César marche sur Rome
(César, De béllo civilt , i, 12-14 )
A cette nouvelle, César, désormais assuré des dispositions favorables des municipes, fait venir des villes où ils tenaient garnison les soldats de la 13* légion et marche sur Auximum. Cette ville était occupée par Attius qui y avait fait entrer ses cohortes. Dès qu'on y apprit l’arrivée de César, les sénateurs d’ Auximum vinrent en grand nombre trouver Attius Varus. Ils lui firent observer qu’ils n’avaient pas qualité pour prendre parti dans cette affaire; mais que ni leurs concitoyens ni eux-mêmes ne pouvaient admettre que César, qui comme général avait rendu tant de services à l’Etat et fait de si grandes choses, ne fut pas reçu dans les murs de leur ville. Par conséquent, qu’il songeât 1 à sa propre renommée et au péril dans lequel il allait s’engager. Fortement impressionné v par leurs paroles, Attius Varus fait sortir de la ville la garnison qu’il y avait fait entrer et s’éloigne en hâte. Quelques soldats de l'avant-garde de César l’atteignirent et l’obligèrent à s’arrêter. Dès le début de l’engagement, Attius Varus se vit abandonné de ses sol-
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data. l»es uns regagnèrent leurs foyers; les autres se rendirent auprès de César. Avec eux se trouva pris L. Pupius, centurion primipile, qui avait commandé avec le même grade dans l'armée de Pompée. César félicita les soldats d'Attius Yarus et renvoya Pupius. Il remercia les habitants d'Auximum jet promit qu'il n'oublierait pas leur conduite. Quand on sut à Rome ces événements, la peur y fut vive. Le consul Lentulus, venu pour procéder à l'ouverture du trésor afin d'y prendre l'argent 2 que le décret du Sénat mettait à la disposition de ^Pompée, s’enfuit précipitamment, quand déjà il avait ouvert la porte du Trésor sacré. En effet, de fausses nouvelles annonçaient l'approche de César et même la présence de sa cavalerie. Marcellus, son collègue, et la plupart des magistrats le suivirent. Quant à Pompée, parti de Rome la veille, il allait rejoindre les légions qu'il avait cantonnées pour leurs quartiers d'hiver en Apulie.
Notes. — 1. Habere rationem , tenir oompte de. — 2. Pour extraire pour Pompée l’argent conformément (ex) au décret du Sénat.
Commentaire grammatical. — 1. On trouve ici le relatif de liaison dans quxbus ( iis igitur) rébus cognitis ; quorum ( eorum igitur) oratione permotus ; quibus (iis autem ) rebus nuntiatis (Or. § 144). — 2. Fido, is, fisus sum, fidere (üat ), se fier à; findo, is, fidi, fissum , ere , fendre. — 8. La préposition est supprimée dans Auxifnum proficiscitur, parce qu’il s’agit d’an nom propre de ville (Gr. § 193) ; dans domum disceait , conformément à l’usage quand il s’agit des mots rus , domus et humus. — 4. Sui judicii rem non esse rappelle la règle est regis tueri cives, mais ici le génitif signifie simplement « être l’affaire de » : la chose n’était pas de leur ressort; ils n’avaient pas à juger le fond de la question. La querelle politique entre César et Pompée ne les regardait pas. — fi. On aurait en style direct : proinde habe rationem posteritatis (Gr. § 339). Le subjonctif haberet tient au style indirect, et on a l’imparfait en vertu de la concordance des temps, docent étant un présent historique (Gr. § 250, note H, 1*). — 6. Sui désigne les soldats en parlant d’un généra], les élèveé en parlant d’un maître, la famille en parlant des parents, les concitoyens, les Bujets, etc. — . 7. Se memorem fore pollicetur est conforme & la règle prombsit se venturum, § 26fi. — 8. Dans ad profe* rendam pecuniam, la substitution de l’adjectif verbal au gérondif est obligatoire (Gr. § 23fi). L’adjectif verbal ne marque pas l’obligation en pareil cas (Gr. § 241, note). — 9. Tantu*
terror invasit ut profugeret est un exemple de la concordance des temps en latin. Il n’y a pas lieu de traduire profugeret par un imparfait. D’ailleurs la concordance des temps est parfois violée dans les consécutives (Gr. § 250, note). Pour la nuance qui îéparerait profugerit de profugereU voir § 295, note. — 10. Adesse équités nuntiabantur est un exemple de la construction personnelle (Gr. § 260) ; au lieu de nuntiabatur (on annonçait) équités adesse. — 11. Ex a son sens local le plus ordinaire dans: ex praesidiis deducit; ex oppido educit; ex urbe profugerent ; ex urbe profectus. Il a le sens de: « venant de, faisant partie de » dans pauci ex primo ordine. Il signifie « d’après, conformément à » dans ex senatusconsulto .
Commentaire littéraire. — 1. César ne fut pas sérieusement inquiété dans sa marche sur Rome. Les soldats envoyés contre lui, abandonnant leurs chefs, se ralliaient pour la plupart à sa cause. Pompée avait d’ailleurs si peu confiance qu’il se retira au plus vite à Brindes, afin de pouvoir, au besoin, s’embarquer. César s’était rendu maître de l’Italie en 60 jours. Il ne poursuivit Pompée au delà de l’Adriatique qu’après avoir soumis l’Espagne. Pompée fut battu à Pharsale en 48 avant J.-C. — 2. César dans le De bello Gallico ei le De bello civili parle toujours de lui-même à la troisième personne. Ce procédé, qui nous étonne un peu, avait été employé déjà par Xén^phon dans VAnabase. César avait intérêt à faire de même. L’apparence d’impartialité qu’il cherche à donner à son récit s’en trouve considérablement renforcée. — 3. Ce récit de César paraît, à première vue, d’autant plus impartial que les faits y .sont, rapportés sans commentaires (notons que commentant signifie en latin non point « commentaires », mais « notes, mémoires »). Aucune appréciation n’est portée par l’auteur, en tant qu’auteur, sur la conduite de ses partisans ou de ses adversaires. On sent fort bien, néanmoins, que les faits sont présentés de manière à nous suggérer des conclusions favorables à César : les municipes embrassent spontanément son parti ; les troupes de ses adversaires ne suivent leurs chefs qu’à regret; les hommes' importants qui font de l’opposition à César et Pompée lui-même sont sans énergie; ils s’affolent et fuient au seul bruit, d’ailleurs prématuré, de son arrivée. — 4. Ce récit est un modèle de clarté, de simplicité, de rapidité. On y chercherait en vain la moindre trace d’une préoccupation littéraire proprement dite. César n’introduit dans sa narration aucun trait pittoresque, ne cherche aucun effet pathétique. Il ne prétend nullement captiver son lecteur en faisant ressortir le côté dramatique de la situation : les mots célèbres que les historiens lui prêtent' au cours de la guerre civile (le sort en est jeté, tu portes César et sa fortune, etc.), vrais on faux d’ailleurs, sont tous absents de son œuvre. César s’adressa uniquement à l’intelligence ; il parle toujours en « homma d’affaires ». Ce genre de style était nouveau chez les Romains. Cicéron en a été frappé et il a rendu justice à cette
manière », si opposée pourtant à la sienne. Quant à Quin* tiien, qui rapporte tout à l’art oratoire, il ne parle pas des ouvrages historiques de César. Il goûtait peu sans doute cette simplicité qu’il devait trouver excessive.