‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 117 sur 133 · VÊLE S ION 8 LATINES · texte numérisé non relu

VÊLE S ION 8 LATINES

C omiBNT aies littébaibb. — 1. Il est aisé de se rendit compte par ce passage que l’ouvrage de Lucrèce est un poème didactique du genre le plus austère. Il s’agit, en effet, d’exposer tout un système philosophique non seulement au point de vue de la morale, mais jusque dans ses fondements scientifiques et ses théories cosmogoniques. — 2. Le raisonnement scientifique de Lucrèce, comme celui de la plupart des anciens, pèche par la base. Aussi n’a-t-il pu le conduire qu’à des erreurs. Là même où le poète philosophe semble pressentir les théories modernes sur la densité spécifique des corps, il se borne en réalité à un aperçu assez grossier de la question. Serait-il même plus près de la vérité, il ne faudrait pas exagérer son mérite. Il ignore complètement la vraie méthode scientifique qui seule peut conduire à des résultats définitivement acquis. Son raisonnement, ici comme ailleurs, a le double défaut qui a retardé si longtemps le progrès des sciences : il part de principes a priori, nullement démontrés, adoptés pour les besoins de la cause; ainsi le son, le chaud, le froid sont considérés comme des corps composés d’atomes; en outre, les faits réels qu’utilise le raisonnement ne sont observés ni avec les précautions, ni avec les instruments nécessaires; par exemple, une expérience, bien connue aujourd’hui, montre que le son, loin de se propager au moyen du vide, s’y arrête. — 3. Cette façon de concevoir le monde comme une agglomération fortuite d’atomes est certainement en soi peu poétique. Les raisonnements comme celui que nous avons sous les yeux ne sont guère capables non plus d’omer une matière par elle-même sèche et pauvre. Néanmoins, en un pareil sujet, Lucrèce s’est révélé grand poète, grâoe à la puissance de son imagination. Très souvent, une comparaison large, pittoresque, empruntée aux grands spectacles de la nature, vient animer et égayer l’aridité du sujet. — 4. Mais surtout sa sensibilité est toujours en éveil, parce qu’il y a en lui une sorte d’âme d’apôtre. Ici môme, dans ce raisonnement qui veut être d’une rigueur absolue, qui commence et finit comme la démonstration d’un théorème, on sent l'homme non seulement convaincu de la vérité de son système, mais grisé de certitude victorieuse. Deux fois au cours de ce bref développement il répète nimirum , comme un appel à l’évidence ; il interroge triomphalement, sûr . de vaincre. Parfois même, il insulte, il raille son adversaire, l'accuse d'ignorance, de sottise. Cet élan perpétuel de conviction profonde, soutenu par le désir d’être utile à l’humanité qu'il croit servir en la délivrant de la crainte des dieux et de la mort, ajoute beaucoup d'intérêt & son œuvre et fait de lui un grand poète.

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