. )> Il aurait pu dire de même alors que les Yersaillais n'avaient pas le sentiment de l'armistice, car, dans nos idées, l'armistice supposait une détente dans les relations d'hostilité, et depuis le 28 janvier, les
Prussiens montraient encore plus de dureté et de violence (1).
4 février.
Depuis nue les portes de Paris étaient rouvertes, les autorités civiles et militaires chargées de veiller sur le roi et sur M. de Bismarck, étaient très préoccupées de ne laisser entrer dans Versailles aucune personne suspecte. Jamais les portes de la ville n'avaient été si rigoureusement surveillées. Les Yersaillais sortaient en assez grand nombre pour visiter les environs du côté de Paris et constater les ruines dues à la lutte qui durait depuis quatre mois; on se rendait aussi dans les bois où se voyaient encore les travaux de défense si considérables et si variés exécutés par les Prussiens; mais au retour, pour i-entrer dans la ville, il fallait subir un interrogatoire et prouver qu'on était bien un des habitants de Yersaules. Les Parisiens qui venaient à pied de Paris étaient repoussés ou bien réunis par groupes entre des soldats, et on les conduisait ainsi, à travers les rues, comme des prisonniers, de la grille d'entrée de l'avenue de Paris à la grille de sortie de la rue de l'Orangerie. Là, ils étaient remis en liberté , avec défense expresse, sous peine d'emprisonnement, d'essayer de pénétrer dans Yersailles. Pendant toute la première semaine du mois de février, la ville resta ainsi hermétiquement fermée.
Ce n'était pas seulement le désir d'assurer la sécurité du roi et de M. de Bismarck qui avait fait prendre cette mesure, c'était la crainte de voir les vivres devenir rares sur le marché où se fournissait l'étatmajor du grand quartier général. Déjà les prix avaient doublé; les Parisiens,
(1) Il faut avouer que, sans s'en rendre compte et sans alficber de révolte ouverte, la population de Versailles, au moins dans son élite, avait avec les Prussiens des habitudes froidement méprisantes, qui les irritaient profondément. Un Alsacien, M. Edmond Neukomm, dans un travail intéressant Intitulé : Le siège de Paris raconté par les Prussiens^ a dit à ce sujet :
.... « Nous avons déjà eu occasion de signaler l'attitude pleine de dignité des habitants de Versailles. Us n*ont pas peu contribué h rendre le séjour de leur ville insupportable aux Prussiens, et pour cette raison ils ont droit au^ félicitaUons de tous. M. Wacbenbusen, correspondant de la Gazette de Cologne^ s'est d'ailleurs chargé de leur décerner un brevet louangeur, en écrivant cette phrase, où perce un profond dépit :
u Celte population de Versai IteSy dit-il, parade devant nous aussi fièrement qm Louis XIV sur son cheval, »
Et en effet nous avions vu si souvent les Prussiens se laisser aller devant nous à des mesquineries de conduite ou de caractère que, malgré leurs brillants succès, nous ne pouvions croire à leur supériorité, et ce senUmeul iniimc perçait in>oloiitairemaut dans nos rappoilsavcc eux.
habitués pendant le sîéçe à payer la yiande et les légames à des prix si exagérés, venaient faire leurs provisions à Versailles ; la police prussienne, avertie, exigea qu'aucune denrée ne sortît de la ville, et des consignes furent données en conséquence aux barrières. Il fallut recourir à la ruse, si Ton voulait porter un peu de nourriture fraîche à des parents ou à des amis de Paris, réduits encore aux aliments du siège, car les wagons de ravitailment commençaient à peine à arriver (1).
Sur ce point là encore, Tarmistice, bien loin de donner plus de liberté, avait été l'occasion de sévérités nouvelles.
Dans l'après-midi du 4, eut lieu l'enterrement d'un sous-lieutenant de la garde nationale de Paris, mort, à l'hôpital militaire, des blessures reçues au combat du i9 janvier. Ce fut le dernier ofticier auquel les honneurs funèbres furent rendus pendant l'occupation. Comme c'était l'usage pour les officiers, d'après les ordres du commandant de place, une musique militaire prussienne escorta le cercueil au cimetière, où M. Franchet d'Esperay prononça quelques touchantes paroles d'adieu.
e février
Les mesures de précaution contre les personnes étrangères à la ville augmentèrent encore. Le commandant de place fit placarder l'avis suivant :
AVIS
(( Tous les propriétaires, les concierges et les personnes qui sont chargées de la surveillance des maisons abandonnées sont obligées d'annoncer à la police l'arrivée d'étrangers. En cas de contravention, ces personnes seront frappées d'une amende deiOO francs ou de la peine d'emprisonnement.
u Seront frappés des mêmes peines les étrangers qui restent un temps plus long que ne le porte leur laisser-passer.
a Les laisser-passer qui ne fixent pas de temps déterminé ne sont valables que pour un jour.
Cl Le général-major et commandant,
« Von Voigts-Rhetz. »
» 6 février 1871. »
(1) Le premier train de farine arriva & Paris le 3 fé- Tfler à 8 henres. Un des premiers troupeaux de moutons qui entrèrent fat amené par un de nos concltoyens, M. Mannet.
7 février*
Presque chaque soir, chez les marchands de vin et les petits logeurs, et en particulier rue des Récollets, des soldats plus ou moins ivres dégainaient et faisaient quelque scandale. Le 7 février, rue des Chantiers, un de ces soldats ivres alla plus loin ; non content de gesticuler et de menacer avec injures, selon l'habitude de ses camarades, il enfonça son sabre dans l'aine d'une vieille femme qui passait. Il fallut la transporter à l'hospice.
« 8 février.
Le dimanche 8 février eurent lien les élections pour l'Assemblée nationale. Pendant toute la semaine précédente, le maire, chargé des fonctions de préfet, avait dû organiser les opérations électorales du département ; jamais ce travail n'av ait été plus difficile, car les communications étaient à peine rétablies; il avait heureusement été aidé avec l'activité et le zèle le plus dévoués par MM. Arnoult, chef de division de la préfecture, et Desiardins, archiviste du département; grâce à leur intelligente direction, toutes les mesures nécessaires à l'exécution régulière de la loi avaient pu être prises.
Quant aux comités électoraux, ils n'a« valent pu que correspondre bien imparfaitement ; pour un vote au scrutin de liste, il aurait été indispensable qu'une entente commune s'établît entre toutes les parties du département, mais la circulation étant encore très difQcile, certaines localités furent réduites à composer des listes de candidats pour ainsi dire individuelles^ listes qui naturellement ne pouvaient avoir aucune chance de succès.
Les candidats élus furent :
MM. Barthélémy St-Hilaire 43,595 suffrag.
Rameau 39,528
Lefèvre- Pontalis 25,070
Feray 24,064
Léon Say 22,981
Picard 20,531
Carnot 19,819
Thiers 19,695
Journault 19,444
Jules Favre 18,449
Gambetta 18,282
Les candidats qui eurent le plus de voix après les élus furent : MM. de Pourtalés 16,3i3; Hély-d'Oissel 14,964 ; Touchard 14,688; Labélonye 14,368 ; Scherer 14,223 ; Marquis 13,705 (1).
(1) MM. de Pourtalès, Labélonye et Scherer furent élus aux élections complémentaires du 8 Juillet.
A Versailles, les suffrages étaient répartis ainsi qu'il suit :
MM. Rameau 5,864 suffrag.
Barthélémy St-Hilaire 5,248
Lefèvre-Ponlalis 3,961
Journauit 3,626
Picard 3,i8i
Jules Favre 2,850
Thiers 2,790
Carnot, 2,619
Gambetta 2,520
Scherer 2,446
Marquis 2,433
Les opérations électorales s'accomplirent avec le plus grand calme. Les Prussiens ne les gênèrent en rien. A Versailles les officiers s'arrêtaient devant les professions de foi et les lisaient avec une certaine curiosité. Us ne manifestaient d'opinion que sur M. Gambetta, qu'ils considéraient comme leur ennemi le plus ledoutable, parce qu'ils voyaient en lui le chef du parti qui voulait entraîner la France à la continuation de la guerre.
Si M. Gambetta était l'objet principal des malédictions des Prussiens, M. Thiers, de son côfé, n'échappa pas à leurs insultes. Le Moniteur of^ciel de Versailles, qui continuait à recueillir soigneusement les articles propres à vilipender tour à tour tous les partis et tous les hommes de la France, extrayait du Moi d'Ordre le passage suivant :
« M. Thiers continue ses intrigues en province ; il essaie de faire adopter par M. de Bismarck une combinaison digne de son grand âge, celle d'offrir la couronne de France au roi des Belges, qui, pour obtenir cet agrandissement de terriloiie, signerait volontiers des deux mains l'abandon de l'Alsace et de la Lorraine, voire même de la Champagne. Cette idée grotesque n'est pas nouvelle d'ailleurs. M.
Thiers l'avait déjà mise en avant iNy a quatre ou cinq mois, à Vienne ou à Saint- Pétersbourg, quand le gouvernement de la Défense l'avait, malgré les énergiques protestations de Rochefort et de Gambetta, envoyé solliciter, au nom de la République, l'intervention des empereurs d'Autriche et de Russie.
c( C'est ainsi qu'en même temps que la France se levait pour repousser l'envahisseur, M. Thiers trahissait effrontément la République et achevait de déshonorer ses cheveux blancs. »
9 février.
C'est seulement le 9 février que M. Horace Delaroche obtint, comme président de la Société internationale de Secours aux blessés, Tautorisation de porter des denrées fraîches aux hôpitaux de Paris.
Cette autorisation lui fut donnée dans la pièce suivante, qui prouve combien les autorités piussiennes avaient peur que les vivres ne diminuassent trop à Versailles, et quelles précautions minutieuses étaient prises pour la délivrance des sauf-conduits:
« La Société de secours aux blessés à Paris, représentée par son président M. le comte de Flavigny, a la permission de se ravitailler pour ses hôpitaux à Paris dans la ville de Versailles pendant 40 jours, à partir du 9 de ce mois. L'achat des provisions n'ose dépasser journellement le prix de 500 francs. Les provisions seront achetées à Versailles par l'entremise de M. Delaroche qui prend la garantie que le chiffre permis de 500 ne soye dépassé.
« Deux voitures de la Société de secours ont la permission de passer les lignes allemandes sur la route de Neuilly et Saint- Cloud journellement et de rentrera Paris avec les provisions achetées par M. Delaroche. Le convoi journalier sera accompagné par un délégué de la Société de secours.
(( Les Messieurs Denevers et Pigeonneau ont accepté ce mandat et seront pourvus de sauf-conduit. Le sauf-conduit doit être cherché de la part du délégué personnellement et journellement à la Commandanture de Versailles.
« Versailles, le 9 févriei 1871.
(( Horace Delaroche. Prince de Pless. »
lO février.
Le 40 février eut lieu la dernière séance du Conseil municipal présidée par M. Rameau. Il partait le 11 au matin pour Bordeaux, ou l'appelaient ses nouvelles fonctions de député. Avant de quitter Versailles, il avait fait ua dernier effort pour tâcher d'obtenir que la ville ne fût pas écrasée, comme elle continuait à l'être, par les logements militaires et les contributions.
N obtenant rien du commandant de place, qui faisait la sourde oreille, il s'était adressé au ministre des affaires étrangères de France, M. Jules Favre, et lui avait écrit la lettre suivante :
(( Monsieur le Ministre,
Tels sont les articles que se plaisait à reproduire, pendant l'armistice, le journal « . . . . Depuis cinq à six jours la ville inspiré par M. de Bismarck. I est soumise a un tel passage de troupes à
loger et à nourrir (jusqu'à 6,000 hommes par jour) (1), qu'elle va être dans la nécessité de résister et de se faire saccager. Elle est de plus, pendant l'armistice, toujours écrasée de nouveaux impôts, et lorsqu'elle réclame, on lui répond ironiquement que les discours du gouvernement français soutenant que les ressources de la France sont inépuisables, elle trouvera bien le moyen de payer. Il me semble qu'il importe que de tels faits et de tels écrits soient connus de tous, o
Dans la journée du 10, le chemin de fer de la rive droite commença à reprendre le service entre Paris et Versailles. Il y eut deux trains par jour, mais il fallait pour les prendre une autorisation spéciale du commandant de place. Le départ et l'arrivée des voyageurs étaient l'objet de la surveillance la plus attentive. Les billets n'étaient délivrés que sur le vu d'un sauf-conduit parfaitement en règle, aussi le nombre des voyageurs élait-il très réduit. Les laissez-passer étaient examinés par des officiers supérieurs , et souvent c'était un général qui regardait lui même les pièces produites. Une fonction fastidieuse, que nous aurions confiée tout au plus à un sous-officier, était remplie par les chefs de l'armée prussienne. C'est qu'il s'agissait de la sûreté du roi, et dès lors les généraux ne jugeaient au-dessous d'eux aucun service. Ils donnaient en même temps par là à leurs soldats un de ces exemples excellents qui ont tant d'influence sur l'exact et consciencieux accomplissement du devoir à tous les rangs.
kZ février.
Le dimanche 12, M. de Bismarck fit de nouveau arrêter et mettre en prison un habitant fort inoffensif, et qui n'avait aucun projet homicide, mais qui avait eu le tort de suivre le chancelier de trop près dans la rue. Quelques jours plus tard, c'était M. Grosseuvre, propriétaire de \ hôtel des RéservoirSy puis M. Alcindor, loueur de voitures, qui, pour les motifs les plus futiles, étaient conduits aux. cellules de la prison de la rue Saint-Pierre, et incarcérés pour vingt-quatre heures. Jusqu'au dernier moment, la Prusse voulait se montrer fidèle à elle-même, et conserver l'attitude brutale qu^'elle avait cru devoir adopter.
18 février.
La Mairie reçut^ le 13 février, des bureaux du commandant de place, la note
(1) En dehors de la garnison habituelle.
suivante, nouvel échantillon du ton que les autorités prussiennes continuaient à garder avec les Français :
« La Mairie est requise de faire immédiatement enlever les ordures et le fumier dans tous les locaux et communications des casernes de la ville, occupées par les troupes. Le nettoyage doit commencer aujourd'hui à deux heures dans la caserne de Limoges, pour éviter une punition sévère* De plus la Mairie doit avoir soin de fournir de la toile pour 200 paillasses sous peine de ^,000 francs d'amende. Les paillasses doivent être livrées confectionnées mercredi prochain à deux heures de faprèsmidi.
« Le général-major commandant,
« Von Voigts-Rhetz. »
Il serait impossible de se figurer ce qu'était ce nettoyage des casernes occupées par les troupes prussiennes. Si les demeures de particuliers, où nos ennemis ont logé, furent souillées à dessein d'ordures, au milieu desquelles les Prussiens, doués sans doute de sens moins délicats, semblaient vivre sans aucune espèce de gêne et de trouble, on peut penser quels ignobles amas ils se plurent à entasser dans les casernes, où ils furent maîtres absolus pendant cinq mois. Dès les premiers jours de l'occupation, la provision de désinfectants que renfermait la ville avait été épuisée, et après le départ des soldats allei'iands, il fallut de longs mois pour faire disparaître les traces de leur séjour, sans compter les dégâts de toute espèce qu'il fallut réparer. Avant de quitter ces casernes, ils avaient eu à cœur de tout y briser.
14 février.
Le 14, les communications entre Paris et Versailles reçurent une organisation régulière, déterminée dans la lettre suivante, qui fut communiquée au général de Yoigts- Hhetz par M. Pierard, directeur des cnemins de fer de l'Ouest: