‹ Versification et métrique de Ch. BaudelaireChapitre 41 sur 47 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il va sans dire que tout Baudelaire n*esl pas dans Datte étude. On n'y trouvera presque rien sur Ja qualité de ce (pii fait le fond desap oés'ie :j d ées, é motions, sentiments, pensée. Le s t.> le proprement, dit n'est lui-même apprécié quacciaett* tellement et d'une façon indirecte. Seul le versificateur est en question. Est-ce parce que nous l'avoua étudié qu'il nous parait des plus intéressants?

Gomme rimeur il est médiocre, par défaut de souplesse syntaxique et plus encore par faiblesse d'invention verbale. Si l'on prenait à la lettre V * axiome » do Th. Gautier, l'un dises maîtres : « Celui qu'une pensée, fût-ce la plus complexe, une vision, fût-ce la plus apocalyptique» surprend sans mots pour la réaliser, celui-là n'est pas un écrivain J », Baudelaire serait à peine un poète.

Pourtant il a subi comme les autres la loi romantique d e la rime richissime, mais, pour qu'il l'ait acceptée, il fallait qu'elle s'imposât de sou temps bien irrésistiblement. Car elle le gênait, et pour lui obéir il lui a fallu s'imposer d'autre part de lourds sacrifices. De plus, foncièrement, celait un indépendant, un indocile, et aussi un infatigable, un maladif chercheur de m uveaulé: nous voulons, Ôcrîvait-iT, et c'est sur ces vers que se ferment les Fleur* du Mai :

\. Bsrgerat, Th. Gautier, p* Î17.

VKK ET METRIQUE

M au rond Jii A» fond dâ l'Inconnu, pour

Il n'étail pas homme h se contenter des formules w surtout quand elles lui étaient incommodes.

Ce qu'il a cédé sur ta rime, il a essayé «le le reprendre tlu côté du rythme. Son a mbitioc eùl été d'assurer l'indépe ndance «lu poète à lï'L r anl do la forme poétique T ou plutôt d'é tablir un ggnpnrt plus étroit entre c es deux éléments dont le premier est tro[) souvent assujetti au second : la pensée ou

l'émotion, ri le rythme. Celle tendance du vers romantique m se rapprocher île la prose par 1 assouplissement de son tyJlynej signalée avec raison par divers métrîciens', est plus marquée chez lui que chez loul autre. Il s'est aperçu un premiers, sinon le premier, que « dans le genre appelé p rose il y a des vers, quelque' i trahies, d<.-iojia

rythmes 5 ». De là son elïurl pour briser, ployer, étirer, par- Fois atténuer le rythme» par l'enjambement au delà de l'hémistiche et au delà du vers, par l'essai de combinaisons métriques douve lies.

Puis, autre caractère important, se rendant compte de ce que le rythme perdait ainsi en régularité, et par suite en netteté, il a Lâché, soi! réflexion, suit instinct, soil les deux, de le compenser en constituant dans le vers une harmonie intime, toute en accords et en rappels de sons. Il a é té le premier à envelopper de ces résonnantes délicates qui pénètrent l'àmeja statue parnassienne, autour de laquelle il esl plus habituel d'entendre un tapage éclatant de cuivre ou de bronzfij Avec lui entrait déjà un peu dans la poésie contemporaine cette sorLe de musique que, son plus grand disciple réclamera plus tard* avant toute chose ■,« encore et toujours 1 »,

i. Becq de Fouquiâres, Traité de versification, p. 10!. — Bourdun, Expression des t motions, etc., p. 333. -- St. Mallarmé, dans Jules Efuret, Bnquêlt sur PÊvotution littéraire ^ p. 57# 3» Verlaine, Art poétique, dans Jadis si Vuhére.

DE CH. HAl'DELAÏRE.

Far cette aspiration vers un art neuf et plus libre, il n'a pas échappé aux reproches de ceux qui, ayant d'ailleurs remarqué chez lui une certaine gaucherie de composition ou d'expression» lui dénièrent tout lyrisme en prétextant un ordinaire prosaïsme. Il a en, et il a encore contre lui, I" habitude dee oreilles pliées aux fortes cadences symétriques de l'alexandrin classico-romantique, qu'il manie du reste, à sefl heures, aussi vigoureusement que quiconque. Mais cet ■ih \an drin dominateur n'est peut- être pas la loi à jamais i mmuable du vers français. Les critiques qui lui onl voué un Culte intransigeant pourraient se souvenir de la défaveur en laquelle il était tenu avant la Pléiade : « Quand un poète en usait, il avait soin d'écrire bu tète de la pièce : Vers olexan* drîw, comme s'il eût craint que la cadence n'échappât aux lecteurs, ou pour faire comprendre que lui-même se servait i|f rr rvl.hme inusité, non par inadvertance, mais conscient* ment. On h jugeait 'prosaïque et impropre à la poésie lyrique 1 , i On fera bien aussi de méditer ce que Housard disait au lecteur dans la Préface de sa Fr * Je te

responds qu'il m'eus t été cent fois plus aisé d'escrire mon œuvre en vers alexandrins qu'aux autres, d'autan! qu'ils sont plus longs H par conséquent moins sujets, sans la honteuse conscience que y&i qu'ils sentent trop leurppose* ■.

Cela n'empêche pas Becq de Fouquiûrcs, suivi en cela par la plupart des mélririens* de considérer l'alexandrin comme le vers en soi, le seul qui s'accorde avec les lois physiologiques du langage, le seul qui corresponde à la durée normale d'une expiration \

Mais ceux qui dans un avenir plus ou moins éloigné réali-

Page 1