‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 33 sur 133 · Le printemps · texte numérisé non relu

Le printemps

(Horace, Odes, i, 4.)

L'âpre hiver disparaît devant le retour aimable du printemps et de Zéphyre. Les treuils ramènent à la mer les navires tirés à sec. Maintenant les troupeaux ne se plaisent plus à l’étable, ni le laboureur près de son feu. La blancheur du givre n’argente plus les prairies 1 . Voici qu’à présent Vénus, la déesse de Cythère, conduit les chœurs de danse à la carté de la lune 2 . Les Grâces élégantes, donnant la main aux Nymphes, frappent la terre de leurs pas cadencés 3 , tandis que l’ardent Vulcain embrase de ses feux les ateliers où peinent les Cyclopes. C’est le moment de couronner nos cheveux, luisants de parfums, avec le myrte verdoyant, ou avec les fleurs que fait éclore la terre débarrassée des frimas. C’est le moment de faire un sacrifice en l’honneur de Faunus, dans les bois sacrés pleins d’ombre, soit qu’il demande un agneau, soit qu’il préfère un chevreau. La pâle mort frappe avec indifférence 4 à la cabane du pauvre et au palais des riches 5 . O fortuné Sestius, la brièveté de la vie nous interdit les longs espoirs 6 . Bientôt tu verras près de toi l’ombre de la mort, et les Mânes, fantômes vains, et la demeure où Pluton rassemble les âmes chétives. Une fois là 7 , tu ne tireras plus au sort la royauté du festin.

Notes. — 1. Les prairies ne s’argentent plus des gelées blanches. — 2. La lune étant suspendue au-dessus. Ceux qui entendent : la lune allant paraître, ôtent du texte une image gracieuse. — 3. Frappent la terre d’un pied alternatif. — 4. D’un pied impartial. — 5. Les tours des rois; ces mots sont souvent pris, l’un pour désigner de hautes constructions, l’autre pour désigner les riches. — 6. Nous interdit de commencer (d’entamer, de concevoir) une longue espé rance. — 7. Aussitôt que tu seras parvenu là.

Commentaire grammatical. — 1. Acer au nominatif a trois formes, une pour chaque genre : acer, acris , acre ; de môme celeber % alacer. — 2. N une répété signifie souvent : tantôt... iantôt ; mais il peut conserver aussi son sens ordinaire. — 3. Les relatifs sont parfois rejetés après un ou plusieurs mots, on en est alors averti par l’absence de la ponctuation qui, d’ordinaire, les précède immédiatement : terrae quem ferunt , pour quem terrae ferunt. 4. Jubeo et veto se construisent avec la proposition infinitive (Gr. § 269). — 5. Jam a plusieurs sens : avec le présent il signifie « maintenant, dès maintenant » ( jam durit) ; avec le futur il signifie « bientôt » et marque un avenir très rapproché (jam premet) ; avec la négation, il signifie « ne plus » ( non jam gaudet). — 6. Mearis pour meaveris est une forme syncopée (Gr. § 63, 2*) ; sortiere est pour sortieris (Gr. § 68, 1°).

Commentaire littéraire. — 1. Cette ode Bemble se composer de deux parties qui n'auraient de commun que le mètre : d’une part c’est une description sommaire, mais suggestive, du printemps ; d’autre part c’est le lieu commun de la brièveté de la vie. Le lien est pourtant visible aisément pour qui connaît la philosophie d’Horace. Le printemps est un appel à la joie; il la symbolise d’autant mieux pour les anciens, que, dans leurs banquets ils se couronnaient des fleurs que cette saison fait éclore. Mais l’épicurien peut difficilement parler du plaisir sans penser que la mort vient y mettre un terme. Le passage d’une idée à l’autre est naturel pour lui. Horace ne songe même pas à ménager une transition : cette transition est toute faite dans son esprit. Cette idée est à la base même de son système. — 2. Cette pièce est un exemple charmant de l’art littéraire dans l’antiquité. On y trouve ce sentiment si juste de la mesure qui fait choisir les mots les plus évocateurs sans recourir jamais à la prolixité ou à l’emphase. Le printemps, c’est la saison « où les tièdes zéphirs ont l’herbe rajeunie »; c’est le signal de la reprise de la vie active; « bêtes et gens » recommencent la vie au grand air. C’est aussi, pour un ancien, nourri de légendes mythologiques, le temps où les dieux de la campagne s’ébattent de nouveau, où les forces divinisées de la nature, orages et volcans, reprennent leur activité. Puis la mort est évoquée : le lieu commun de la brièveté de l’existence est renouvelé d’une façon piquante et mélancolique à la fois. Et qu’on n’oublie pas que tout cela est enfermé dans les lois inexorables d’une métrique sévère, ce qui suppose, chez le poète, un travail patient et sûr. Cette poésie dérange un peu nos idées romantiques sur le lyrisme; mais, peur les anciens, le poète n’est pas seulement un insjbiré, il est aussi un « ouvrier » adroit et patient. — 3. Ce mérite d’une forme parfaite ne fait que mettre mieux en relief le néant moral de l’épicurisme léger d’Horace. Il est d’ailleurs ici d’accord avec l’épicurisme plus sérieux de Lucrèce : surgit amari

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? utd mediô de fônte îepotum , une secrète tristesse surgit dans âme au sèin même des plaisirs. Le paganisme n’est pas arrivé à comprendre que le but final dë la vie humaine, ainsi que l’explication de . nos joies et de nos douleurs; doit être cherché en dehors de l’existence terrestre. La mortification chrétienne elle-même, atéc toute èoû austérité, laisse, par Tespérance dont elle sè nourrit, plus de place à la joie véritable; on pourrait modifier lé vèrs de Lucrèce et dire que pour le chrétien : éufgit amùefli àliqüid medio de fonte doloTum. — 4. Malherbe, dans ses stances à Du Périer sur la mort de sa fille a paraphrasé la quatrième strophe :

Lé pauvre en sa cabane où le chaume le couvre Est sujet à ses lois.

Et la garde qui veille aux barrières du LoUVTe N’en défend pas nos rois.

Et La Fontaine a traduit un vers de cette ode quand il a dit )Fables, XI, viïi, il) :

Quittez le long espoir et les vastes pensées.

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