‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 32 sur 133 · Invective contre les Gaulois · texte numérisé non relu

Invective contre les Gaulois

(Cicéron, Pro Fonteio , xii, xm.)

Vous imaginez-vous que ces peuples, quand il s’agit d’une déposition en justice, se soucient du respect des serments et de la crainte des dieux immortels, eux dont les usages et le caractère sont si différents de ceux de toutes les autres natioùs? Les autres peuples entreprennent des guerres pour la défense de leur culte: ceux-là pour attaquer la religion de tous les hommes. Les autres, en cas de guerre, implorent la bienveillance et la faveur des dieux immortels, ceux-là au contraire ont fait la guerre aux dieux immortels eux-mêmes. Ce sont des hommes de cette race qui autrefois se sont transportés si loin de leur pays jusqu’à Delphes pour attaquer, pour dépouiller Apollon Pythien et son oracle, respecté de tout l’Univers. Ce sont ces peuples si vertueux, si scrupuleux dans leurs témoignages, qui ont assiégé le Capitole et le grand Jupiter dont nos ancêtres ont voulu que le nom servît de garantie eux témoignages. Enfin peut-il y

avoir quelque chose de sacré et 4e respectable ppur des hommes qui, lorsque la peur les pousse à vouloir apaiser les dieux, souillent leurs autel^ et leurs temples par le sacrifice 4© victimes humaines? Ainsi, ils ne peuvent même pas pratiquer la piét^ sans l’insulter d’abopd par un crime. Ne savons-nous pas tous, en effet, qu’ils ont conservé jusqu'aujourd’hui cette coutume affreuse et barbare de' faire des sacrifices humains? Par conséquent, de quelle loyauté, de quel scrupule religieux croyez-vous capables des gens qui estiment que, pour les hommes, un excellent moyen d’apaiser les 4içux ppmortels est de commettre un crime et de verser le sang? Allezvous compromettre votre sentiment de la justice en voup appuyant sur de pareils témoins? Les croyezvous capables du moindre scrupule, de la moindre retenue dans leurs paroles?

Commentaire grammatical. — 1. An caractérise l’interrogation oratoire (Gr. § 92, 4* et note). Iste marque souvent une nuance de mépris (Gr. § 40, note 2°) ; dans les plaidoyers il désigne ordinairement l’aflversaire. -r- 2. In testimonüs dicendis = in dicendo testimonial quand il s’agit de prononcer le§ témoignages (G?. § $40, exemple 3); on remarquera ce sens fréquent de m, «' quand il s^agit de », pour indiquer dans quelles limites une affirmation est applicable. — 3. Dissentire ab, être en désaccord avec ; ab marque ipi l’éloignement (Gr. § 176). — 4. Pro, devant, ^ la, place de, pour la défense de, en proportion de; cette préposition ne correspond à « pour » que dans la mesure où « popr » prend lui même un de ces sens. — 5. Avec les verbes signifiant « combattre », cum signifie régulièrement « contre ». — 6 U s que est adverbe ^ l’époqun classique; apssi est-il açcoiqpagné d’ordipaire de ad ou iji ; ici, fi accusatif seul suffit pour marquer le but, puisqu’il s’agit d’pn nom prqpre de ville (Gr.

§ 193). — 7. Cujus nomme , par le nom duquel, on observera qu’en latin le génitif du pronom relatif, dépendant ,d’un complément d’objet indirect ou de circonstance, garde se place, tandis qu'en français nous rejetons alors le relatif après le mot dont il dépend en lui donnant une forme par-, ticulière : duquel, desquels ; cette petite difficulté arrête sour vent les élèves. — 8. Sqnctus peut être adjectif ; mais fi est aussi participe de sandre, (sqripio, is, sqfixi, sqnctum), sanctionner, garantir : yoly.erunt fidem sanctam esse. — 9. Le semi-négatif s’emploie quand une négation est suggérée : his quidquam sanctum videri potest , est-ce ^ue quelque chbse (=non, rien ne) peut leur paraîtra sa pré; fi en est de même

pour la dernière phrase ab his quidquam (Gr. § 150). — 10. Si quando pour si aliquafido (Gr. § 151, note). — 11. Viola- Tint pour violaverint (Gr. § 63, 2°), subjonctif. — 12. Consuetudinem hominum immolandorum pour immoîandi homi nes t la coutume d’immoler des hommes (Gr. § 241 et note) ; l’emploi du gérondif serait régulier (Gr. § 235) — 13. Quali fide , quali pietate sont des ablatifs descriptifs construits comme des attributs avec esse : de quelle loyauté pensezvous qu’ils soient (Gr. 114 et note).

Commentaire littéraibb. — 1. Cicéron recourt à tous les moyens poilr sauver ses clients* La bonne foi n’y trouve pas toujours son compte. Souvent il détourne du grief principal l’attention des juges pour les amener à considérer un autre point de vue favorable à son client ôü défavorable à •l’adveîsairè. En bonne logique* comme en bonne justice, il s’agit ici de savoir si Eontéius s’est enrichi aux dépens des Gaulois. Mais Cicéron, sous prétexte de récuser les témoins, réveille les vieilles rancunes des Romains contre la nation gauloise. — - 2. Cicéron sait fort bien qu’il a affaire à un auditoire de Romains qui, moins fins que les Grecs, se laissent plus facilement conduire par leurs émotions. Aussi fait-il appel à ce Sentiment religieux si puissant chez ses compatriotes. Il faut que l’auditoire prenne en horreur l’impiété des GâuloiB et qu’on félicite presque Eontéius d’avoir malmené cette race maudite. C’est ainsi qu’il est amené à résumer d’une façon fort partiale l’histoire des Gaulois. — 3. Les Gaulois, victimes de Lohtéius étaient-ils responsables des actes de leurs ancêtres? Ces Gaulois qui Avaient pillé Delphes ou assiégé le Capitole étaient-ils même les ancêtres des habitants ue la Gaule Narbonnaise? Non certes; ils n’habitaient pas le même pays. Mais Cicéron n’y regarde pas de si près : tout son système de défense croulerait. — 4. Les faits qui se rapportent au pillage de Delphes par les Gaulois Bont assez mal établis et les récits contradictoires (cf. n* 1, Introduction). L’allusion au siège du Capitole est un sophisme. Etait-ce les dieux, était-ce les Romains que les Gaulois assiégeaient? Cicéron ne tient pas à dissiper l’équivoque et pour cause. Quant aux sacrifices humains* il est certain qu’ils subsistèrent en Gaule jusqu’au temps d’Auguste qui les interdit aux Druides. Mais les Romains eux-mêmes avaient conservé cet usage jusqu’aux guerres puniques. Après Cannes, deux Gaulois et deux Grecs furent enterrés vifs. La mort des Vestales soupçonnées d’avoir manqué à leurs obligations était un véritable sacrifice humain entouré dé rites lugubres. Or, des Vestales furent enterrées vives jusqu’à la fin du quatrième siècle après j.-C. — 5. Le stylé de ce passage est très oratoire. Il l’est jusqu’à l’excès. Il est composé presque en entier d’interrogations ofatoirès. On y trouve des anaphores du pronom démonstratif : illae, hde, ab iisdem t his , ou interrogatif : quali fide , qùali pietate. On n’a d’ailleurs pas Timpressién

VËRâîOttâ LAtîtfËÔ

que cette chaleur un peu excessive du ton soit soutenue par une conviction intime et profonde. C’est dire que ce passage touche à l’emphase et tend à la déclamation.

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