LTVBB DU HA1TB
ment la voix, personne n'eut l'air de souffrir, personne ne se plaignit, personne n'invoqua la République* personne ne se fit suppliant; bref, je crois que personne ne frappa même le sol du pied dans ce pro* cès, afin de ne pas déplaire aux stoïciens 4 .
Notes. — 1. Comme s’il faisait son testament en tenne de combat sans balance et sans tablettes. — 2. Orbitale , situation d’orphelin. — 3. Ratio veritatis , l'établissement de la vérité. — 4. On entend parfois : de peur que la chose ne fût rapportée aux stoïciens; mais nous nous rangeons à l'avia des éditeurs qui attribuent à renuntiare un sens plus fort : se brouiller, rompre avec quelqu’un.
Commentaire grammatical. — 1. Quod extulisset , au suojonctif, parce que la responsabilité de la raison alléguée est renvoyée à Rutilius (Or. § 285). — 2. Recordatione et memoria sont parfois réunis; bien qu’ils forment pléonasme, ils ne sont pourtant pas entièrement synonymes : recordatio , c’est l’effort pour retrouver un souvenir; memoria , c’est le souvenir lui-même; en traitant cette expression comme un hendiadyn (Gr. § 347), on aurait : par le rappel du souvenir, etc. — 3 .Cum premeretur , bien qu’il fût sous le coup de (Gr. § 299) ; en pareil cas, toujours le subjonctif. — 4. La particule ce s’ajoute à certaines formes de pronoms pour les renforcer (Cf. en français : celui-ci) ; voir Gr. § 40, note. — 5. Quod étant un relatif de liaison (Gr. § 144), il faut entendre : et video hoc scriptum esse item apud Catonem , et je vois que cela est consigné de même dans les livres de Caton, à savoir qu’il aurait été puni; la proposition daturum esse s’introduit donc comme apposition à hoc (Gr. § 281, H) ; pour le sens conditionnel de l'infinitif futur, voir Gr. § 342, 8*. Dare pœnas , fournir une expiation, être puni: punir quelqu’un se dit : exiger e poenas ao aliquo . — 6. Anteponendam est accordé seulement avec le mot le plus rapproché, bien que l’adjectif verbal joue ici le rôle d’attribut. Cette apparente irrégularité est un accord par attraction dû au voisinage (Cf. Gr. § 106). — 7. Dans suppléa ; judicibus esse, judicibus est au datif, parce que supplex esse alicui* revient 4 supvli care alicui (ce verbe se construit toujours avec le datif chez les classiques). — 8. Ornatius, libenus, adverbes au comparatif (Gr. § 88) : plus élégamment, plus librement. — 9. Dana l’expression (mod si, quod ne joue plus le rôle que d'une simple liaison; il n’est ni sujet, ni complément; le français en a fait « que si »; on peut traduire ici par « mais si ». — 10. Quamvis signifie « quelque que » et tombe sur un adjectif ; quanquam tomberait sur le verbe et signifierait simplement « quoique » (Gr. § 298 et 299, note). — 11. N une, ou nunc vero , « mais en réalité, mais malheureusement », après une période à l’irréel (Gr. § 309, note I). — 12. Dolet est ici impersonnel : cela fait mal; nihil est un accusatif adverbial
(Gt. § 164) : il n’y eut du chagrin en rien («nullement) pour personne; personne ne manifesta du chagrin; pour quü quam , voir Gt. § 150. — 13. Quid multa (dicam), ellipse usuelle. — 14. Renuntiaretur est au passif impersonnel (Gr. § 203) : de peux que, ce faisant, on ne signifiât la rupture.
Commentaire littéraire. — 1. Cicéron est certainement de l’avis d’Antoine. C’est à dessein qu’il a confié & cet orateur le soin de défendre le pathétique; on racontait en effet qu’Antoine excellait spr ce point et qu’un jour il déchira la tunique d’un vieux général qu’il défendait pour montrer au peuple les glorieuses cicatrices de sa poitrine. Cicéron admire 1a vertu de Rutilius, mais trouve certainement qu’il eut tort de ne vouloir faire appel qu’à la raison. Ce ne fut, selon lui, qu’un entêtement maladroit, désastreux pour lui-même et fort préjudiciable à l’Etat, qui se trouvait ainsi privé d’un excellent citoyen. — 2. Cicéron n’est pas seulement de l’avis d’Antoine; en réalité, c’est lui-même qui parle et qui dé-' fend ses propres idées. Les néo-attiques prétendaient que l’idéal pour rorateur était d’atteindre Une perfection, à laquelle l’esprit le plus délicat et le plus raffiné ne trouvât rien à reprendre. Cicéron, qui triomphe dans le pathétique répond qu’un purisme exceSBif est déplacé dans un discours adressé au public, aussi bien que certains scrupules d’austérité stoïcienne. L’orateur doit non seulement convaincre, mais aussi plaire, et surtout émoûVoir; bref, son obligation essentielle est d’atnener les auditeurs à son avis et de gagner sa cause. — 3. Les Grecs, plus fins et plus malicieux, se mé*» fiaient davantage du pathétique. Le Romain, plus fruste, moins sensible aux nuances délicates, a besoin d’être secoué plus fortement. Il faut l’entraîner en faisant appel, vigoureusement, à ses sentiments leà plus profonds : la justice, le courage, l’amour de la patrie ou de la famille. — 4. Le De oratore est écrit sous forme de dialogue. Ici, Antoine paraît s’adresser à Crassus seul, mais si l’on observe le pluriel ut scitis, on se rappelle que la conversation a lieu én présence de l’augure rnucius Scévola et de deux jeunes orateurs Aurelius Cotta et Sulpicius Rufué., On observera d’aillenri que ces interlocuteurs né coupent bas la parole à Antoine. On a reproché à ( Cicéron de transformer ainsi ses dialogues en une suite de conférences où chacun parle tour à tour. On a comparé ces tirades un peu prétentieuses aux dialogues si coupés, si souples, si vivants, si naturels de Platon. On oublie ^que Cicéron ne visait peut-être pas à imiter Platon, maî$ plutôt Aristote dont les dialogues aujourd’hui perdus pouvaient avoir un caractère moins familier et moins primesantier.