‹ Versification et métrique de Ch. BaudelaireChapitre 17 sur 47 · IV-m i ïement leur tête appesantie · texte numérisé non relu

IV-m i ïement leur tête appesantie

■I Lt's ÂVCUQ

L'emploi du ternaire, où le rythme enjambe sur l'hémisliehe, lend du reste à entraîner presque matériellement l'enjambement au delà de la rime, à cause du peu de place qui est laissé au poète entre la fin de la 2 1 mesure et la fin du vers lui-même :

Charmants yeux, vous brille/ de la clarté* mystique Qu'oui les cierges — brûlant en plein jour; — fe aoteil ti<nt< t n, mais n'éteint pas leur flamme fantastique. 44

fc6

il-'ICATIOM ET METIIIOL'IC

Réciproque! po^jr la même raison, l'enjambement,

quand il ne rempli! pas tout le premier hémistiche do vers suivant, tend à amener après lui un vers Léman

. . . . Rapide avi c - 1 roi*

Maintenant dit : — Je suis Autrefois....

Voilà le souvenir enivrant lui roltigô

Dans fsîr iroublét — tes yeux ■ it, — le vertige

Saïsïl l'Ame vaincra et la pousse! deux mains

Souvent le tri mètre engendre un enjambement qui & boj tour engendre un tri m être par contre-coup :

Cuei poison, - préparé par les An§es1 — liqueur u», me rotujt\ •■ ■"• la vie et la morl — de m KBW

fcy

Ou bien c'est l'enjambement qui est & l'origine de la s comme dans l'exemple cité plus haut: a Charmants yeux.... i

Hais II n'est pas utile <lo multiplier indéfiniment eas exemples,

Ce qui importe, c'est que Baudelaire a parfaitemeul connu et manié les ressources ordinaires de l'enjambement. Il a su s'en servir excellemment pour marquer le relief :

Mais tes vrai» voyageurs sont ceux-là seuls qui partent Pour partir^.. iM

Gloire et louange à toi, Satan, flans les baul Du Ciel, où lu régnas, et dans Les profondeurs De VEnfeTt où, vaincu, tu rêves en silen<e! 143

J«- saurai le tailler un manteau, de façon Barbare i roide > i Lourd.... 58

&e l'ancien Prascati Vestale enamouréi Prêtresse du Tliatie, hélas! dont le souffleur Dèfuntj seul, sait le nura....

relais morl sans surprise st la terrible aurore tfçim leppait... JMi

Eté,

Becq île Fouquïères a démontré la légitimité de l'enjambement au point Je vue du rythme, même quand il porte sur une rjme féminine (ce qui donne un vers de Ï3 syllabes au

]■!■: r:ii, iialuelaiuk.

lieu d'un vers de 12 toutes les Fois que la muette finale ne s'élide pas, faute d'une voyelle placée au commencement »lu vers suivant), car « la syllabe surabondante n'altère en rien la mesure des Jeux vers,... Elle vient simplement occuper la place du temps aspiratoire supprimé; c'est une note substituée à un silence '. »

D'ailleurs, la versification classique, tout en proscrivant l'enjambement en principe, l'autorisait quand aux mots rejetés venait s'ajouter un développement qui complétait te vers, ou lorsqu'il y avait interruption ou réticence, sans Faire de distinction entre les rimes masculines et féminines.

Lu Harpe disait : u Nos vers ne peuvent enjamber pane qu'ils riment *. Baudelaire et m général les poètes romantiques ont compris qu'au contraire nos vers peuvenl enjamber parce qu'ils riment, et le peuvent d'autant mieux qu'ils riment mieux. Or Baudelaire rimait assez richement pour pouvoir se permettre d'enjamber sans risquer de Faire perdre au lecteur le sentiment de l'imité du vers.

Il itVu est pris moins vrai que l'enjambement n'est possible qu'exceptionnellement, qu'il doit être, non une commodité, mais un effet voulu et justifié par le sens, et que, même en ce cas, son emploi continuai et répété tendrait a la destruction du rythme, en même temps i|u *il perdrait d'ailleurs toute valeur 'l'expression.

Or il y a dans Baudelaire des enjambements assez nombreux qui ne paraissent pas justifiés directement par le sens, c'est-à-dire par le degré d'importance des mots qui se trouvent. rejelés au début du vers suivant; si bien que certains de ces enjambements peuvent sembler à première vue le simple résultat d'une négligence.

Pourlant il serait peu judicieux de se contenter trop vite d'une explication qui pourrait bien n'être pas la bonne,

l. H. de Fouquifrres, Traité gén&ai de Versificattun frartraisn.

à un artiste aussi cou* x que Baudelaire.

Il est plus vrai -1«* -lin* que le poète a souvent cher

imbemea l« rythme binaire

que 1 • maire ne parvenait pas à lui procurer

suffisamment, brisure qui <:■ lui aux i lions du sens.

Ainsi dons les vers suivra

Je le hais. Octal I tes booi-

Mmh esprit — les retrouve en lui! — Ce rire amer

fa* i mtcu. — |

J" r entend* dans le rire énorme de la mer.

Remploi combiné du tel el 4e renjambemeal

i rapport convenable en Ire l'idée el le rythme tntrod »lans If rythme quelque chose de l'agitation

: donnée qui i i a.*' .i l'océan el 1 l esprit du poète.

|i< '-iiill ml-- it% Petites VieiUct sera

pauvres sonnettes

ptnti Mes

me vrille..*, liS

i w\i rythme diffèrent,

: .1 le rythme, une arythmie, ou mieux peut-être un

rythma dû <p\ [Ue Baudelaire cherche h obtenir par

I i tli a m bernent, quand l'idée paraît exiger moins de symétrie,

»n irement plus abandonné; ou seulement poor mieux

mettre en relief, par le contraste» les passages qui ont l>esoin d\Hre fortement rvthmés et cadencés :

I>iles, qu'avez-vous vu? — Nous avons vu des astres i> avons vu — dey sables auss

Rythme de [«rose; allure négligée soulignant dans la

réponse du voyageur le peu d'importance qu'il attribue à ses

découvertes.

La sombre nuit les prend à ta gorge; ils finissent Leur tf< -fi/iiv, et vont vers le gouffre commun...

Effet du même genre; dès que tout est fini, le rvthme s'abandonne cl mot ainsi en évidence la triste banalité de cette commune destinée.

EL quand il s'en allait, sans rien voir, à travers

Les champs, sans distinguer les fttés des hivers,... 17

Toujours le même effet; le rythme s'abandonne comme le malheureux pour qui la vie est désormais sans objet.

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu, Haletant — et brisé de fatigue, — au milieu Des plaines de V ennui, profondes et désertes..

Le rythme est brisé, tout comme l' nomma est brisé de fatigue.

Le mémo effet trouve sa place dans des vêts de récit, sur lesquels le poète passe rapidement, en résumant, pour déblayer 1 , parce qu'ils ne font que préparer un passage lyrique auquel sont réservées les cadences d'un ryflhme plus nombreux, comme un récitatif encadre et fait valoir une mélodie :

Là je vis un matin, à 1* heure où sous les cieux Céairt et froide — le Travail s'éveille, — où la voirie Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux.... ! 13

Ainsi quand je serai perdu dans La mémoire

Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire*,.» i'j

Par les quatre eûtes d'où soufflent lis haleines

Du vent, tous les guerriers de chaque tribu, tous,,.. 85

« Ayant ce projet, écrit M. Ch. Morice, à propos d un conte en vers de Verlaine {l* Impénitence finale, dans Jadis et

I. • Pourquoi se sert-on de l'alexandrin brisé? Pour arriver a la concision qu'exige l'action. * (Ténint, op, cfl-, p* ÎSJ.

VKUS1F1CATJIIN KT MKTHIQUti

Naguère), d'écrire en vers des récits, le poète rul cette censée naturelle, si naturelle qu'elle eût dû n'être oubliée d'aucun conteur en vers, que le récit est par tnî-mème prose, que conter en vers, c*est niWssinrriiieiil introduire -le la prose dans les vers.,,. Que larime *oit suffisante, h le nombre pur, il le faut; mais qu*ils se dissimulent dans l'enchaînement du style au cours du récit, il le faut aussi, pour de fois à aulns éclater aux instants épanouis où le n'-cil sentr'ouTre h des efilorescences de réelle poésie.,, {citation d une quinzaine dû Ici, ta prose est manifeste, et vtfqlue manifestement, manifestement encore préférable mille fois à tel bel ali^nemenl de vers bourrée de remplissages i poétiques », et chevillés à donner plein à la rime, comme nous connaissons Leaucoup de ces académiques pièces J . »

Il y a quelque chose de cela dans Baudelaire. Un exemple pourra en être fourni par l'analyse sommaire de la première moitié d'un court poème : la Voix (93), qui présenté ces alternatives de prosaïsme et de lyrisme *■

Le début est en quelques vers classiques fortement. rythmés. Ensuite l'Esprit d'ambition parle au poète en vus prosaïques île rythme plat et brisé par la présence d'au ternaire sans tonique à l'hémistiche, par une parenthèse dans le vers suivant :

i, Ch. Moricn, Verlaine, p. 54, Du même ailleurs : * Pourquoi rimer de la prose? Pourquoi, quand lu ton exige que te lyrisme soft renoncé, ne pas descendre franchement à la prose vraie? Franchement, imn p menL t et le vrai poème en prose est à merveille fait pour servir ici moniqiœ transition. On voit ce que serait un livre où a seion les opportunités

i [quées par lés émotions, \# suie descendrait du «ets a l& prose, r<

teruit di* la pro*i. j . an vrrs, .ivre on sons In Iran si Lion du poema en prose, s'y bernant;, quand il l'emploierait, en des rythmes qui, par tes allitération* et ies assonances, annonceraient, évoquerraient le Nombre et la lïime. pour enlin les atteindre, — eU rarement, les quitterait sans raVerUisement d'une dégradation tente, pour un effet. » [Littérature de tout à Vheitre, p. j;

2. - Dan* ht versification, il y a des périodes arrêtées au commencement et à la fin par des vers non brisés qui en sont comme les homes. Ces périodes Composées d'un plus ml moins grand nombre de phrases forment un ensemble, un tout.,.. La période etle-mème n'est pour ainsi dire qu'on sou] vers, - {Ténint, op. cit., p. 79.)

FIE CIL BAUQBLAiRE, 51

Deui voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme, Disait : — ■■ La Terre est un gâteau — plein de dnuceur: Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme!) Te faire un sppétfl d'une égale grosseur. »

Au contraire, l'autre voix, celle de la rêverie, fait entendre le y»lus caressant, le plus chantant des appela, plein d'allitérations harmonieuses, d'un rythme berfieur et séduisant :

Et l'autre ; b Viens! oh\ Viens voyager dans tes rênes; Au deft du poasiMe, tu delà du coubu! m

El ee^/e-/,i chantait comfiae 1* J S*Jtf des prêtes, Fa nti «me bftgïft&nf, nn ne sait d'où tenu, Qui caresse /'oreille et cependant Vejftaie.

Le poète ne résiste pas à celte séduction. Désormais sa vie est orientée pour toujours. Qu'importe le reste? Et le rythme rie prose reprend :

Je te répondis : h oui. douce voix! n C'est d'alors Qite dol€ ce qu'on peut, hélas t nommer rua plaie Et ma fatalité. Derrière les décors De t\

Ce sont sans il mute ces alternances que Th. Gautier voulait signaler quand il disait que Baudelaire mêlait dans la trame de son style « des fils de soie et d'or à des fils de chanvre rudes et forts ' » .

« Il faut qu'on sache, disait St. Mallarmé, que les essais des derniers venus ne tendent pas à supprimer le grand vers; ils (endeul û créer une sorte de fluidité, de mobilité entre les vers de grand jet, qui leur manquait un peu jusqu'ici. On entend tout à coup dans les orchestres de très beaux éclats de cuivre; mais on sent très bien que s il n'y avait que cela, on s'en fatiguerait 1res vite, tes jeunes espacent ces grandis traits pour ne (es faire apparaître qu*an moment où Hê doivent pro-

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