‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 131 sur 133 · Les vieux orateurs romains · texte numérisé non relu

Les vieux orateurs romains

(Cicéron, Brutus, 293.)

Les éloges que tu as décernés à certains orateurs sont de nature (à indüire en erreur les personnes peu au courant de la question. Pour moi, j'avais quelque peine à ne pas rire à propos de certains d'entre eux, lorsque, par exemple, tu comparais notre Caton à l’Athénien Lysias. C'est un homme de mérite sans doute, ou plutôt c'est un homme supérieur, c'est même un grand homme, personne n’en disconviendra 1 ; mais est-ce un orateur? et un

m VERSIONS LATINES

orateur qu'on puisse comparer à ce Lysias dont l'éloquence est ce qu'on peut imaginer de plus artistique? Ce serait une ironie charmante, si nous plaisantions, mais si nous parlons sérieusement, prends garde que nous ne soyons astreints .aux mêmes scrupules 2 que nous aurions s'il s'agissait de témoigner en justice. Pour moi, ce Caton que tu vantes, je l'estime comme citoyen, comme sénateur, comme général, enfin comme un homme éminent, tant pour son expérience et pour l’activité de sa vie qu'en raison de tous ses autres mérites. Pour ce qui est de ses discours, je les juge fort estimables, si l'on tient compte de son époque 3 ; déjà en effet il s'y dessine un certain talent, mais à peine ébauché et très fruste encore. Quant à ses Origines, lorsque tu prétendais qu’on y trouve à foison toutes les qualités de l'orateur, et que tu comparais Caton à Philistus et à Thucydide, est-ce moi, est-ce Brutus que tu pensais convaincre? A ces écrivains qu'aucun des Grecs eux-mêmes ne peut égaler, tu comparais un homme originaire de Tusculum, qui ne soupçonnait même pas ce que c’était que de * s’exprimer avec abondance et distinction. Tu loues Galba. Si c'est simplement comme supérieur à ses contemporains, je me range à ton avis; c’est, en effet, ce que la tradition noue apprend. Mais tu prétends en faire un orateur; je t’en prie, montre-nous un peu 4 ses discours (car il en existe encore) et ose dire que tu souhaites de voir Brutus que voici et que tu aimes plus que toi-même, s'exprimer de cette façon. Tu juges favorablement les discours de Lépide. Ici, je t'approuve un peu, pourvu que tu ajoutes que c’est à titre d’ancien. Il en est de même pour l’Africain, pour Lélius, dont les discours sont, selon toi, ce qu’il peut y avoir de plus harmonieux. Tu veux nous faire illusion en profitant du prestige de ces grande noms et en faisant valoir les mérites d'ailleurs très réels d’une vie qui fut fort raiffinée.

Notre. — 1. Personne ne dira autrement. — 9. Adhibetë

UVRB DU MAITRE

reîigionem , mettre du 4crupule, se montrer scrupuleux. — 3. Ut, comme, en proportion de (ce qui se faisait) à cette époque. — 4. Cedo, forme archaïque; ce n’est pas le verbe cedere; voir dictionnaire et n* 69, partie de l'élève, aux notes.

12V. Ruse de guerre.

(Tite-Live, xxiii, 24.)

Précisément pendant' qu’on s’occupait de lever des armées, on apprit -un nouveau désastre. La mauvaise fortune semblait les multiplier cette année-là. L. Postumius, consul désigné, avait péri avec son armée 1 . Il existait une vaste forêt que les Gaulois nommaient forêt de Litane et que Postumius devait faire traverser à son armée. Les Gaulois coupèrent les arbres de cette forêt à gauche et à droite de la route, de telle manière qu’ils restassent debout, mais qu’une légère impulsion 2 fût suffisante pour lete abattre. Postumius commandait deux légions romaines; d’autre part il avait levé, parmi nos alliés des rives de l’ Adriatique, assez d’hommes 3 pour avoir avec lui, à son entrée sur le territoire ennemi, une armée de vingt-cinq mille hommes. Les Gaulois occupèrent la lisière de la forêt et quand l'armée romaine eût pénétré dans le défilé, ils firent tomber ceux des arbres .coupés qui se trouvaient à l’entrée de la forêt. Ces arbres s'abattirent de proche en proche 4 sur les autres qui étaient peu solides et tenaient mal au sol. En tombant de divers côtés, ces arbres écrasèrent sur le sol les armes, les soldats et les chevaux, au point que dix hommes à peine purent s'échapper. En effet, la plupart périrent sous les troncs d'arbres et les branches brisées; quant aux autres, parmi lesquels cet accident imprévu avait jeté l'effroi, ils furent tués par les Gaulois armés qui cernaient le défilé. Sur une armée si considérable, on ne fit que quelques prisonniers; ce furent ceux qui, en •cherchant à rejoindre le pont pour franchir le fleu-

ve, tombèrent aux -mains des ennemis qui l’occupaient. Postumius périt en se défendant de son mieux pour n’être pas pris. Le butin ne fut pas moins considérable que la ( victoire elle -même. Car, si les bêtes de somme avaient été écrasées par la chute des arbres, tout le reste, qu'aucune fuite n’avait dispersé, fut retrouvé sur le sol parmi les corps qui gisaient tout le long du convoi.

Notes. — 1. Ne pas confondre occido et incido , « tomber », avec occido , « tuer ». et incido , « couper ». — 2. Momento ievi impuîsae, poussés par un léger choc. — 3. Sociutn (ou sociorum) tantum , une si grande quantité d’alliés. — 4. Alia in aïiam : entendez qu’il a suffi de pousser les arbres de l’entrée de la forêt pour que leur chute se propageât tout le long du parcours. Anceps strages , écroulement provenant de deux côtés (de droite et de gauche).

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