‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 36 sur 133 · Le bon régisseur · texte numérisé non relu

Le bon régisseur

(Columelle, De re rustica , xi)

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Il faut que l’homme qui se charge des jonctions de régisseur, ne soit porté ni à dormir ni à boire avec excès ; ces deux vices sont incompatibles avec l’exactitude dans le travail. Qu’il se lève le premier de tous, qu’il mette en route rapidement, aussitôt que la saison le permet 1 , l’équipe des travailleurs, toujours encline à s’attarder, et qu’il marche lui-même résolument à leur tête. Il importe extrêmement en effet que les ouvriers commencent leur besogne de bon matin. Le régisseur aura donc soin que les esclaves se rendent au travail non point à pas comptés, ni avec mollesse, mais qu’ils le suivent avec ardeur comme les troupes suivent un général plein de bravoure et d’entrain qui les mène au combat. Il faut aussi que, durant le travail, par divers encouragements, il les entretienne 'en belle humeur; que, parfois, comme pour relever leur courage abattu 2 , il leur prenne des mains leur outil, travaille à leur place en les avertissant de faire comme lui et d’y mettre auts"* d’ardeur. Le

eoir venu, il ne devra laisser personne derrière lui, mais marcher derrière tous les esclaves, comme un •Don berger a soin de ne laisser dans les champs aucune bête de son troupeau. Rentré à la maison, qu’il se comporte encore en pasteur vigilant, qu’il ne se retire pas immédiatement dans son logement, mais qu’il s’occupe soigneusement de chacun 3 . Si l’un d’eux s’est fait du mal 4 en se blessant dans son travail, ce qui est très fréquent, il le pansera; s’il se trouve autrement indisposé, il le conduira aussitôt à l’infirmerie et lui fera donner tous les soins convenables.' Quant à ceux qui se portent bien, il ne faudra pas s’en soucier moins, afin que les gens chargés de distribuer les vivres leur donnent consciencieusement à boire et à manger. Il accoutumera les ouvriers des champs à prendre toujours leurs repas auprès des dieux lares de leurs maître, autour de l’âtre familial. Il convient que lui-même mange en leur présence et leur donne l’exemple de la frugalité, sans s’étendre jamais sur un lit pour dîner, si ce n’est aux jours de fête.

Notes. — 1. Selon les saisons. — 2. Comme dans l’intention de venir en aide à qqn qui n’en peut plus. — 3. Agere curam alicujus , prendre soin de qqn. — 4. Capere {accipere) noxam , subir un dégât, un dommage.

Commentaire grammatical. — 1. Qui susceperit , futur antérieur, ainsi que dans ubi incesserit, cum subierit; pour ces différents cas où entre une idée de répétit’on de l’action voir Gr § 315. — 2. Abstinentissimus vini : le génitif comme avec les adjectifs qui signifient le désir ou l’abstention (Gr. § 118). — 3. Il convient d’expliquer diligentiae comme un datif (Gr. § 121). — 4. Pro marque souvent la proportion ( pro portione) et signifie « selon ». Le latin n’a pas de mot propre pour dire « saison »; cette «idée est d’ordinaire exprimée par tempus anni; notre mot « saison » vient du latin satio, action de semer, saison des semailles. — 5. Plurimum refert , il importe extrêmement (Gr. § 166 note). — 6. Gr.- § 278 : timeo ne yeniat. — 7. Interdum, parfois ; interea , sur ces entrefaites ; intérim , pendant ce temps. — 8. Suc cursurus , sur le point de secourir, destiné à secourir, dans I l’intention de secourir; ce dernier sens convient ici; pour l’emploi peu classique, Cf. Gr. § 233, note; et pour tan quam § 232. — 9. Ut signifie comme; le subjonctif sit elfectum , tient à une attraction modale (Gr. § 341, 2 # ). — 10. More, ablatif de manière : à la façon de (Gr. f 178). —

11, Le pronom relatif s’emploie pour traduire « que i dans < le même que » : idem qui (Gr. § 133). — 13* Plerumque à l’époque de l’empire, au lieu de signifier « la plupart du temps », signifie parfois « très souvent, souvent ». Il en est de même de plerjque : « nombreux au lieu de « la plupart ». — 13. Languidior , passablement faible, mal por*> tant (Gr. § 130). — 14. Habere raüonem, tenir compte de, se soucier de.

Commentaire littéraire. — J. On reconnaît dans ce passage l’esprit positif, méthodique, utilitaire de la race romaine. Tout est soigneusement prévu, catalogué, rien n’est laissé au hasard, aucun moment n’est perdu, aucun travailleur n’est oublié. Le chef doit donner l’exemple; levé le premier, il se couchera le dernier. Cette exploitation rurale est conduite avec l’esprit d’ordre et de discipline qui a présidé à la conquête et à l’organisation du monde romain. — 2. Certains détails paraîtraient indiquer que l’esclave est traité aveo quelque souci d’humanité. L’intervention de l’intendant en vue d’entretenir la belle humeur semble mettre un peu de cordialité dans ses rapports àvec les esclaves; les soins donnés aux blessés et aux malades pourraient être un signe de bienveillance et d’humanité. Mais ne nous y méprenons pas. IJ s’agit seulement d’obtenir par tous les moyens un « rendement » supérieur : on soignera lp malade pour perdre le moins possible de journées de travail et parce que la mort d’un esclave est une perte importante pour le maître. Pans Y Economique de Xénophon, îschomaque recommande à sa femme de soigner elle-même les esclaves malades ; elle accepte volontiers, parce qu’elle espère se les attacher par la reconnaissance.. Il n’est pas question ici de sentiment, mais de profit. La comparaison de l’intendant avec un berger n’est que trop juste. Il s’agit bien d’un bétail humain. Varron énumère les esclaves pêle-mêle avec les bœufs et les charrues et les appelle instrumenti genus vocale. — 3. Les anciens Romains avaient été des laboureurs. Mais si l’agriculture resta toujours honorée à Rome, ce fut surtout théoriquement et poétiquement. L’établissement de vastes domaines ( latifundia ), réunis par les nobles, grâce aux richesses qui provenaient du pillage du monde, fit passer de plus en

Î >lus l’agriculture aux mains des esclaves. Certains, dit Coumelle, ont des propriétés dont ils ne peuvent pas faire le tour à cheval en un jour. Pour simplifier l’exploitation, on

P référait les prairies et pour la beauté on voulait des bois, e sorte que le labourage disparaissait. Il en résulta un changement désastreux dans les mœurs. Les hommes libres désertaient les campagnes et affluaient vers les villes où ils perdaient bientôt toutes les vertus qui avaient fait autrefois la grandeur de Rome. — - 4. La sécheresse technique de Columelle est reconnaissable dans ce passage. Il a voulu y glisser cependant quelques ornements littéraires. La comparaison de l’intendant avec un général, puis avec un berger, met un peu de variété dans ce code sévère du travail agri-

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éole. Ge n’est vraiment pas assez, pdnr permettre lé moiii dre rapprochement avec la poésie de la campagne qui coùîe & flots dans les Géorgiques .

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