M. Gramiiiuiït, Revue de* LottPHM romanes^ 1U04. p
DE CH. KAUUELAIHE. 75
tielle de l'harmonie. M£me il semlde bien qu'elle en soit l'élément principal.
Mais la modulation des voyelles n'est pas à elle seule tonte l'harmonie. On est étonné de voir l'auteur de si pénétrantes études sur les sons considérés nu point do vur de L'expression 1 , études où il «-si fa.il une part égale aux consonnes et aux voyelles, ne » occuper, quand il de rharmome, que des voyelles et laisser complètement de côté 1rs consonnes. La théorie de la modulation, suffisante quand il sagif de l'hiatus, ou les voyelles se rencontre»! eat^ intermédiaire, cesse -1< l I fitro quand c'est le vers qui est en question. Dans [s vers, en effet, 1rs voyelles Ont le plus souvenl entre elles des consonnes dont le rôle est considérable, même au point de vue de la modulation des voyelles, *iï\- tantôl elles la facilitent el tantôt elles l'entravant. De plus, en ejles-mêmes, elles représentent des sons Lrès divers; doux ou rudes, sourds ou sonores, continus ou instantanés, dont la combinaison ne peut pas &tre sans influence sur reflet total, harmonieux ou inharmonieux, que produit à notre oreille un vers quelconque. Kl quand nous parlons ici des consonnes, noue entendons parler aussi des semi-voyelles u tf). ; (//), et même de IV muet, quand il s'élide entre deux voyelles -,
Faute de tenir compte île ces conditions, el pour ne vouloir considérer que la disposition des voyelles, on en arrive dans l'application à des estimations d'harmonie peu satisfaisantes el que loreille ne peut ratifier.
Voici par exemple un vers rythmé en triades 11 qui est d'une
l. Ëtudei inçan [Revue ttes Langu 103).
î. - L'e muet, comme uns sorte d'y affaibli, rail une Haït jni dêtrpil
l'hiatus,,., li ii'v :i pas (Tuiataa dans Varie adorte, quJ se proa ;e <le façon
iin'iviiii ûe Atari aénrè. Dans le premier C4b on prononce en réalité : M'tii yotftortffe. i (Clair Tisseur, JfonVïfal ofaewationë, p. 231.)
:i. K'ayani pas pour objet, encore une foiSi (l'étudier à fond ta théorie en qneationt non- ne considérerons çue d*e v.ts de ce genre. Ce ssoni oaui donl riMiMHUni 1 eal la pins claire àfl sur leequeifi Le contrôle s'exerce I» 1 plus aisém&nU
H n]>rès M. M. Grammont ce vers ne ; vu que, dans les *2 triades «lu premie pas <!<■ correspondance dans l'ordre première, l'élément unique es! entre l< blables; dans la seconde, l'élément u deux éléments semblables. Il n • modulation, donc pas d'harmonie, Or lies doit compter seule, il suffira de rien qu'une, pourvu que cette mmlifical trie dvs triades, bI le vers deviendra exemple, Baudelaire, agrémentant son conjonction donc, avait écrii :
Donc le vt.-it paradis des amours en!
la correspondance des deux première (on eu è — a a r), et le vers eûl été bar juge différemment.
De même les vers suivants, théoriqu
Lîi diane chantai I dans les coura *it^ Infinis bercements du loisir ombauii \a'> - sf ii ' i.i i - ■ m i but la verl
* * é * eu u a 4
Qui corn me eux sont frileux etcorame
DE Cn. inUIlELAIRE.
deviendraient harmonieux du coup s'ils subissaient quelque heureuse modification analosrue, et s'ils étaient écrits ainsi :
Les dianes cbanlaieal dans les cours des casernes...
H'i(f ■ IL .III i Bll Ê ■"• i il •'
Infinis bercements d'mi loisir embaumé.-..
.vi' i* t'ii tktT un d i mi i
Les guerriers se tenaient dans la verte prairie..,.
... tfîl |>Ù i 1411 11 ' ■'" I' '
Qui comme eux sont frileux ou comme eni sédentaires....
i o ni un i i i i.'n < i m ■
et voilà ce (|ue l'oreille ne sent pas facilement. Inversement, le vers suivant ;
Un poète [lieux ennemi du sommeil... ,
est théoriquement harmonieux parce que les triades de voyelles y soul parfaitement symétriques, la seconde correspondant à la première et la quatrième à la troisième, d'après Tordre de leurs éléments :
un o è eu i eti è ett i u o è
Mais supposons que Baudelaire eût écrit ;
Les poêles pieux ennemis du sommeil ....
et, les deux triades du premier hémistiche ne se correspondant plus (è o è — eu i eu), le vers devrai* cesser d'âtre harmonieux. Là encore l'oreille, qu'il Faut pourtant bien consulter, est surprise, cl a peine à ratifier la théorie.
De môme Les vers que voici, harmonieux tels que le poète (es a écrits :
A travers la tempête et ut neii;e et le givre.... iW
i an '! h'' eu t
Et jamais je ne pleure, et jamais je ne ris....
i 'l .'■ >"» | B 6Û fit r
Qu'un ffibel symbolique où pendail mon image-., 144
{■M o î nu an é un | i
Sur qui pèse la grille effroyable de Dieu..,.
Tes grands yeux de velours sont plus noire que ta cîiair..,. tt2
la noie 2 de la page 76.
VER : TttlQUE
devra l'en I cesse 1rs écrii b ri
a travers li tempête mi La c
-il i .1 Qu'un l;iIp«'I symbolique où pendu !
m" i r mu m
Sa .;.- pewit Eu gvjffc t»0royabli de Ij:- a.
flfj«i grand* yi-u\ il* 1 velours sont plus notre que ta chair
Mais admettons un moment que la théorie en question sut Ose pour expliquer l'harmonie ou l'ii lie d*un vers
donné; on se demand laç&nl à un autre
point ilt- vue, s'il esl légitime, pour apprécier l'harmonie ^ un
poème, de ne tenir compte que
posenl
t. et
île l'harmonie «1rs vers qui le taidéréa comme indépendants
les uns des autres. Si l'harmonie «l'un vers se réalise par cer-
■ . pespondances entre ses éléments (diades, triades.. *) n
l'harmonie d'un poème ou d'un Fragment de poème, d'une
strophe, par exemple, ne dépend elle pas, à son tour, derap-
qui peuvenl dépasser L'étendue 'lu vers isolé? L'analyse
Je chaque vers séparé do texte dont il fait partie peut-elle
rendre compte (le ces rapporta? Suffit-il, pour calculer le
é d'harmonie d'un poème, de jugée au poini dj vue de
l'harmonie chacun des vers de ce poème et d'établir ensuite
un simple pourcentage? Est-il légitime de découper ta phrase
poétique en unités métriques «lunt l'existence esi très réelle,
mais <|ui ne su ni. pas faites pour Ôtrc dissociées? El. les
chances d'erreur ne deviennent-elles pas colossales s'il
s'agit, non plus d'un poème, mais de l'œuvre entière d'un
(tait-ce pas ainsi qu'on abouti! à 1» surprise d'un
classement où Boîieau se trouve être le poète français qui,
tvêc Racine, a fait relativement le plus grand nombre de
très harmonieux, il où Lamartine es! an si mauvaise
place ?
Voilù les doutes qui nous empéchenl d'appliquer celle
DE Cfl. BAL'DELMRIÎh
théorie, toute intéressante qu'elle est, à la mesure de l'harmonie riiez Baudelaire. Chez lui l'harmonie est à là fois dans la modulation, — dans le rythme à l'intérieur du vers el au delà du vers, eVsl à-dire dans le r ythme de toute 1m phrase poétique, — dans les '.illiléralious. nu îissouanres, qui n'onl paa toujours, nous lavons vu, une valeur expressive , dont le râle est alors plutôt d'ordre musica l, et dont les correspondances dépassent très souvent l'étendue du vers. Ainsi se constituent chez Baudelaire, comme, je pense, chez bien d mitres poètes, les éléments très divers d'une harmonie complexe que roreille perçoit el dont elle jouit, mais dont la quali té el le degré qqjis paraissent édiapper encore aujourd'hu i à toute mensuration scientifique.