‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 130 sur 133 · A un Romain gouverneur en Grèce · texte numérisé non relu

A un Romain gouverneur en Grèce

(Pline le Jeune, Lettres , vm, 24.)

Mon affection pour toi me pousse à te donner non pas des leçons (tu n'as que faire de maître), mais des conseils pour t'aider à te rappeler et à observer des principes que tu connais déjà ou pour te les faire mieux connaître. Songe qu’on t'envoie dans cette province d’Achaïe qui est la vraie Grèce, la Grèce authentique, où, dit-on, virent le jour pour la première fois la civilisation, la littérature, et même les céréales dont nous vivons. Tu as pour mission d’organiser des cités libres, c’est-à-dire des hommes qui sont au suprême degré des hommes, et des hommes libres, à qui ce droit naturel n'a pas cessé d'appartenir 1 en raison de leurs mérites, des services qu’ils ont rendus, de l’amitié et des \ lités qui les unissent à nous par un lien sacré. Entoure de respect les dieux qui ont fondé ces villes et le prestige de leur nom. Respecte cette antique tradition de gloire ou même simplement cette longue vieillesse qui, vénérable chez un homme, devient sacrée dans une ville. Honore ces antiques

souvenirs, ces illustres exploits et même ces légendes. Ne diminue chez personne ni la dignité, ni la liberté; ne restreins pas même le droit de parler avec quelque forfanterie. N’oublie jamais que c’est le pays qui nous a donné notre jurisprudence, nos lois, non pas après nous avoir vaincus, mais sur notre propre demande; rappelle-toi que tu te rends à Athènes, que tu vas gouverner Lacédémone.

Leur enlever la dernière ombre, le dernier vestige de liberté, ce serait de la dureté, de rinhumanité, de la barbarie. Vois les médecins: bien que les esclaves et les hommes libres ne diffèrent nullement dans leurs maladies, cependant ils traitent les hommes libres avec plus de douceur et de bonté. Souviens-toi de ce que fut autrefois chaque cité, mais non pas pour la mépriser sous prétexte qu’elle ne l'est plus. Point d’arrogance, ni de rudesse. Inspirer la crainte, c’est un mauvais moyen pour s’attirer le respect 3 . L’affection est un moyen bien autrement puissant que la crainte pour se faire obéir. L’éloignement fait disparaître la peur, tandis que l'affection reste, et de même que la crainte se change en haine, l'affection devient du respect.

Notbs. — 1 . Tenuerunt , ont maintenu, ont conservé. — 9. Le respect est mal acquis par la terreur.

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