‹ Versification et métrique de Ch. BaudelaireChapitre 15 sur 47 · DE GIT. BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

DE GIT. BAUDELAIRE

De là la tentative significative des Poèmes en prose Jont plusieurs sont ou l'ébauche ou la reprise de motifs également traités en vers 1 .

Ces idées «levaient naturellement conduire Baudelaire à essayer Je briser et de disloquer l'alexandrin classique encore plus t[ue ne l'avait fait V. Hugo, qui, maî^iv >os déclarations révolutionnaires, en respecte en somme la loi fondamentale, la règle de [a division binaire.

D'ailleurs la tentative, pour originale qu'elle était à coup sur, ne l'était pas autant qu'on pourrait le croire.

Baudelaire avait d'abord devant lui l'exemple d'un homme auquel il avait voué depuis U- collège, à tort ou à raison, une admiration enthousiaste, l'exemple de Sainte-Beuve.

Sainte-Beuve respectait certainement les lois fondamentales du vers, au moins autant que Hugo, mais dans ses vera, dans Joseph Delorrne f dans les Consolation^^ surtout dans les Pensées d'août, Baudelaire trouvait en abondance ce prosaïsme, volontaire ou non, qui pouvait le mettre sur la voie des effets qu'il cherchait.

!. Vebauche ou la reprife, selon la date de publication, en observant que la date de publication nVsi pas décisive, car telle pièce pouvait [orl bien exister en rannuscril assez longtemps avanl d'èlre publiée. Ainsi le* deux poème* le ( ■ du §ûir al te Qréputtmie du Matin paraissent en 1855

dans un volume intitulé Pottiaineo&au ; Vayta#eSi téaendtf, Famttiïties..,

(Ha cli cite), bous te litre de le Mutin al le Soirj ~ en me Lempa que lea

deux poèmes an prose le Crépu i tu Solitude. Maïs te Cri-

pujctiU tjv Matin {La diane chaulait...) esl cité pat Crêpai {Êtudi

p. 3#), sur le témoignage de Prarood, parmi les piétés <|iiî étaient déjà composées & U H« de I

(Juoi qu'il en aoil, on pourra rapprocher :

V Invitation au voyage parue dans la Revue des Deux Uondt - ("juin et le poème en prose d? môme titre paru dans te Présent (24 a.o

Lee doux poèmes, fei Sepi Pïettfwtfg al te* Petite* VieHiee^ parus dans h lu-rut 1 oonlempoyaine an septembre 18! ■■. - al le poème en prose te* Kewfe* par» dans la Battue fttnHdsùU (£■ novembre I8W);

Lv /jw/<? QsraMee [poème e- ri prose, Bvi% natunttiUu 1853), et Bien fain <ftfcl (mars Itiû-i);

f'r AanHfp^a>e rfarw une oAevrîvre (poème en prose; 24 août t6S7, dans /e PrrâentJ et le poème ta CAavefare (Jtev, /Vonfaiie, - h ai LSStf)^

tMme du efa, patu an 1880 sous te litre d ■■, mais

i apri - Grtpel [voir plus haut}, — al / J " pin si du tuuehich comparée..*, paru en 1891, ou ta même donnée se trouve traî

19 VERSIFICATION ET MGTIWJI E

Soi ;.m| la simple platitude, ht misère poétique :

M uikiv, avail atteint à. très peu près cal âge OÙ le liai qui poussai! s'ai Jusou'à tf '■[«ti.'-trois ans il avait parsi&te* Avec lèle el succès k« topïé,..,

Miiis il arrivait quelquefois que cette banalité se relevai! d'un accent particulier, tantôt de préciosité, tantôt, au contraires d'âpre té, et alors le prosaïsme de Sainte-Beuve devenait intéressant pour Baudelaire.

Je citerai due seule pièce des Pentêet d'aoûi : te Cabriolet, Çue Baudelaire mentionne d'ailleurs lui-même dans une

lettre où il é aère à Sainte-Beuve 1 les morceaux de son

œuvre poétique -fu'il préfère et qui oui fait sur lui la plus forte impression. G'asl presque du Baudelaire avant Baudelaire; [pa ressemblances d'inspiration et de facture sont saisissantes : on y verra en outre que prosaïsme n'est pas Forcément plali-

Dans ce cabriolet de pince j'examine L'homme «|uî me conduit, qui n'est plus que machine, Hideux, & barbe épaisse, à im^s cheveux codés : Vii e et vin ei sommeil chargent ses yeux soûlés. Comment l'homme peut-t] ainsi tomber? pensii je, El je me reculais à l'autre coin du su--

Mais Tui, qui vois si bien te mol & son dehors, La crapule poussée a L'abandon du corps, Gomment tiens-iu ion aine &o dedans? Souvent pleine El chargée, es-tu prompt à la mettre en haleine? Le malin, plus soigneux que L'homme d'é c I.;l laves-lu du songe épais? et dégoûté, Le soir, ta 1;ivps-Iu du jour gros de poussière? \v la laisscMu pas sans baptême el prière S'engourdir et croupir, comme. le conducteur DobI l'imnooade sourcil ne sent pas sa moiteur?

Pensées VAt

Il est possible, il est intime probable, que l'influence de ce

I. Le tire a Sainte-Beuve du 13 janvier 18M* dans Crépe-t, p.

ÏJK CIL UArDELAlïlE.

prosaïsme de Sainte-Beuve, particulièrement sensible dans ïcits envers 1 , ne a'eal pas exereée seulement sur Baudelaire. C'est sans do il le *Ur ce côté qu'il faut chercher l'origine de la distinction, entre la poésie chantée et la poésie pariée que W. Ténint introduit dans sa Prosodie : * En poésie, on Ton chante, ou Ton parle. Le poète chante dans Iode, dans le dithyramlie, dans le poème. Il parle dans le drame, dans la comédie» dans t'épHre et dans la fable. De là nécessairement deux vers bien différents, le vers intact et le vers brisé, ou bien \r vers chanté et le vers parlé*. » Cette distinction qui pouvait) 'pii [iful rire féconde, comme nous le verrons plus loin, passa alors assez inaperçue, bien que V. Hugo lui-même y eût souscrit, par souci des besoins de la poésie dramatique en déclarant que « le vers brisé est admirablement fait poQT recevoir fa ffose de prose que ta poésie dramatique dû|t admettre :c ».

Mais certains esprits accueillirent l'idée qui fit son chemin tout doucement, dans le bruit du grand lyrisme romantique. Th. de Banville contribua certainement à la propager par les brisures, les dislocations, les désossements de son vers funambulesque. Or nous avons vu quelles relations existaient entre Th. de Banville et Baudelaire à l'époque où le premier, après avoir composé les Cariatides, Faisait paraître ses Odes funambulesque* dans la Silhouette et le Corsaire* tandis que le second était en train de donner à son tempérament poétique la Forme définitive.

Donc Baudelaire cherchait de son côté une forme poétique plus libre, [dus souple, moins régulière, surtout moins symîl pique, moines dominée par la loi de l'alexandrin binaire.

Celle forme, il s'est elTorcé de la réaliser par plusieurs moyens.

I- • y aï bâ&ucoup mieux saisi qu'autrefois le hul al Tari des récité Lfilâ que Ooudun, M ■ w, Moiuitttr Jean, sic » [Baudelaire, lettre citée.)

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