Sachons attendrir nos Juges
(Cicéron, De oratore , I, 53).
Rutilius reprochait à Galba d’avoir pour ainsi dire élevé sur ses propres épaules le jeune Quintus, fils orphelin de son parent C. Sulpicius Gallue, afin que cet enfant, en rappelant le souvenir de son illustre père, fit couler les larmes du public. Il le blâmait en outre d’avoir mis ses deux jeunes fils sous la protection du peuple et déclaré, tout comme s’il faisait son testament sur le champ de bataille en dehors des formes ordinaires 1 , qu’il instituait le peuple romain tuteur de ces orphelins 2 . Rutilius prétendait que c’était à ces simagrées théâtrales que Galba avait dû son acquittement en dépit de son impopularité et de la haine du peuple contre lui. Je vois que Caton pensait de même, car il a écrit que sans les enfants et les larmes, Galba aurait été châtié. Rutilius s’indignait de cette attitude et disait que l’exil et la mort étaient préférables à un tel abaissement. Il ne se contenta pas de le dire: c’était sa conviction et il s’y conforma. C’était, comme vous savez, un modèle de désintéressement, il n’y avait pas dans notre cité un homme plus intègre, ni plus vertueux que lui; cependant, non seulement il refusa de supplier les juges, mais il ne permit même pas que sa cause fût plaidée avec plus d’ornement et de liberté que n'en comportait le strict exposé des faits 3 . Si tu avais pris la parole, ô Crassus, et s’il t’avait été permis de plaider pour Rutilius non point à la manière d’un philosophe, mais à ta guise, en dépit de la scélératesse, trop réelle d’ailleurs, des juges, la force de ton éloquence aurait fini par extirper du fond de leur coeur toute leur méchanceté. Malheureusement, nous avons perdu un homme de cette valeur parce que sa cause fut plaidée comme si l’on eût été dans la République idéale de Platon. Personne ne poussa des gémissements, aucun avocat n’éleva forte-